….. Après la Trinité vient la sainte Église. Dieu nous a été montré en lui-même et dans son temple. « Car le temple de Dieu est saint», dit l’Apôtre, «et c’est vous qui êtes ce temple (I Cor. III, 17) ». L’Église est sainte, une, véritable, catholique, toujours en lutte contre toutes les hérésies; elle peut combattre, mais elle ne saurait être vaincue. Toutes les hérésies sont sorties de l’Église comme les sarments inutiles que l’on retranche du cep de la vigne; quant à cette Église, elle demeure sur sa souche, sur son cep, dans sa charité. Les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle (Mt. XVI, 18). Saint Augustin DU SYMBOLE. Discours adressé aux Catéchumènes
Rotary et Franc-Maçonnerie
Publié le 27 août 2026 par doncurtionitoglia

I
PROLOGUE
Le Rotary est né le 23 février 1905 à Chicago (Illinois, USA). Les fondateurs étaient au nombre de quatre : Gustave Loehr (1864-1918), ingénieur minier, Silvester Schiele (1870-1945), négociant en charbon, Hiram Shorey (1862-1944), tailleur, et Paul Percival Harrys (1868-1947), avocat 2 et franc-maçon 3. Le nom Rotary a été proposé par Harrys, car les quatre fondateurs se réunissaient « en rotation » dans leurs cabinets et ateliers professionnels. Lors de la Convention de Duluth en 1912, les Rotariens décidèrent d’assumer comme symbole une « roue bleue » avec « vingt-quatre dents » et « six rayons » 4. Elle symbolise la roue des chars des pionniers de l’aventure américaine, qui a commencé au Six-Cent, avec les « Pères pèlerins » qui, d’Angleterre et de Hollande, se sont rendus en Amérique du Nord pour vivre plus librement leur protestantisme puritain et calviniste. Les « dents » représentent un engrenage mécanique, qui signifie la révolution industrielle et une conception du monde ou « philosophie » nettement technologique et technocratique, avec un rappel de l’inter-activité et de l’inter-dépendance entre les membres du Rotary, semblables aux roulettes d’un grand engrenage 5.
Cependant, il existe également une symbolique plus cachée, secrète ou ésotérique de cet emblème. La « Roue » est « un symbole très ancien, présent dans toutes les cultures. L’assumer comme allégorie du progrès est à la fois correct et réducteur. La roue participe à la perfection suggérée par le cercle […]. Elle se réfère, en outre, au mouvement et au devenir […], tension vers des standards élevés (professionnels, éthiques, personnels) […] descendus dans la […] réalité d’une concrétisation opérationnelle […]. Mais la roue est aussi la « rota mundi », symbole du monde […] qui contient l’Univers dans sa circonférence » 6. La vocation rotarienne implique universalité et mondialisme planétaire. Le Rotary aspire à « embrasser dans sa circonférence l’universalité des nations, des races, des cultures » 7. Le nombre « 24 » est le double de 12 (comme les mois de l’année, les constellations du Zodiaque), ce qui en soi signifie plénitude et totalité, délibérément doublée et accentuée par les rotariens, qui voudraient s’étendre au-delà du monde entier. Les « vingt-quatre dents » signifient l’engrenage qui voudrait réaliser l’épaississement de toutes les nations de la Terre. Onde Claudio Widmann qualifie le Rotary de « mouvement supranational, supraculturel et supraracial » 8. La « couleur bleue » représente la tension cosmique, comme l’eau de la mer, la voûte du ciel (et de la Loge maçonnique), et signifie la volonté de réunir toutes les nations dans un Nouvel Ordre Mondial plus large (voir le drapeau de l’ONU) par un sentiment d’amitié philanthropique. Les « six rayons » de la roue bleue sont le symbole d’une émanation qui se propage du centre de la roue dentée vers tous les autres organismes, qui ne sont pas créés ex nihilo par Dieu, mais émanent de l’Indéterminé ou de l’Architecte de l’Univers. La couleur bleue est entourée du « jaune or », pour signifier l’excellence, qui est le quatrième concept de la philosophie rotarienne (technocratie, mondialisme, philanthropie et excellence), c’est-à-dire que le rotarien est un initié, pas n’importe lequel, il fait partie d’une élite traditionnelle et non des gens ordinaires, qui tend à une perfection toujours plus grande, à l’infini.

II L’HISTOIRE
La vitalité des différents clubs rotariens dispersés dans le monde (27 000, avec 1 200 000 membres répartis dans 150 pays) tire son origine de l’esprit « américaniste », étant né à Chicago il y a cent quinze ans. Sa première origine le place dans le genre d’associations fondées sur la capacité de répondre au défi d’un environnement en rapide « croissance industrielle et capitaliste sauvage » 9. Au début du vingtième siècle, Chicago comptait déjà 2 millions d’habitants. Les « valeurs humanistes de la démocratie et de la solidarité sociale » y étaient très vivantes 10. C’est à cette époque que l’Amérique est devenue une superpuissance mondiale. En effet, après la guerre contre l’Espagne (1898), Cuba, Porto Rico et les Philippines passèrent sous l’orbite américaine. En 1907-1909, une équipe navale américaine avait effectué une tournée de reconnaissance à travers le Pacifique, accostant aux ports japonais, pour montrer qu’elle était une puissance mondiale et non plus limitée au seul continent américain du Nord et du Sud. Ce sentiment américain de s’imposer à l’attention du monde entier n’est pas étranger au désir rotarien d’expansion totale et supranationale 11. Le « Monde Nouveau » s’ouvrait sur la scène de l’orbe et il n’est pas « hasardeux de placer dans ce contexte historique le désir du « Rotary International » de construire et de diffuser un modèle de « nouvel homme » 12. Alors que naissaient en Amérique des associations d’inspiration protestante – comme « L’Armée du Salut » (1880), caractérisé par un certain moralisme puritain, par exemple la lutte caractérisé par un certain moralisme puritain, par exemple la lutte contre l’alcool, ou politico-social, comme l’« Association chrétienne des jeunes femmes » (1858), d’inspiration féministe – le Rotary « naît sans s’enflammer d’ardeurs politiques […], ni religieuses, il ne […] formula pas de plateformes électorales […], mais il identifia dans l’esprit d’une amitié solidaire le soutien d’un partenariat philanthropique » 13. Il faut dire que si la doctrine et la pratique publique du Rotary sont très semblables à celle de la Franc-Maçonnerie, il n’était toutefois pas riche « de ces connotations de secret et d’ésotérisme, de ces rituels initiatiques qui caractérisaient la Franc-Maçonnerie » 14. Bref, le Rotary apparaît comme une Franc-maçonnerie publique et comme l’antichambre de cette ésotérique et secrète, où les francs-maçons peuvent facilement pêcher des gens, qui y sont entrés par naïveté, pour en faire des « Frères à trois points ». D’une certaine manière, il est encore pire que la Franc-maçonnerie anglo-américaine, qui « pose comme exigence première la croyance dans le Grand Architecte de l’Univers […], alors que le Rotary est au-dessus et en dehors de toute conception religieuse » 15.
III LA DOCTRINE ROTARIENNE
La philosophie des quatre fondateurs du Rotary « est imprégnée de réalisme rationaliste, influencé par le pragmatisme américain de William James […]. Les États-Unis sont nés comme un pays « réformé » (luthérien), peuplé de personnes issues de la culture post-réforme protestante […]. L’américain n’impose pas la croyance protestante […]. En Amérique, il n’existe même pas une religion qui tolère et une religion qui est tolérée. On a une acceptation « tranquille » (ou peut-être indifférente) des différentes confessions […]. Le Rotary est en dehors, plus qu’au-dessus, de toute question religieuse, c’est-à-dire étrangère à toute discrimination concernant les croyances religieuses des membres […]. « L’indifférentisme religieux », comme l’a défini le jésuite Pietro Pirri, constitue l’un des principaux chefs d’accusation que l’Église romaine a imputés au Rotary » 16. Le Rotary s’étend d’abord dans les pays anglophones et protestants (Canada et Angleterre, 1911), puis en Europe occidentale et en Amérique latine (1920-1939), et enfin en Asie et en Afrique. En Italie et en Allemagne, en Espagne et au Portugal, le Rotary est supprimé dans les années 30 par les dictatures fascistes qui s’y sont installées et ne reprend qu’après leur chute. « Les Rotariens furent maintenus pendant de nombreuses années en grande suspicion (même après la fin de la guerre) par le Vatican. L’appartenance au Rotary était interdite aux religieux et fortement déconseillée aux croyants » 17.

William James: Philosopher, Psychology, Pragmatism
IV LE ROTARY EN ITALIE
Le 20 novembre 1923, au restaurant exclusif Cova de Milan, le premier club Rotary d’Italie est officiellement inauguré. Milan a été choisie comme siège parce qu’elle se préparait à devenir la capitale économique de la Péninsule. L’inspirateur de cette fondation n’était pas un milanais, ni un lombard, ni encore moins un padano-italien mais un anglais, Sir James Henderson, rejoint par son ami Leo Giulio Culletton. Ce dernier aurait souhaité que le club rotarien italien soit tout à fait semblable à ceux des États-Unis, c’est-à-dire ultra-démocrate, tandis qu’Henderson penchait pour un Rotary italien élitaire et aristocratique 18, avec des membres influents de la haute bourgeoisie et de l’entrepreneuriat (parmi eux figurent Motta, Falk, Pirelli, Borletti). Après Milan, le Rotary s’étend vers Trieste, Gênes et le Piémont (avec Vittorio Emanuele III comme associé), pour atteindre Florence, Rome (avec Arnaldo Mussolini, jusqu’à ce que le régime tolère tacitement le club), Naples et Palerme. Les noms des vip augmentent : Giovanni Agnelli, Marzotto, Giovanni Treccani, Guglielmo Marconi. En 1925, le fascisme entre en collision avec le club en raison de ses origines « démo-ploutocratiques », de son pacifisme et de son mondialisme 19. En 1928, l’Église catholique attaque le Rotary (avec l’article du Père Pietro Pirri s.j. dans l’Osservatore Romano du 15 février 1928) en l’accusant de para-franc-maçonnerie, car « sa morale n’est qu’un déguisement de la maçonnerie » 20. Le 4 février 1929, le Saint-Office publie un Décret interdisant en Italie aux prêtres de s’inscrire à l’Association rotarienne, tandis qu’en Espagne le primat Cardinal Pedro Segura y Saenz (1880-1957), Archevêque de Tolède, le 23 janvier 1929, étendait la prohibition aux simples laïcs baptisés, car l‘Association était fondée sur une morale autonome et laïque, une conception mondialiste, une conception de fraternité philanthropique en opposition avec la vertu théologique de subjectivité. Le Caudillo Francisco Franco (1892-1975) le dissout et ne fut rétabli qu’en 1983. La Civiltà Cattolica s’est également occupée de la question maçonico-rotarienne dans trois articles (16 juin 1928, 21 juillet 1928 et 16 février 1929), dans lesquels l’association rotarienne était définie comme « une émanation maçonnique, une nouvelle espèce de franc-maçonnerie qui opère en plein jour ». Mais, en Italie, le club a été supprimé officiellement En réalité, du côté rotarien, « il n’a jamais été démenti que parmi les membres du Rotary figuraient également des personnes appartenant à la Franc-Maçonnerie, précisément parce que le statut de l’Association ne prévoyait pas de discrimination en ce qui concerne les convictions religieuses, philosophiques et politiques » 21. Le 11 janvier 1951, L’Osservatore Romano publia un décret du Saint-Office qui mettait en garde les prêtres de s’inscrire aux associations secrètes, en référence implicite au Rotary. Ce décret a été expliqué par le Père jésuite Francesco Pellegrino le 14 janvier 1951, dans l’église du Jésus de Rome. Enfin, il y a eu un article clarificateur paru dans L’Osservatore Romano le 27 janvier 1951, dans lequel on refusait aux Évêques ayant des Diocèses de permettre aux ecclésiastiques de s’inscrire au Rotary, mais on leur permettait de participer aux réunions rotariennes à caractère public ou à finalité caritative. Quant aux laïcs, aucune mention de prohibition. Le Cardinal Angelo Roncalli, pendant son patriarcat à Venise (1953-1958), eut de nombreux contacts avec les Rotariens 22, et une fois devenu Jean XXIII (1881-1963), il reçut une première fois les Rotariens d’Italie le 20 avril 1959, suivie d’une seconde fois le 20 mars 1963. Le 13 novembre 1957, Giovanni Battista Montini, Archevêque de Milan, avait déjà assisté à la réunion du club rotarien milanais et avait déclaré qu’il avait, dans le passé, émis de nombreuses réserves sur le Rotary, «fruit de l’ignorance et de l’erreur» 23. Le 28 septembre 1963, Paul VI (1897-1978) reçut toute une représentation rotarienne. Puis, le 20 mars 1965, puis le 14 novembre 1970 et le 16 février 1974. Et enfin, Jean-Paul II (1920-2005) adressa aux rotariens de la LXX Convention un message de vive sympathie le 14 juin 1979, puis le 13 février 1984, puis le 25 février 1989 24.
V CONCLUSION
L’idéologie du Rotary présente de graves carences philosophico-dogmatiques et une inconciliabilité de fond avec la doctrine catholique. En effet, elle est le fruit – comme nous l’avons vu dans l’article grâce aux citations des rotariens eux-mêmes – du néo-protestantisme libéral américain, encore plus latitudinariste que le luthérien classique. L’américanisme ou modernisme pratique, condamné par le Pape Léon XIII (1810-1903) dans Testem benevolentiæ (1895), en est le cœur, avec le pragmatisme rationaliste du psychologue et philosophe américain William James (1842-1910). Le mondialisme régnant aujourd’hui, avec le concept de société multi-ethnique, multi-religieuse et multi-culturelle, représente l’un des piliers de la philosophie et de la pratique rotarienne. L’« initiation » tout à fait laïque et bourgeoise, élitaire-technocratique, tendant au progrès à l’infini, est présente au Rotary, même si ce n’est pas de manière secrète ou ésotérique comme dans la Franc-Maçonnerie. Le philanthropisme, qui cherche à saper la vertu théologique et surnaturelle de la charité pure. L’exclusion de toute conception religieuse propre au Rotary dépasse également le vague déisme maçonnique, qui exige au moins la croyance en le Grand Architecte de l’Univers et exclut l’athéisme grossier. Elle conduit donc à une forme extrême d’indifférentisme agnostique, étrangère même à la Franc-maçonnerie anglo-américaine. La morale rotarienne est autonome, subjective ou kantienne, donc essentiellement opposée à celle objective, naturelle et divine du catholicisme et de la droite philosophie. La laïcité politique, avec la séparation absolue de l’Église et de l’État, est une pierre angulaire du rotarisme et est contraire au Droit Public Ecclésiastique traditionnel. Le tout est encadré par un subjectivisme substantiel et un relativisme philosophique, « religieux » et social, qui pollue et détruit l’ensemble de la doctrine et de la pratique rotarienne.
Ce qui laisse perplexe, c’est le changement ou renversement de jugement à l’égard du Rotary, intervenu avec Jean XXIII (1962) et Paul VI (1963), après quarante ans environ de condamnations ecclésiastiques (1928-1951), de Pie XI (1857-1939) à Pie XII (1876-1958). Mais étant donné le tournant anthropocentrique de la théologie du Concile Vatican II (1962-1965) 25, on ne s’étonne pas plus que , et il est tout à fait normal qu’une théologie de la primauté de l’homme sur Dieu soit suivie d’une pastorale de la prééminence de l’unitarisme sur la vérité, laquelle a finalement abouti à la supériorité de la diplomatie ou de la philanthropie sur la religion positive et révélée. Le changement à 360 degrés du jugement clérical sur le Rotary est une confirmation de l’inexistence de l’herméneutique de la continuité entre Vatican II et Tradition divino-apostolique 26, et même la preuve prouvée de la rupture et de la contradiction entre Tradition et conciliarisme : théocentrisme/anthropocentrisme ; philosophie/syncrétisme droit ; religion/philanthropisme. Ce n’est qu’en remettant de l’ordre aux idées et aux faits – moyens disposés à la fin, créature au Créateur, union à la Vérité, politique à la religion – que l’on pourra retrouver la tranquillité et la stabilité théorico-pratique dans les domaines philosophique, théologique et spirituel, sinon on reste dans le chaos actuel de la post-modernité nihiliste du néo-modernisme condamné par Pie XII (dans Humani generis, du 12 août 1950), qui met l’homme contre Dieu, la mondialisation contre la Vérité et la politique contre la religion. Alors que la modernité et le modernisme classique condamné par Saint Pie X (dans Pascendi Dominici gregis, du 8 septembre 1907) se « limitaient » à se passer de l’Être objectivement réel et transcendant ou à séparer l’homme de Dieu, comme il n’existait pas ; à vouloir l’union sans la Vérité et la politique sans religion. C’est la « tragédie conciliaire », l’homme à la place de Dieu, qui a fait de l’environnement catholique une bougie et du monde une sorte d’enfer.
NOTES
1 Article paru dans la revue Sodalitium (nº 38, juin-juillet 1994), et disponible sur la page web
http://www.doncurzionitoglia.com/rotary_e_massoneria.htm
2 Voir P. P. Harrys, Mon chemin vers le Rotary, Éditions du District 2070, 1993.
3 Voir A. Mellor, Dictionnaire de la Franc-maçonnerie et des Francs-maçons, Paris, Belfond, 1989, p. 196.
4 Voir C. Widmann, Le Rotary, une idée, une histoire. Chicago 1905-Ravenne 1995, Ravenne, Longo Editrice, 1996, p. 9. Sur la symbolique rotarienne, voir M. Chevalier, Society, Manners and Politics in the United States, New York, Anchor Books, 1961 ; du même auteur, Chronicle of the Pilgrim Fathers, London & New York, J. M. Dent, 1910 ; M. Novak, L’esprit du capitalisme démocratique et le christianisme, Rome, Armando, 1987.
5 Voir C. Widmann, op. cit., p. 9.
6 Ibid., p. 10.
7 Ibid., p. 11.
8 Ibid., p. 12. Claudio Widmann est psychologue-psychothérapeute et analyste jungien.
9 Voir C. Widmann, op. cit., p. 18.
10 Ibid.
11 Ibid., p. 19.
12 Ibid., p. 20.
13 Ibid., p. 21.
14 Ibid., p. 22.
15 Voir L. Troisi, Dictionnaire maçonnique, Foggia, Bastogi, s. d., p. 347.
16 Voir C. Widmann, op. cit., p. 23. L’Auteur se réfère à un article paru dans L’Osservatore Romano, du 15 février 1928, intitulé «Qu’est-ce que le Rotary» ?
17 Voir C. Widmann, op. cit., p. 26.
18 Voir A. Blé, Naissance et renaissance du Rotary en Italie, Milan, Rotary Club de Milan, 1975, p. 19. Voir aussi A. Belloni Sonzogni, Rotary de Milan : interprétation historique d’un projet civil, Milan, Rotary Club de Milan, 1993.
19 Voir C. Widmann, op. cit., p. 44-46.
20 Voir E. Cianci, Le Rotary et l’Église catholique, Congrès 207, District Arezzo, 10-12 mai 1985 ; O. Ranelletti, Le Rotary et l’Église catholique, Milan, Institut Culturel Rotarien, 3ème éd., 1991.
21 Voir C. Widmann, op. cit., p. 50.
22 Voir O. Ranelletti, op. cit., p. 91.
23 Voir E. Cianci, Il Rotary, société italienne, Mursia, Milan 1983, p. 176.
24 Ibid., p. 178. Voir aussi R. Esposito, Les grandes concordances entre l’Eglise catholique et la Franc-Maçonnerie, Nardi, Florence 1987 ; G. B. Buzzetti, entrée « Rotary », dans Encyclopédie Catholique, Cité du Vatican, 1952, vol. X, col. 1398 s.
25 Voir Gaudium et spes, n. ° 22 ; Paul VI, 7 décembre 1965, Homélie dans la IX session du Concile Vatican II ; K. Wojtyla, Signe de contradiction, Milan, Vie et Pensée, 1977 ; Jean Paul II, Redemptor hominis (1979) ; Dives in misericordia (1980), Dominum et vivificantem (1986).
26 Cf. Mgr B. Gherardini, Concile œcuménique Vatican II. Un discours à faire, Frigento, 2009 ; Tradidi quod et accepi. La Tradition Vie et Jeunesse de l’Église, Frigento, 2010.
Saint Julien de Brioude
Martyr (+ v. 304)
Julien était originaire de Vienne sur le Rhône et, pour ne pas s’exposer inutilement à la persécution de Dèce, il s’enfuit. Mais il fut rattrapé près du village de Brioude en Auvergne. Les soldats le décapitèrent. Son culte fut si grand que près de quatre-vingt dix localités et communes portent son nom en France.
« Les chrétiens du Puy en Velay ont versé leur tribut au témoignage de la Foi jusqu’au don de la vie. Dans les premiers siècles, à l’époque des persécutions de l’Empire Romain ont été tué en haine de la foi Saint Julien à Brioude, Saint Ferréol, Saint Ilpize… » (diocèse du Puy)
– La présence de chrétiens dans l’armée romaine provoque, entre 287 et 290, une réaction qui se manifeste par des mesures ponctuelles, plutôt qu’une persécution généralisée. Tel est le cas pour Julien, Viennois de naissance, soldat légionnaire et pour Ferréol, centurion de la même légion. La communauté de religion rapproche ces 2 légionnaires. Lorsque Ferréol, qui sait se montrer discret dans les manifestations de sa foi, apprend les mesures qui se préparent contre les chrétiens, il avertit Julien qui, lui, affiche volontiers sa foi. Il l’invite à fuir en Auvergne, mais Julien est rejoint à Brioude où il est tué et décapité. Les soldats ramènent sa tête à Vienne en témoignage de l’accomplissement de leur mission. Quant à Ferréol, dénoncé, il s’enfuit; mais rejoint, il est arrêté, jugé, condamné et exécuté. Le corps de Ferréol et la tête de Julien étaient vénérés dans la basilique Saint-Ferréol-en-Gal, construite par saint Mamert, mais aujourd’hui entièrement détruite.
« Soldat romain, il a subi le martyre à Brioude en 304. Parti de la ville de Vienne, prés de Lyon, il alla se réfugier en Auvergne où finalement il fut saisi par Crispinus, le chef de la garnison locale, et décapité sur le champ. On raconte encore que deux vieillards, Arcons et Elpize, se chargèrent d’ensevelir son corps et retrouvèrent aussitôt la vigueur de leur jeunesse. Un premier martyrium s’éleva à l’emplacement de sa sépulture dès le quatrième siècle, qui est à l’origine même de l’église de Brioude. Julien témoigna donc de sa foi par le supplice et, par son exemple, convertit beaucoup de paysans de la région, alors encore largement païenne. Saint thaumaturge, son culte se répandit rapidement à travers toute la Gaule, comme l’attestent encore de nombreux toponymes et lieux de culte, dont bon nombre sont situés sur les routes de Saint-Jacques-de-Compostelle. » (Église Saint Julien le Pauvre à Paris – les saintes reliques de notre paroisse)
« Qui était Saint-Julien? Il s’agit de Saint-Julien de Brioude, l’un des plus fameux martyrs de la Gaule. Tribun romain, il tenait garnison à Vienne dans le Dauphiné. En l’année 304, au temps de la persécution de Dioclétien, il fut décapité prés de la ville de Brioude en Auvergne où il s’était réfugié. Il s’était livré à ses bourreaux pour éviter que ceux qui le cachaient soient victimes de représailles. Trois siècles plus tard sa tête fut retrouvée par Grégoire de Tours et Saint Mamert. Le tombeau du martyr devint à Brioude un lieu de culte. Les miracles qui s’y faisaient tiennent une grande place dans la légende dorée du Moyen-Age. Aux XIe et XIIe siècles fut bâtie à Brioude une imposante basilique romane, la plus belle d’Auvergne, et c’est un haut-lieu des pèlerinages anciens où les rois de France s’arrêtaient quand ils se rendaient au Puy. Le culte de Saint-Julien se répandit dans toute la France et de nos jours, prés de 300 églises portent encore son nom… » (église de Saint Julien de Royaucourt – site des Amis de l’église)


Crypte de la basilique de Brioude : reliquaire du XIXe siècle et icône du XXIe siècle représentant saint Julien.
Saint Julien priez pour nous
Vers la parité ?
Comment Léon XIV consolide l’ouverture de François à la présence des femmes aux postes de direction au Vatican
Le pape François a rompu avec la tradition du Vatican en nommant des femmes à des postes longtemps réservés, dans la pratique, aux ecclésiastiques. Léon XIV est désormais en train de faire de cette avancée une pratique courante.
En un peu plus d’un an, il a confirmé les femmes nommées par son prédécesseur, en a promu d’autres et a nommé de nombreuses femmes à divers postes au sein du Vatican.
Les médias italiens l’ont remarqué. Ils recourent sans cesse à la couleur rose : le Vatican « se pare de rose », tandis que les titres parlent d’un « Vaticano in rosa » et de « nomine rosa » — « nominations roses ».
Voici les nombreuses femmes que Léon XIV a nommées, promues ou confirmées à ce jour.
Raffaella Petrini – Gouverneure de la Cité du Vatican
Peu avant sa mort, François a nommé Sœur Raffaella Petrini présidente du Gouvernorat de l’État de la Cité du Vatican et présidente de la Commission pontificale pour l’État de la Cité du Vatican.
Léon XIV ne s’est pas contenté de la laisser à ce poste. En novembre 2025, il a modifié la Loi fondamentale de la Cité du Vatican afin que la présidence de la Commission pontificale ne doive plus être occupée par un cardinal, contribuant ainsi à faire du précédent établi par Sœur Petrini un dispositif structurellement pérenne.
En février 2026, Léon l’a également nommée membre de la Commission des affaires réservées, chargée de traiter les actes juridiques, économiques et financiers sensibles, et a confirmé son appartenance au Dicastère pour les évêques.
María Montserrat « Montse » Alvarado – Préfète du Dicastère pour la communication
Léon XIV a nommé María Montserrat Alvarado préfète du Dicastère pour la communication en juin 2026, son mandat prenant effet le 1er novembre. Mme Alvarado est une laïque divorcée.
Alessandra Smerilli – Préfète du Dicastère pour la promotion du développement humain intégral
Sœur Alessandra Smerilli, religieuse salésienne italienne et économiste, a été nommée préfète du Dicastère pour la promotion du développement humain intégral par Léon en juin 2026 ; elle a pris ses fonctions le 1er septembre.
François avait déjà intégré Smerilli à la direction du dicastère, d’abord en tant que sous-secrétaire, puis en tant que secrétaire. La décision de Léo de la promouvoir au poste de préfète constitue donc l’un des exemples les plus évidents de la transition entre les deux pontificats.
Tiziana Merletti – Secrétaire du Dicastère pour la vie consacrée
Quelques semaines seulement après son élection, en mai 2025, Léon a nommé Sœur Tiziana Merletti au poste de secrétaire du Dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique.
Sa nomination a permis à une femme d’occuper le deuxième poste à responsabilité au sein d’un dicastère déjà dirigé par une femme, Simona Brambilla.
Nina Benedikta Krapić – Directrice adjointe du Bureau de presse du Saint-Siège
En février 2026, Léon XIV a nommé Sœur Nina Benedikta Krapić directrice adjointe du Bureau de presse du Saint-Siège.
Née en Croatie en 1989, Mme Krapić est avocate et sœur franciscaine de la Charité ; elle a également suivi une formation en relations publiques et a travaillé auprès de victimes de violences conjugales.
Cristiana Perrella – Présidente de l’Académie pontificale des beaux-arts et des lettres
En septembre 2025, Léon XIV a nommé Cristiana Perrella présidente de l’Académie pontificale des Beaux-Arts et des Lettres des Virtuosi al Pantheon. Sa nomination a particulièrement retenu l’attention, car le travail de commissaire d’exposition de Mme Perrella a notamment porté sur des œuvres traitant explicitement de la nudité, de la sexualité et de la perversion.
Paola Fanelli – Directrice des ressources humaines du Saint-Siège
En avril 2026, Léon a nommé Paola Fanelli à la tête de la Direction des ressources humaines du Saint-Siège au sein du Secrétariat pour l’Économie.
Mme Fanelli est une gestionnaire laïque dotée d’une vaste expérience dans les domaines du conseil, de la banque, des ressources humaines et de la transformation organisationnelle.
Andreina Rita – Scriptor Latinus de la Bibliothèque apostolique vaticane
En avril 2026, Léon a nommé Andreina Rita « Scriptor Latinus » de la Bibliothèque apostolique vaticane. Spécialiste des collections historiques, elle travaille à la Bibliothèque vaticane depuis les années 1990 et dirigeait auparavant son département des livres imprimés.
Membres féminins de la Congrégation
– Elena Wettstein Principato – Membre du Conseil pour l’Économie ; nommée le 11 août 2026. Économiste dotée d’une expérience internationale dans les domaines de la finance, de la gestion d’actifs et de la banque.
– Gisela Bergmann – Membre du Conseil pour l’Économie ; nommée le 11 août 2026. Formée en ingénierie et en finance ; parcours professionnel dans la banque d’investissement, l’ingénierie et la gestion fiduciaire.
– Susan Lynn Bissell – Membre de la Commission pontificale pour la protection des mineurs ; nommée le 30 mars 2026. Spécialiste en sciences sociales et en protection de l’enfance ; ancienne haute responsable de l’UNICEF et chercheuse au Centre FXB pour la santé et les droits de l’homme de l’université de Harvard.
– Vera Songwe – Membre ordinaire de l’Académie pontificale des sciences sociales ; nommée le 9 mars 2026. Économiste titulaire d’un doctorat en économie mathématique ; ancienne haute responsable à la Banque mondiale, à la SFI et aux Nations unies.
– Linah Siabana – Membre du Dicastère pour la promotion du développement humain intégral ; nommée le 30 mars 2026. Sœur religieuse et psychologue, dotée d’une expérience en psychologie, en formation et en vie religieuse.
– Meghan J. Clark – Membre du Dicastère pour la promotion du développement humain intégral ; nommée le 30 mars 2026. Théologienne titulaire d’un doctorat en éthique théologique ; professeure à l’université St John’s, spécialisée dans la pensée sociale catholique, les droits de l’homme et l’éthique.
– Léocadie Wabo Lushombo – Membre du Dicastère pour la promotion du développement humain intégral ; nommée le 30 mars 2026. Théologienne et éthicienne ayant suivi une formation doctorale en éthique théologique ; spécialisée dans l’éthique sociale catholique, le genre et le développement.
– Christine Nathan – Membre du Dicastère pour la promotion du développement humain intégral ; nommée le 30 mars 2026. Spécialiste du travail, des migrations et de la justice sociale, dotée d’une longue expérience au sein d’organisations catholiques et syndicales internationales.
– Chiara Cazzuola – Membre du Dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique ; nommée le 24 juin 2025. Sœur salésienne et éducatrice ; Supérieure générale des Filles de Marie Auxiliatrice.
– Françoise Petit – Membre du Dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique ; nommée le 24 juin 2025. Fille de la Charité, elle possède une expérience dans les domaines de l’éducation, de la formation et de la direction religieuse internationale.
– Maria Goretti Lee – Membre du Dicastère pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique ; nommée le 24 juin 2025. Sœur religieuse coréenne ayant suivi une formation théologique et disposant d’une vaste expérience dans la direction de sa congrégation.
– Idilia Maria Moreira Gonçalves Carneiro – Membre du Dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique ; nommée le 24 juin 2025. Sœur hospitalière possédant une expérience dans les domaines de la santé, de la formation et de la direction religieuse ; Supérieure générale de sa congrégation.
– Luisa Muston – Membre du Dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique ; nommée le 24 juin 2025. Femme laïque consacrée ; Présidente générale de l’institut séculier « Missionnaires des malades “Christ Espérance” ».
– Alfonsina Russo – Membre de la Commission pontificale d’archéologie sacrée ; nommée le 25 mars 2026. Archéologue et spécialiste en archéologie classique ; haute responsable italienne du patrimoine culturel.
– Lucrezia Spera – Membre de la Commission pontificale d’archéologie sacrée ; nommée le 25 mars 2026. Professeure d’archéologie chrétienne et médiévale à l’université de Rome Tor Vergata.
– Francesca Romana Stasolla – Membre de la Commission pontificale d’archéologie sacrée ; nommée le 25 mars 2026. Professeure d’archéologie chrétienne et médiévale à l’université Sapienza de Rome.
– Simona Brambilla – Membre du Dicastère pour les Évêques ; nommée par Léon XIV le 14 février 2026. Sœur missionnaire de la Consolata, infirmière et psychologue ; également préfète du Dicastère pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, fonction à laquelle le pape François l’a nommée en janvier 2025.
– María Lía Zervino – Membre du Dicastère pour les évêques ; initialement nommée par François en 2022, puis confirmée par Léon XIV le 14 février 2026. Sociologue argentine et ancienne présidente de l’Union mondiale des organisations de femmes catholiques.
– Charlotte Kreuter-Kirchhof – Membre du Conseil pour l’Économie ; initialement nommée par François en 2020 et reconduite au sein du conseil renouvelé par Léon XIV le 11 août 2026. Professeure allemande de droit public, international et européen.
– Leslie Jane Ferrar – Membre du Conseil pour l’économie ; initialement nommée par François en 2020 et reconduite au sein du conseil renouvelé par Léon XIV le 11 août 2026. Expert-comptable et ancienne trésorière du prince Charles de l’époque.
Consultantes des dicastères
– Lucy Afandi Esipila – Consultante, Dicastère pour la promotion du développement humain intégral ; nommée le 18 août 2026. Spécialiste kenyane du développement et secrétaire exécutive régionale de Caritas Afrique.
– Kathryn A. Koch – Consultante, Dicastère pour la promotion du développement humain intégral ; nommée le 18 août 2026. Dirigeante américaine dans le domaine de l’investissement, formée en économie et en finance ; présidente-directrice générale de Trust Company of the West.
– Jacqueline Remond – Conseillère, Dicastère pour la promotion du développement humain intégral ; nommée le 18 août 2026. Universitaire australienne et spécialiste du développement durable, travaillant dans les domaines de l’écologie, de la théologie et de la doctrine sociale de l’Église.
– Caren Rodrigues – Consultante au Dicastère pour la promotion du développement humain intégral ; nommée le 18 août 2026. Spécialiste en gestion et professeure associée au Saint Joseph’s Institute of Management de Bangalore.
– Patricia Murray – Consultante, Dicastère pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique ; nommée le 6 août 2026. Religieuse irlandaise ayant suivi une formation en théologie et en sciences de l’éducation ; ancienne secrétaire exécutive de l’Union internationale des supérieures générales.
– Maria Nirmalini – Conseillère, Dicastère pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique ; nommée le 6 août 2026. Sœur du Carmel apostolique indien et éducatrice, dotée d’une vaste expérience dans la direction de communautés religieuses féminines.
– Mary Makamatine Lembo – Consultante, Dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique ; nommée le 6 août 2026. Sœur religieuse togolaine et psychologue ; professeure à l’Université pontificale grégorienne et chercheuse spécialisée dans les abus dont sont victimes les religieuses.
– María Rosaura González Casas – Conseillère, Dicastère pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique ; nommée le 6 août 2026. Sœur religieuse mexicaine et psychologue ; universitaire à l’Université pontificale grégorienne, spécialisée en psychologie et en formation.
– Maria do Disterro Rocha Santos – Conseillère, Dicastère pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique ; nommée le 6 août 2026. Religieuse brésilienne ayant une expérience dans la formation et la direction nationale de la vie religieuse.
– Chiara Lorenzato – Conseillère, Dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique ; nommée le 6 août 2026. Sœur italienne possédant une vaste expérience en matière de formation et de direction dans la tradition franciscaine/clarissienne.
– Chiara Codazzi – Conseillère théologique, Dicastère pour les Causes des Saints ; nommée le 21 juin 2025. Religieuse italienne et théologienne rattachée à l’Université pontificale Antonianum.
– Emma Caroleo Bonfatti – Conseillère théologique, Dicastère pour les Causes des Saints ; nommée le 21 juin 2025. Théologienne laïque italienne et universitaire rattachée à l’Université pontificale grégorienne.
Mensonge pontifical ou ignorance de la plume ?
Le salon Beige a publié hier matin un texte intéressant de François Savy sur la question de la légitimité de la nouvelle messe. Il relève que le mot avait été utilisé dans l’indult de 1984 permettant la célébration de l’ancienne messe à condition de ne pas mettre en doute « la légitimité et la rectitude doctrinale » de la nouvelle messe.
Il remarque ensuite que le mot n’est pas repris dans le protocole d’accord de 1988 entre Mgr Lefebvre et le Saint-Siège, et qu’il faudra attendre l’instruction d’application du motu proprio Summorum Pontificum pour le retrouver, 23 ans après. Il ajoute que, interrogée sur ce mot, la commission Ecclesia Dei avait répondu que c’était un synonyme de licéité.
Mais le mot est revenu dans le motu proprio Traditionis Custodes, et dans le contexte il prend une signification bien différente. Il ne s’agit plus de reconnaître la licéité et la validité de la nouvelle messe, mais « la validité et la légitimité de la réforme liturgique ». Il est remarquable que ce même mercredi matin, Léon XIV donnait son point de vue sur la question, dans le sens de François. Cela a été relevé par dom Alcuin Reid dans un autre texte publié dans le Salon Beige.
Paul VI et les « experts »calvinistes qui furent satisfaits du NOM
« La réforme liturgique promue par le Concile Vatican II est ainsi fermement enracinée dans la tradition vivante de l’Église », a dit le pape. Dom Alcuin Reid commente :
Son « ainsi » sous-entend que les exigences de Sacrosanctum Concilium n° 23, selon lesquelles « il ne doit y avoir d’innovations que si le bien de l’Église l’exige véritablement et certainement ; et il faut veiller à ce que toute forme nouvelle adoptée découle organiquement des formes déjà existantes », ont été respectées.
S’il en était ainsi, la réforme liturgique serait clairement légitime.
La CEF à Lourdes
Mais il n’en est pas ainsi. Le pape ment quand il prétend que la réforme liturgique a respecté les exigences de Sacrosanctum Concilium et se trouve ainsi enracinée dans la Tradition.
Car il se trouve que les artisans de cette réforme et ceux qui la combattent sont d’accord (avec un certain Joseph Ratzinger, du reste) pour dire qu’il y a eu rupture et non continuité. Ceux-là s’en sont vantés, ceux-ci ne cessent de le déplorer et de le dénoncer. Un témoin clef fut le P. Luykx, qui était un militant du mouvement liturgique, et pour cela nommé membre des commissions chargées de la réforme liturgique, et a écrit un livre pour expliquer que cette réforme n’était pas du tout dans la ligne du mouvement liturgique ni de ce que demandait Vatican II. Au point qu’il se fit grec-catholique pour ne pas avoir à célébrer la nouvelle messe…
La nouvelle messe est licite puisque promulguée par l’autorité, elle est valide quand elle est célébrée par un prêtre selon les livres liturgiques officiels, mais la réforme liturgique n’est pas légitime : elle est en rupture avec la tradition et n’a donc pas la légitimité de la tradition.
Avec Daoudal
Note de la rédaction : « La réforme liturgique promue par le concile Vatican II se situe donc dans le sillage de la tradition vivante de l’Église. » Il faut sans doute comprendre que la « tradition vivante » moderniste, est : « Notre tradition, c’est de changer. » (P. Thomas Reese sj) évolutive, et fait table rase du passé, mais cela n’a rien à voir avec la Tradition, que même le concile voulait préserver. Tous les faits et les destructions sont là pour contredire une telle assertion.
Un Maître de foi et de gouvernement
À la fête de Louis-Roi de France, lorsque la brume de l’histoire se dissipe devant la lumière inaltérable de la Foi, la mémoire de la France et de la chrétienté toute entière tourne ses yeux vers la figure excellente de Saint Louis IX. Nous ne contemplons pas ici un monarque subordonné aux vanités du siècle, mais un serviteur du Très-Haut, un roi dont la couronne terrestre s’est pliée avec une ferveur jubilatoire devant la Couronne d’Épines et le bois sacro-saint dans lequel la Rédemption du genre humain a été consommée.
La Croix Sur les traces du Rédempteur
Ce n’est pas la possession d’un vestige matériel qui a fait bouger le cœur de Saint Louis, mais la soif ardente de se joindre au sacrifice du Calvaire. L’année du Seigneur de 1238 passait lorsque l’Empire latin de Constantinople, accablé par les dettes et le siège, offrait en gage les reliques les plus sacrées de la Passion. Pour la piété du Saint-Roi, il ne s’agissait pas d’une transaction diplomatique, mais d’un sauvetage providentiel : les insignes du Divin Roi ne pouvaient pas rester entre les mains de prêteurs ni tomber dans la profanation.

Partant à la rencontre du dépôt sacré à Sens, le monarque dépouilla son épaule de la pourpre royale et ses pieds de toute chaussure. Pieds nus, vêtu d’une simple tunique de lin, il chargea sur ses propres épaules l’arche qui gardait les reliques. Ils racontent les chroniques qu’en voyant approcher les éclats du Lignum Crucis et de la Sainte Couronne, le Saint-Roi rompit dans un cri de profonde contrition et de joie, s’exclamant qu’il n’était pas digne de toucher de ses mains ce qui avait été imprégné par le Sang très précieux de son Sauveur.
Le reliquaire de cristal et la mystique de la Sainte-Chapelle


Pour abriter la Sainte-Croix et les Épines, Saint Louis n’a pas ménagé la beauté de la pierre et du verre. Il fait lever la Sainte-Chapelle, reliquaire de pierre et de lumière qui s’élève vers les cieux de Paris comme un soupir de pierre. En elle, lorsque le soleil traverse les vitraux, l’espace se teinte de la couleur du sang et de l’or, rappelant que la puissance temporelle est un simple serviteur de la majesté du Christ Roi.
On raconte que le Saint-Monarque passait des nuits entières en prière silencieuse devant le Lignum Crucis. Lors d’une de ces veillées, la chapelle étant dans la pénombre, un moine dominicain a observé comment le roi s’étreignait au pied du reliquaire et, en levant les yeux, le visage de saint Louis semblait transfiguré par une lumière céleste, sa piété monarchique se fondant dans le mystère de la Passion. Pour lui, gouverner la France n’était que porter la croix de son peuple vers le règne social de Jésus-Christ.
Avec une obéissance filiale et le cœur plein de gratitude pour les mercedes reçues, nous nous joignons à la joie de la Province de San Luis, en Argentine, qui en ce jour providentiel célèbre le 432e anniversaire de sa fondation.
Le Parrainage Royal sur la Nouvelle Médina de Rioseco. Ce n’est pas le fruit du hasard, mais de la main invisible de la Providence, que cette noble terre dont la main porte le nom de notre Saint Monarque. Fondée le 25 août 1594 — commémoration du départ de Saint Louis pour la Patrie Céleste — par le Corrégidor de Cuyo, don Luis Jufré de Loyosa y Meneses, elle reçut le nom de «Saint Louis de Loyola Nouvelle Médina de Rioseco».
En l’invoquant comme Patron, les fondateurs ne cherchaient pas seulement un protecteur dans le Ciel, mais un modèle parfait sur la terre. Saint Louis le Roi, le chercheur de la Vérité et gardien de la Sainte Croix, a veillé pendant plus de quatre siècles au sort de cette « Pointe des Cerfs ». Sous sa protection, le peuple puntano a forgé son identité dans la foi, la tradition, et un esprit inébranlable qui, comme les sierras qui l’entourent, s’élève vers Dieu avec une force silencieuse. Que cet anniversaire soit donc un renouvellement de sa vassalité spirituelle devant le Christ Roi et son serviteur béni, Louis.
Oraison Finale
Oh, Glorieux Saint Louis, Roi de France et saint Patron bienveillant de notre Province pour son 432ème anniversaire : tout comme sur terre vous vous êtes humilié devant la Sainte Croix de notre Divin Rédempteur, nous vous supplions que, de votre trône de gloire, vous intercédiez devant Sa Majesté. Veillez sur vos enfants de la « Pointe », défendez leur Foi contre toute erreur et adversité, et accordez-nous la grâce de marcher, sous votre protection royale, sur les sentiers de la vérité et de la justice, afin qu’un jour nous puissions, comme vous, régner avec le Christ au Ciel pour les siècles des siècles.Amen.
Source RADIO CRISTIANDAD
Saint Louis priez pour nous
Du bon sens
La guerre contre la messe traditionnelle est destructrice pour l’Église – le cardinal Sarah
il Giornale le 27 août 2026 sous le titre : « Il cardinale Sarah: “Ma la messa antica per i sacerdoti è quella che aiuta a celebrare meglio” »
————————-
Le cardinal Robert Sarah déclare : « Parmi les effets de la libéralisation de la forme extraordinaire, il y a eu l’influence positive, voire la correction d’abus potentiels, sur la célébration de la forme ordinaire. »
La dénonciation des abus liturgiques excessifs est un thème central du cardinal Robert Sarah, ancien préfet du Dicastère pour le Culte Divin. Il a de nouveau abordé cette question dans son dernier ouvrage, Le Cantique de l’Agneau : Musique sacrée et liturgie céleste, coécrit avec Peter Cater et publié aux éditions Cantagalli.
il Giornale : Votre Éminence, pensez-vous qu’il existe une aversion pour le chant latin et le chant grégorien dans certains milieux de l’Église ?
Cardinal Sarah : Il me semble que l’aversion de certains cercles culturels autoréférentiels est plus psychologique que véritablement fondée, et je pense qu’il s’agit uniquement d’une question d’âge : lorsque la génération de 1968 disparaîtra, disparaîtront également ces unilatéralismes infondés qui sapent le statut culturel même du catholicisme latin.
iG : Benoît XVI était convaincu que la forme extraordinaire (la messe en latin) pouvait influencer positivement les célébrations de la forme ordinaire qui manquaient de sacralité. Avait-il raison ?
CS : Parmi les effets de la libéralisation de la forme extraordinaire, on compte l’influence positive, voire la correction d’abus potentiels, sur la célébration de la forme ordinaire. Ces abus sont des actes extrêmement graves, mais nous ne saurions les assimiler à la forme ordinaire elle-même. De nombreux prêtres témoignent que la découverte de la forme extraordinaire les a aidés à mieux célébrer. Je crois que l’intention de Benoît XVI était aussi empreinte d’une profonde humilité et d’un esprit démocratique : assurer sa diffusion la plus large possible, permettre au peuple de Dieu, au fil des décennies, de choisir la forme qui correspondait le mieux à la mise en pratique de sa foi. Mais tout cela a été étouffé dans l’œuf par Traditionis Custodes, du vivant même du pape émérite.
iG : Quel est votre avis ?
CS : Cela ne me semblait ni sage ni respectueux. Mais Benoît XVI, homme d’une grande douceur, s’est laissé aller à l’humilité et, dans le silence et la prière, il a offert ses souffrances à Dieu pour mieux s’identifier à la douleur du Christ pour son Église et la purifier.
iG : Que pensez-vous de la demande d’abrogation des restrictions ?
CS : L’accès aux formes rituelles reconnues et existantes depuis des siècles ne saurait être artificiellement limité par des décrets. Si un rite ne sert pas la foi, il disparaîtra de lui-même ; si, au contraire, il la préserve et la promeut, ne le restreignons pas, car nous limiterions la préservation et la diffusion de la foi elle-même.
iG : Que diriez-vous aux nombreux fidèles attirés par l’ancienne liturgie, mais qui doivent parfois parcourir de longues distances pour assister à la messe ?
CS : Je ne peux qu’admirer cette magnifique expression d’amour pour Dieu. Ce phénomène se répand de plus en plus. Si la hiérarchie est véritablement capable de discerner les signes des temps actuels – et non ceux de 1968, qui sont trop anciens – alors des espaces de dialogue fraternel et serein pourront s’ouvrir. En tant qu’Église, nous ne pouvons pas faire la guerre à ceux qui assistent avec ferveur à la messe simplement parce qu’ils préfèrent une forme de célébration à une autre : c’est une attitude à courte vue et purement idéologique, donc contraire à l’esprit pastoral et non chrétien. Elle est nuisible et destructrice pour l’Église.
Note de la rédaction : Le Saint Sacrifice de la Messe jamais abrogé, comme l’a avoué Benoit XVI, reste le rite ordinaire, et non extraordinaire équivalent à sa caricature calviniste, aucun pape n’a l’autorité pour l’abroger. Tout le monde se souvient que même le brigandage a préconisé la conservation du latin et du grégorien. La caractéristique des révolutionnaires est de croire que le monde est né avec eux, an 1789, ou en 1965 pour les modernistes. Saint Pie V qui était réellement catholique et respectait l’Antiquité, a dispensé de sa mise à jour les rites de plus de deux cent ans. Mais il faut penser à tous les sacrements et aussi à la doctrine. Le problème après soixante ans, et de multiples destructions c’est de reprendre le fil de la transmission. Il est dommage que le cardinal Sarah tombe dans le piège du mensonge des deux rites équivalents, un soi-disant ordinaire et un soi-disant extraordinaire. Paul VI avait clairement la volonté d’abroger et de remplacer le rite hi-millénaire, ce qui est, a minima, un abus. L’on peut aussi douter de son optimisme : « Si un rite ne sert pas la foi, il disparaîtra de lui-même »; ce qui disparait depuis soixante ans c’est la foi.
La restauration

Un temple maçonnique est en train d’être transformé pour Christ
The Remnant Carl A. Frankovitch 26 août 2026
Un jeune collège catholique de Steubenville envisage d’acheter un temple maçonnique et de le récupérer pour le Christ. Pour les catholiques qui luttent pour préserver leur propre héritage, le symbolisme est difficile à manquer.
Il y a quelque chose de presque providentiel dans ce qui se dessine maintenant à Steubenville, en Ohio. Depuis près d’un siècle, un temple maçonnique se dresse dans la ville. Mais après que le pavillon local ait tenu son événement final en novembre, le Collège Saint-Joseph l’Ouvrier prévoit d’acheter le bâtiment et de lui donner un tout nouveau but. Ce qui a été construit pour la franc-maçonnerie est de devenir un sanctuaire catholique et un centre culturel, avec un espace pour la musique sacrée, les conférences, le pèlerinage et la vie communautaire.
L’une des raisons pour lesquelles le projet se distingue est que les propres étudiants du collège effectueront une grande partie des travaux de restauration. « Nos étudiants restaureront ce bâtiment de leurs propres mains », a déclaré le président du collège, Jacob Imam. « Ce n’est pas une ligne de collecte de fonds, c’est le programme. »
Cette phrase en dit long sur bien plus que le programme d’études du Collège. La restauration catholique exige que les gens soient prêts à redonner leurs prières, leur travail et leurs ressources au travail de construction.
Un collège catholique où les étudiants apprennent à construire
Le Collège Saint-Joseph-l’Ouvrier est construit sur une idée simple que l’enseignement supérieur moderne a largement oublié : l’homme qui connaît Saint-Augustin et l’homme qui sait comment cadrer une maison n’ont pas besoin d’être deux hommes différents.
Les étudiants poursuivent un baccalauréat ès arts en études catholiques tout en suivant une formation dans un métier spécialisé comme la menuiserie, le CVC, la plomberie ou le travail électrique. Leur éducation se déplace entre la salle de classe et le lieu de travail, où ils gagnent un salaire, acquièrent une expérience pratique et apprennent les habitudes de l’artisanat aux côtés de la philosophie, de la théologie, de l’histoire et de la tradition intellectuelle catholique plus large.
L’objectif n’est pas seulement de produire des diplômés à la fois diplômés et professionnels. Il s’agit de retrouver une compréhension catholique plus complète de l’éducation, une compréhension dans laquelle la formation intellectuelle, le travail utile, la vie de famille et la poursuite de la sainteté appartiennent à la même chose. Le Collège cherche à former des hommes qui peuvent penser clairement, travailler avec compétence, subvenir aux besoins de leur famille et porter la foi dans les communautés qu’ils aident à construire.
Cette vision rend le tout nouveau projet du Collège particulièrement approprié.
Récupérer un temple maçonnique
La campagne s’intitule « Récupérer le Temple franc-maçonnique pour le Christ ».
Le sanctuaire proposé est destiné à contenir des reliques de première classe et une réplique du suaire de Turin et à servir de destination pour les pèlerins. L’auditorium actuel du temple sera transformé en un lieu de 500 places pour la musique chorale sacrée, la polyphonie, les symphonies, les conférences de théologie, de philosophie, d’histoire et de littérature, les cérémonies et les rassemblements civiques. Le projet prévoit également un restaurant qui aidera à ramener les gens au centre-ville de Steubenville et à faire du bâtiment restauré un véritable centre de vie communautaire.
Le Collège s’est fixé un objectif de collecte de fonds de 4 millions de dollars, mais la partie la plus révélatrice de la campagne n’est pas le montant recueilli. C’est le mot choisi pour décrire ce que le Collège a l’intention de faire. Ce mot est récupéré.
Le bâtiment, bien sûr, n’a jamais été catholique. Pourtant, la remise en état ne signifie pas nécessairement la récupération de biens une fois possédés. Cela peut également signifier sauver quelque chose d’une utilisation indésirable et le diriger vers une meilleure utilisation. Au sens catholique du terme, l’idée est encore plus large. L’ordre temporel appartient finalement au Christ. Un bâtiment consacré depuis des générations à une institution maintes fois condamnée par l’Église sera désormais mis au service du culte, de l’éducation, de la culture et de la communauté catholiques.
Ce seul fait rendrait le projet remarquable. Mais le symbolisme devient encore plus clair quand on se souvient de ce que le bâtiment représentait autrefois et pourquoi l’Église s’y est opposée avec tant de force.
L’opposition de l’Église catholique à la franc-maçonnerie peut sembler lointaine aux catholiques modernes, comme si elle appartenait à un monde disparu de sociétés secrètes et de luttes politiques du XIXe siècle. Mais le principal différend n’a jamais vraiment porté sur les mots de passe, les tabliers ou les cérémonies du pavillon. Il s’agissait d’une compréhension concurrente de Dieu, de l’homme et de la société.
Le pape Clément XII a condamné la franc-maçonnerie dans In Eminenti en 1738, et les papes successifs ont répété et développé cette condamnation au cours du siècle et demi suivant. Lorsque Léon XIII a publié Humanum Genus en 1884, l’opposition de l’Église à la philosophie maçonnique était déjà profondément établie.
Au centre de la critique papale se trouvait le naturalisme : la croyance que l’homme et la société peuvent être compris, ordonnés et perfectionnés par la seule raison humaine, sans soumission à la révélation surnaturelle et finalement sans soumission à Jésus-Christ et Son Église. De cette prémisse découle l’indifférenciation religieuse. Le christianisme devient une religion parmi tant d’autres, la vie publique est détachée de la vérité révélée, et l’État procède comme s’il ne devait aucune reconnaissance à la royauté du Christ.
Tel était le danger que Léo XIII percevait si clairement. Dans Humanum Genus, il a mis en garde contre les efforts visant à construire la vie politique et sociale sans tenir compte des lois et de l’autorité pédagogique de l’Église et a identifié le naturalisme comme le fondement philosophique sous-jacent du système maçonnique qu’il a condamné.
Le conflit historique n’était pas seulement théorique. Dans certaines parties de l’Europe des XVIIIe et XIXe siècles, les mouvements maçonniques radicaux étaient associés à des programmes de sécularisation visant à affaiblir l’influence de l’Église, y compris des attaques contre les ordres religieux et les biens de l’Église et des efforts pour supprimer la formation catholique de l’éducation publique.
Pour les catholiques traditionnels, cependant, la conséquence profonde du défi maçonnique est survenue au XXe siècle, lorsque les principes auxquels l’Église avait longtemps résisté ont trouvé un accommodement croissant au sein de la vie catholique elle-même. L’accent mis par Vatican II sur la liberté religieuse, l’oecuménisme, le dialogue interreligieux et l’engagement auprès du monde moderne reflétait une posture profondément différente vis-à-vis de l’ordre moderne. Les idées auxquelles les papes précédents étaient confrontés dans le cadre du projet maçonnique et des Lumières ont de plus en plus pénétré la propre approche pastorale de l’Église.
Cette histoire fait de l’acquisition d’un temple maçonnique par un collège catholique plus qu’un projet de rénovation. Pendant des générations, les catholiques ont vu le mouvement aller dans la direction opposée.
Les hôpitaux catholiques oublient les buts pour lesquels ils ont été créés. Les universités catholiques adoucissent ou dissimulent leur identité dans la poursuite d’un prestige laïque. Les écoles échangent leur formation contre des titres de compétence. Les couvents ferment, les séminaires se vident et les églises construites grâce aux sacrifices des familles de travailleurs sont vendues ou réaffectées.
Dans les églises elles-mêmes, les catholiques ont vu de hauts autels être enlevés, les tables de Communion écartées, les statues éliminées et la musique sacrée remplacée par la musique banale. Une grande partie de ce travail a été réalisé sous le signe du progrès et du renouvellement.
Les catholiques traditionnels connaissent particulièrement bien ce modèle. Nous avons vu des choses que des générations de catholiques considéraient comme sacrées être traitées plutôt comme des obstacles au progrès. La messe des âges, héritée depuis des siècles et sanctifiée par le culte d’innombrables saints, a été traitée comme quelque chose à gérer, à restreindre, et finalement à laisser derrière.
L’une des particularités de l’expérience catholique moderne a été la façon dont la reddition est si souvent décrite comme le renouveau. C’est pourquoi le projet de Steubenville est si encourageant. Elle inverse la direction.
Il ne s’agit pas d’une église catholique qui devient un condominium, d’un monastère qui devient un hôtel-boutique, ou d’une école catholique qui se voit dépouillée de son identité religieuse. Un temple maçonnique devient un sanctuaire catholique. Les reliques des saints seront hébergées là où les réunions de la loge ont eu lieu. La musique sacrée comblera son auditorium. La théologie, la philosophie, la littérature, le culte et la culture catholiques occuperont un bâtiment consacré depuis longtemps à une institution à laquelle l’Église s’oppose depuis des siècles.
Reconquérir l’Église
Les principes philosophiques auxquels l’Église s’opposait dans la maçonnerie sont devenus des postulats courants de la vie occidentale moderne : la religion reléguée à la sphère privée, la raison séparée de la révélation, la vie publique organisée comme si la royauté du Christ n’était pas pertinente, et le surnaturel traité comme un supplément facultatif à un ordre humain autrement autosuffisant.
Ces suppositions ne sont pas restées en sécurité hors des murs de l’Église. Au cours du siècle dernier, les institutions catholiques ont absorbé les mêmes habitudes de pensée qu’elles avaient été établies pour s’opposer.
L’ancien temple maçonnique offre donc une parabole pour le travail auquel sont confrontés les catholiques aujourd’hui. Il ne suffit pas de défendre ce qui reste ; nous devons également reconstruire ce qui a disparu. Les catholiques traditionnels ont consacré une grande partie du dernier demi-siècle sur la défensive, en préservant l’ancienne liturgie, en protégeant les institutions catholiques et en s’accrochant à des traditions que d’autres étaient désireux de rejeter. Ces batailles restent nécessaires, mais la préservation à elle seule ne peut pas être la pleine mesure du renouveau catholique. Nous devons récupérer ce qui a été rendu.
L’éducation catholique doit être rétablie. Il en va de même pour la vie familiale catholique, l’art, l’architecture, la musique et la vie intellectuelle.
Nous avons besoin d’écoles que nous n’essayons pas perpétuellement de sauver et de collèges qui n’ont pas besoin d’être persuadés de rester catholiques. Nous avons besoin d’églises dans lesquelles les catholiques puissent rencontrer le culte, la révérence, la beauté et la continuité qui appartenaient naturellement aux générations précédentes. Et nous avons besoin de catholiques prêts à retrouver la confiance que leurs ancêtres ont jadis eue et le dévouement pour consacrer leur temps, leurs talents et leurs ressources au travail que la confiance exige.
Nos ancêtres ont construit des églises, des écoles, des hôpitaux, des monastères, des universités, des orphelinats, des quartiers et des civilisations entières parce qu’ils croyaient que Christ n’était pas seulement le Seigneur du dimanche matin, mais le Seigneur de tout. Ils n’ont pas attendu que quelqu’un d’autre leur fournisse l’argent, la main-d’œuvre ou les sacrifices nécessaires. Ils ont donné ce qu’ils avaient pour que les institutions catholiques puissent être construites, soutenues et transmises à la prochaine génération.
C’est pourquoi l’image de Steubenville est si convaincante. Le Collège tente de réunir ce qui a été séparé : la foi et le travail, l’esprit et la main, le collège et la communauté, la contemplation et l’action, le sacré et le temporel.
Sa campagne exprime l’idée en une phrase simple : « Récupérez le Temple. Construire un sanctuaire. Sanctifier l’ordre temporel. »
Pendant des siècles, l’Église a mis en garde contre une vision de la civilisation qui croyait que l’homme pouvait organiser le monde sans Christ. Aujourd’hui, nous vivons dans un environnement marqué par une culture qui a en grande partie tenté d’atteindre cet objectif.
La réponse catholique ne peut être ni désespoir, ni recul permanent. Il doit s’agir de réhabilitation. À Steubenville, ces travaux commenceront par un temple maçonnique. Brique par brique et pièce par pièce, le bâtiment aura reçu un nouveau but et se tiendra publiquement sous le signe du Christ. Il y a une leçon à tirer de cette transformation pour les catholiques bien au-delà de Steubenville.
Nous avons passé assez de temps à regarder notre héritage être remis.
Il est temps de la récupérer.
Note de l’auteur : Pour les catholiques qui demandent depuis des années ce qui peut être fait pour restaurer ce qui a été perdu, voici une réponse : aider à mettre les outils entre les mains de ceux qui sont prêts à le reconstruire. Le Collège cherche à recueillir 4 millions de dollars d’ici le 10 janvier 2027 pour acheter et transformer le temple, et les dons au Collège St. Joseph the Worker, un organisme visé au paragraphe 501(c)(3), sont déductibles des impôts.
Les contributions peuvent être faites directement par l’intermédiaire de la page de la campagne « Reclaim the Temple » du Collège à http://www.collegeofstjoseph.com/reclaim ou en envoyant un chèque par la poste au College of St. Joseph the Worker, 424 Washington Street, Steubenville, Ohio 43952.
Est-il légitime de maudire ?

Jésus maudit le figuier stérile
Publié le 26 août 2026 par doncurtionitoglia
Pouvons-nous affirmer que, ayant dit «Malheur à vous» concernant certaines villes de Galilée, le Seigneur Jésus a maudit objectivement ou matériellement et non subjectivement ou formellement ces villes ?
Saint Thomas, dans son Commentaire sur l’Évangile selon Saint Matthieu, écrit vers 1256/1259, explique la doctrine qui sera ensuite exposée par lui dans la deuxième section de la deuxième partie de la Summa Theologiae (q. 76, aa. 1-4), entre 1269/1270, sur la licéité morale de la malédiction (1).
L’imprécation ou la malédiction objective
Même les moralistes modernes, s’appuyant sur la doctrine exposée par l’Aquinate, expliquent : « Dans l’usage courant et dans le langage théologique, l’imprécation ne se distingue pratiquement pas de la malédiction. Le juron est une expression de colère ou de haine, dans laquelle on exprime le désir que des dommages soient causés à soi-même, à un autre ou à une créature déraisonnable. Le juron ne devient un blasphème que lorsqu’il est dirigé contre Dieu, les personnes ou les choses qui ont une certaine relation avec Lui.
La malédiction, en revanche, se différencie de l’imprécation en ce qu’elle n’est pas un simple désir, mais une véritable tentative de nuire par l’utilisation de mots ; elle est généralement basée sur l’exercice d’une certaine puissance ; par exemple, l’autorité paternelle, qui maudit ses propres enfants, comme Noé l’a fait avec son fils Cham et sa descendance. […]. Notez qu’il n’est pas péché l’imprécation ou la malédiction, qui ne veut pas dire le mal spirituel d’autrui, mais lui souhaite ou désire un mal physique pour son bien spirituel » (F. ROBERTI – P. PALAZZINI, Dictionnaire de Théologie Morale, Rome, Studium, 1955, p. 627, rubrique « Imprécation »).
En somme, a) on ne peut jamais désirer le plus grand mal spirituel de toute personne, c’est-à-dire la damnation d’autrui, sous peine de péché mortel ; cependant, b) on peut demander un mal matériel de quelqu’un pour sa conversion (par exemple, Sainte Rita da Cascia demanda au Seigneur de faire mourir ses deux enfants avant qu’ils vengent leur père tué, tuant ses assassins) ; enfin, c) on peut demander pour quelqu’un même un châtiment ou un mal spirituel, à condition qu’il ne soit pas définitif et absolu, afin qu’il lui serve de leçon morale et l’incite à un bien spirituel plus grand et à la vraie conversion ; par exemple, une grave humiliation morale (le triple reniement de quelqu’un qui prétend’il se fait trop dire), qui lui-même qu’il prétend’il fait rentrer en lui-même ? S’ils te renient, je ne te trahirai jamais… », Mt., XXVI, 33-34) et qu’il le fasse parvenir à la Sainteté consumée (la crucifixion de Pierre la tête en bas, sur le mont Vatican à Rome en 64, ne s’étant pas estimé digne de mourir comme Jésus).
Dans l’Évangile de Saint Matthieu (XI, 20-24), le Sauveur, I) ayant constaté l’état objectif ou matériel de perversion morale a) du Judaïsme pharisien de Son temps et b) des villes de Galilée où il avait exercé la plus grande partie de Son apostolat ; il les avait désapprouvées toutes deux, objectivement et matériellement, en s’exclamant : « Malheur à vous… ! ». C’est LA MALÉDICTION OBJECTIVE OU MATÉRIELLE.
La Malédiction subjective
En revanche, II) la MALÉDICTION FORMELLE OU SUBJECTIVE, c’est-à-dire invoquer ou souhaiter explicitement le mal à quelqu’un (2), n’est licite que si l’on invoque la justice de Dieu sur quelqu’un qui a violé la loi du Seigneur ; afin a) que l’ordre divin et naturel soit réparé (peine vengeuse), ou afin que b) la personne maudite se corrige formellement (peine médicinale).
Or, Jésus, dans son « Malheur à vous » (malédiction matérielle ou objective), avait seulement constaté objectivement et matériellement la méchanceté de ces villes incrédules et, par conséquent, avait notifié l’exécution de l’œuvre de la justice divine, qui les aurait frappées, sans les maudire subjectivement ou formellement (cf. S. THOMAS D’AQUINO, Commentaire à l’Évangile selon Matthieu, précité, no 945), comme l’apôtre Saint Paul à Jérusalem, à l’égard du Grand Prêtre, Ananie, en lui disant : « Que Dieu te frappe, sépulcre blanchi ! » (Ac, XXIII, 3).
En outre, le Docteur Angélique explique plus en détail dans la Somme Théologique qu’il est permis de maudire quelqu’un (II-II, q. 76, a. 1) ; en effet, le prophète Élysée (II R, II, 24) maudit les enfants qui le raillaient en tant que prophète. Après avoir donné l’argument de la Divine Révélation (« Sed contra ») contenu dans la Sainte Écriture, l’Aquinate, dans l’argumentation de raison naturelle (« Respondeo dicendum quod »), passe à explorer le problème avec une série de divisions.
Tout d’abord, maudire, étymologiquement, signifie «dire mal / mal dire», c’est-à-dire que cela revient à constater ou à énoncer qu’un événement ou une personne sont objectivement répréhensibles, de sorte qu’ils ne peuvent pas être approuvés, «bien/dit», mais doivent être désapprouvés ou «mal/dit». Par exemple, si je vois Antonio tuer sa femme, je dois dire qu’Antonio est un meurtrier, je ne peux pas en dire « bien », mais je dois en dire « mal », c’est-à-dire « mal/dire ».
Deuxièmement, seul Dieu – en tant que cause efficace – peut déterminer à produire n’importe quoi par sa volonté, comme lorsque, de manière impérative, « dixit et facta sunt » (Ps., XXXII, 9) ; ainsi il peut produire un mal par sa simple parole ou un simple acte de volonté. Par exemple, non seulement Dieu créa tout par un mouvement de volonté, mais après avoir maudit Sodome, elle fut ensuite réellement incinérée par le feu physique et matériel descendu du ciel (Gn., XVIII, 3 ; XIX).
De manière secondaire, l’homme peut aussi, comme cause seconde et subordonnée, produire quelque chose par ses ordres, ses volontés et ses paroles. Par exemple, le Centurion de l’Évangile – qui demanda à Jésus de guérir son serviteur gravement malade – donnait les ordres à ses subordonnés et ils faisaient ce qu’il leur avait ordonné (Mt. VIII, 5 ss.).
Troisièmement, il est possible d’obtenir quelque chose, que ce soit par des mots exprimés de manière optative ou par un désir. Par exemple, j’aimerais que Tizio soit arrêté parce qu’il est un voleur. Parfois, les désirs exprimés et exposés à ceux qui ont un certain pouvoir sont ensuite exaucés.
Comme on le voit, la véritable malédiction n’est pas la malédiction objective ou matérielle, qui est un constat pur, mais la malédiction formelle, par laquelle on invoque (par un ordre ou un désir) le châtiment divin sur quelqu’un.
Maintenant, faire et vouloir une chose, moralement parlant, se valent ; en effet, si je veux voler (Septième Commandement) j’ai déjà volé dans mon cœur (Dixième Commandement) ; ainsi si je veux faire l’aumône, c’est comme si je l’avais fait. Les actes internes, en effet, s’ils sont délicats avec une pleine avertissement de l’intellect et un parfait consentement de la libre volonté, sont moralement bons, si leur objet est bon ; ou ils sont moralement mauvais, si leur objet est mauvais.
De même, la malédiction, si je veux et j’ordonne, ou seulement désire le mal à l’égard d’une troisième personne, est moralement bonne ou pécheuse selon que 1°) je désire le mal en tant que mal, seulement par haine de malveillance envers le prochain ; alors il est pécheur aussi bien le désir que l’ordre ; par contre 2°) si je désire ou désire le mal du prochain non pas pour son mal, mais pour son bien supérieur, alors il est moralement licite et aussi bon et méritoire ; en effet, mon intention principale – dans le maudit impératif ou seulement de manière octative – n’est pas le mal en soi mais le bien.
Par exemple, le juge maudit licitement le délinquant qui condamne à juste titre par une « peine de vengeance », qui restaure l’ordre violé par le crime ; de même, l’Église condamne licitement comme hérétiques ceux qui excommunication à juste titre.
D’autres fois, le mal est souhaité, ordonné ou désiré sous l’aspect du bien utile (« peine médicinale » (3)) ; par exemple, lorsque Tizio désire une contrariété ou un mal pour Caio qui a commis un mal, afin qu’il se revoie ou au moins pour qu’il cesse de nuire aux autres.
Haine de l’inimitié et de la malveillance
En ce sens, les moralistes parlent aussi de « haine d’inimitié et de malveillance ». Le premier (« odium inimitiae ») est licite et même dû, il consiste à combattre les ennemis de Dieu, de la vérité, du bien, de la justice, de la patrie, sans vouloir leur mal spirituel ; au maximum, on peut désirer le mal matériel de quelqu’un pour obtenir son bien spirituel.
En revanche, le second (« odium malevolentiae ») est illicite ; en effet, il consiste à vouloir le mal de l’autre, en tant que mal, et surtout il n’est jamais permis de désirer le mal spirituel et moral de quelqu’un, en particulier le mal éternel (cf. S. Th., II-II, q. 76, a. 1).
Jésus a maudit le Judaïsme talmudique
Dans l’article 2° de la même question 76, de la deuxième section de la deuxième partie de la Summa Theologiae, l’Angélique, montre comment Jésus « maledixit ficulneae » (Mt. XXI, 19), car « le figuier était la figuration du Judaïsme incrédule » ; par conséquent, ils (figuier et Judaïsme) ont été maudits par Jésus non seulement objectivement (avec la constatation de leur infructuosité et de leur foi déviée), mais aussi formellement, par un anathème, que le Seigneur a tourné vers la plante et – figurativement – au peuple déicide, afin qu’ils rejettent les œuvres infructueuses – dans le premier cas – et – dans le second – de Job – « Il maudit le jour où il avait été conçu » (Jb, III, 1), « à cause du péché originel qu’on contracte en étant conçus » ; enfin, Dieu lui-même après le péché d’Adam maudit la terre, afin qu’elle ne donne plus de fruits sans avoir été auparavant durement travaillée par l’homme, en disant : « Maudit soit le sol à cause de toi » (Gn, III, 17), c’est-à-dire à cause du péché du premier homme.
Dans le 3ème article, le « Docteur Commun » explique que, si on souhaite le mal à quelqu’un, en tant que mal, c’est un péché mortel, qui contraste avec le Commandement de la Charité surnaturelle envers le prochain Proter Deum, dont nous devons vouloir le bien, surtout spirituel ; en effet, « aimer, c’est vouloir le bien non pas tant à quelqu’un mais surtout à quelqu’un » ; c’est-à-dire qu’on ne doit pas aimer l’autre égoïstement (« de bono proprio ») car il nous est sympathique, mais on doit chercher à ce qu’il obtienne son vrai bien, même s’il s’avérait pour nous (ou même pour lui) gênant ou pas agréable (« de bono alien »).
Enfin, dans le quatrième et dernier article de la même question, Saint Thomas nous explique qu’il est permis de maudire même formellement (c’est-à-dire de souhaiter le mal comme peine due à la faute) quelqu’un afin que, premièrement, l’ordre moral violé soit réparé (par exemple, le juge qui prononce le jugement : « Je te condamne à la peine de prison à perpétuité » sur un meurtrier) ; deuxièmement, on décourage les méchants de réitérer les fautes (à la vue de la prison à vie infligée au meurtrier, les autres s’abstiendront probablement de commettre le mal) ; troisièmement, on indemnise la personne offensée ou sa famille (les enfants de l’assassin doivent pouvoir voir la victime) panser et corriger le délinquant (le tueur, en prison, pourrait rentrer en lui et se repentir du mal fait ; par exemple, comme ce fut le cas à Alessandro Serenelli, qui avait tué Santa Maria Goretti, qui se repentit, fit pénitence, demanda pardon à la famille Goretti et après 30 ans de prison dure, il passa volontairement 43 ans de plus à faire pénitence dans un couvent de Capucins).
LA « VENGEANCE » EST-ELLE LICITE
En ce qui concerne la « peine de vengeance », le père Antonio Royo Marin a écrit : « La vengeance ou juste châtiment a pour but de punir le malfaiteur pour le péché commis. […] Deux vices s’opposent à cette vertu : l’un par excès, la cruauté, et l’autre par défaut, l’indulgence excessive, qui peut animer le coupable à poursuivre ses mauvaises actions » (4).
Saint Thomas d’Aquin, dans la Somme Théologique (II-II, q.108, aa.1-4), explique que « celui qui punit doit avoir pour but non pas sa propre revanche ou sa propre satisfaction, car se réjouir du mal d’autrui serait de la haine ; au contraire, il doit d’abord vouloir la quiétude publique de la Société, puis la punition et la correction du délinquant et seulement enfin sa guérison » (a. 1). En outre, « le fait de punir dans les limites et sans excès est une vertu, puisqu’il prévient et élimine ce qui pourrait nuire ; ce qui est selon la droite inclination naturelle de l’homme ; en effet, dans la vengeance il faut éviter les deux vices opposés : le défaut, c’est-à-dire être trop timide dans la punition [comme c’est le cas aujourd’hui en Italie, où un meurtrier, au plus, purge sept ans de prison ferme, sans permis prime et sorties libres, ndlr] ; ou l’excès, c’est-à-dire la dureté ou la cruauté de celui qui punit trop sévèrement, en dépassant la juste mesure [comme la détention à 20 ans de travaux forcés à Jean Valjean de son roman Quatrevingt-treize pour avoir eu son frère « Les Misérables » ndlr] » (a. 2) ; c’est pourquoi, « l’acte de punir le coupable est moralement bon, quand il vise à freiner et à réprimer les méchants, en leur enlevant les richesses, la liberté et même la vie elle-même [pour un crime aussi grave que le meurtre, ndlr] » (a. 3).Le Père Antonio Royo Marin, commentant la Somme Théologique (II-II, q.108, aa.1-4), affirme : « L’instinct de venger un mal, comme mouvement de répulsion envers lui, est bon ; c’est pourquoi la juste vengeance, qui veut – avant tout – réparer l’ordre violé par le délinquant en faisant le mal et – deuxièmement – amender le coupable, est chose bonne et juste ; donc, l’élément primaire de la peine est vengeur (rétablir l’ordre et punir le mal), tandis que l’élément secondaire est médicinal (aider le coupable à se racheter). Or, aujourd’hui, la peine n’est vue que comme un médicament et on ignore son côté afflictif, correctif, réparateur ou « vindicatif » (5).
En outre, la signification étymologique du mot « vengeance » n’a rien à voir avec la haine ou la rancœur ou se faire justice soi-même, comme on le croit généralement aujourd’hui.
« Venger », en fait, signifie protéger, libérer. Le mot est composé de « vim » (force, violence) et de « dire » ou « dire » (proférer, dire, accuser) ; c’est-à-dire dénoncer la violence subie injustement.
Ainsi, la vengeance est l’acte de rédemption ou de libération d’une agression injuste ; et le vainqueur ou vengeur est celui qui rachète ou libère l’opprimé et punit l’agresseur injuste, pour pouvoir ensuite éventuellement l’amender (6).
Saint Césaire

Né en territoire burgonde de parents chrétiens et probablement gallo-romains, Césaire est reçu comme clerc, à l’âge dix-huit ans, dans sa ville natale par l’Évêque Silvestre (484-526).
Il devient ensuite moine au monastère de Lérins à l’âge de 20 ans; il y est l’élève de Julien Pomère.
Obligé de sortir de Lérins en raison de l’état de sa santé, il s’établit à Arles, où l’évêque Eone, avec qui il est apparenté, l’ordonne diacre, puis prêtre en 499, et lui confie la direction d’un monastère situé en face de la cité, soit à Trinquetaille, soit sur une île du Rhône (probablement l’île de la Cappe). C’est dans ces circonstances qu’il rédige la Regula ad monachos.
Après la mort d’Eone en 501 ou 502, il devient évêque d’Arles probablement en décembre 502, mais continue à vivre comme un moine, exigeant que le clergé soit exemplaire.
Suspect aux rois ariens wisigoths (Alaric II jusqu’en 507) et Ostrogoths (Théodoric et ses successeurs), il doit se justifier à Bordeaux en 505 et à Ravenne en 513, mais gagne à deux reprises la confiance du roi.
En 506 il préside le concile d’Agde dont il a préparé les travaux et suggéré les décisions. C’est également en 513 qu’il fonde, aux Alyscamps, le premier Monastère de femmes, transféré à l’intérieur des murs d’Arles en 524 et appelé monastère Saint Jean.
Il rédige pour ce monastère la Regula ad virgines, qui sera par la suite adoptée entre autres par Sainte Radegonde pour son Monastère de Poitiers.
Nommé vicaire du Siège apostolique pour la Gaule et l’Espagne en 514, il convoque et préside plusieurs conciles, celui d’Arles en 524, de Carpentras en 527, de Vaison en 529 et le deuxième concile d’Orange en 529, sans doute le plus important, qui condamne le semi-pélagianisme et donne une formulation théologique de la grâce telle qu’elle avait été prônée par Saint Augustin, contre ceux qui, comme Jean Cassien, donnaient un rôle plus important au libre arbitre.
Les Conciles de Valence (en 530), d’Orléans (en 533, 538 et 541) auxquels il n’assiste pas, et celui de Clermont (en 535), où il se rend, adoptent ses idées.
Après l’annexion de la Provence par les Francs en 536, les relations entre l’Archevêque et la royauté Chrétienne deviennent très chaleureuses.
Ainsi en 540, un acte de donation de Childebert, fils de Clovis donne les pêcheries situées au Sud de l’étang de Caronte probablement l’actuel quartier de Jonquières à Césaire.
Les Archevêques d’Arles deviennent d’importants propriétaires terriens de la région.
Il meurt après 40 années d’épiscopat, le 26 Août 542.

Reliquaire de St Césaire, cathédrale Saint Trophime d’Arles




