Sur l’infaillibilité législative de l’Église

Réflexions opportunes du cardinal Billot et de Mgr Sanborn sur l’infaillibilité législative de l’Église

Dès 1969, au sujet des réformes conciliaires, le Père Calmel écrivait : « à partir de Vatican II, c’est une législation révolutionnaire qui a pénétré dans l’Église. »

En 1983, après le “nouveau droit canon” promulgué par Jean-Paul II qui déclarait agir « de par l’autorité suprême » et qui donnait à « cette Constitution » « force de loi pour toute l’Église latine… », Mgr Lefebvre constatait qu’avec « ce nouveau code de droit canonique, on découvre une conception entièrement nouvelle de l’Église. » Et c’est pourquoi il expliquait à ses séminaristes : « il nous est impossible d’accepter en bloc le droit canon tel qu’il a été édité, parce qu’il est précisément dans la ligne de Vatican II… Cette nouvelle ecclésiologie touche notre foi et risque de nous entraîner, au moins dans un certain nombre de points essentiels du droit, dans des hérésies, comme la réforme liturgique qui favorise l’hérésie aussi. »

Comment ces propos peuvent-ils être conciliables avec l’Infaillibilité de l’Église dans sa discipline universelle telle qu’exposée par le Cardinal Louis Billot S.J. ?

Dans son Traité de l’Église du Christ, la thèse 22 § 3 traite explicitement de l’Infaillibilité pratique de la loi ecclésiastique :

« Au sujet de l’infaillibilité des choses qui relèvent de la discipline, on doit brièvement noter qu’elle consiste entièrement en ce que l’autorité suprême de l’Église, en vertu de l’assistance du Saint Esprit, ne puisse jamais instituer des lois qui soient d’une façon ou d’une autre opposées aux règles révélées de foi et de mœurs. Pie VI exprima ceci en peu de mots dans la Bulle Auctorem fidei, contre la proposition 78 du Synode de Pistoie : “La prescription du Synode concernant l’ordre des matières à traiter dans les conférences : par laquelle il dit d’abord, que dans chaque article,“il faut distinguer ce qui se rapporte à la foi et à l’essence de la religion de ce qui est propre à la discipline” ; par laquelle il ajoute que, “dans cette discipline même, il faut distinguer ce qui est nécessaire ou utile pour retenir les fidèles dans le bon esprit, de ce qui est inutile ou trop pesant pour la liberté des enfants de la nouvelle alliance, et encore plus de ce qui est dangereux et nuisible, comme conduisant à la superstition et au matérialisme” : dans la mesure où par la généralité des expressions le synode comprend et soumet à un examen prescrit même la discipline constituée et approuvée par l’Église, comme si l’Église, dirigée par l’Esprit de Dieu, pouvait établir une discipline non seulement inutile et trop onéreuse pour la liberté chrétienne, mais encore dangereuse, nuisible et conduisant à la superstition et au matérialisme : [est condamnée comme] fausse, téméraire, scandaleuse, pernicieuse, injurieuse pour l’Église et pour l’Esprit de Dieu par qui elle est conduite, et au moins erronée.” […] S’il est donc nécessaire que l’Église soit sainte par la sainteté des principes, il ne peut jamais arriver que la discipline établie et approuvée par celle-ci soit contraire aux règles de la foi ou à aucune des normes données dans l’Évangile. Il s’ensuit manifestement de ceci que l’Église est infaillible dans l’établissement de la discipline, en comprenant l’infaillibilité dans le sens indiqué peu auparavant. En outre, les paroles du Christ, dans l’évangile selon saint Matthieu (XXVIII-20) présentent l’Église comme non moins infaillible dans l’interprétation concrète et pratique de la révélation, que dans son interprétation dogmatique : “leur enseignant, dit-il, à observer tout ce que je vous ai commandé. Et voici que je suis avec vous, etc”. Ce qui certainement ne serait pas vrai, si les fidèles pouvaient être détournés par les lois de l’Église de la rectitude de la règle évangélique. »

Récemment, M. Robert Siscoe a fait paraître un article dans The Remnant pour défendre la position et la politique de la Fraternité saint Pie X qui prétend à la fois reconnaître la papauté comme légitime et à la fois lui résister en raison de la promulgation d’une messe et d’un code qui favorisent l’hérésie.

Robert Siscoe fut réfuté par Mgr Donald J. Sanborn, dans son Bulletin du Séminaire de la Très Sainte Trinité (Mars 2017). Après avoir montré combien les recherches et les remarques de M. Siscoe étaient insuffisantes, Mgr Sanborn rappelait l’enseignement classique de l’Église :

« L’Église est assez claire dans son enseignement sur l’infaillibilité de ses lois et disciplines universelles. Grégoire XVI dit dans l’encyclique Quo Graviora du 4 octobre 1833 : “Est-il possible que l’Église, qui est le pilier et le fondement de la vérité et qui reçoit continuellement du Saint-Esprit l’enseignement de toute vérité, puisse ordonner, accorder ou permettre ce qui irait au détriment du salut de l’âme, au mépris et au préjudice d’un sacrement institué par le Christ ?” Le même pontife déclara dans l’encyclique Mirari Vos du 15 août 1832 : “Ce serait donc un attentat, une dérogation formelle au respect que méritent les lois ecclésiastiques, de blâmer, par une liberté insensée d’opinion, la discipline que l’Église a consacrée, qui règle l’administration des choses saintes et la conduite des fidèles, qui détermine les droits de l’Église et les obligations de ses ministres, de dire que cette discipline est opposée aux principes certains du droit naturel, ou de la présenter comme défective, imparfaite, et soumise à l’autorité civile”. Le pape Pie VI (1775-1799) dans la Bulle Auctorem Fidei condamna comme “fausse, téméraire, scandaleuse, dangereuse, offensive aux oreilles pies, injurieuse à l’Église et à l’Esprit de Dieu par qui Elle est guidée, au moins erronée”, la proposition que “l’Église qui est gouvernée par l’Esprit de Dieu aurait pu établir une discipline dangereuse et nuisible.” […] Tous les théologiens catholiques affirment, en outre, qu’il est au moins théologiquement certain que l’Église ne peut pas errer dans ses disciplines universelles, c’est-à-dire qu’elle ne peut pas prescrire ou rejeter, ou même permettre quelque chose de peccamineux. Le fameux théologien Jean de saint Thomas appelle hérétique l’idée que l’Église puisse faire une telle chose. Jean de Saint-Thomas pense ainsi : “En ce qui concerne la substance et la morale de la loi, que le Pontife propose couramment, comme une règle de mœurs à suivre, ce serait hérétique d’affirmer que l’Église pourrait errer, de telle manière qu’elle puisse soit permettre, soit prescrire quelque chose de destructeur, ou contre les bonnes mœurs, ou la loi naturelle ou la loi divine”. […] L’indéfectibilité de l’Église est une doctrine qui appartient à la foi. Nous sommes tenus, par la foi, de croire que l’Église, en tant qu’institution, perdurera jusqu’à la fin des temps et perdurera dans le même état dans lequel le Christ l’a fondée. Cela signifie qu’Elle ne peut subir aucun changement substantiel de doctrine, de mœurs ou de disciplines. Mais tous les traditionalistes s’entendent pour dire que les enseignements et les pratiques promulgués par les papes et les évêques de Vatican II sont contraires à la foi et aux mœurs. Sinon pourquoi leur résister ? »

Cette doctrine de foi et la réalité de faits poussent Mgr Sanborn à conclure ainsi :

« Ceux qui sont apparemment papes ou évêques ne peuvent pas l’être, puisqu’ils ont promulgué de fausses doctrines, de mauvaises disciplines et également de fausses pratiques liturgiques. En d’autres termes, ils nous ont montré qu’ils sont de faux pasteurs, parce qu’ils ont contredit l’enseignement de l’Église et ont promulgué des disciplines mauvaises, ce que la véritable hiérarchie catholique ne peut pas faire en raison de l’assistance du Saint-Esprit. »

Il semble en effet difficile de concilier, d’une part, une opposition à la messe bâtarde de Paul VI, et qui à la faveur de Benoît XVI est devenu le rite ordinaire de l’Église, comme étant une liturgie adultère qui favorise l’hérésie et, d’autre part, une soumission au canon du Concile de Trente disant : « Si quelqu’un dit que les cérémonies, les ornements et les signes extérieurs que l’Église catholique utilise dans la célébration des messes incitent à l’impiété, plutôt qu’aux offices de piété, qu’il soit anathème. » (Session XXII, can. 7) ?

Comment en effet concilier, d’une part, une opposition au nouveau code de droit canon qui aurait « force de loi pour toute l’Église latine » et, d’autre part, affirmer qu’il contient une « nouvelle ecclésiologie qui favorise l’hérésie » ?

Sources : EtudesAntimodernistes.fr.

 

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Sur l’infaillibilité législative de l’Église

Médecins de la mort

Tandis que des médecins tuent des fœtus de sept mois au nom de l’IMG, d’autres médecins (voire les mêmes) font tout ce qu’ils peuvent pour sauver des prématurés de sept mois.

De même, tandis que des médecins font des massages cardiaques pour sauver des vies, d’autres médecins (voire les mêmes) arrêtent le cœur de patients pour prélever leurs organes de façon optimale.

Les Journées de l’Agence de la biomédecine ont eu lieu les 18 et 19 mai derniers à Paris. L’un des colloques portait sur le prélèvement d’organes selon le « programme Maastricht III », qui consiste à provoquer l’arrêt cardiaque du patient en supprimant les soins afin de prélever des organes dès le dernier battement.

Cela se fait en France depuis 2014, aujourd’hui sur 9 sites. Et cette technique permet naturellement de prélever davantage d’organes, et de meilleure qualité, puisqu’on sait exactement quand on va tuer le donneur et que donc tout sera prêt à la seconde même…

Il est sidérant de voir des médecins parler de tout cela comme s’il s’agissait de techniques parfaitement neutres. Mais le comble de la perversion est quand ils examinent l’une des conditions de « Maastricht III » : l’agonie ne doit pas avoir duré plus de trois heures. Il faut donc raccourcir l’agonie, et faire qu’elle se passe dans les meilleures conditions pour le patient afin que ses organes ne souffrent pas…Source Daoudal

Médecins de la mort

Derrière les « migrants » le business de l’esclavage

Frontex révèle enfin l’odieux trafic humain des nouveaux esclavagistes

Ces hordes de migrants, Africains mâles pour la grande majorité, ne débarquent pas par hasard, au gré du vent.

Incroyable mais vrai. Savez-vous quel est le nom officiel de Frontex ? Eh bien, derrière cette appellation barbare se cache la très officielle « Agence européenne de gardes-frontières et de gardes-côtes ». Vous savez, Frontex, qui garde tellement bien nos frontières de l’Europe que l’an dernier seulement, ce sont 180.000 migrants qui ont échoué sur le seul sol d’Italie, tandis que 5.000 Africains ne sauront jamais que l’eldorado qu’on leur avait fait miroiter n’était qu’un mirage. Leurs cadavres gisent au fond de la belle Méditerranée. Ces cinq derniers jours, ce sont encore plus de 13.000 migrants qui ont été recueillis, et 1.000 qui sont décédés. Pendant que MM. Macron et Trudeau devisaient amicalement devant une mer nettoyée, pour l’occasion, de cette réalité qu’ils n’ont pas sérieusement l’intention d’affronter, comme le montre l’échec du G7.

Ces hordes de migrants, Africains mâles pour la grande majorité, ne débarquent pas par hasard, au gré du vent. Non, Frontex a l’extrême bonté d’aller les cueillir tout près des côtes libyennes, à la limite des eaux territoriales, là où les bateaux pneumatiques « made in China » peuvent les conduire avant que leur caoutchouc ne rende l’âme.

Le budget de cette agence basée en Pologne, bien loin des côtes méditerranéennes, est estimé, selon les sources, de 80 à 115 millions d’euros annuels. Une broutille face aux milliards que rapporte à une multitude de personnes le « migrant business », qui va du conducteur de pick-up, au réseau mafieux de loueur de bateaux de toutes sortes. Frontex a estimé à 3.000 euros le coût d’un seul passage au départ d’Agadès, où se concentrent les migrants de l’Afrique francophone comme de l’Afrique anglophone.

 Ces migrants arrivent par autocars de lignes régulières dans cette ville du Niger avant de traverser le désert jusqu’à Sebha, à 660 kilomètres au sud de Tripoli. Pendant le trajet, ils sont aux mains des chefs de ghetto, appellation des habitations en pisé où ils sont gardés jusqu’à ce qu’un pick-up puisse les accueillir. Un trafic largement dominé par les Toubous et les Touaregs devenus milliardaires ! Achètent-ils des armes avec cette manne ?À Sebha, ceux qui ont encore de l’argent louent un taxi jusqu’aux côtes libyennes. Ceux dont la tirelire a fondu vont devenir les forçats de Libyens peu scrupuleux qui les mettront au travail jusqu’à ce qu’ils puissent achever leur migration.

Tout au long des côtes libyennes, les trafiquants vont bourrer les bateaux pneumatiques jusqu’à 160 personnes et jusqu’à 400 passagers pour un navire en bois dont les propriétaires savent qu’ils ne feront pas un second voyage. Ces vieux rafiots condamnés peuvent rapporter jusqu’à 500.000 euros par voyage !

 Un photographe algérien qui vient de faire la route de Tamanrasset à In Salah m’a dit que c’est un flot continu de pick-up où se serrent 20 migrants qui remontent vers la Libye. Il m’a affirmé avoir vu nombre de cadavres pourrir le long des route sahariennes. En effet, certains des migrants les plus pauvres traversent, à pied, l’immensité du désert saharien.

Le rapport de Frontex publié la semaine dernière s’effraie de ce business, de cette nouvelle route de l’esclavage. Mais sans vraiment pouvoir exiger des gouvernements européens et africains de s’y opposer.

5.000 hommes africains ont été récupérés le week-end dernier par l’Italie, qui n’en peut plus. Tout ça pour que ces malheureux se retrouvent sans famille, sans boulot alors qu’il serait si simple d’arrêter toutes les pompes aspirantes que sont les aides de toutes sortes pour leur faire comprendre que l’Europe ne peut plus les accueillir. Et que si les gouvernements africains qui sont largement responsables de ces migrations d’invasion ne prennent pas les dispositions pour arrêter ce flux, l’Europe arrêtera de financer leurs infrastructures. Source BoulevardVoltaire

Derrière les « migrants » le business de l’esclavage

Le dialogue islamique

Les 35 chrétiens assassinés en Égypte ont refusé d’abjurer leur foi

Deux autocars transportant des familles coptes qui se rendaient en pèlerinage au monastère de saint Samuel le Confesseur ont été attaqués par des jihadistes. Au moins 35 morts, dont de nombreux enfants, et 25 blessés :

« Les hommes masqués ont ordonné aux chrétiens se rendant dans un monastère de descendre de l’autocar et d’abjurer leur foi, ont raconté les rescapés de l’attaque perpétrée vendredi en Égypte.

« Ils leur ont demandé de renier leur foi chrétienne, un à un, mais tous ont refusé« , lâche dans un souffle père Rashed.

Alors les hommes armés les ont froidement abattus, en leur tirant dans la tête (…) »

Tweet de l’évêque Jérémie, président du Centre culturel copte au patriarcat du Caire :

A l’issue de la prière du Regina Caeli ce dimanche 28 mai, le Pape François a fait part de ses pensées après les récents attentats terroristes en Égypte et à Manchester.

« Je souhaite de nouveau exprimer ma proximité à mon cher frère le Pape Tawadros II et à toute la nation égyptienne, qui il y a deux jours a subi un autre acte de violence féroce, a dit François depuis la fenêtre du palais apostolique. Les victimes, a rappelé le Saint-Père, parmi lesquelles des enfants, étaient des fidèles et se rendaient dans un sanctuaire pour prier, ils ont été tués après qu’ils aient refusé de renier leur foi chrétienne. Que le Seigneur accueille dans sa paix ces courageux témoins, ces martyrs, et convertisse les cœurs des terroristes. »

Le dialogue islamique

POUR UNE ENTENTE DOCTRINALE ?

Dans un récent entretien, Mgr Guido Pozzo a déclaré que « la réconciliation se fera lorsque Mgr Fellay adhérera formellement à la déclaration doctrinale que lui a présentée le Saint-Siège. C’est aussi la condition nécessaire pour procéder à la régularisation institutionnelle, avec la création d’une prélature personnelle ». Et lors de son retour du récent pèlerinage à Fatima (12-13 mai) à l’occasion d’une une conférence de presse donnée dans l’avion, le Pape François fait allusion à ce document, mis au point par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, lors de sa dernière séance du mercredi 10 mai. Il s’agirait donc bien, dans l’esprit de Rome, d’une entente doctrinale. L’expression est cependant équivoque ; elle peut en effet s’entendre en deux sens.

Dans un premier sens, le but poursuivi est que la Tradition retrouve tous ses droits à Rome, et que par conséquent le Saint-Siège corrige sérieusement les erreurs doctrinales qui sont à la source de la crise sans précédent qui sévit encore dans la sainte Église. Cette correction est le but que recherché, but en soi et cause finale, principe de tout l’agir subséquent dans le cadre des relations avec Rome. Et ce but n’est autre que le bien commun de toute l’Église. En ce sens, l’entente doctrinale signifie que Rome doit s’entendre non point avec la Fraternité Saint Pie X, mais avec la doctrine de toujours et revenir de ses erreurs.

Dans un deuxième sens, il s’agirait que Rome s’entendît avec la Fraternité Saint Pie X, en vue d’une reconnaissance canonique. Cette reconnaissance serait le but en soi, principe de tout l’agir subséquent. Ce but ne serait autre que le bien particulier apparent d’une société telle que la Fraternité. La formulation d’une position doctrinale commune suffisamment acceptable par les deux parties, Rome et la Fraternité, en serait seulement le moyen. Et il suffirait que ce moyen fût proportionné au but : il ne serait donc pas nécessaire que Rome corrige toutes les erreurs du Concile ; il suffirait qu’elle n’impose pas la profession de ces erreurs. En ce sens, l’entente doctrinale signifie que la Fraternité s’accorde avec Rome sur un certain nombre d’affirmations doctrinales exemptes d’erreurs.

Il est à craindre et il est même évident que Rome entend l’entente doctrinale au second sens, et envisage au mieux un régime de tolérance à l’égard de la Fraternité, mais nullement de corriger les erreurs du Concile. Jusqu’ici, les héritiers de Mgr Lefebvre se sont fait un devoir d’envisager les choses du point de vue du premier sens. Dès lors, il est clair qu’une pareille « base d’entente » restera toujours insuffisante, tant que Rome n’y aura pas intégré la correction des erreurs du Concile.

En effet, l’adage vaut ici comme ailleurs : « bonum ex integra causa, malum ex quocumque defectu ». L’adage doit bien sûr s’entendre au sens moral, et par rapport à des actes humains. Si nous prenons Vatican II comme un ensemble de textes, bien évidemment, nous pouvons toujours faire le tri entre la vérité, l’équivoque et l’erreur et chaque passage concerné peut être pris isolément. Ce tri peut avoir lieu dans le cadre d’un dialogue d’experts – ou d’une commission de révision. Cependant, l’usage de l’Église est de considérer les textes non en tant que tels mais d’un point de vue moral, c’est-à-dire en tant que ces textes font globalement l’objet d’une adhésion de la part de l’Église et de ses fidèles (donc d’un acte humain moralement considéré) et risquent, à cause de leurs erreurs ou de leurs équivoques, de leur causer du scandale. De ce point de vue, il ne suffit pas de signer un texte qui exprime une partie seulement de la vérité ; il est nécessaire que Rome professe l’intégralité de toute la vérité et condamne par le fait même les erreurs qui vicient de fond en comble toutes les vérités partielles qui peuvent se rencontrer dans le magistère conciliaire et post-conciliaire.

DE QUELQUES POINTS LITIGIEUX

1) Le concile Vatican II

La référence à Vatican II est toujours gênante, même lorsqu’il s’agit de passages isolés apparemment orthodoxes. Ce Concile fait en effet l’objet de notre refus, en raison des nombreuses erreurs graves qui s’y sont introduites. Or, malum ex quocumque defectu : il suffit qu’il y ait quelques passages mauvais pour que le Concile soit mauvais, même s’il y a aussi quelques passages bons. Ces passages bons ne rachètent pas les passages mauvais.

2) La liberté religieuse (déclaration Dignitatis humanæ)

D’une part, autre chose est d’exercer la contrainte au for externe pour conduire les personnes à embrasser la vraie religion, autre chose est d’exercer la contrainte au for externe pour empêcher les personnes de professer une religion fausse. D’autre part, il y a une différence entre la contrainte physique, qui est une contrainte proprement dite (c’est-à-dire une violence) et la contrainte morale, qui est une contrainte improprement dite (c’est-à-dire selon les cas une persuasion ou une dissuasion). La doctrine sociale de l’Église exige que l’État exerce son autorité en faveur de la vraie religion : 1°) en exerçant au for externe la double contrainte physique et morale pour empêcher et dissuader la profession de l’erreur et 2°) en exerçant également au for externe une certaine contrainte morale pour persuader la profession de la vraie religion. L’Église a condamné seulement le recours à la contrainte physique pour imposer la vraie religion. Le n° 2 de Dignitatis humanæ contredit cette doctrine de l’Église précisément en ce qu’il reconnaît comme un droit civil le droit de ne pas être empêché, par quelque pouvoir humain que ce soit, de professer l’erreur.

3) La collégialité (constitution Lumen gentium)

Les trois points litigieux sont les suivants.

Le n° 22 Lumen gentium affirme que le collège épiscopal (corps épiscopal aussi bien rassemblé que dispersé) est le sujet ordinaire et permanent du pouvoir sur toute l’Église. Au contraire, la Tradition affirme que seul le corps épiscopal rassemblé peut être le sujet seulement temporaire et extraordinaire de ce pouvoir.

Le n° 22 de Lumen gentium affirme que le collège épiscopal incluant le pape constitue, en plus du pape considéré seul, un deuxième sujet permanent du pouvoir sur toute l’Église. Au contraire, la Tradition affirme que le corps épiscopal n’est pas un deuxième sujet de ce pouvoir mais que le seul concile œcuménique est une deuxième mode d’exercice du même sujet (le pape) du même pouvoir.

Le n° 22 en liaison avec le n° 21 de Lumen gentium affirme que le collège épiscopal tient son pouvoir directement non du pape mais du Christ par la consécration épiscopale et que le consentement du pape est seulement requis pour son exercice. Au contraire, la Tradition affirme que le concile œcuménique ne peut tenir son pouvoir directement que du pape, et que c’est l’autorité même du pape qui est communiquée au concile et participée dans ce pouvoir temporaire et extraordinaire du concile : celui-ci se réunit donc non seulement « cum capite » (ce qui serait le point de vue réducteur d’une cause matérielle, requise à l’intégrité de l’assemblée), mais beaucoup plus que cela « sub capite » (point de vue d’une cause efficiente » et même « ex capite » (point de vue d’une cause formelle).

La Nota prævia ne résout pas tous ces problèmes et laisse intacte l’idée d’un double sujet du primat.

D’autres points du chapitre III de Lumen gentium posent de graves difficultés : le n° 21 affirme la sacramentalité de l’épiscopat avec l’idée que le sacre confère en acte le triple munus, non seulement le pouvoir d’ordre mais même le pouvoir de juridiction, avec le magistère et le gouvernement, ce qui est contraire à toute la Tradition et à tout le Droit canonique. Le point de départ de la collégialité est ici radicalement faux, ainsi que l’on fait observer les pères membres du Coetus, au moment même du Concile (1). Le cardinal Browne fait remarquer que l’idée selon laquelle la consécration épiscopale donne en acte ou dans leur essence les trois pouvoirs d’ordre, de magistère et de gouvernement contredit l’enseignement du magistère ordinaire suprême de Pie XII, donné à trois reprises et s’inscrit aussi en faux contre la théologie de saint Thomas. Mgr Carli fait observer que cela contredit le Droit de l’Église, relativement à la collation du primat de juridiction du Pape, à la collation de la juridiction ordinaire des évêques résidentiels et même à l’absence de toute juridiction des évêques titulaires. Le n° 25 donne une définition collégialiste de l’infaillibilité du Magistère ordinaire et universel ; le n° 18 pose l’antériorité du Collège des apôtres sur saint Pierre.

4) L’œcuménisme (décret Unitatis redintegratio et constitution Lumen gentium)

Les trois points litigieux sont les suivants.

Les textes d’Unitatis redintegratio affirment la réalité d’une communion réelle, bien que imparfaite et partielle, de société à société, c’est-à-dire entre la structure visible de l’Église catholique et la structure visible des communautés chrétiennes non catholiques séparées. Au contraire, la Tradition affirme que seulement certains parmi les membres des communautés chrétiennes non catholiques séparées peuvent être non en communion mais ordonnés au Corps mystique du Rédempteur, qui est identiquement l’Église du Christ et l’Église catholique.

Les textes de Lumen gentium affirment la réalité d’une présence et d’une action de l’Église du Christ en dehors de la structure visible de l’Église catholique, dans les communautés chrétiennes non catholiques séparées. Au contraire, la Tradition affirme seulement la réalité d’une action du Saint-Esprit en dehors du Corps mystique du Rédempteur, qui est identiquement l’Église du Christ et l’Église catholique, et que cette action a lieu dans certaines âmes qui font partie des communautés chrétiennes non catholiques séparées, mais non dans ces communautés elles-mêmes.

Les textes de Lumen gentium et de Unitatis redintegratio affirment qu’il y a dans les communautés chrétiennes non catholiques séparées des éléments dont la valeur salutaire dérive de la plénitude confiée à l’Église du Christ et qui tendent par eux-mêmes à l’unité catholique et que le Saint-Esprit peut donc se servir de ces communautés comme de moyens de salut. Au contraire, la Tradition affirme que les éléments qui se trouvent dans les communautés chrétiennes non catholiques séparées n’ont par eux-mêmes aucune valeur salutaire, et que celle-ci ne saurait dériver de l’Église, puisque ces communautés refusent en tant que telles le primat de juridiction du pape, alors que précisément la valeur salutaire des dogmes et des sacrements leur vient de ce qu’ils sont dispensés selon l’ordre voulu par le Christ, c’est-à-dire dans la dépendance du primat de juridiction de son vicaire, qui est le pape, évêque de Rome et chef de l’Église.

5) Le Magistère

La définition même du Magistère est falsifiée en pratique, car depuis Vatican II, les titulaires du pouvoir de Magistère usent de ce pouvoir à contresens, puisqu’ils imposent des erreurs contraires aux vérités qui font l’objet du Magistère [ les titulaires sont légitimes s’ils usent du pouvoir correctement]. C’est pourquoi, nous ne pouvons pas reconnaître que Vatican II est l’expression d’un véritable Magistère catholique [Et donc que celui qui l’exerce ne peut être le véritable vicaire auquel il est nécessaire d’obéir]. Nous ne pouvons pas affirmer (du moins pas sans distinctions et restrictions) que les textes du Concile Vatican II sont compris parmi les textes du Magistère, qu’ils sont l’expression d’un Magistère catholique.

La définition du Magistère est falsifiée en théorie. La constitution Dei Verbum, au n° 8, affirme que « ce qui a été transmis » « progresse dans l’Église, sous l’assistance du Saint-Esprit ; en effet, la perception des réalités aussi bien que des paroles transmises s’accroît, soit par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent en leur cœur, soit par l’intelligence intérieure qu’ils éprouvent des réalités spirituelles, soit par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, ont reçu un charisme certain de vérité ». Ce passage ne fait aucune distinction entre le rôle du Magistère et celui de l’Église enseignée. La proposition plus explicite du Magistère est en effet la cause de la meilleure perception de la vérité chez les fidèles, dans la contemplation ou l’étude. Équiparer les deux autorise l’interprétation erronée qui réduirait le rôle du Magistère à celui d’un canalisateur de l’expérience collective. Et c’est d’ailleurs ce que suggère très nettement l’enseignement de Benoît XVI (Catéchèses sur l’Église de 2006 ; Exhortation Verbum Domini) et celui de François (dernier discours lors du Synode, le 17 octobre 2015 ; Evangelii gaudium, n° 119-120).

Il est absolument faux et contraire à toute la Tradition de prétendre que « le Magistère suprême de l’Église est l’interprète authentique des textes précédents du Magistère». Il y a là une erreur extrêmement grave, et c’est justement l’erreur radicale du néomodernisme, erreur dont nous périssons depuis le dernier Concile. Le Magistère est l’organe et l’interprète de la Révélation, et il l’est à toutes les époques de l’histoire et dans tous les textes qu’il produit. Le Magistère présent doit continuer à interpréter non le Magistère passé mais la Révélation contenue dans ses sources (Écriture et Tradition : Pères et théologiens) ; et pour cela, il doit se soumettre aux enseignements du Magistère antérieur qui ont une autorité définitive [Mais c’est justement cela qu’ils contestent Benoit XVI en particulier] et qui ont déjà clarifié certaines données de la Révélation. Le Magistère présent n’interprète pas le Magistère passé, il interprète les points de la Révélation non-encore interprétés par le Magistère antérieur. Et il ne fait éventuellement que reprendre les enseignements de ce Magistère antérieur qui n’ont pas besoin d’être interprétés, mais qui sont, comme dit Pie XII dans Humani generis, « la règle prochaine et universelle de vérité en matière de foi et de mœurs » (DS 3 884). Cette erreur est extrêmement grave, car c’est l’erreur persistante du Saint-Siège [Non, de ceux qui l’occupent] depuis cinquante ans et qui se trouve à la racine de tout le discours du 22 décembre 2005. Si c’est la parole d’aujourd’hui qui fait la vérité par elle-même, parce qu’elle réinterprète sans cesse la parole d’hier, c’est le Pape d’aujourd’hui qui fait la vérité à sa guise et la notion même de Tradition catholique n’existe plus. On pourra bien parler, comme le fit Benoît XVI, d’un « renouveau dans la continuité » mais si ce genre d’expression facile rassure peut-être les inconditionnels du Concile, cela n’explique pas grand-chose et cela ne réussit pas à convaincre ceux qui demeurent perplexes devant les innovations évidentes du Concile. Car personne n’a réussi à démontrer jusqu’ici que le renouveau de Vatican II n’a pas brisé la continuité objective de la Tradition de l’Église [Ce qui faisait dire à Mgr Lefebvre : ce concile est hérétique et schismatique et les clercs le sont dans la mesure exacte de leur adhésion]

C’est pourquoi, même si on nous dit que l’interprétation se fait « à la lumière de la Tradition », ce présupposé est faux. Car l’interprétation qui a lieu à la lumière de la Tradition est celle qui interprète non le Magistère mais la Révélation. Quand on voit comment dans le n° 119 de Evangelii gaudium François « interprète » le n° 12 de Lumen gentium (qui est déjà une « interprétation » de Vatican I), on peut bien se demander ce que signifie pour le Saint-Siège [Toujours exempt d’erreur] une meilleure compréhension du depositum fidei, « in eodem dogmate, eodem sensu eademque sententia ».

6) La Nouvelle Messe

Dans l’interrogatoire des 11-12 janvier 1979, à la question posée par la CDF : « Soutenez-vous qu’un fidèle catholique peut penser et affirmer qu’un rite sacramentel en particulier celui de la messe approuvé et promulgué par le Souverain Pontife puisse être non conforme à la foi catholique ou favens hæresim ? », Mgr Lefebvre a répondu : « Ce rite en lui-même ne professe pas la foi catholique d’une manière aussi claire que l’ancien Ordo missæ et par suite il peut favoriser l’hérésie. Mais je ne sais pas à qui l’attribuer ni si le pape en est responsable. Ce qui est stupéfiant c’est qu’un Ordo missæ de saveur protestante et donc favens hæresim ait pu être diffusé par la curie romaine (2). » La nouvelle liturgie n’est donc pas légitime, car elle favorise l’hérésie. [Et donc ce ne peut être un Souverain Pontife qu’il l’a approuvée et promulguée]

La validité (autre que la légitimité) pose en tant que telle un deuxième problème ; Mgr Lefebvre n’a jamais dit que le NOM était de soi valide. Il n’a jamais nié que le NOM était douteusement valide mais il l’a affirmé, au contraire, dans la conférence de 1979, citée à la page 374 du livre La Messe de toujours, en s’appuyant sur la note 15 du Bref examen critique, qu’il faisait sienne en des termes dont la netteté est impressionnante. Mgr Lefebvre n’a jamais varié sur ce point, ni remis en cause l’appréciation qu’il portait dans la conférence de 1979 citée à la page 374 du livre La Messe de toujours. D’un point de vue logique, Mgr Lefebvre disant : « il est possible que le NOM soit valide », on peut en déduire (et lui faire dire) : « il est possible que le NOM ne soit pas valide ». Mais on ne peut pas en déduire (et lui faire dire) ni : « il est impossible que le NOM ne soit pas valide » ni : « il est impossible que le NOM soit valide ». Voici les déclarations publiquement adressées à Rome par Mgr Lefebvre sur cette question :

1) Lettre de Mgr Lefebvre au pape Jean-Paul II, 8 mars 1980 : « Quant à la messe du Novus Ordo, malgré toutes les réserves qu’on doit faire à son égard, je n’ai jamais affirmé qu’elle est de soi invalide ou hérétique. » [mais favens hæresim]

2) Lettre de Mgr Lefebvre au cardinal Ratzinger, 4 avril 1981 : « Quant à la Réforme liturgique, j’ai signé moi-même le décret conciliaire et je n’ai jamais affirmé que les applications étaient de soi invalides et hérétiques.» [mais favens hæresim]

3) Lettre de Mgr Lefebvre au cardinal Ratzinger, 7 avril 1982 : « Le deuxième point correspondrait mieux à la réalité puisqu’il était libellé comme suit : Mgr Lefebvre a signé le décret conciliaire sur la Liturgie acceptant ainsi l’éventualité d’une Réforme. Il n’a jamais affirmé que les textes des nouveaux livres liturgiques étaient hérétiques ou de soi invalides [mais favens hæresim] dans la version latine originale, mais estime que la Réforme liturgique, telle qu’elle a été réalisée, nécessite de graves réserves, comme l’ont exprimé très justement les cardinaux Ottaviani et Bacci. »

4) Lettre de Mgr Lefebvre au cardinal Ratzinger, 21 juillet 1982 : « Nous ne doutons pas que beaucoup de prêtres disent avec dévotion le Novus Ordo Missæ. Mais cela n’enlève pas les graves défauts internes du Novus Ordo Missæ [favens hæresim] signalés particulièrement par les cardinaux Ottaviani et Bacci dans le Bref examen critique.»

5) Lettre de Mgr Lefebvre au cardinal Ratzinger, 2 mars 1983 : « J’ai toujours reconnu et je reconnais à l’autorité légitime du Saint-Siège le droit de légiférer en matière liturgique. Je n’ai jamais affirmé que le nouvel ordo était hérétique [mais favens hæresim] mais je reconnais l’existence d’une grave difficulté décrite par le cardinal Ottaviani et Bacci.»

6) Lettre de Mgr Lefebvre au cardinal Ratzinger, 17 avril 1985 : « Nous n’avons jamais affirmé et n’affirmons pas que le Novus Ordo Missae, célébré selon le rite indiqué dans la publication romaine, est de soi invalide ou hérétique.» [mais favens hæresim]

7) Déclaration du 5 mai 1988 adressée au pape Jean-Paul II : « 4. Nous déclarons en outre reconnaître la validité du Sacrifice de la Messe et des Sacrements célébrés avec l’intention de faire ce que fait l’Église et selon les rites indiqués dans les éditions typiques du Missel romain et des Rituels des sacrements promulgués par les Papes Paul VI et Jean-Paul II.» [favens hæresim ????]

On notera ce que Mgr Lefebvre avait accepté de signer en 1988 : il allait jusqu’à accepter de reconnaître la validité du NOM, mais « avec l’intention de faire ce que fait l’Église ». Cela est très important, car justement le NOM ne donne plus que douteusement cette intention. [Et donc il n’est pas possible de célébrer le NOM avec l’intention requise]

7) Le Nouveau Code de Droit canonique

Nous avons toujours refusé de respecter la discipline introduite par le Nouveau Code de 1983, [Mensonge, il a même été utilisé dans les parodies de procès des abbés Pinaud et Salenave, il est étudié à Ecône et les Supérieurs s’en gardent l’interprétation. Mgr Fellay a lui-même sollicité la juridiction sur ses subordonnés des autorités occupantes] précisément parce que « imbu d’œcuménisme et de personnalisme, il pèche gravement contre la finalité même de la loi » (3). Ce nouveau Code véhicule de plus l’esprit de la nouvelle ecclésiologie, démocratique et collégialiste. Ainsi que l’a reconnu le pape Jean-Paul II, les enseignements de Vatican II présentent « un nouveau visage de l’Église », qui doit inspirer à son tour la législation canonique du Nouveau Code de 1983 (4).

Nous ne pouvons pas nous contenter d’une discipline particulière pour la Fraternité ; nous refusons ce Nouveau Code parce qu’il est contraire au bien commun de toute l’Église, que nous voulons défendre (5). Rappelons à cet égard la Décision reproduite dans Cor unum de mars 1992 (n° 41) : « La réception du nouveau Code de droit canonique pose un réel problème de conscience aux catholiques. Car d’une part il s’éloigne de façon impressionnante dans l’ensemble comme dans le détail de la protection due à la foi et aux mœurs. Et d’autre part, nous tenons à ne pas mettre en péril le respect dû à l’autorité légitime [Comment l’autorité légitime peut approuver et promulguer un rite favens heresim, un mauvais code de droit canon et canoniser des personnes douteusement saintes ???]. Mgr Lefebvre, malgré toute sa sagacité n’a pas cru pouvoir trancher la question de la validité de la promulgation de ce Code, mais son contenu comme les principes énoncés dans la Lettre apostolique de promulgation (25 janvier 1983) la lui faisaient tenir comme douteuse. En ce cas, selon le canon 15 (nc 14) cette législation nouvelle n’urge pas. Dans cette situation, selon le canon 23 (nc 21) le code de 1917 n’est pas présumé révoqué mais la nouvelle législation doit être ramenée à la précédente et si possible conciliée avec elle (6). » Cette Décision n’exprime pas ce qui ne serait qu’une discipline particulière à la Fraternité. Elle indique une mesure de prudence qui vaut objectivement pour tout catholique confronté aux graves problèmes que suscite la nouvelle législation, douteuse en elle-même.

RETOUR SUR « L’ENTENTE DOCTRINALE»

Comme nous l’avons expliqué aux n° 1-5, le but que nous poursuivons est que la Tradition retrouve tous ses droits à Rome. Ce but est premier dans notre intention et sera (comme toujours) dernier dans l’exécution. Que signifie ici « dernier » ? Cela signifie-t-il que la fin de la crise de l’Église aura lieu tout à la fin, et donc après un accord de la Fraternité avec Rome ? Ou bien cela signifie-t-il que la fin de la crise de l’Église coïncidera avec cet accord ?

L’acceptation de notre part d’une reconnaissance canonique, dans les circonstances actuelles, représente un acte moralement indifférent, mais avec double effet, un effet essentiel bon et un effet accidentel mauvais. L’effet bon est de se situer dans la normalité juridique [du nouveau code] à l’égard de Rome (et même, pour d’aucuns, de bénéficier d’un champ élargi d’apostolat, ce qui reste à vérifier). L’effet mauvais est lui-même double : premièrement, le risque de relativiser la Tradition qui n’apparaîtrait plus que comme le bien particulier et l’option théologique personnelle de la Fraternité Saint Pie X ; deuxièmement le risque de trahir et d’abandonner ce bien particulier, en raison de tout le favens hæresim, qui caractérise comme telle l’Église conciliaire.

La solution dépend tout d’abord de la proportion à établir entre l’effet bon et l’effet mauvais [Bonum est integra causa vous l’avez fort judicieusement rappelé]. Il est clair que dans l’intention de notre Fondateur, il est plus important d’éviter le double effet mauvais que d’obtenir l’effet bon. L’effet bon est ici moins bon que le bien meilleur auquel s’oppose le double effet pire. La profession publique de la foi est plus importante que la normalité canonique. « Ce qui nous intéresse d’abord, c’est de maintenir la foi catholique. C’est cela notre combat. Alors la question canonique, purement extérieure, publique dans l’Église, est secondaire. Ce qui est important, c’est de rester dans l’Église… dans l’Église, c’est-à-dire dans la foi catholique de toujours et dans le vrai sacerdoce, et dans la véritable messe, et dans les véritables sacrements, dans le catéchisme de toujours, avec la Bible de toujours. C’est cela qui nous intéresse. C’est cela qui est l’Église. D’être reconnus publiquement, cela est secondaire. Alors il ne faut pas rechercher le secondaire en perdant ce qui est primaire, ce qui est le premier objet de notre combat (7). »

La solution dépend ensuite de l’évaluation des circonstances : sont-elles telles que l’on puisse raisonnablement espérer éviter le double effet mauvais, c’est à- dire le double risque ? Car il s’agit ni plus ni moins que d’un risque. La question revient en somme à se demander s’il est prudent de se mettre sous l’autorité des membres de la hiérarchie de l’Église [conciliaire], tels qu’ils sont dans la situation présente, c’est-à-dire encore imbus pour la plupart de faux principes contraires à la foi catholique. On pourra sans doute citer quelques exceptions ; mais elles ne prouvent absolument rien contre l’état d’esprit général qui n’est que trop évident, dans sa généralité. Nous sommes bien obligés d’appliquer ici la règle suivant laquelle on désigne les choses d’après ce qui domine en elles et de conclure que les membres de la hiérarchie de l’Église sont actuellement des modernistes [Donc, des hérétiques séparés de l’Église]. Ceci dit, pour répondre à notre question, nous disposons de deux éléments : premièrement, notre propre expérience, puisque nous avons pu constater que jusqu’ici aucun de ceux qui ont accepté une reconnaissance canonique de la part de Rome n’a pu vraiment éviter le double effet mauvais ; deuxièmement, l’expérience de notre Fondateur : « On ne rentre pas dans un cadre, et sous des supérieurs, en disant que l’on va tout bousculer lorsqu’on sera dedans, alors qu’ils ont tout en mains pour nous juguler ! Ils ont toute l’autorité [Quelle autorité peuvent avoir des modernistes/hérétiques ?] (8).»

ROME EN MARCHE ?

Dans la conférence de presse aérienne du 13 mai, le Pape répond à Nicolas Senèze qu’il souhaite prendre son temps : « A me non piace affrettare le cose. Camminare, camminare, camminare, e poi si vedrà. » François ne veut pas précipiter les choses : pour l’instant, il faut marcher et marcher encore sur le chemin… Il faut, dit-il « cheminer ensemble en cherchant la formule qui permettra d’avancer ». Voilà qui jette une lumière intéressante sur la problématique que nous évoquions au début de notre réflexion : dans l’esprit du Pape, la formulation doctrinale n’est qu’un moyen. La doctrine, avec l’unité de foi qu’elle garantit, ne représente pas le but de la démarche. Le but serait plutôt d’avancer vers la pleine communion, dans un dialogue incessant, et qui devrait d’ailleurs se prolonger même après l’octroi d’une structure canonique (9). Et la pleine communion, nous dit Mgr Pozzo dans l’entretien déjà cité, c’est l’enrichissement mutuel, au-delà des divergences doctrinales : « Les différents points de vue ou opinions que nous avons sur certaines questions ne doivent pas nécessairement conduire à la division, mais à un enrichissement mutuel. » Serait-ce donc la cohabitation de la vérité et de l’erreur, moyennant le prix d’une déclaration commune plus que commune ?…

Malheureusement, ces différents points de vue ne portent pas sur de simples opinions également possibles, et les questions auxquelles ils correspondent ne sont pas des questions « ouvertes », des questions sur lesquelles chacun garderait sa liberté de réflexion – et de cheminement. Ces questions ont été pour la plupart définitivement résolues par le Magistère de l’Église, bien avant Vatican II. La liberté religieuse de Dignitatis humanæ et la laïcité positive de Gaudium et spes sont condamnés par Quanta cura de Pie IX. La nouvelle ecclésiologie oecuménique de Lumen gentium est condamnée par Pie XII dans Mystici corporis et Humani generis, à cause de ce principe absolument faux, qui voudrait établir une distinction réelle entre l’Église du Christ et l’Église catholique. L’oecuménisme de Unitatis redintegratio est condamné par Pie XI dans Mortalium animos. La collégialité de Lumen gentium, en ce qu’elle nie l’unicité du sujet du Primat, tombe sous la condamnation du concile Vatican I.

En définitive, cette « formule qui permettra d’avancer » nous ramène une fois de plus au texte fondateur de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, le motu proprio du 2 juillet 1988 : Jean-Paul II y affirme que la Tradition est vivante. [Mais pas contradictoire] Le Discours de 2005 de Benoît XVI en est l’écho et l’interprète direct : cette vie de la Tradition, c’est le « renouveau dans la continuité ». Renouveau évolutionniste et moderniste, qui entend dépasser la contradiction dans une impossible herméneutique.[Gnostique kabbaliste]

Que conclure ? Reprenant les paroles citées au début de ce numéro, nous dirions simplement que « la Fraternité Saint Pie X n’a pas à négocier une charitable reconnaissance qui la sauverait d’un schisme supposé. Elle a l’immense honneur, après quarante années d’exclusion, de pouvoir, au Vatican, témoigner de la foi catholique ». En attendant que Rome se décide enfin à chasser du milieu des croyants le peuple impie de ces erreurs conciliaires.

Abbé Jean-Michel Gleize, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

Source : Courrier de Rome n° 499 de mai 2017 / La Porte Latine du 29 mai 2017

Notes

(1) Cf. dans les Acta synodalia concilii Vaticani secundi, vol. III, pars I, les observations écrites du CARDINAL BROWNE (p. 629- 630) et celles de MGR CARLI (p. 660-661) sur le schéma De Ecclesia, à l’issue de la 3e session du Concile (été 1964).

(2) « Mgr Lefebvre et le Saint-Office », Itinéraires n° 233 de mai 1979, p. 146-147.

(3) « Ordonnances concernant les pouvoirs et facultés dont jouissent les membres de la FSSPX » dans Documents de la Fraternité sacerdotale saint Pie X, p. 60A.

(4) JEAN-PAUL II, Constitution apostolique Sacræ disciplinoe leges du 25 janvier 1983 : « Fundamentalis illa ratio novitatis, quæ, a traditione legifera Ecclesiæ numquam discedens, reperitur in Concilio Vaticano II, præsertim quod spectat ad eius ecclesiologicam doctrinam, efficiat etiam rationem novitatis in novo Codice. »

(5) Cf MGR LEFEBVRE, Conférences des 18 janvier ; 15 mars ; 19 décembre 1983.

(6) « Ordonnances concernant les pouvoirs et facultés dont jouissent les membres de la FSSPX » dans Documents de la Fraternité sacerdotale saint Pie X, p. 112D et 113A.

(7) MGR LEFEBVRE, Conférence spirituelle à Écône, le 21 décembre 1984 (Cospec 112).

(8) IDEM, ibidem.

(9) Cf. les deux articles « À l’origine des déclarations communes » et « La fin des anathèmes » dans le numéro de mars 2017 du Courrier de Rome.

 

POUR UNE ENTENTE DOCTRINALE ?

L’apostasie silencieuse des évêques belges

 Le pape François serait-il (comme il l’a dit de lui-même avec franchise) un “diviseur” ? Voici en tout cas ce à quoi aboutissent son exhortation “Amoris laetitia” et ses propos peu clairs, selon le témoignage que nous envoie un internaute belge :

« Depuis quelques semaines, les évêques belges, conduits par l’inénarrable Mgr De Kesel, se sont réveillés de leur longue hibernation et ont été affectés d’une soudaine frénésie de faire connaître le produit de leurs réflexions.
Ainsi, concernant l’ “affaire Mercier” [professeur de l’université “catholique” de Louvain qui a été suspendu pour avoir critiqué l’avortement – n.d.l.r.] qui a ému tout le pays, leurs excellences ont rassuré l’opinion publique, en disant que qualifier l’avortement de “meurtre” relève de la “caricature”, bien qu’il s’agisse “quand même aussi malgré tout” [sic] d’une atteinte à la vie.

Ensuite, il y a quelques jours à peine, les évêques ont signé une déclaration scellant un accord avec l’État fédéral, où on lit que la “primauté de l’État de droit sur la loi religieuse, le droit à choisir son mode de vie, sont des valeurs inaltérables sur lesquelles nous ne pouvons transiger”.

Par ailleurs, amenés à se prononcer sur la question de l’euthanasie, ils ont affirmé ne pas pouvoir “être d’accord que celle-ci soit pratiquée sur des patients psychiatriques qui ne sont pas en phase terminale” (mais alors : quid des patients psychiatriques en phase terminale ?) Ayant posé trois “questions fondamentales”, à savoir : “Qu’est-ce qui nous rend humain [sic] ? Qu’est-ce qui constitue une société humaine ? Qu’est-ce qui sert vraiment le progrès ?”, ils en appellent “à la poursuite du dialogue” et réussissent ainsi le tour de force de ne jamais se référer, dans leur déclaration officielle, ni à Dieu ni au magistère constant de l’Eglise.

Enfin, cerise sur le gâteau, ce 24 mai, Nosseigneurs ont diffusé une lettre pastorale portant sur l’exhortation apostolique “Amoris Laetitia”, dont voici quelques citations, d’une rare élégance intellectuelle : “Amoris Laetitia est un écrit particulièrement inspirant et interpelant [sic] pour relever des défis. C’est avec une grande capacité de s’impliquer [sic] que le pape François parle du mariage et de la famille, de la paternité et de l’éducation, du bonheur et de la fragilité, et surtout de l’amour.” “L’attention au mariage et à la famille fait (…) partie de notre souci pastoral en général, d’autant plus que l’attitude pastorale que le pape François adopte en ce domaine trouve aussi à s’appliquer dans tous les autres secteurs de la pastorale.”

En ce qui concerne la question brûlante de l’accès des divorcés remariés à la communion, l’épiscopat belge – avec le courage qui est le sien – a trouvé la formule miracle à laquelle jamais personne n’avait pensé auparavant : “On ne peut donc pas décréter que tous les divorcés remariés peuvent être admis à la communion. On ne peut pas non plus décréter qu’ils en sont tous exclus. Le cheminement de chaque personne demande le discernement nécessaire en vue d’une décision pastorale prise en conscience”, dans un processus de “dialogue avec un prêtre, un diacre ou un autre agent pastoral [sic]”. Mais, bien entendu : “Nous aussi, comme évêques, nous voulons être prêts à aider”.

La conclusion est grandiose : “Une démarche de discernement ne conduit pas à un oui ou un non automatique à pouvoir [sic] communier. Il peut arriver que quelqu’un décide de ne pas recevoir l’Eucharistie. Nous avons le plus grand respect pour une telle décision. Il se peut aussi que quelqu’un décide en conscience de bien recevoir [sic] l’Eucharistie. Cette décision mérite aussi le respect.” Source Proliturgia Vendredi, 26 mai 2017.

L’apostasie silencieuse des évêques belges

Ne soyons pas rigides

Le Pape François a envoyé ce mercredi une lettre manuscrite de soutien à l’activiste de gauche argentine Milagro Sala, dirigeante de l’association Tupac Amaru qui reçoit chaque mois l’équivalent de plus 1,5 millions d’euros du gouvernement pour divers projets sociaux. Tupac Amaru s’implique notamment en matière de contraception et d’avortements gratuits, et promeut l’homosexualisme et l’idéologie du genre.

En janvier 2016 Sala a été arrêtée pour fraude et association de malfaiteurs. Elle aurait détourné 1,5 millions d’euros destinés à aider les pauvres. Peu de temps après son arrestation François lui a envoyé un chapelet. Les modèles politiques de Sala sont Che Guevara et le président bolivien Evo Morales. Elle est critiquée pour sa soif de pouvoir, son comportement autocratique et son tempérament violent.

Elle se dit « catholique à [sa] façon » et croit au paganisme indigène et aux chamanes. En septembre 2014 elle a rencontré François au Vatican et lui a offert des feuilles de coca, lesquelles servent à la fabrication de la cocaïne et sont illégales.

Ne soyons pas rigides