Des maux infligés à la société par l’hérésie

Un bon exemple de la nuisance de l’hérésie dans la société
A propos de la Révocation de L’Édit de Nantes

Avec beaucoup d’humour, Marie-Françoise Ousset remet en perspective les faits face à l’histoire fabriquée. On trouvera dans cette 2ème lettre (Voir la première ici) une leçon d’histoire qui met en lumière les dangers du « communautarisme » et de la tentation d’instrumentaliser Dieu à des fins politiques.

Cher Louis XIV,

Comme vous le savez, sans doute, beaucoup vous reprochent encore de nos jours la « Révocation de l’Édit de Nantes ». Ce sont, en général des gens cultivés, scrupuleux ; les autres, lorsqu’ils entendent « lady de Nantes », pensent qu’il s’agit d’une jeune femme anglaise !

Je dois vous avouer, pour ma part, que j’ai toujours beaucoup aimé les protestants. Je les trouve mieux élevés, mieux habillés, plus sérieux que les cathos et puis le fait même de protester m’a toujours plus. Pour moi, ils avaient raison de protester contre ces méchants catholiques qui les empêchaient de pratiquer leur religion, avaient organisé le massacre de Wassy* en 1562, de la « St-Barthélémy » en 1572 et avaient donc fait 30.000 morts dans toute la France.

C’était aller un peu trop vite en la matière. D’abord, le mot « protestant » vient de pro-testarer = pour témoigner. De plus, bien avant la St Barthélémy ou Wassy, il y avait eu le Sac de Rome par les milices protestantes luthériennes du Connétable de Bourbon qui, comme d’autres français de haut lignage, était passé à la Réforme. En la fête de la Pentecôte, le 6 mai 1527, les romains étant à la messe, c’est l’assaut aux cris de « Vivat Lutherus Pontifex ». Le Pape doit se réfugier au Château St-Ange. Massacres, pillages, destructions dureront 8 jours, les tombeaux des Papes profanés, leurs cadavres aussi, des religieuses violées. Total : 20 à 40.000 catholiques tués. C’est ce que le Petit Robert avec une pudeur merveilleuse relate en une seule phrase : « le sac de la ville par les Impériaux permit finalement d’améliorer l’urbanisme » ! Mais, réfléchissez un peu, Petit Co…heu non ! Petit Robert ! A l’époque, les impériaux, c’est-à-dire l’armée de Charles-Quint, étaient pour la plupart espagnols et catholiques, donc, en principe, ils étaient à la messe eux aussi. Ceux qui ont attaqué ce sont bien les lansquenets luthériens. En revanche, on ne connait aucune riposte côté catholique.

Toujours bien avant Wassy, le protestant Caboche (tête dure sans doute !) avait tenté d’assassiner Henri II. Puis, le 13 mars 1560, c’était la Conjuration d’Amboise menée par Condé mais financée par l’Angleterre pour enlever le jeune François II à l’influence des Guise jugée trop catholiques. En 1560 et 61 c’est le ravage de la Provence par Antoine de Mauvans sur lequel les livres préfèrent nous laisser dans l’ignorance !

Peut-être, Sire, vous a-t-on appris, qu’en la seule année 1561 (toujours avant Wassy), à La Rochelle, le 9 juin, les protestants enferment les catholiques dans l’église St-Barthélémy et y mettent le feu ; le même jour, à Orange, le Président du Parlement, Perrinet Parpaille**, passe à la Réforme et à la tête de 1.500 huguenots, profane les églises, fait égorger les opposants et massacrer un millier de paysans avant de piller la cathédrale. A Montpellier le 13 juillet puis le 19 octobre, 800 protestants attaquent l’église St-Pierre : prêtres et fidèles sont égorgés. Le 20 au matin, les mêmes pillent les 60 autres églises et chapelles, égorgent plus de 200 catholiques, déterrent 40 cadavres et leur arrachent les entrailles. A Montauban : le 15 août, l’église St-Jacques est pillée, les catholiques rassemblés dans l’église tués. A Montpellier, le 19 octobre au soir, 800 huguenots attaquent l’église St-Pierre. Prêtres et fidèles sont égorgés : 50 morts. Le lendemain matin c’est plus de 200 catholiques qui le sont. Mais certains historiens disent que l’année fatale entre toutes pour l’art français fut 1562.

Était-ce en réaction au « Massacre de Wassy » qui eut lieu le 1er mars ? C’est en tous cas le 8 mars que le Comte de Montgommery (celui qui tua Henri II d’un coup de lance dans l’œil) passé au protestantisme, saccage la cathédrale et le palais épiscopal d’Avranches ; en cette année que les calvinistes jouèrent à la boule avec la tête du roi Louis XI avant de brûler ses os ainsi que ceux de sa fille, Ste Jeanne de France qui avait créé l’ordre des Annonciades. Son corps était bien conservée pourtant disent les textes. Puis Tours est prise, Montbrison et le Baron des Adrets force les catholiques à se jeter du haut d’une tour du château : 800 morts. A Orléans les églises furent mises à sac pendant 12 jours. (Jeanne d’Arc devait « brûler » d’impatience de ne pouvoir reprendre l’étendard !). Sans parler de l’abbaye de Fontevraud, de Saumur, St-Benoit sur Loire, Mehun, Avranches, Meaux, et des abbayes des Hommes et des Femmes à Caen. ! Au total : 22.000 églises et 2.000 couvents détruits. Calvin n’avait-il pas dit : « Des images en un temple sont une abomination, une souillure » ? Ce qui choquait aussi beaucoup le peuple était de voir les calvinistes jeter les hosties aux chiens, cirer leurs bottes avec l’huile sainte et souiller les bénitiers de leurs excréments.

La guerre continue sous la régence de Catherine de Médicis et le poète Ronsard lui reprochera son attitude fluctuante: « Si vous hussiez puni par le glaive tranchant le huguenot mutin, l’hérétique méchant, le peuple fut en paix : mais votre connivence a perdu le renom et l’empire de France ». Il dira aussi « Mais ces nouveaux Chrétiens qui la France ont pillée, volée, assassinée, à force dépouillée… Vivent sans châtiment, et à les ouïr dire, C’est Dieu qui les conduit… En la dextre ont le glaive, et en l’autre le feu, et comme furieux qui frappent et enragent, volent les temples saints et les villes saccagent. Et quoi ! Brûler maisons, piller et brigander, tuer, assassiner, par force commander, n’obéir plus aux rois, amasser des armées, appelez-vous cela Églises réformées ? »

Je préfère m’arrêter là, Sire, de peur de vous lasser. Ces faits sont consignés, entre autres, dans les livres éblouissants de clarté et de concision mentionnés à la fin de cette lettre, livres qui n’excusent pas la « St-Barthélémy » mais montrent qu’il y a eu beaucoup plus de « St Barthélémy» côté protestants.

Pour mettre fin à ces guerres, votre grand’père, Henri IV, en publiant ce fameux Édit de Nantes en 1598, confirme et multiplie les avantages déjà accordés aux protestants par les rois précédents. Par cet édit, les « Réformés » sont les maîtres à Chatellerault, La Rochelle, Royan, Saumur, Bergerac, Montauban, Nimes, Arles, Briançon et Montpellier. Ils avaient aussi 200 « places de sûreté ». Les catholiques n’y avaient aucun droit. De plus, une indemnité annuelle leur était versée par les finances royales. Alors qu’ils ne représentaient que 7 à 8 % de la population, ils possédaient en fait le quart de la France. Dans quel pays protestant, a-t-on jamais donné les mêmes avantages aux catholiques ? Aucun ! Bien au contraire, en Angleterre, tous les ans des jésuites sont pendus, souvent écartelés après (c’est quand même mieux que de l’être avant !). Que demande en contrepartie cet édit ? Que les réformés reconnaissent la religion catholique, rendent les biens pris à l’Église et paient la dime comme de vulgaires papistes !

Tout de même, Sire, pourquoi avoir révoqué l’Édit de Nantes ? Vous n’aviez pourtant aucune aversion contre les protestants : ils n’étaient pas interdits à Versailles. Souvenez-vous aussi que, tout jeune, en 1661, vous aviez même envoyé dans chaque province deux commissaires, l’un catholique l’autre réformé, chargés d’enquêter sur la situation réelle des protestants et, avant même les résultats de l’enquête, vous avez augmenté les libertés des protestants. Mais, en 1680, les résultats de l’enquête arrivent et montrent que les protestants perturbent encore les cérémonies catholiques, mettent le feu aux maisons des papistes, s’opposent à la collecte de la taille et à l’entretien des routes. Alors vous interdisez aux catholiques de se faire protestants ; vous faites démolir leurs temples ; des avantages fiscaux sont proposés à ceux qui se convertissent ; ceux qui tenteraient de fuir seraient condamnés aux galères. Parfaitement ! Les protestants sont partis contre votre gré, avec beaucoup d’argent (preuve qu’ils en avaient durant votre règne). Quelle perte pour la France tant d’intelligences en fuite ! (80 ou 100.000 d’après Vauban ; 200.000 d’après le protestant François Bluche). Bizarre que l’Allemagne, principale bénéficiaire de cette émigration, ne réapparaisse sur la scène internationale que 160 ans plus tard ! Ce n’est surtout pas, bien sûr, les deux millions de morts de la Révolution Française avec la fuite ou la décapitation systématique des élites pendant la Terreur qui fut une perte ! « La Révolution n’a pas besoin de savants » ! Cher Louis XIV ! Allez-voir Lavoisier : il vous expliquera ! Mais soyons honnêtes par cette Révocation, vous excluez aussi les protestantes des métiers de sages-femmes, les hommes de la Justice, puis de votre police (preuve qu’ils y étaient !). Vous allez me dire qu’en terre réformée cela fait 120 ans que les catholiques en sont exclus et qu’en France même, votre arrière grand’mère, la très protestante Jeanne d’Albret, épouse d’Antoine de Bourbon, avait non seulement interdit aux catholiques de pratiquer et d’enseigner sur ses terres, mais obligation leur était faite de loger des « ministres » calvinistes. [Lire la suite]

Publicités
Des maux infligés à la société par l’hérésie

LA SOLUTION FRANÇAISE

Dans Eglise et Monarchie, Dom Besse décrit ainsi la cérémonie du Sacre.

«La France assiste au Sacre de son Roi. Elle a pleine conscience de ce qui se passe devant ses yeux. C’est Jésus-Christ qui va lui donner son souverain. Sa présence est un acte de foi qui s’élève jusqu’à Dieu, source du pouvoir dans les Sociétés… la France entière, Roi et sujets, fait hommage d’elle-même à Dieu, Jésus-Christ. Tous communient à la même pensée catholique qui rayonne sur l’ordre politique et social. Les idées et les sentiments entraînent l’union des cœurs et des esprits. Cette union des âmes concourt nécessairement à l’unité Nationale.»

Puis le Roi prête les serments suivants :

«Je promets de conserver à chacun de vous (les Évêques), et aux Églises qui vous sont confiées, les privilèges canoniques, les droits et la juridiction dont vous jouissez, et de vous protéger et défendre autant que je le pourrai, avec le secours de Dieu, comme il est du devoir d’un Roi, dans son Royaume, de protéger chaque Évêque, et l’Église qui est commise à ses soins. »

Et après que le Peuple a accepté le Roi pour son Souverain, celui-ci la main sur l’Évangile :

«Je promets, au nom de Jésus-Christ, au Peuple Chrétien qui m’est soumis :

«Premièrement de faire conserver en tous temps à l’Église de Dieu, la paix par le peuple chrétien.

«D’empêcher les personnes de tous rangs de commettre des rapines et des iniquités de quelque nature qu’elles soient.

«De faire observer la justice et la miséricorde dans les jugements, afin que Dieu, qui est la source de la clémence et de la miséricorde, daigne la répandre sur moi et sur vous aussi.

«De m’appliquer sincèrement, et selon mon pouvoir, à expulser de toutes les terres soumises a ma domination les hérétiques nommément condamnés par L’Église.

«Je confirme par serment toutes les choses énoncées ci-dessus : Qu’ainsi Dieu et Ses Saints Évangiles me soient en aide».

Le serment lie le souverain à Dieu, dont il est le représentant sur terre. Dieu lui a donné le Royaume ; il promet de le gouverner conformément à ses volontés. Il y a entre eux un contrat. L’Eglise en est le témoin.

[…] «Après le serment, le Roi se prosterne tout de son long, les Évêques, le Clergé, tout le monde fléchit les genoux. Le spectacle est grandiose. C’est la France entière qui est là, suppliante. Le Ciel est entrouvert au-dessus de la Basilique. Dieu, entouré de la Cour de Ses Saints, contemple. Il bénit. C’est la France qu’il bénit en la personne de son Chef. Il lui donne tout ce qui peut rendre son Gouvernement prospère».

Puis, avant de procéder à l’onction sainte, le Prélat consécrateur remet l’épée entre les mains du Roi et dit :

«Prenez cette épée, qui vous est donnée avec la Bénédiction du Seigneur; afin que par elle et par la force de l’Esprit-Saint, vous puissiez résister à tous vos ennemis, et les surmonter, protéger et défendre la sainte Eglise, le Royaume qui vous est confié et le camp du Seigneur, par le secours de Jésus-Christ, le triomphateur invincible. Prenez, dis-je de nos mains consacrées par l’autorité des saints Apôtres, cette épée dont nous vous avons ceint, ainsi qu’on en a ceint les rois, et qui, bénite par notre ministère, est destinée de Dieu pour la défense de Sa sainte Eglise.

Souvenez-vous de celui dont le prophète Daniel a parlé ainsi dans ses psaumes : O vous qui êtes le fort d’Israël ! Prenez votre épée et disposez-vous au combat ;

  • afin que par son secours vous exerciez la justice, vous brisiez la mâchoire des injustes;
  • que vous protégiez et défendiez la sainte Église de Dieu et de ses enfants ;
  • que vous n’ayez pas moins d’horreur pour les ennemis secrets du nom chrétien que pour ceux qui le sont ouvertement, et que vous travailliez à les perdre ;
  • que vous protégiez avec bonté les veuves et les orphelins ;
  • que vous répariez les désordres ; que vous conserviez ce qui a été établi ;
  • que vous punissiez l’injustice ;
  • que vous affermissiez tout ce qui a été mis dans l’ordre ;
  • afin que, couvert de gloire par la pratique de toutes ces vertus et faisant régner la justice, vous méritiez de régner avec notre Sauveur, dont vous êtes l’image, et qui règne avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il».

Et un peu plus loin, en ceignant le Roi de son épée :

«Passe le glaive autour de tes reins, ô très puissant, et souviens-toi que les saints ont vaincu les royaumes, non avec le glaive, mais avec leur foi…»

Puis : «Seigneur, daignez le combler des bénédictions de Votre grâce spirituelle et revêtez-le de la plénitude de Votre puissance. Que la rosée du Ciel, la graisse de la terre, procure dans ses états une abondance de blé, de vin et d’huile, et que par Vos divines largesses la terre soit couverte de fruits pendant de longues années… afin que sous son règne les peuples jouissent de la santé. Qu’il soit le plus puissant des rois… Que pour la suite des siècles, il naisse de lui des Successeurs à son trône». Dom Besse dans Église et Monarchie p 235 à 261

 

LA SOLUTION FRANÇAISE

La Corée du Nord protège notre liberté d’expression

Le site d’Islam et Vérité hébergé en … Corée du Nord

Suite à la confiscation des serveurs par la police du régime de Manuel Valls, l’équipe du site de l’abbé Pagès Islam et Vérité nous informe :

I-Moyenne-21283-interroger-l-islam-1501-questions-a-poser-aux-musulmans.net« Nous avons la joie de vous annoncer la remise en ligne de islam-et-verite.com, après les péripéties relatées ici , ici et ailleurs encore.

Désormais le site est hébergé en Corée du Nord ! C’est tout de même un comble de devoir chercher dans un tel pays les moyens d’assurer notre liberté d’expression… pour nous qui vivions encore en France il n’y a pas si longtemps !

Ce qui implique des coûts supplémentaires, aussi, ceux d’entre vous qui souhaitent nous aider financièrement peuvent utiliser la fonction paypal présente sur la page d’accueil, ou les identifiants suivants :

Association Salut et Miséricorde IBAN : FR76 2004 1000 0157 7862 0P02 072 BIC :PSSTFRPPPAR

Permettez-nous de vous signaler la troisième édition de « Interroger l’islam, 1501 questions à poser aux musulmans« . Sa traduction en italien est achevée, celle en espagnol se poursuit,  celle en portugais cherche un éditeur au Brésil, tandis qu’une maison d’édition allemande s’est déclarée et cherche un(e) traducteur(trice) en allemand… Nous voudrions beaucoup qu’il soit traduit aussi en anglais et en arabe… Merci de le faire connaître. »

La Corée du Nord protège notre liberté d’expression

POUR QUE LA DROITE SOIT DROITE

Fondamentalement il est nécessaire qu’elle respecte la loi naturelle divine, et donc que la peine de mort ne soit pas réservée aux innocents dans le sein de leurs mères ; que le mariage et la famille soient protégés, comme la patrie qui n’est que l’ensemble des familles.

Il est nécessaire que l’État respecte aussi la loi surnaturelle divine, et donc rendent les hommages qui lui sont dus au seul vrai Dieu, notamment en ne favorisant d’aucune manière les fausses religions et en interdisant les sociétés secrètes.

Il ne peut y avoir aucune droiture sans la soumission au vrai Dieu, à la seule vraie religion.

Simple à dire mais qui pour pratiquer ?

POUR QUE LA DROITE SOIT DROITE

LE NON CONCLUSIONNISME

L’Église a clairement définit dans son magistère pérenne la doctrine catholique sur le salut des âmes. Une dénaturation, en revanche, advint durant le Concile Vatican II, où se vérifie une volte-face radicale sur l’Église et son rôle d’évangélisation.

La nouvelle base doctrinale sur laquelle ces changements se fondent peut se résumer en une parole : œcuménisme.

Le terme œcuménisme désigne un mouvement, né dans des groupes de non-catholiques du XIXe siècle, qui a pour but la collaboration et le rapprochement des diverses confessions chrétiennes. Ce courant parvint en 1948 à la fondation du Conseil œcuménique des Églises et les mêmes principes ont conduit ensuite au dialogue interreligieux avec les religions non-chrétiennes.

L’Église en prit tout de suite ses distances et le pape Pie XI publia, déjà en 1928, l’encyclique Mortalium animos, dans laquelle il le condamnait, non seulement parce qu’inopportun à cause des circonstances, mais parce que les principes auxquels il faisait appel sont contraires à la foi et à la bonne doctrine, puisqu’ils induisent la confusion dans les âmes et le relativisme, laissant croire que chaque religion peut contribuer au salut. Cette encyclique est très claire et je dirais presque prophétique, parce qu’avec elle le magistère de l’Église condamne par anticipation les erreurs actuelles.

Nous en reproduisons les passages les plus significatifs :

« Il est vrai, quand il s’agit de favoriser l’unité entre tous les chrétiens, certains esprits sont trop facilement séduits par une apparence de bien. (…) De telles entreprises ne peuvent, en aucune manière, être approuvées par les catholiques, puisqu’elles s’appuient sur la théorie erronée que les religions sont toutes plus ou moins bonnes et louables. (…) En vérité, les partisans de cette théorie s’égarent en pleine erreur, mais de plus, en pervertissant la notion de la vraie religion ils la répudient, et ils versent par étapes dans le naturalisme et l’athéisme. La conclusion est claire: se solidariser des partisans et des propagateurs de pareilles doctrines, c’est s’éloigner complètement de la religion divinement révélée.

Dans ces conditions, il va de soi que le Siège Apostolique ne peut, d’aucune manière, participer à leurs congrès et que, d’aucune manière, les catholiques ne peuvent apporter leurs suffrages à de telles entreprises ou y collaborer; s’ils le faisaient, ils accorderaient une autorité à une fausse religion chrétienne, entièrement étrangère à l’unique Église du Christ. (…) Il n’est pas permis, en effet, de procurer la réunion des chrétiens autrement qu’en poussant au retour des dissidents à la seule véritable Église du Christ, puisqu’ils ont eu jadis le malheur de s’en séparer. (…) La conclusion est claire: se solidariser des partisans et des propagateurs de pareilles doctrines, c’est s’éloigner complètement de la religion divinement révélée. »

De ce texte magistral on en déduit diverses vérités de foi, comme la claire identification de l’Église du Christ comme l’Église catholique laquelle possède en soi l’unité de la foi, contrairement à ceux qui s’en sont éloignés. Ceux-ci pourront la retrouver seulement en revenant à la bergerie dont ils se sont séparés c’est-à-dire l’Église catholique. Le Pontife enseigne clairement que c’est contraire à la religion révélée de contribuer à des réunions inter-religieuse entre chrétiens, parce que celles-ci présupposent que toutes les diverses religions sont toutes bonnes et louables.

Pour ces raisons l’Église s’est toujours efforcée de ramener à l’unité du Corps mystique les membres des communautés séparées. Il suffit de penser au concile de Lyon (1245-0274) et au concile de Florence (1439) par rapport aux schismatiques, à la supplique de Pie IX à l’occasion du concile Vatican Ier et à celle de Léon XIII aux confessions chrétiennes en 1894.

Le concile Vatican II

Le concile Vatican II a consacré le décret Unitatis redintegratio à l’œcuménisme et la déclaration Nostra aetate au dialogue interreligieux.

Une nouvelle doctrine est à la base de ces textes, qui présentent les autres confessions chrétiennes et aussi les religions non chrétiennes comme des expressions, moins parfaites mais valables, de la religion divine et donc comme chemins qui conduisent réellement à Dieu et au salut éternel.

De tels enseignements se relient à une nouvelle conception de l’Église qui trouve son fondement dans la fameuse affirmation de la Constitution Lumen gentium au n° 81, selon laquelle l’Église du Christ subsiste dans celle catholique. Avec cela on veut signifier, comme il apparaît du contexte conciliaire, que l’Église du Christ ne correspond pas à l’Église romaine, visible dans son apparat hiérarchique, à laquelle on appartient par la foi, le baptême et la soumission aux pasteurs légitimes, mais qu’en réalité elle est plus ample, une entité plus vaste qui comprend toutes les religions chrétiennes et, par extension, aussi celles non chrétiennes, dont Dieu se sert comme moyen pour conduire les hommes au salut.

Le pasteur protestant Wilhelm Schmidt, observateur au concile, a revendiqué la paternité de cette nouvelle expression: « J’ai proposé par écrit la formule « subsistit in » à celui qui était alors le conseiller théologique du cardinal Frings, Joseph Ratzinger, qui l’a transmise alors au cardinal. »

L’Église du Christ, donc, se réaliserait parfaitement dans l’Église catholique (sa subsistance) mais elle s’étendrait en-dehors d’elle de manière imparfaite, grâce à « des éléments ecclésiale » présents dans d’autres confessions chrétiennes.

Le décret Unitatis redintegratio confirme cette nouvelle doctrine avec des paroles très claires :

« En conséquence, ces Églises et communautés séparées, bien que nous croyions qu’elles souffrent de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut, dont la vertu dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Église catholique. « 

D’une telle théorie il résulte que la grâce du salut peut être concéder en-dehors de l’Église catholique, sans son intermédiaire, dans une autre religion et par une autre religion.

Ainsi l’Église romaine n’est plus présentée comme l’unique société religieuse qui conduit au salut, et les autres confessions chrétiennes (et aussi les religions non chrétiennes comme il ressort de Nostra aetate) sont considérées comme d’autres expressions, moins parfaites mais valables, de la religion divine et donc comme chemins qui conduisent réellement à Dieu et au salut éternel.

Une telle interprétation a été confirmée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi dans la déclaration Dominus Jesus du 6 août 2000, par laquelle on rejette l’interprétation moderniste la plus extrême, selon laquelle l’Église catholique ne serait qu’une réalisation parmi les autres de l’Église du Christ. On y affirme en effet que l’Église du Christ continue à exister dans sa plénitude dans l’Église catholique, mais on réitère que de nombreux éléments de sanctification et de vérité subsisteraient en-dehors de ses structures, c’est-à-dire dans les églises et communautés séparées qui ne sont pas encore en pleine communion avec elle, réaffirmant ainsi l’enseignement du concile.

Ceci ne correspond absolument pas à la doctrine traditionnelle et Pie XII enseignait clairement qui s’il est vrai que par exception le salut pourrait se réaliser en-dehors des limites visibles de l’Église, cela ne peut se produire que de manière strictement individuelle, toujours à travers la vraie Église et non par la médiation des fausses religions. Celles-ci, en effet, par leurs erreurs éloignent plutôt les hommes de la voie de la justification.

Vatican II, au contraire, affirme que le salut peut se réaliser, bien qu’imparfaitement, en dehors des limites visibles de l’Église, d’une manière non seulement individuelle, mais sociale : l’Esprit-Saint utiliserait la médiation sociale et visible des autres religions pour dispenser le salut, médiation bien réelle, même si moins parfaite, de celle de l’Église catholique qui devient ainsi le moyen général du salut, à côté d’économies imparfaites, mais valides, dont le Christ peut se servir. C’est l’affirmation explicite de Unitatis redintegratio, avec laquelle l’enseignement de Jean-Paul II in Redemptoris missio se trouve en parfaite continuité.

De là naît la nouvelle notion de « communion imparfaite ».

L’enseignement traditionnel de l’Église est simple : pour être sauvé il faut appartenir à l’Église ou réellement (à travers les trois conditions classiques : baptême, foi catholique, soumission aux pasteurs légitimes) ou au moins de vœu (par un désir explicite ou implicite). Ceux, donc, qui n’appartiennent pas à l’Église et qui n’en ont aucun désir même implicite, ne peuvent pas, dans ces dispositions, obtenir le salut.

Selon certains textes conciliaires, en revanche, les chrétiens non catholiques seraient en soi en « communion imparfaite » avec l’Église, et tous les hommes, même les non chrétiens, seraient « ordonnés au peuple de Dieu ».

Le décret Unitatis redintegratio, parlant des célébrations des communautés schismatiques orthodoxes, affirme que :

« Ainsi donc, par la célébration de l’Eucharistie du Seigneur dans ces Églises particulières, l’Église de Dieu s’édifie et grandit, la communion entre elles se manifestant par la concélébration. »

Avec ce texte on comprend clairement qu’une communauté séparée de la vraie Église catholique est considérée appartenir à « l’Église de Dieu ».

La déclaration Nostra aetate, ensuite, chante des hymnes de louanges en l’honneur de l’hindouisme, du bouddhisme, de l’islamisme et du judaïsme.

Le Postconcile

Ces nouvelles doctrines enseignées au Concile ont été explicitées dans les années suivantes dans leur sens évident.

Le cardinal Wojtyla, durant la retraite qu’il prêcha au Vatican en 1976, développa la thèse selon laquelle tous les hommes, quelle que soit sa religion, prient le vrai Dieu :

« Ce Dieu, dans son silence, que professe le trappiste ou le camaldule. A lui s’adresse le bédouin dans le désert, quand arrive l’heure de la prière. Et peut-être aussi le bouddhiste concentré dans sa contemplation qui purifie sa pensée en préparant la route au nirvana. Dieu, dans sa transcendance absolue, Dieu qui transcende absolument tout le créé, tout ce qui est visible et compréhensible. »

Une fois élu pape, Jean-Paul II dans son encyclique Ut unum sint (n°11) affirma que :

« Dans les autres communautés chrétiennes il y a une présence active de l’unique Église du Christ. »

Dans l’encyclique Redemptor hominis il cherche une justification patristique aux nouvelles doctrines:

« A juste titre les pères de l’Église voyaient dans les diverses religions comme autant de reflets d’une unique vérité, comme des «semences du Verbe.»

Il se réfère à saint Justin et à saint Clément d’Alexandrie. Le Concile avait lancé cette idée mais les Pères de l’Église n’ont reconnu rien de tel. Leurs textes, qui sont invoqués, ne parlent en réalité d’aucune religion païenne, mais des philosophes et des poètes. Saint Justin précise que cette « semence » répandue sur toute l’humanité est la raison naturelle et il la distingue avec soin de la grâce.

Personne ne peut nier que, suite aux nouvelles doctrines enseignées par le Concile, il y ait eu un vrai changement dans l’attitude envers ces autres religions. L’Église a toujours essayé d’évangéliser les adeptes des fausses religions pour les convertir, tandis que l’église post-conciliaire, en revanche, assume l’attitude du « dialogue ».

Le document Dialogue et mission du Secrétariat pontifical pour les non chrétiens l’affirme clairement:

« Vatican II a marqué une nouvelle étape dans les relations de l’Église catholique avec les croyants des autres religions. (…) Cette nouvelle attitude prend le nom de dialogue. »

Au n°13 de ce document, on parle de dialogue comme du moyen « grâce auquel les chrétiens rencontrent les croyants des autres traditions religieuses pour cheminer ensemble à la recherche de la vérité et pour collaborer à des œuvres d’intérêt commun. »

Si les catholiques « cheminent » avec les non chrétiens à la recherche de la vérité, et il s’agit d’un enrichissement réciproque, il est clair que l’Église abandonne la prétention de posséder seule la vérité.

C’est ce qui ressort aussi de la déclaration Nostra aetate, dans laquelle on lit au n° 2 :

« L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. »

Dans ce texte fondamental on enseigne, disons-le clairement, que dans les religions non chrétiennes existeraient « des doctrines » qui, même si elles diffèrent « de ce que l’Église tient et propose », refléteraient cependant « un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. » Cette affirmation incroyable suppose que ces religions peuvent contenir des vérités manifestées par Dieu, mais en contradiction avec ce que l’Église enseigne ! Comme si Dieu, auteur de la vraie Révélation confiée à l’Église, pouvait se contredire ! Se faisant l’écho de cet enseignement, le pape François dans son Exhortation apostolique, va jusqu’à affirmer que certains rites des non chrétiens seraient « fruit de l’action divine » à cause de la « dimension sacramentelle de la grâce » !

Les confessions chrétiennes non catholiques, en définitive, ne peuvent se considérer réalisations partielles de l’Église du Christ parce que cela s’oppose au magistère de l’Église, synthétisé dans l’encyclique Mystici Corporis, dans laquelle Pie XII rappelle clairement que sans le baptême, la vraie foi et la soumission à l’autorité légitime on ne peut être membre de l’Église.

Ces sectes donc (pour les appeler avec leur vrai nom) ne peuvent être en aucune manière des moyens de salut, ni ordinaires ni extraordinaires, bien au contraire, objectivement, elles deviennent pour leurs membres des obstacles pour y parvenir. Les réalités saintes indubitablement détenues par les hérétiques ou les schismatiques, comme l’Écriture Sainte pour les protestants (plus ou moins altérée), les sacrements pour les schismatiques orientaux, ne peuvent donner la grâce et le salut si ce n’est dans la mesure avec laquelle ceux qui les reçoivent refusent (au moins implicitement) l’adhésion formelle à l’hérésie ou au schisme. La théologie traditionnelle ne désigne pas ces réalités « volées » à l’Église catholique comme des « éléments de sanctification » ou comme des « éléments ecclésiales », mais plutôt comme des « vestiges » de la vraie religion ; en effet, soustraits à la vraie Église, ils cessent par le fait même d’être une réalité vivante (et sanctifiante) et ils tombent en ruines.

Si certains sacrements, comme le baptême, peuvent être valides dans certaines communautés séparées, ils ne sont pas en soi fructueux dans le sens qu’ils ne produisent pas la grâce à cause de l’obstacle que pose l’adhésion à l’hérésie ou au schisme de qui les reçoit.

Un sacrement en effet, même si reçu validement, peut ne pas produire la grâce s’il rencontre dans l’âme un obstacle comme le péché mortel. Recevoir dans cet état par exemple la confirmation ou le mariage non seulement ne serait pas source de grâces, mais constituerait un nouveau péché : un sacrilège. L’appartenance au schisme est en soi un péché grave, et constitue un empêchement à la grâce.

Aussi, une réalité en soi sainte, comme un sacrement, ne peut être « un élément de sainteté  » en tant que tel (comme le soutient le Concile), dans une communauté séparée de l’Église.

Une telle communauté est en soi un empêchement à l’efficacité sanctificatrice du sacrement dont elle s’est emparée. Ce dernier pourra être fructueux seulement si la personne qui le reçoit se trouve dans la situation exceptionnelle de ne pas adhérer formellement à l’hérésie ou au schisme. C’est le cas des enfants avant l’âge de raison ou des personnes qui se trouvent dans l’ignorance invincible qui, cependant, ne peut se supposer chez les adultes.

Saint Bède le Vénérable, dans son commentaire sur la première épître de saint Pierre, explique très clairement que pour les baptêmes en dehors de l’Église, le baptême n’est pas un instrument de salut, mais plutôt de damnation :

« Le fait que l’eau du déluge ne sauve pas, mais tue ceux qui sont en dehors de l’arche, préfigure sans aucun doute que l’hérétique, bien qu’il possède le sacrement de baptême, n’est pas immergé en enfer par d’autres eaux, mais précisément par celles qui soulèvent l’arche vers le ciel. »

La participation active à une cérémonie religieuse d’une communauté hérétique ou schismatique constitue en soi, par sa nature propre, un assentiment à la foi de cette communauté. Pour cela recevoir un sacrement dans ces conditions devient peccamineux et est occasion de scandale.

Lumineux est l’exemple de saint Satyr, frère de saint Ambroise. Lorsqu’il était encore catéchumène, durant un voyage en mer il se retrouva pris dans une tempête et fit naufrage en Sardaigne. Il aurait voulu recevoir le baptême mais, une fois appris que l’évêque local adhérait au schisme de Lucifer, évêque de Cagliari, il décida de le repousser jusqu’à ce qu’il trouve un évêque fidèle au pape.

En conclusion, les bons éléments que peuvent contenir les fausses religions doivent être considérés dans le contexte de la secte qui en emprisonne la force salvatrice. Même dans l’ordre naturel un gâteau est jugé bon ou mauvais non seulement à partir des aliments qu’il contient mais aussi par le tout. La mauvaise répartition des ingrédients, excellents en soi, peut être suffisante à gâcher l’ensemble. L’introduction d’un seul ingrédient avarié peut faire pire encore ; le fait, ensuite, d’ajouter quelques gouttes de poison aura, sur l’effet final, un poids majeur que les bons ingrédients.

Dans l’ordre spirituel, une religion n’est pas seulement un agglomérat d’éléments : elle forme un tout et ce tout est bon ou mauvais, vrai ou faux dans son tout. Peut importe les bons éléments pris séparément.

Les vérités partielles, contenues dans un système faux ou dans une religion fausse, sont réduites en esclavage par ce système qui s’empare d’elles et les utilise à son profit, comme force de séduction.

L’islam, par exemple, se présente comme une religion monothéiste. Cet aspect est juste et raisonnable, mais ce monothéisme est férocement anti-trinitaire. Le monothéisme, vrai en soi, est faussé par le système d’erreurs dont il est esclave. Bien qu’il y ait des degrés dans l’erreur, on peut dire paradoxalement qu’un système qui reprend plus d’éléments de vérité est plus dangereux d’un autre qui en possède moins. Une chaise à trois pieds qui se tient droite est plus dangereuse qu’une chaise qui en a seulement deux, parce qu’on peut se tromper et s’asseoir dessus. Les missionnaires en effet ont toujours eu plus de difficultés à convertir des musulmans que des animistes.

Pour découvrir l’origine de ces erreurs il faut remonter à la doctrine de Rahner, selon laquelle les religions non chrétiennes seraient un christianisme anonyme et donc des voies de salut « par lesquelles les hommes s’avancent vers Dieu et son Christ. »

La rédemption universelle

La doctrine catholique nous enseigne que Jésus-Christ, en mourant sur la Croix, a offert à tous les hommes la possibilité de se sauver, en méritant pour tous les grâces suffisantes pour arriver au Paradis. Mais pour être sauvé, de fait, il convient d’être uni à Jésus dans cette vie à travers la vraie foi, le baptême et la grâce sanctifiante qui nous rend effectivement ses enfants, nous donnant ainsi la possibilité de mériter la vie éternelle. Si quelqu’un refuse la grâce, il reste dans un état de perdition.

Lors du dernier concile, en revanche, on a mis les bases d’une nouvelle doctrine. Gaudium et spes au n° 22, 2, affirme que « avec l’Incarnation le Fils de Dieu s’est uni d’une certaine manière à chaque homme. » Par la suite cette affirmation a été explicitée dans le sens que, à cause de cette union réalisée avec l’Incarnation et par la mort de Jésus sur la croix, chaque homme serait déjà sauvé.

Alors le cardinal Wojtyla, au cours d’exercices spirituels prêchés au Vatican, enseignait que :

« Tous les hommes, depuis le début du monde et jusqu’à sa fin, ont été rachetés et justifiés par le Christ et par sa Croix. (…) La naissance de l’Église, au moment de la mort messianique et rédemptrice du Christ, a été aussi, en substance, la naissance de l’Homme, et elle l’a été indépendamment du fait que l’homme le sache ou pas, l’accepte ou pas ! A cet instant l’homme est passé à une nouvelle dimension de son existence, succinctement exprimée par saint Paul : « in Christo. » « La Révélation consiste dans le fait que le Fils de Dieu, à travers son Incarnation, s’est uni à chaque homme. »

Comme pape, il reprendra cet enseignement dans sa première encyclique :

« Il s’agit de chaque homme, parce que chacun a été compris dans le mystère de la Rédemption, et avec chacun le Christ s’est uni, pour toujours, à travers ce mystère. (…) C’est l’homme dans toute la plénitude du mystère dont il est devenu participant en Jésus-Christ, mystère dont devient participant chacun des quatre milliards d’hommes vivants sur notre planète, du moment où il est conçu sous le cœur de sa mère. »

Si l’homme est uni dès l’instant de sa conception au Christ, on ne voit plus trop quel est le besoin du baptême et de l’appartenance à l’Église.

Le 21 février 1981, dans son message aux peuples d’Asie, Jean-Paul II affirmait encore plus clairement :

« Dans l’Esprit-Saint chaque personne et chaque peuple sont devenus, par la croix et la résurrection du Christ, des enfants de Dieu, prenant part à la nature divine et héritier de la vie éternelle.« 

L’Ancienne Alliance

Jean-Paul II, plusieurs fois, a pris l’initiative de développer cette nouvelle doctrine dans son enseignement par rapport au judaïsme actuel, en le reconnaissant comme voie de salut, puisque l’Ancienne Alliance serait encore en vigueur. En 1980, au cours de sa visite à la synagogue de Magonza, il dit :

« La rencontre entre le peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance, qui n’a jamais été abrogée par Dieu (cf. Rm 11, 29), et celui de la Nouvelle Alliance, est en même temps un dialogue interne dans notre Église, d’une certaine manière entre la première et la seconde partie de sa Bible. »

Plus tard, en 1986, s’adressant à la communauté juive d’Italie, lors de sa visite à la synagogue de Rome, il déclarait :

« L’Église du Christ découvre son lien avec le judaïsme « en scrutant son propre mystère » (cf. Nostra aetate, 4). La religion juive ne nous est pas « extrinsèque », mais, d’une certaine manière, « intrinsèque » à notre religion. Nous avons donc à son égard des rapports que nous n’avons avec aucune autre religion. Vous êtes nos frères de prédilection et, d’une certaine façon, nous pourrions dire nos frères aînés. »

Ces considérations sont, d’autre part, l’enseignement du Catéchisme de l’Église catholique qui récite au n° 83920 :

« A la différence des autres religions non-chrétiennes la foi juive est déjà réponse à la révélation de Dieu dans l’Ancienne Alliance. C’est au Peuple Juif qu’ » appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses et les patriarches, lui de qui est né, selon la chair le Christ  » (Rm 9, 4-5) car  » les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance  » (Rm 11, 29). »

Il a quelques années, le cardinal Bagnasco, rencontrant les rabbins Laras et Di Segini, soulignait clairement que :

« Il n’y a pas, de la manière la plus absolue, aucun changement dans l’attitude que l’Église catholique a développé envers les juifs, surtout à partir du concile Vatican II. A cet égard, la Conférence Épiscopale Italienne confirme que ce n’est pas l’intention de l’Église catholique d’œuvrer activement pour la conversion des juifs.« 

Même le pape François dans sa récente Exhortation apostolique souligne le concept erroné selon lequel l’Ancienne Alliance n’aurait jamais été révoquée.

La renonciation à convertir

Dans d’autres textes de l’enseignement post-conciliaire, on affirme clairement la renonciation de l’Église à un apostolat tourné vers la conversion des non chrétiens, en se basant sur les nouvelles doctrines du Concile. Citons, par exemple, monseigneur Rossano, Recteur de l’Université Pontificale du Latran. Dans son discours à la conférence promue par le Conseil Pontifical du Dialogue inter-religieux, à l’occasion de l’anniversaire de sa fondation et de la déclaration Nostra aetate, il affirmait :

« Avec la déclaration conciliaire du 28 octobre 1965, le dialogue devient « une forme particulière à part entière » qui inaugure une nouvelle « méthodologie missionnaire » basée sur « la réciprocité du rapport existentiel« . L’autre n’est plus « objet de mission, mais sujet concret dont on s’approche avec le regard tourné vers « ce qui est commun ».

La même attitude a été adoptée envers les communautés schismatiques. A ce propos la lecture de la Convention de Balamand (Liban) du 23 juin 1993 est très intéressante.

Après le XIe siècle, diverses parties de l’église orientale qui avaient adhéré au schisme se sont réunie à Rome, reconnaissant le primat du Souverain Pontife tout en conservant leur rite, comme cela était avant le schisme. Après les changements politiques intervenus en Union Soviétique, ces Églises, dîtes Uniates parce que revenues à la communion de l’Église catholique, ont connu un grand développement. Beaucoup, en effet, persévéraient dans le schisme uniquement en raison de la pression externe, mais ils avaient le désir de s’unir à Rome. Face à ce mouvement, les autorités orthodoxes menacèrent de rompre les relations œcuméniques avec Rome. La Conférence de Balamand fut une tentative de sauver l’œcuménisme. Le texte de la déclaration se trouve sur le site du Vatican (en anglais et en français). On y déclare ouvertement la volonté d’abandonner toute tentative d’apostolat tourné vers la conversion des grecs-schismatiques.

Voici les points les plus importants :

12 : « cette forme «d’apostolat missionnaire», … qui a été appelée «uniatisme», ne peut plus être acceptée ni en tant que méthode à suivre, ni en tant que modèle de l’unité recherchée par nos Églises. »

13 : « depuis les conférences pan-orthodoxes et le deuxième Concile du Vatican, la redécouverte et la remise en valeur tant par les orthodoxes que par les catholiques, de l’Église comme communion, ont changé radicalement les perspectives et donc les attitudes.« 

22 : « L’action pastorale de l’Église catholique tant latine qu’orientale ne tend plus à faire passer les fidèles d’une Église à l’autre; c’est-à-dire ne vise plus au prosélytisme parmi les orthodoxes. »

30 : Il faut dépasser « l’ecclésiologie périmée du retour à l’Église catholique.« 

35 : « En excluant pour l’avenir tout prosélytisme et toute volonté d’expansion des catholiques aux dépens de l’Église orthodoxe, la commission espère qu’elle a supprimé l’obstacle qui a poussé certaines Églises autocéphales à suspendre leur participation au dialogue théologique et que l’Église orthodoxe pourra se retrouver au complet pour continuer le travail théologique si heureusement commencé. »

Dans ce contexte doctrinal, les affirmations de François dans l’interview donnée à Scalfari où il déclare n’avoir aucune intention de le convertir et que « le prosélytisme est une bêtise » n’étonnent plus. Elles s’insèrent dans une parfaite continuité avec ce nouvel enseignement, mais en contraste avec le magistère pérenne de l’Église.

La nouvelle évangélisation

Face à cette nouvelle doctrine, on peut se demander alors : on quoi consiste la nouvelle évangélisation dont on parle tellement depuis le Concile ?

En premier il faut noter que, même si on parle d’évangéliser, on ne reconnaît plus la nécessité de convertir à Jésus-Christ et à l’Église. Ce langage a disparu après le Concile. Pour comprendre en quoi consiste la nouvelle évangélisation, nous possédons une grille de lecture dans le discours à la curie romaine que Benoît XVI prononça le 21 décembre 2007, et dans lequel il explique ce que signifie être missionnaire aujourd’hui. En voici les morceaux les plus significatifs :

« Est-il encore licite aujourd’hui d' »évangéliser »? Toutes les religions et les conceptions du monde ne devraient-elles pas plutôt coexister pacifiquement et chercher à réaliser ensemble le meilleur pour l’humanité, chacune à sa manière? De fait, il est indiscutable que nous devons tous coexister et coopérer dans la tolérance et dans le respect réciproque. L’Église catholique s’engage en ce sens avec une grande énergie et, avec les deux rencontres d’Assise, elle a aussi laissé des indications claires dans ce sens, des indications que nous avons à nouveau reprises dans la rencontre de Naples de cette année. (…)

La reconnaissance commune de l’existence d’un Dieu unique, Créateur providentiel et Juge universel du comportement de chacun, constitue la prémisse d’une action commune en défense du respect effectif de la dignité de chaque personne humaine pour l’édification d’une société plus juste et solidaire. 

Mais cette volonté de dialogue et de collaboration signifierait-elle également dans le même temps que nous ne pouvons plus transmettre le message de Jésus-Christ, que nous ne pouvons plus proposer aux hommes et au monde cet appel et l’espérance qui en découle? Celui qui a reconnu une grande vérité, qui a trouvé une grande joie, doit la transmettre, il ne peut absolument pas la garder pour lui. Des dons si grands ne sont jamais destinés à une seule personne. En Jésus-Christ est née pour nous une grande lumière, la grande Lumière: nous ne pouvons pas la mettre sous le boisseau, mais nous devons l’élever sur le lampadaire, pour qu’elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison (cf. Mt 5, 15). Saint Paul a été inlassablement en chemin en apportant avec lui l’Évangile. Il se sentait même soumis à une sorte de « nécessité » d’annoncer l’Évangile (cf. 1 Co 9, 16) – non tant du fait d’une préoccupation pour le salut de la personne non baptisée, qui n’avait pas encore été touchée par l’Évangile, que parce qu’il était conscient que l’histoire dans son ensemble ne pouvait pas arriver à son achèvement tant que la totalité (pléroma) des peuples n’aurait pas été touchée par l’Évangile (cf. Rm 11, 25). Pour parvenir à son achèvement, l’histoire a besoin de l’annonce de la Bonne Nouvelle à tous les peuples, à tous les hommes (cf. Mc 13, 10). »

Dans ce texte, traitant d’évangélisation, on n’évoque nullement l’urgence de convertir les âmes qui sont dans l’erreur à la vraie foi catholique pour leur salut. Il s’agit plutôt de vivre ensemble dans le respect réciproque de toutes les religions, comme l’ont démontré les différentes réunions inter-religieuses dans lesquelles on demandait aux représentants de toutes les religions de prier pour la paix, « pour l’édification d’une société plus juste et solidaire. » La nouvelle évangélisation part d’un autre fondement : « qui a trouvé une grande joie, doit la transmettre, il ne peut absolument pas la garder pour lui » et cela, comme ce fut le cas pour saint Paul  » non tant du fait d’une préoccupation pour le salut de la personne non baptisée » mais parce que  » pour parvenir à son achèvement, l’histoire a besoin de l’annonce de la Bonne Nouvelle à tous les peuples, à tous les hommes. »

En cohérence avec le nouvel enseignement inauguré au Concile et développé par Jean-Paul II, il semble que la mission de l’Église soit donc devenue celle d’annoncer à chaque homme la grande joie qu’il est, en vertu du mystère de l’Incarnation,et même s’il l’ignore, uni à Jésus-Christ et par le fait même déjà sauvé.

Puisqu’il n’y a plus la nécessité de la conversion à la vraie foi et à l’Église catholique pour obtenir le salut éternel, les hommes des autres religions doivent travailler ensemble dans « le respect et la tolérance » pour « l’édification d’une société plus juste et solidaire. »

A la « seule foi » de Luther pour le salut, il semble qu’on veuille substituer « la seule Incarnation. »

Mais en s’incarnant, le Verbe divin a assumé une seule nature humaine, celle de Jésus-Christ, et pas celle de chaque homme. S’il est vrai que Jésus est mort pour tous, il est tout autant vrai que pour bénéficier des fruits de sa rédemption, il faut être uni à Lui à travers la foi et la vie de la grâce, dans la vraie Église fondée par Lui.

L’œcuménisme, au lieu d’être une exigence de la charité, comme on cherche à nous le faire croire, est un péché contre elle. Le vrai amour, en effet, réclame qu’on veuille le bien de notre prochain et le bien le plus grand est de le conduire à la vérité, pour qu’il puisse accéder à la vie éternelle.

L’œcuménisme, au contraire, abandonne les hommes dans leurs erreurs, les réconforte en elles, leur laissant croire qu’ils pourront être sauvés grâce au secours de leurs fausses religions.

Ceux qui propagent ces nouvelles doctrines agissent comme un médecin qui, au lieu d’avertir le malade de la gravité de son mal et de le soigner, l’entretient dans ses illusions.

A cinquante ans du Concile, face aux tentatives ecclésiastiques de continuer à soutenir le mythe désormais en ruines, il est nécessaire plus que jamais de considérer lucidement et avec objectivité les nouvelles doctrines qu’il a transmit et qui ont miné l’Église, paralysant la force missionnaire pour convertir les âmes et pour la transformation spirituelle et morale de la société.

Outre la prière pour notre Mère l’Église, nous sommes convaincus que faire la lumière sur ces doctrines erronées soit le plus grand service que nous puissions lui rendre et auquel nous ne pourrons jamais renoncer, sans devenir complice de son autodestruction.

Abbé Pierpaolo Maria Petrucci, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, Supérieur du District d’Italie Source : La Tradizione Cattolica N° 4 – 2015

Est-il seulement nécessaire …de considérer lucidement et avec objectivité les nouvelles doctrines qu’il a transmis et qui ont miné l’Église….ne faudrait-il pas en tirer les conséquences théoriques qui s’imposent ? La mission de l’Église n’est pas seulement de convertir mais de procurer le salut, et cela par la doctrine intègre et les sacrements valides, or toutes ces nouveautés sapent à la racine ces deux canaux.

Il faut aussi considérer lucidement le contexte actuel :

Ennemond –  2016-02-21 23:19:01 in Forum Catholique

Vous parlez du contexte actuel ?

Mais il semble bien qu’il ne soit pas question de signature aujourd’hui, ni de savoir s’il y doit y avoir accord ou pas accord. Là est l’anachronisme de 2016. Aussi, il semble qu’il faille aussi voir que la situation a évolué.

Il pourra y avoir des blogs, des manifestations, des pétitions, des démissions, des grèves de la faim, ou bien d’autres choses, vous verrez que le pape déposera sur la FSSPX une prélature personnelle. Que les progressistes ou les résistants s’ingénient à ne pas vouloir le croire n’aura pas grande incidence sur sa décision. Il vaudrait mieux se préparer à cette éventualité plutôt que de s’évertuer à ne pas vouloir imaginer qu’elle advienne. Quant au pape, il n’est pas certain qu’il soit rivé sur le contexte français, encore moins sur le contexte traditionaliste.

LE NON CONCLUSIONNISME

Une histoire de résistance

22 février 1943 Décapitation de la « Rose blanche »

Le 22 février 1943, trois étudiants allemands d’une vingtaine d’années sont guillotinés dans la prison de Stadelheim, près de Munich. Leur crime est d’avoir dénoncé le nazisme dans le cadre d’un mouvement clandestin, « La Rose blanche » (Die Weiße Rose en allemand).

Comment, de juin 1942 à février 1943 une poignée de jeunes étudiants chrétiens ont-ils pu défendre les valeurs démocratiques au prix de leur vie ? Comment ont-ils pu diffuser six tracts incendiaires tout en écrivant le soir des slogans pacifistes et antinazis sur les murs de Munich ?

Pierre Le Blavec de Crac’h
Les prémices de la résistance

Résidant à Ulm et âgé de 14 ans en 1933, le lycéen Hans Scholl n’est pas au début insensible aux discours de Hitler. Comme tous les jeunes Allemands de son âge, il s’engage [cela n’était pas optionnel] avec sa sœur Sophie (12 ans) dans les Jeunesses Hitlériennes mais prend assez vite ses distances.

Aidé par ses parents et encouragé par l’éditeur Carl Muth du mensuel catholique Hochland, il rompt avec le national-socialisme et se consacre à ses études de médecine. Il lit les penseurs chrétiens (Saint Augustin, Pascal) et l’écriture sainte. Mais il est arrêté et emprisonné en 1938 pour sa participation à un groupe de militants catholiques.

Quatre ans plus tard, sa décision est prise. Il décide d’entrer en résistance par l’écrit après avoir lu des sermons de l’évêque de Münster Mgr von Galen dénonçant  la politique du gouvernement à l’égard des handicapés.

Un noyau dur se constitue autour de Hans et Sophie Scholl (protestants) et de trois étudiants en médecine que lie une solide amitié : Alexander Schmorell (25 ans, orthodoxe et fils d’un médecin de Munich) ; Christoph Probst (23 ans marié et père de trois jeunes enfants), et Willi Graf (24 ans, catholique). Il est bientôt rejoint par Traute Lafrenz, une amie de Hans.

Hans et Sophie Scholl et leur ami Christoph Probst

En juin 1942, alors que Hitler est au sommet de sa puissance, le petit groupe décide d’appeler les étudiants de Munich à la résistance contre le régime nazi, qualifié de « dictature du mal ». Sophie se garde d’informer de ses actions son fiancé, un soldat engagé sur le front de l’Est.

La rose s’épanouit

En moins de quinze jours, les jeunes gens rédigent et diffusent 4 tracts, signés « La Rose blanche » (Die Weiße Rose). Imprimés dans l’atelier de Munich mis à leur disposition par l’écrivain catholique Théodore Haecker, ils sont diffusés de la main à la main, déposés chez des restaurateurs de la ville ou adressés par la poste à des intellectuels non-engagés, des écrivains, des professeurs d’université, des directeurs d’établissements scolaires, des libraires ou des médecins soigneusement choisis.

Les tracts font référence à d’éminents penseurs (Schiller, Goethe, Novalis, Lao Tseu, Aristote) et citent parfois la Bible. Leurs lecteurs sont invités à participer à une « chaîne de résistance de la pensée » en les reproduisant et en les envoyant à leur tour au plus grand nombre possible de gens.

Willi Graf est enrôlé dans l’armée en juillet 1942 et découvre à cette occasion nombre d’atrocités. Quant à Hans Scholl et Alexander Schmorell, incorporés comme maréchal des logis dans la Wehrmacht en tant qu’étudiants en médecine, ils passent trois mois sur le front russe et constatent avec effroi l’horreur des traitements infligés aux juifs, aux populations locales et aux prisonniers soviétiques.

À partir de novembre 1942, les résistants de La Rose Blanche bénéficient du soutien de leur professeur Kurt Huber (49 ans, catholique convaincu) de l’université de Munich, qui devient leur mentor. Ils impriment et diffusent leurs tracts à des milliers d’exemplaires dans les universités allemandes et autrichiennes d’Augsbourg, Francfort, Graz, Hambourg, Linz, Salzburg, Sarrebruck, Stuttgart, Vienne et même de Berlin !

Le petit groupe collecte en même temps du pain pour les détenus de camps de concentration et s’occupe de leurs familles. Il est toutefois déçu par le peu d’écho de ses initiatives au sein de la population étudiante.

Un cinquième tract intitulé « Tract du mouvement de résistance en Allemagne » est distribué à plusieurs milliers d’exemplaires dans les rues, sur les voitures en stationnement et les bancs de la gare centrale de Munich ! Plus fort encore, en février 1943, Hans Scholl et Alexander Schmorell écrivent la nuit des slogans sur les murs du quartier universitaire : « Liberté ! Hitler massacreur des masses ! A bas Hitler !… »

Imprimé à plus de 2.000 exemplaires, distribué et envoyé par la poste, le sixième et dernier tract commente la défaite de Stalingrad, condamne les méthodes nazies et invite la jeunesse du pays à se mobiliser. Comme quelques centaines de ces tracts n’ont pu être expédiés, Hans Scholl décide de les diffuser dans l’Université de médecine.

Malheureusement, le matin du 18 février 1943, Hans et sa soeur Sophie sont aperçus par le concierge de l’université en train de jeter un dernier paquet de tracts du haut du deuxième étage donnant sur le hall. Ils sont aussitôt arrêtés avec leurs amis, livrés à la Gestapo (la police politique) et emprisonnés à Stadelheim.

Un procès expéditif

Le 22 février 1943, après une rapide instruction, le Tribunal du peuple chargé des « crimes politiques » se réunit pour un procès expéditif de trois heures.

Il est présidé par Roland Freisler, venu exprès de Berlin. Cet ancien communiste est l’un des chefs nazis les plus brutaux qui soient. Sophie Scholl, qui a eu une jambe brisée au cours de son « interrogatoire » par la Gestapo et comparaît sur des béquilles, lui fait face avec un courage inébranlable.

Freisler prononce lui-même la condamnation à mort pour trahison de Hans Scholl, de sa soeur et de leur ami Christoph Probst – baptisé quelques heures avant son exécution par un prêtre de la prison.

Sophie et Hans sont exécutés par les fonctionnaires de la prison de Stadelheim après avoir revu une dernière fois leurs parents, Robert et Magdalene Scholl. Hans Scholl s’écrie « Vive la Liberté ! » avant de mourir sur la guillotine (cet instrument a été importé de France en Bavière au XIXe siècle, à la suite des guerres napoléoniennes). Depuis, les trois jeunes martyrs reposent les uns à côté des autres dans le cimetière voisin de la forêt de Perlach.

Quelques mois plus tard, un second procès frappe quatorze accusés pris dans la même vague d’arrestations : le professeur Kurt Huber, Alexander Schmorell et son camarade Willi Graf sont condamnés à mort. À l’automne 1943, le réseau de Hambourg est lui aussi démantelé par la Gestapo.

Dix autres membres de la Rose Blanche – amis des Scholl, jeunes étudiants des universités d’Ulm et de Sarrebruck, ou sympathisants actifs comme Eugen Grimminger qui les avait aidés financièrement – sont envoyés en camp de concentration où ils paieront aussi de leur vie leur participation aux activités du mouvement.

Malgré son caractère confidentiel, la Rose Blanche bénéficie d’une notoriété nationale et même mondiale. Le 27 juin 1943, parlant de « la naissance d’une foi nouvelle, celle de l’honneur et de la liberté », l’écrivain allemand en exil Thomas Mann lui rend hommage sur les ondes de la BBC tandis que durant l’été 1943, l’aviation anglaise jette sur le pays un million d’exemplaires du dernier tract rédigé par le professeur Huber.

L’ami de cœur de Sophie, qui était sur le front de l’Est, obtient une permission sitôt qu’il apprend son arrestation mais il arrive à Munich deux heures après son exécution. Il va entrer dès lors dans la résistance au péril de sa vie…

La Rose Blanche a vécu à peine un an mais la mémoire d’une lutte héroïque – contre la résignation et pour la défense de la liberté d’opinion lorsqu’elle est menacée -, elle, ne s’éteindra jamais.

 

Une histoire de résistance