Le Transparent du Christ

Francesco Forgione est né d’un foyer modeste le 25 mai 1887 à Pietrelcina, au sud de l’Italie. Son père, Grazio Forgione, et sa mère, Maria Giuseppa de Nunzio, avaient déjà d’autres enfants. Contrairement à une majorité d’enfants de son âge, Francesco éprouva très tôt le désir de consacrer sa vie à Dieu. Sa mère racontait que tout petit Il était sage et obéissant, ne se permettant aucun caprice. Matin et soir, il allait à l’église prier Jésus et la Sainte Vierge. Il préférait prier plutôt que d’aller jouer avec ses camarades. Abbé Augustin de Saint-Marc-en-Lamis, qui fut l’un des directeurs spirituels de Padre Pio, a écrit dans son journal que le jeune Francesco avait connu, dès l’âge de cinq ans, des expériences mystiques. En effet, les apparitions et les moments d’extase étaient si fréquents, chez lui, qu’il croyait que les autres enfants en connaissaient aussi.

Le couvent de San Giovanni Rotondo
Francesco chérissait le rêve de donner sa vie au Seigneur. Ce grand désir se réalisa quand, le 6 janvier 1903, à l’âge de seize ans, il fut admis comme clerc dans l’Ordre des Capucins. Le 10 août 1910, il fut ordonné prêtre en la Cathédrale de Bénévent. Ainsi commença sa vie sacerdotale mais, en raison d’une santé plutôt fragile, il séjourna en divers couvents du sud de l’Italie. Ce n’est qu’à partir du 4 septembre 1916 qu’il fut établi au couvent de San Giovanni Rotondo, sur le Gargano, où il resta, hors quelques brefs et rares voyages, jusqu’à sa mort, le 23 septembre 1968. Tout au long de cette période, Padre Pio commençait sa journée très tôt, s’éveillant à l’aube pour lire le bréviaire. Puis il descendait à l’église pour célébrer l’Eucharistie, après laquelle il faisait action de grâces devant le Saint Sacrement. Ses journées se partageaient entre l’oraison et la confession.

Les stigmates
L’un des événements marquants de la vie de Padre Pio se produisit le matin du 20 septembre 1918 alors que, priant devant le crucifix, au sanctuaire de la vieille église, il reçut le don de stigmates visibles, qui demeurèrent ouverts et sanglants pendant un demi-siècle. Ce phénomène suscita l’intérêt, non seulement d’une légion de médecins, de journalistes et de spécialistes, mais encore, l’attention de gens simples qui, au fil des années, se rendirent à San Giovanni Rotondo pour rencontrer le saint moine. Pendant des années, des quatre coins du monde, des fidèles vinrent requérir du prêtre stigmatisé son intercession puissante auprès de Dieu. Pendant les cinquante ans passés dans l’humilité, la prière, le sacrifice et la souffrance, Padre Pio fonda deux organismes: l’un vertical, vers Dieu, les Groupes de prière, l’autre horizontal, vers son prochain, un hôpital. Il meurt le 23 septembre 1968 alors que sont rassemblés des milliers de fidèles pour célébrer le cinquantième anniversaire des stigmates.

L’exorciste

C’est l’histoire d’une jeune fille nommée Agnese Salomoni, originaire de Torbole Casaglio (Brescia), victime d’une terrible possession démoniaque à la suite d’un sortilège. Interrogé par la suite sur les raisons de cet acharnement, le démon avoua : « Parce qu’elle est la plus humble de toutes les créatures alors que je suis le plus orgueilleux. Elle est la plus obéissante et je suis le plus rebelle ».

Face à la détresse de la jeune fille, son curé, don Faustino Negrini, décida de la conduire à San Giovanni Rotondo auprès de Padre Pio.

Lors de leur rencontre, Padre Pio se contenta de lui donner une simple bénédiction, qui sembla sur le moment n’avoir aucun effet immédiat. En réalité, le saint capucin discerna spirituellement que le moment de sa délivrance définitive n’était pas encore venu. Il chargea alors don Faustino Negrini de poursuivre lui-même les prières de libération, lui prédisant qu’il mènerait ce combat à bien.

Inspiré et soutenu à distance par l’intercession et l’autorité spirituelle de Padre Pio, don Faustino devint par la suite l’exorciste officiel du diocèse. Après trois années de prières persévérantes et d’exorcismes menés par le prêtre, le démon finit par quitter Agnese au jour et à l’heure exacts qu’il avait lui-même dû confesser. Cet événement illustre magnifiquement comment Padre Pio agissait, souvent dans l’ombre et à distance, pour guider les prêtres et terrasser les forces du mal par la simple puissance de sa foi.

Le 22 septembre 1968, le Padre Pio célèbre la messe solennelle du cinquantenaire de ses stigmates qu’il exprime ainsi:

« Cinquante ans de vie religieuse, cinquante ans cloué à la croix, cinquante ans de feu dévorant pour toi, Seigneur, pour les êtres que tu as rachetés. »

Le Transparent du Christ

Faire ce qu’il dit, mais pas ce qu’il fait

Léon XIV a adressé aujourd’hui une lettre aux évêques d’Amérique latine à l’occasion du troisième centenaire de la canonisation de saint Turibe de Mogrovejo. Il contemple son ministère à la lumière d’un signe qui renvoie à l’origine même de la mission des évêques : l’accueil de l’évêque dans sa cathédrale.

En voici un extrait.



« Le rite s’ouvre devant la porte de la cathédrale. C’est là que le nouvel évêque est accueilli par l’Église à laquelle il a été envoyé. Il arrive dans une communauté qui le précède, qui a parcouru un chemin de foi et dans laquelle l’Esprit Saint est déjà à l’œuvre. En y franchissant le seuil, l’évêque entre dans une histoire qui ne débute pas avec lui et il se retrouve lié, par son ministère, à un peuple spécifique. Le saint Archevêque Turibe était arrivé dans un milieu dont il ne connaissait guère les peuples et les cultures. Pour paître le troupeau de Dieu, il lui fallait donc s’immerger dans la réalité du lieu et, pour cela, il le parcourut. Ses visites pastorales et son souci de voir l’Évangile proclamé dans les langues locales ont renforcé son lien avec cette terre et ses habitants. Il y a des réalités d’un diocèse qu’il est difficile d’appréhender depuis un bureau. Par conséquent, veillons à ce que la visite pastorale conserve toute sa force : allons personnellement à la rencontre de nos communautés, écoutons notre troupeau et recherchons ceux qui trouvent rarement l’occasion de s’adresser à l’évêque. Le ministère d’un successeur des apôtres exige qu’il vive le cœur tourné vers le ciel et les pieds sur terre.


Toujours à la porte, l’évêque reçoit un crucifix qu’il embrasse. L’Église lui présente ainsi Celui qui aima les siens jusqu’au bout. Ce geste porte la promesse du don de soi. Le ministère pourra conduire l’évêque sur des chemins insoupçonnés et requérir de lui des sacrifices qu’il n’aurait jamais imaginés. La croix lui rappelle qu’il doit rester avec le troupeau dans les moments difficiles et que protéger les brebis peut comporter un coût pour le pasteur lui-même. Turibe a étendu son baiser au corps souffrant du Seigneur à travers ses voyages et son labeur, en défendant les peuples autochtones, en corrigeant les abus et en restant proche des pauvres et de ceux qui souffraient. Chers frères, il est nécessaire que nous fréquentions assidûment l’école de la croix. L’abandon du troupeau peut commencer bien longtemps avant la fuite visible, lorsque le confort, la peur ou l’intérêt personnel l’emportent sur le bien des fidèles. Le mercenaire calcule ce qu’il risque de perdre, tandis que le pasteur sait qu’il doit donner une part de lui-même pour rester fidèle (cf. Jn 10, 12-13).


L’évêque reçoit alors l’eau bénite ; il s’asperge et asperge les personnes présentes. Ce geste le ramène à la source commune qu’est le baptême. Avant d’être pasteur, il est disciple ; avant de conduire le Peuple de Dieu, il se compte lui-même au nombre des baptisés, devenus enfants de Dieu dans le Christ. La sainteté du pasteur ne va pas de soi (cf. 1 Tm 4, 16). Saint Turibe pouvait exiger une vie ecclésiale plus fidèle à l’Évangile parce qu’il avait lui-même commencé à s’y soumettre. Qui a reçu la charge de sanctifier a toujours besoin d’être sanctifié ; qui proclame la miséricorde en a besoin lui aussi. Prenons donc soin de notre vie intérieure et gardons à l’esprit que nous sommes des disciples qui ont besoin de conversion.


Le rite conduit ensuite l’évêque au Tabernacle où il s’agenouille dans un moment d’adoration. Avant d’entamer son ministère, il se tient en silence devant le Saint-Sacrement. Les évêques passent ; le Christ demeure (cf. He 13, 8). Les pasteurs changent, de nouveaux besoins apparaissent, et les projets se succèdent, mais l’Église vit toujours du Seigneur. C’est pourquoi je vous invite à faire de l’adoration eucharistique une priorité pastorale. L’amour de Turibe pour l’Eucharistie transparaissait dans son désir de rapprocher chacun de Jésus. Offrons à nos fidèles du temps et de l’espace pour qu’ils demeurent en sa présence ; encourageons l’adoration prolongée. Je suis convaincu que la sainte présence du Seigneur, accueillie et fidèlement adorée, soutient ce que nos seules forces ne parviennent pas à réaliser et ouvre des voies qu’aucune planification n’aurait pu prévoir. C’est son amour qui transformera nos diocèses.


Après avoir revêtu ses ornements liturgiques, l’évêque s’approche de l’autel et le baise. C’est le même Seigneur devant lequel il vient de s’agenouiller qu’il contemple maintenant comme celui qui rassemble son Église autour de lui et en fait un seul corps (cf. 1 Co 10, 17). Le saint prélat Turibe a servi une Église vaste et plurielle, en s’efforçant de la maintenir unie. Il est également de notre responsabilité de veiller à ce que la diversité de nos diocèses trouve, dans le Christ, son unité. L’autel nous rappelle que la communion est au cœur même de notre mission.


Puis il se dirige vers la cathèdre, et l’on lit les Lettres apostoliques – la bulle par laquelle le Pontife romain l’a nommé pasteur de cette Église particulière. L’évêque ne s’est pas octroyé cette mission ; il l’a reçue et l’exerce dans la communion de l’Église, uni au Successeur de Pierre et au Collège des évêques. L’enseignement qu’il dispense depuis sa cathèdre ne découle pas de vues personnelles qu’il tente d’imposer. Il a reçu la foi de l’Église et est appelé à « garder le bon dépôt », à l’approfondir et à le rendre intelligible à ceux qui lui sont confiés (cf. 2 Tm 1, 13-14). Saint Turibe a bien compris cette responsabilité. Son accueil du Concile de Trente, les conciles provinciaux, les synodes diocésains et son œuvre catéchétique témoignent de son désir de transmettre la foi dans son intégralité et de la rendre accessible à ses interlocuteurs. À une époque où de nombreuses voix tentent d’influencer la conscience des fidèles, il est de la responsabilité de l’évêque d’offrir un enseignement clair, patient, enraciné dans la communion, afin d’aider son peuple à reconnaître la voix de l’unique Pasteur.


Le clergé et les fidèles s’approchent alors pour lui « témoigner obéissance et respect ».La révérence reçue devient pour l’évêque une responsabilité ; l’obéissance offerte exige de lui qu’il fasse preuve de paternité. Celle-ci se manifeste particulièrement dans sa relation avec les prêtres qui lui sont unis de manière singulière dans l’unique sacerdoce et dans la mission confiée à l’Église particulière. Turibe veillait à leur formation, se montrait exigeant quant à l’admission aux ordres, rendait visite à ses prêtres et maintenait la discipline ecclésiastique, conscient que la vie du clergé a des répercussions sur celle du peuple. Chers frères, soyons proches de nos prêtres. Prenons soin tout particulièrement du séminaire et des premières années de ministère, favorisons une fraternité authentique et incitons les prêtres à s’adresser à leur évêque de manière régulière, et pas uniquement en cas de difficulté. La paternité épiscopale se manifeste bien des fois lorsque le prêtre sait qu’il peut frapper en toute confiance à la porte de la résidence épiscopale.

Après l’Évangile, l’évêque s’adresse pour la première fois à son peuple. Jusque-là la liturgie l’avait placé dans une attitude de réception et d’écoute, le maintenant en silence et en adoration. Ce n’est que maintenant qu’il prend la parole. Cet ordre simple est porteur d’un enseignement qu’il convient de garder à l’esprit en tout temps. Parmi les nombreuses responsabilités qui jalonnent nos journées, nous avons été envoyés pour proclamer la Bonne Nouvelle. À l’exemple des Apôtres, nous sommes appelés à persévérer « dans la prière et dans le ministère de la Parole » (Ac 6, 4). Saint Turibe avait fait de sa vie le prolongement de sa prédication ; et sa prédication était crédible parce qu’il avait laissé l’Évangile imprégner toute son existence. Qu’aucune urgence ni tâche pastorale, aussi nécessaire soit-elle, ne substitue la prière qui est l’antichambre de la prédication. Prenons toujours le temps nécessaire pour écouter la Parole de Dieu et pour préparer soigneusement la manière de la présenter à notre peuple.


Une fois les rites de réception accomplis et la liturgie de la Parole célébrée, vient le moment de présenter l’offrande. Dans cette offrande, nous pouvons percevoir tout ce que l’évêque remettra, jour après jour, entre les mains du Seigneur : son travail, les projets qu’il entreprendra, les décisions qu’il devra prendre, le peuple qui lui a été confié avec ses préoccupations et espérances. Il y aura des moments où il verra clairement le chemin, et d’autres où il éprouvera sa propre petitesse : tout cela trouve place sur la patène. Il revient à l’évêque de s’offrir fidèlement, mais la fécondité, en dernier ressort, appartient à Dieu (cf. 1 Co 3, 6-7).


La célébration elle-même révèle la source de cette fécondité. Dans la Sainte Messe, l’unique sacrifice du Christ pour le salut du monde s’actualise sacramentellement, tandis que le peuple est uni à l’offrande de son Seigneur. De ce Saint Sacrifice jaillit la grâce de laquelle l’Église vit et par laquelle le Christ continue de la rassembler et de la sanctifier à travers l’histoire. L’évêque, comme tout prêtre, prête sa voix et ses mains au Christ, le Prêtre suprême et éternel, qui agit à travers son ministère. Ce qu’il célèbre doit s’étendre à sa propre vie, chaque jour plus unie à l’offrande du Seigneur, jusqu’à ce que toute son existence devienne, dans le Christ, une offrande au Père.

Note de la rédaction : Ajoutons que saint Turibe de Mogrovejo célèbrait, à n’en pas douter, la messe dite de saint Pie V.

Faire ce qu’il dit, mais pas ce qu’il fait

De l’unité catholique

Il n’y a qu’un seul corps et qu’un seul esprit, de même que vous avez été appelés par votre vocation à une seule espérance. Il y a un seul Seigneur, une foi, un baptême. Il n’y a qu’un Dieu, Père de tous, qui est au-dessus de tous, qui agit par tous et qui est en nous tous, lui qui est béni dans les siècles des siècles. Ep 4, 4-6

L’Église reprend avec saint Paul, dans la lettre aux Éphésiens, l’exposition des grandeurs de ses enfants ; elle les supplie, aujourd’hui, de répondre dignement à leur vocation sublime. Cette vocation, cet appel de Dieu, nous les connaissons en effet ; c’est l’appel du genre humain aux noces sacrées, la vocation pour nos âmes à régner dans les cieux sur le trône du Verbe, devenu leur Époux et leur Chef (Ép. 2, 5). Jadis plus rapproché de l’Épître qu’on vient de lire, l’Évangile précédent trouvait en elle son brillant commentaire, et lui-même expliquait parfaitement le terme de l’Apôtre. « Lorsque vous serez appelé aux noces, disait le Seigneur, prenez la dernière place » ; — « en toute humilité, dit l’Apôtre, montrez-vous dignes de l’appel que vous avez entendu. »

Quelle est donc maintenant la condition dont l’accomplissement doit nous montrer dignes de l’honneur suprême qui nous est fait par le Verbe éternel ? L’humilité, la mansuétude et la patience sont les moyens recommandés pour arriver au but. Mais le but lui-même, c’est l’unité de ce corps immense que le Verbe fait sien dans la célébration des noces mystiques ; la condition qu’exige l’Homme-Dieu de ceux qu’il appelle à devenir, en participation de l’Église son Épouse, os de ses os, chair de sa chair (Ép. 5, 3o), est de maintenir entre eux une telle harmonie, qu’elle fasse de tous véritablement un même esprit et un seul corps, dans le lien de la paix.

« Lien splendide ! s’écrie saint Jean Chrysostome ; lien merveilleux qui nous réunit tous mutuellement, et, tous rassemblés, nous unit à Dieu (Chrys. in Ép. ad Éph. Hom. 9, 3) ! » Sa puissance est celle de l’Esprit-Saint lui-même, toute de sainteté et d’amour ; car c’est l’Esprit qui forme ses nœuds immatériels et divins, l’Esprit faisant l’office, au sein de la multitude baptisée, de ce souffle vital qui, dans le corps humain, anime à la fois et rallie tous les membres. Par lui jeunes gens et vieillards, pauvres et riches, hommes et femmes, distincts de race et de caractère, ne sont plus qu’un seul tout comme en fusion dans l’immense embrasement dont brûle sans fin l’éternelle Trinité. Mais pour que l’incendie de l’amour infini puisse s’emparer ainsi de l’humanité régénérée, il faut qu’elle soit purgée des rivalités, des rancunes, des dissensions qui montreraient qu’elle est encore charnelle (1 Cor. 3, 3), et peu accessible dès lors à la divine flamme comme à l’union qu’elle produit. De même en effet, selon la belle comparaison de saint Jean Chrysostome (Chrys. ubi supra), de même que le feu, quand il trouve les diverses variétés de bois qu’on offre à son action préparés par une dessiccation suffisante, ne fait de tous qu’un seul bûcher, mais ne peut, s’ils sont encore humides, ni prendre sur eux isolément, ni les unir ensemble : ainsi en est-il dans l’ordre du salut ; l’humidité malsaine des passions ne laisse point prise à l’Esprit sanctificateur, et l’union, condition et but de l’amour, est dès lors impossible.

Lions-nous donc à nos frères par cette chaîne bienheureuse de la charité, qui n’immobilise que nos petites passions et dilate nos âmes au contraire, en permettant à l’Esprit de les conduire sûrement à la réalisation de l’unique espoir de notre commune vocation, qui est de nous unir à Dieu dans l’amour. Sans doute, même entre les saints ici-bas, la charité reste une vertu laborieuse, parce que, chez les meilleurs eux-mêmes, la grâce arrive rarement à restaurer sans défectuosité aucune l’équilibre des facultés rompu par le péché d’origine ; il en résulte que l’infirmité, les excès ou les fuites de la pauvre nature se font sentir, non seulement à l’humilité du juste, mais encore quelquefois, il ne l’ignore pas, à la patience bienveillante de ceux qui l’entourent. Dieu le permet pour accroître ainsi le mérite de tous, et raviver en nous le désir du ciel. Là seulement en effet, nous retrouverons facile autant que pleine harmonie avec nos semblables, par la pacification complète de nous-mêmes sous l’empire absolu du Dieu trois fois saint devenu tout en tous (1 Cor. 15, 28). Dans cette patrie fortunée, Dieu même séchera les pleurs de ses élus sur leurs misères, en renouvelant leur être à sa source infinie (Ap. 21, 4-5). Le Fils éternel, ayant en chacun de ses membres mystiques aboli l’empire des puissances ennemies et vaincu la mort (1 Cor. 15, 24-28), apparaîtra, dans la plénitude du mystère de son incarnation, comme la tête véritable de l’humanité, sanctifiée, restaurée et développée en lui (Ép. 1, 10) ; il tressaillira de voir arrivées à la mesure qui leur convenait, grâce aux soins de l’Esprit sanctificateur, les diverses parties de ce corps merveilleux (Ibid. 4, 13-16) qu’il voulut s’agréger par le lien de l’amour, pour célébrer à jamais, dans le concert du Verbe et de la création, la gloire de la Trinité souveraine. Combien alors seront dépassées les harmonies de la terre d’exil ! combien l’accord des chœurs les plus parfaits de ce monde paraîtra discordant, auprès de cet ensemble, de cette harmonie, de cet accord éternel ! Préparons-nous pour le céleste concert ; prenons soin d’ajuster nos voix, en disposant dès maintenant nos cœurs à cette plénitude de l’amour, qui n’est point d’ici-bas, mais que nous devons mériter par nos efforts et le support patient des défauts de nos frères et des nôtres. Dom Guéranger L’année liturgique 17 ème dimanche après la Pentecôte

Prenez garde que personne ne vous surprenne par la philosophie, et par des raisonnements vains et trompeurs, selon une doctrine toute humaine, ou selon des observances qui étaient les éléments du monde, et non selon Jésus-Christ. Car toute la plénitude de la Divinité habite en lui corporellement. Col 2, 8-9

Tout est à vous : soit Paul, soit Apollon, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit les choses présentes, soit les choses futures : tout est à vous. Et vous, vous êtes à Jésus-Christ ; et Jésus-Christ est à Dieu. I Cor 3, 22-23

IIIª q. 22 a. 1 co. Respondeo dicendum quod proprium officium sacerdotis est esse mediatorem inter Deum et populum, inquantum scilicet divina populo tradit, unde sacerdos dicitur quasi sacra dans, secundum illud Ml. II, legem requirent ex ore eius, scilicet sacerdotis; et iterum inquantum preces populi Deo offert, et pro eorum peccatis Deo aliqualiter satisfacit; unde apostolus dicit, He. V, omnis pontifex ex hominibus assumptus, pro hominibus constituitur in his quae sunt ad Deum, ut offerat dona et sacrificia pro peccatis. Hoc autem maxime convenit Christo. Nam per ipsum dona hominibus sunt collata, secundum illud II P. I, per quem, scilicet Christum, maxima et pretiosa nobis promissa donavit, ut per haec efficiamini divinae consortes naturae. Ipse etiam humanum genus Deo reconciliavit, secundum illud Col. I, in ipso, scilicet Christo, complacuit omnem plenitudinem inhabitare, et per eum reconciliare omnia. Unde Christo maxime convenit esse sacerdotem.

IIIª q. 22 a. 1 ad 3 Ad tertium dicendum quod, sicut supra dictum est, alii homines particulatim habent quasdam gratias, sed Christus, tanquam omnium caput, habet perfectionem omnium gratiarum. Et ideo, quantum ad alios pertinet, alius est legislator, et alius sacerdos, et alius rex, sed haec omnia concurrunt in Christo, tanquam in fonte omnium gratiarum. Unde dicitur Is. XXXIII, Dominus iudex noster, Dominus legifer noster, Dominus rex noster, ipse veniet et salvabit nos.

IIIª q. 22 a. 2 co. Respondeo dicendum quod, sicut dicit Augustinus, in X de Civ. Dei, omne sacrificium visibile invisibilis sacrificii est sacramentum, idest sacrum signum. Est autem invisibile sacrificium quo homo spiritum suum offert Deo, secundum illud Psalmi; sacrificium Deo spiritus contribulatus. Et ideo omne illud quod Deo exhibetur ad hoc quod spiritus hominis feratur in Deum, potest dici sacrificium. Indiget igitur homo sacrificio propter tria. Uno quidem modo, ad remissionem peccati, per quod a Deo avertitur. Et ideo dicit apostolus, He. V, quod ad sacerdotem pertinet ut offerat dona et sacrificia pro peccatis. Secundo, ut homo in statu gratiae conservetur, semper Deo inhaerens, in quo eius pax et salus consistit. Unde et in veteri lege immolabatur hostia pacifica pro offerentium salute, ut habetur Lv. III. Tertio, ad hoc quod spiritus hominis perfecte Deo uniatur, quod maxime erit in gloria. Unde et in veteri lege offerebatur holocaustum, quasi totum incensum, ut dicitur Lv. I. Haec autem per humanitatem Christi nobis provenerunt. Nam primo quidem, nostra peccata deleta sunt, secundum illud Rm. IV, traditus est propter delicta nostra. Secundo, gratiam nos salvantem per ipsum accepimus, secundum illud He. V, factus est omnibus obtemperantibus sibi causa salutis aeternae. Tertio, per ipsum perfectionem gloriae adepti sumus, secundum illud He. X, habemus fiduciam per sanguinem eius in introitum sanctorum, scilicet in gloriam caelestem. Et ideo ipse Christus, inquantum homo, non solum fuit sacerdos, sed etiam hostia perfecta, simul existens hostia pro peccato, et hostia pacificorum, et holocaustum.

La contrefaçon maçonnique

Ni unité, ni paix, sans la Vérité Incarnée, sans le seul Médiateur, le seul Sauveur

De l’unité catholique

Credo….

Sanctam Ecclesiam Catholicam

In Symbolum Apostolorum, a. 9 Sicut videmus quod in uno homine est una anima et unum corpus, et tamen sunt diversa membra ipsius; ita Ecclesia Catholica est unum corpus, et habet diversa membra. Anima autem quae hoc corpus vivificat, est Spiritus Sanctus. Et ideo post fidem de Spiritu Sancto, iubemur credere sanctam Ecclesiam Catholicam. Unde additur in symbolo: sanctam Ecclesiam Catholicam. Circa quod sciendum est, quod Ecclesia est idem quod congregatio. Unde Ecclesia sancta idem est quod congregatio fidelium; et quilibet Christianus est sicut membrum ipsius Ecclesiae, de qua dicitur Eccli. ult. 31: appropiate ad me indocti, et congregate vos in domum disciplinae. Haec autem Ecclesia sancta habet quatuor conditiones: quia est una, quia est sancta, quia est Catholica, idest universalis, et quia est fortis et firma. Quantum ad primum sciendum est, quod licet diversi haeretici diversas sectas adinvenerint, non tamen pertinent ad Ecclesiam, quia sunt divisi in partes: sed Ecclesia est una. Ct. VI, 8: una est columba mea, perfecta mea. Causatur autem unitas Ecclesiae ex tribus. Primo ex unitate fidei. Omnes enim Christiani qui sunt de corpore Ecclesiae, idem credunt: I Cor. I, 10: idipsum dicatis omnes, et non sint in vobis schismata; et Ep. IV, 5: unus Deus, una fides, unum Baptisma. Secundo ex unitate spei, quia omnes firmati sunt in una spe perveniendi ad vitam aeternam: et ideo dicit apostolus, Ep. IV, 4: unum corpus et unus spiritus, sicut vocati estis in una spe vocationis vestrae. Tertio ex unitate caritatis, quia omnes connectuntur in amore Dei, et ad invicem in amore mutuo. Jn. XVII, 22: claritatem quam dedisti mihi, dedi eis, ut sint unum, sicut et nos unum sumus. Manifestatur autem huiusmodi amor si verus est, quando membra pro se invicem sunt solicita, et quando invicem compatiuntur. Ep. IV, 15-16: in caritate crescamus in illo per omnia qui est caput Christus: ex quo totum corpus connexum et compactum per omnem iuncturam subministrationis secundum operationem in mensuram uniuscuiusque membri, augmentum corporis facit in aedificationem sui in caritate; quia quilibet de gratia sibi collata a Deo, debet proximo servire. Unde nullus debet contemnere, nec pati ab ista Ecclesia abiici et expelli; quia non est nisi una Ecclesia in qua homines salventur, sicut extra arcam Noe nullus salvari potuit. Circa secundum sciendum, quod est etiam alia congregatio, sed malignantium. Ps. XXV, 5: odivi Ecclesiam malignantium. Sed haec est mala, Ecclesia vero Christi est sancta: apostolus, I Cor. III, 17: templum Dei sanctum est, quod estis vos; unde dicitur, sanctam Ecclesiam. Sanctificantur autem fideles huius congregationis ex tribus. Primo, quia sicut Ecclesia cum consecratur, materialiter lavatur, ita et fideles loti sunt sanguine Christi. Ap. I, 5: dilexit nos, et lavit nos a peccatis nostris in sanguine suo; He. XIII, 12: Iesus, ut sanctificaret per suum sanguinem populum, extra portam passus est. Secundo ex inunctione: quia sicut Ecclesia inungitur, sic et fideles spirituali inunctione unguntur, ut sanctificentur: alias non essent Christiani: Christus enim idem est quod unctus. Haec autem unctio est gratia Spiritus Sancti. II Cor. I, 21: qui unxit nos, Deus; et I Cor. VI, 11: sanctificati estis in nomine Domini nostri Iesu Christi. Tertio ex inhabitatione Trinitatis: nam ubicumque Deus inhabitat, locus ille sanctus est: unde Gn. XXVIII, 16: vere locus iste sanctus est; et Ps. XCII, 5: domum tuam decet sanctitudo, Domine. Quarto propter invocationem Dei. Jr. XIV, 9: tu autem in nobis es, domine, et nomen tuum invocatum est super nos. Cavendum est ergo ne post talem sanctificationem polluamus animam nostram, quae templum Dei est, per peccatum. Apostolus, I Cor. III, 17: si quis templum Dei violaverit, disperdet illum Deus. Circa tertium sciendum est, quod Ecclesia est Catholica, idest universalis: primo quantum ad locum, quia est per totum mundum, contra Donatistas. Rm. I, 8: fides vestra annuntiatur in universo mundo; Mc. ult., 15: euntes in mundum universum, praedicate Evangelium omni creaturae. Unde antiquitus Deus erat notus tantum in Iudaea, nunc autem per totum mundum. Habet autem haec Ecclesia tres partes. Una est in terra, alia est in caelo, tertia est in Purgatorio. Secundo est universalis quantum ad conditionem hominum, quia nullus abiicitur, nec Dominus, nec servus, nec masculus, nec femina. Ga. III, 28: non est masculus neque femina. Tertio est universalis quantum ad tempus. Nam aliqui dixerunt, quod Ecclesia debet durare usque ad certum tempus. Sed hoc est falsum: quia haec Ecclesia incepit a tempore Abel, et durabit usque ad finem saeculi. Mt. ult., ult.: ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque ad consummationem saeculi. Sed post consummationem saeculi remanebit in caelo. Circa quartum sciendum est, quod Ecclesia est firma. Domus autem dicitur firma, primo si habet bona fundamenta. Fundamentum autem Ecclesiae principale est Christus. Apostolus, I Cor. III, 11: fundamentum aliud nemo potest ponere praeter id quod positum est, quod est Christus Iesus. Secundarium vero fundamentum sunt apostoli, et eorum doctrina; et ideo firma est: unde in Ap. XXI, dicitur, quod civitas habebat duodecim fundamenta, et erant ibi scripta nomina duodecim apostolorum. Et inde est quod dicitur Ecclesia apostolica. Exinde etiam est quod ad significandum firmitatem huius Ecclesiae, b. Petrus dictus est vertex. Secundo apparet firmitas domus, si conquassata non potest destrui. Ecclesia autem nunquam potuit destrui: nec a persecutoribus; immo persecutionibus durantibus magis crevit, et qui eam persequebantur, et quos ipsa persequebatur, deficiebant: Mt. XXI, 44: qui ceciderit super lapidem istum, confringetur; super quem vero ceciderit, conteret eum; nec ab erroribus; immo quanto magis errores supervenerunt, tanto magis veritas manifestata est: II Tm. III, 8: homines corrupti mente, reprobi circa fidem; sed ultra non proficient; nec a tentationibus Daemonum: Ecclesia enim est sicut turris, ad quam fugit quicumque pugnat contra Diabolum: Pr. XVIII, 10: turris fortissima nomen Domini. Et ideo Diabolus principaliter conatur ad destructionem eius; sed non praevalet, quia dominus dixit Mt. XVI, 18: et portae Inferi non praevalebunt adversus eam; quasi dicat: bellabunt adversum te, sed non praevalebunt. Et inde est quod sola Ecclesia Petri (in cuius partem venit tota Italia, dum discipuli mitterentur ad praedicandum) semper fuit firma in fide: et cum in aliis partibus vel nulla fides sit, vel sit commixta multis erroribus, Ecclesia tamen Petri et fide viget, et ab erroribus munda est. Nec mirum: quia Dominus dixit Petro, Lc. XXII, 32: ego rogavi pro te, Petre, ut non deficiat fides tua.

Credo….

ENCORE SUR L’INTRIGANTE « AFFAIRE MORLION » ET LE SERVICE SECRET DU VATICAN « PRO DEO »

Don Curzio Nitoglia

ONZIÈME CHAPITRE

LES « SOURCES D’ARCHIVES » SUR MORLION DANS LE LIVRE DE LUIGI MONTUORI

I – RAPPORT SUR LES ACTIVITÉS DE MORLION DANS LE DOMAINE DE LA « GUERRE PSYCHOLOGIQUE »

Le docteur Luigi Montuori rapporte dans son livre (Felix A. Morlion et le service secret vatican Pro Deo, Chieti, Solfanelli, 2023, p. 172-175) un rapport dactylographié en langue française, daté : New York, 4 juillet 1942, qui dissipe tout doute sur l’activité réelle et effective du frère dominicain dans les appareils d’intelligence entre 1940 et 1942.

Il en ressort que Morlion avait rejoint l’Armée belge le 10 mai 1940, en menant des actions de propagande ou de « guerre psychologique » à Bruxelles, Poitiers, Lisbonne et New York.

Les détails de ces opérations ont été transmis par le Consul général de Belgique à New York (Charles Hallaert) au ministre de la Propagande Paul-Henri Spaak à Londres (le 20 février 1942), montrant le bon travail de conditionnement ou de manipulation de l’opinion publique réalisé par le père Morlion (voir Georgetown University Manuscripts, Washington DC, Booth family Center for Special Collection, Anna M. Brady papers, Box 2, Folder 24).

Les activités d’espionnage de Morlion ont commencé le 10 mai 1940 et se sont poursuivies jusqu’au 20 février 1942. Elles sont documentées dans les 11 rapports envoyés par le père Morlion de Lisbonne à Londres, à M. Spaak, puis d’Amérique du Sud et enfin de New York (voir Gianni Fazzini, La « Pro Deo » du père Felix A. Morlion, Rome, Institut Historique pour la Pensée Libérale, 2003 ; David Alvarez, Spies in the Vatican : Espionage & Intrigue from Napoleon to the Holocaust, Lawrence – Kansas, University Press of Kansas, 2002).

Le père Morlion lui-même reconnaît avoir agi comme Belge, mais dans les bureaux américains organisés pour la Guerre Psychologique (Montuori, p. 176), en opérant une action souterraine de sabotage du IIIe Reich germanique, en ralentissant sa production industrielle et guerrière.

En outre, le directeur de la CIA Allen W. Dulles intervint lui-même en faveur de Morlion auprès du gouvernement belge afin qu’il soit exempté du service militaire en Belgique et qu’il soit laissé aux États-Unis pour travailler dans le service de renseignement américain (Montuori, p. 179).

De tout cela résulte également l’opposition du Vatican (particulièrement de l’Archevêque Mgr Amleto Cicognani, Délégué apostolique du Vatican aux États-Unis et, initialement, du Père général de l’Ordre des Prêcheurs, le Père Martin Stanislas Gillet), à l’action de Morlion qui, en tant que religieux dominicain résidant également à Rome, près de la basilique Sainte-Marie-sopra Minerva, pouvait compromettre le Saint-Siège …

En 1941, le Père Gillet était opposé à l’activité d’espionnage de Morlion et lui a ordonné de cesser et de retourner à Rome, mais Morlion s’est dirigé vers l’Amérique du Sud, désobéissant au Général de son Ordre, puis à New York, résidant dans le couvent dominicain de Saint Vincent Ferrer.

Alors (26 novembre 1941), le père Gillet a suspendu a divinis le p. Morlion, qui obéissait à la CIA et non à Rome ; tandis que cinq ans plus tard, le 11 mars 1946 – sous l’impulsion de Mgr Giovanni Battista Montini – il le nomma officiellement Directeur de la « Pro Deo », jusqu’à ce que – en 1964 – le cardinal Giuseppe Pizzardo (Préfet de la Congrégation des Séminaires et des Universités) le retire de la fonction de Directeur de la « Pro Deo ».

En somme, il est évident que Morlion était plus qu’un religieux dominicain un agent opérationnel du Renseignement américain, qui s’est insinué dans l’Église romaine et « déguisé » en Dominicain, qui avait infiltré le Vatican et l’environnement catholique/romain.

Ces documents du renseignement américain, effleurent également les thèmes de la politique intérieure de l’Italie, qui, depuis le 4 juin, était occupée par les anglo-américains de Rome en bas ; tandis que le nord était encore aux mains du IIIe Reich germanique et de la RSE de Mussolini, jusqu’au 28 avril 1945 (voir Institut Luigi Sturzo, Archives Giulio Andreotti, Série Démocratie Chrétienne, Fascicule 191, Pro Deo Université Internationale).

En outre, dans la correspondance personnelle du P. Luigi Sturzo (voir Institut Luigi Sturzo, Archives Luigi Sturzo, I section correspondance, 3e partie : 1940-1946), le fondateur du PPI (18 janvier 1919), d’où est née la DC (le 19 mars 1943, avec Alcide De Gasperi), on trouve également de nombreuses références à l’OSS, à la CIA et à Morlion (voir Montuori, p. 186).

En tirant les conclusions

Malheureusement, comme le reconnaît le professeur Luigi Montuori lui-même (p. 189), ces archives, qu’il a abondamment citées dans son livre, font apparaître des noms, des noms et des événements irréfutables ; cependant, de nombreux éléments manquent encore parce qu’ils ne sont pas encore déclassifiés et restent inaccessibles aux historiens et aux archivistes.

Néanmoins, la documentation explorée par Montuori corrobore largement le fait que Morlion a été « directement lié aux pouvoirs occultes et maçonniques, impliqué à part entière dans les jeux dangereux du Renseignement allié dans une Europe désormais imprégnée de la doctrine Truman » (précité, p. 189 ; voir. Nicola Tranfaglia, Comment naît la République. La mafia, le Vatican et le néofascisme dans les documents américains et italiens : 1943-1947, Milan, Bompiani, 2004, p. 211) ; c’est-à-dire, la stratégie de politique étrangère, énoncée par le président des États-Unis, Harry Truman, le 12 mars 1947, qui visait à contrer l’expansionnisme de l’URSS, pendant la «Guerre froide», en réaction du «Pacte de Varsovie» (14 mai 1955) – dirigé par l’Union soviétique – le 6 mai 195 en réponse à l’entrée en Allemagne fondée à Washington le 4 avril 1949, dirigée par les États-Unis avec l’aide fondamentale de la GB.

Cependant, certains auteurs estiment que Morlion était avant tout un agent opérationnel des services secrets du Vatican, qui collaborait avec la CIA. Personnellement, la première hypothèse me semble plus vraisemblable… même si les secrets du Renseignement vatican et des États-Unis sont quand même des secrets difficilement perceptibles, je vous prie : « Ne vous méprenez pas, noli velle scruter », saint Augustin, Commentaire à l’Évangile de saint Jean, Traité XXVI, paragraphe 2).

Ce qui apparaît indéniable est 1°) le lien entre les Jésuites (Augustin Béa, Jean-Baptiste Jansens et John Courtney Murray) et les Dominicains (Félix Morlion puis – en 1946 – Martin Stanislas Gillet, initialement – 1941 – hostile à Morlion) pour la restructuration du Renseignement du Vatican ; 2°) le contact étroit dans le domaine du Renseignement du Vatican entre Mgr Montini, p. Morlion, l’OSS et la CIA ; 3°) la participation – à l’intense activité de Joseph Baulier, avocat et esion de la « Fondation Henry Kauffmann » et Président d’honneur de l’« American Jewish Committee », qui a financé l’Université « Pro Deo » de Rome en 1965.

Ce qui est étonnant, c’est que les Archives de la « Pro Deo » aient été finies, on ne sait comment, entre les mains du journaliste Mino Pecorelli (Montuori, p. 191) au moins à l’automne 1968. Alors, Pecorelli écrivit un Dossier sur l’affaire Morlion et CIA dans le numéro 39 de la revue « Nouveau Monde d’Aujourd’hui » du 2 octobre 1968. Enfin, … il fut tué à Rome sur la Place des Cinq Lunes d’une balle dans la bouche … le 20 mars 1979.

Ainsi, bien qu’il manque encore beaucoup de matériel sur le « cas Morlion » ; cependant, il en reste assez pour avoir pu comprendre quelque chose de cette affaire, au minimum, peu claire.

II – LE PÈRE ROBERT GRAHAM, LE VATICAN ET L’ESPIONNAGE, C’EST-À-DIRE « LE DEUXIÈME PLUS VIEUX MÉTIER DU MONDE » …

En 1991, le célèbre historien jésuite américain Robert Andrew Graham (né le 11 mars 1912 à Sacramento en Californie et mort le 11 février 1997 à Los Gatos en Californie), écrivit dans « La Civiltà Cattolica » (IV, pp. 350-361) un article intéressant intitulé « Le Vatican et l’espionnage ».

Le Jésuite y raconte qu’en 1990 s’était tenu en Espagne un Symposium International, auquel il avait lui-même pris part en tant qu’historien de l’Église, sur « Le pouvoir et les services secrets » (appelés « le deuxième métier le plus ancien du monde »), auquel avait participé « un groupe important d’anciens responsables du renseignement de différents pays » (Graham, précité, p. 350).

Il s’agissait d’une table ronde de trois jours, à la fin du mois d’août, tenue dans l’Escorial de Madrid, organisée par l’Université Complutense.

Le père Graham écrit que parmi les participants figuraient l’ancien chef des services secrets français, l’ancien chef adjoint des services allemands occidentaux de Bonn, l’ancien chef des services belges, l’ancien chef du Mossad israélien ; en outre, un général soviétique du Kgb et un ancien chef de la CIA avaient accepté l’invitation, mais en 1990, étant donné la situation de coup d’État rampant à Moscou pour défendre Gorbatchev (mis en œuvre en 1991) et par la suite Eltsine (en 1993), ils n’ont pas pu participer au Symposium madrilène. L’ancien chef des services italiens (Sismi), l’amiral Fulvio Martini (Trieste, 26 février 1923 – Rome, 15 février 2003), était également présent et a pris la parole dans le débat. À la fin du Symposium, le directeur général des services secrets militaires espagnols (Cesid), Emilio Alonso Mangiano, (alors en 1990), a présenté son analyse sur le rôle du renseignement dans le gouvernement des États.

Bien sûr, commente le Jésuite, après avoir parlé pendant trois jours, aucun des rapporteurs n’a fait de révélations indiscrètes de « secrets d’État » qui doivent le rester sous peine de devenir « secrets de polichinelle ».

À la page 351, le père Graham écrit dans «L’espionnage au Vatican», affirmant que l’attentat du 13 mai 1981 contre Jean-Paul II a été perpétré par le «terrorisme international» et a attiré sur la Cité du Vatican «l’attention des Services secrets du monde entier».

Il cite ensuite une interview télévisée de Robin Robinson (l’un des hauts dirigeants du renseignement britannique jusqu’à peu auparavant) en 1989, dans laquelle il déclarait que les services secrets britanniques avaient souvent intercepté les communications du Saint-Siège.

Martin Quigley

En outre, il nous informe qu’au cours des derniers mois (janvier/avril) de 1945, l’OSS américain, dont le chef était alors William J. Donovan (1883 – 1959), envoya un de ses agents secrets (en réalité il y en a eu deux, mais l’un s’avéra ensuite être un agent de la police politique fasciste : l’Ovra) ; le premier fut Martin S. Quigley (auteur d’un livre intitulé Paix sans Hiroshima. Secret Action at the Vatican, in the Spring of 1945, Londres, Madison Books, 1991), est né à Chicago en 1917 et est mort dans le Connecticut en 2011.

Quigley est arrivé à Rome après le 4 juin 1944, se présentant au Vatican comme représentant de l’industrie cinématographique américaine, et peut ainsi se déplacer librement dans les milieux culturels catholiques. Sur mandat de Donovan, Quigley sonda les disponibilités du S. Siège à servir d’intermédiaire entre les États-Unis et le Japon, afin d’obtenir une reddition pacifique du Japon à l’Amérique.

Quigley convainc l’ancien Mgr Egidio Vagnozzi (né à Rome en 1906, puis devenu cardinal le 26 juin 1967, mort au Vatican en 1980) de transmettre à l’Ambassade du Japon au Vatican la proposition de négocier la paix avec les États-Unis pour enquêter sur une éventuelle contribution du S. Siège au processus de paix qui allait suivre la fin de la Seconde Guerre mondiale (8 mai 1945 : Allemagne ; 2 septembre 1945 : Japon), que l’Amérique aurait voulu réaliser surtout dans la zone du Pacifique ; autrement dit, avec le Japon. Cependant, l’ambassadeur nippon Ken Harada (1893-1973) a transmis la demande à son gouvernement mais n’a rien fait (voir Robert Graham, Contacts de paix entre Américains et Japonais au Vatican en 1945, dans « La Civiltà Cattolica », 1971, vol. II, pp. 31-42).

Virgile Scattolini

Au lieu de cela, le second agent fut le journaliste italien et agent de l’Ovra Virgilio Scattolini, qui s’infiltra au Vatican et écrivit plusieurs rapports sur les activités de Mgr Mario Boehm et des rédacteurs de l’« Osservatore Romano », mais dans ses rapports Scattolini inventa beaucoup et les vendit à l’Amérique comme s’ils étaient de l’or coulé, allant ainsi à l’encontre d’une dénonciation et de l’incarcération, voir plus loin (cf. Robert Graham, L’incroyable succès de Virgilio Scattolini, dans « La Civiltà Cattolica », 1973, vol. III, p. 467-478).

Le premier et véritable agent opérationnel des services secrets américains (Quigley) agissait avec la complicité certaine d’un officier de la Secrétairerie d’État du Vatican, Mgr Mario Boehm, et très probablement aussi de Mgr Giovanni Battista Montini (voir Davide Alvarez, Spies in the Vatican, Lawrence – Kansas, University Press of Kansas, 2002 ; tr. it., Spie in Vaticano, Rome, Newton Compton, 2003 ; Yvonnick Denoel, Les espions du Vatican. De la lutte contre le communisme aux liens avec la CIA, Rome, Newton Compton, 2022).

Cependant, Monseigneur Montini ne répondit jamais personnellement à ces accusations, l’« Osservatore Romano » (2 avril 1948) publia un simple démenti de la collaboration de Montini.

Le Père Graham a également fait une intervention au Symposium madrilène « Le pouvoir et les services secrets » de 1990, sur le thème « Le Renseignement étranger et le Vatican. Comment les Nations ont espionné le Vatican et pourquoi ».

Tout d’abord, il faut préciser que dans la Cité du Vatican, l’espionnage est le premier métier le plus ancien du monde… pour le premier, il faut aller à l’étranger.

Ensuite, dans ce rapport, l’historien Jésuite affirme qu’il est normal que les gouvernements des Nations étrangères aient à leur service une Intelligence, qui leur fournisse des rapports fiables et sûrs, en connaissance de cause, concernant les problèmes qui intéressent les autres pays et, donc, aussi concernant la Cité du Vatican.

Il a divisé son travail en quatre époques : 1°) l’Italie pendant le Risorgimento (1848/1870), la « question romaine » (1870/1929) et l’époque fasciste (1922/1945) ; 2°) le III Reich germanique (1933/1945) ; 3°) l’Urss (1917/1991) ; 4°) la Grande-Bretagne (XVIIe/XXe siècle) et les États-Unis

I – Le Saint-Siège et l’Italie de 1848 à 1940Dans le « Traité de Londres », conclu le 26 avril 1915, neuf mois après le début de la Première Guerre mondiale (28 juillet 1914) et un mois avant l’entrée de l’Italie dans la guerre (24 mai 1915), le Gouvernement du Renouveau italien, inspiré par la Franc-Maçonnerie et le Laïcisme, a réussi, par une « clause secrète », à faire apporter une modification à l’article 15 dudit Traité.

La Maison de Savoie, avec Vittorio Emmanuel III, réussit à obtenir de la Grande-Bretagne, de la France et de la Russie la promesse que le Saint-Siège ne serait pas admis à participer à une éventuelle Conférence de paix, souhaitée par le pape Benoît XV et contestée par la Monarchie italienne. Le père Graham explique et documente que le gouvernement sabaudo, libre/franc-maçonnique, grâce au « deuxième métier le plus ancien du monde » – ayant abondamment pratiqué le premier de 1848 au 8 septembre 1943, en passant par le 20 septembre 1870 – « était entré en possession du cryptage du Vatican et lisait régulièrement les messages du Pape » (Graham, p. 355), qui s’employait à éviter la première phase d’une longue guerre mondiale en trois étapes : 1°) 1914/’18 ; 2°) 1939/’4°)

Cette habitude d’espionner le Saint-Siège a été maintenue et perfectionnée même dans les époques suivantes. Par exemple, « Le ministre italien des Affaires étrangères, Galeazzo Ciano, a dit au nonce apostolique en Italie : Mgr Francesco Borgongini Duca, en 1940 : « Nous lisons tout » (voir Ben David, L’espion du régime : L’OVRA, le fascisme et le Saint-Siège, Rome, Carocci, 2012 ; Lucia Ceci, L’intérêt supérieur : Le Vatican et l’Italie de Mussolini, Roma-Bari, Laterza, 2013 ; David Kertzer, Le Pape et le diable : Pie XII, Mussolini et Hitler. Les relations secrètes du Vatican avec les régimes nazis et fascistes, Milan, Garzanti, 2022, très partisanes et peu objectives, déjà à partir du titre ; sur Borgongini Duca v. Giuliana Chamedes, La croisade globale du Vatican contre la modernité séculaire, Bologne, Il Mulino, 2021 ; Roberto Marozzo, La diplomatie du Vatican et la Seconde Guerre mondiale, Milan, Vita & Pensiero, 2005 ; Jean-Marc Ticchi, Francesco Borgongini Duca : le premier Nonce en Italie : 1929-30, Rome), 1999

En outre, le Père Graham nous révèle qu’un Officier de la Secrétairerie d’État du Vatican : Mgr Rudolf von Gerlach (1886 en Allemagne – 1946 en GB ; Serveur Secret du pape Benoît XV pendant la Première Guerre mondiale), très bien « amadoué » avec l’Autriche/Hongrie, faisait le double jeu et passait à l’Empire austro-hongrois les informations secrètes du Vatican ; il s’enfuit en Suisse le 6 janvier 1917 et ne retourna plus jamais au Vatican (voir Ulrich L. Lehner, Spion für Paptisburg, Empier et Empier Paptisburg 2025 ; Annibale Paloscia, Benoît chez les espions 1914, Milan, Mursia, 2013 ; Giovanni Fasanella – Antonella Grippo, 1915 : Le front secret du Renseignement, Milan, Sperling & Kupfer, 2014).

II – Je passe à pied d’égalité la question des rapports entre le Vatican et le IIIe Reich, qui a été très débattue et qui se prête encore aujourd’hui à de nombreuses équivoques et je passe directement à la troisième :

III – Le Saint-Siège et l’URSS Le père Graham affirme qu’il est tout à fait possible que l’URSS ait une « taupe » au Vatican (c’est-à-dire, un infiltré très dangereux, qui réussit à s’installer dans un lieu d’une grande importance stratégique, en l’occurrence la Secrétairerie d’État), avant (1917/’39) pendant (1939/’45) et après (1946/’91) la Seconde Guerre mondiale.

L’affaire Alexander Kurtna

L’« affaire Alexandr Kurtna (1914-1983) peut aider à répondre à la question » (p. 357). Kurtna était un agent du NKDV (1934-1946) – le précurseur du MGB (1946-1954) puis du KGB (1954-1991) soviétique, de Lettonie – qui avait été incorporé en 1940 de Staline à l’URSS, avec Riga comme capitale ; Kurtna était un traducteur célèbre, polyglotte estonien, qui opéra surtout pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a simulé la conversion de l’Église orthodoxe schismatique russe à l’Église romaine dans les années 30 et est venu étudier – au Russicum et à la Grégorienne – à Rome entre 1939 et 1942, mais il n’a pas été ordonné prêtre. Il entra comme traducteur aux Archives secrètes du Vatican. Ainsi, il a pu agir comme espion soviétique pour le compte du NKVD, en transmettant à Moscou toutes les informations qu’il pouvait sur l’activité catholique envers le communisme soviétique et international. En 1942, il a été découvert par le contre-espionnage italien du régime fasciste (SIM = Service de renseignements militaires) et arrêté par les gendarmes, sur ordre du régime. Après le 8 septembre 1943, sur ordre de Herbert Kappler, il fut libéré de la prison romaine de Regina Coeli dans le but de lui faire jouer le double jeu et de l’utiliser en faveur du IIIe Reich contre l’URSS. En effet, il semblerait que Kurtna se soit prêté au double jeu et ait collaboré avec le IIIe Reich. En effet, Kappler réussit à envoyer beaucoup d’informations à Berlin sur l’activité secrète du Saint-Siège. Après le 4 juin 1944, il fut de nouveau arrêté par les gendarmes, mais cette fois sur ordre des Anglo-Américains qui avaient succédé aux Allemands, il fut interné dans le camp de concentration de Padula dans la province de Salerne et fut renvoyé de force (par certains agents soviétiques) en URSS à l’automne 1944 ; et, à cause des soupçons de Staline sur son comportement – qui lui avait semblé ambigu et collaborationniste avec le Reich germanique – il fut interné en 1945 dans un goulag jusqu’en 1954, un an après la mort de Staline. Dès 1954, après avoir été réhabilité par Khrouchtchev, il s’est exclusivement occupé de littérature et de traduction, connaissant 26 langues et est devenu l’un des plus importants traducteurs littéraires de l’Estonie soviétique. Il traduisit en russe Luigi Pirandello et Giordano Bruno (cf. Robert Graham, Un agent soviétique au Vatican). La lecture de « don » Alessandro Kurtna, Rome, Studium, 1981).

IV – États-Unis, Royaume-Uni et Vatican

Le trait saillant des rapports d’espionnage entre les Anglo-Américains et le Vatican est très brièvement esquissé par le père Graham en 1990/91 et on peut dire qu’il peut être résumé dans le « cas Scattolini », l’espion de l’Ovre (ci-dessus), qui s’était fait passer pour informatrice des « Alliés », alors qu’il s’inventa presque tout et le fit boire surtout à la CIA.

Il s’agit d’un chapitre d’échecs et d’humiliations du renseignement, surtout aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Les agents qui font le double jeu sont les plus dangereux et Virgilio Scattolini fut très habile dans ce double jeu.

En effet, le chef de l’Oss (puis CIA) James Angleton à Rome en 1944 a subi une énorme mortification de la part de l’Ovra et de Scattolini.

Le père Graham, Américain et historien jésuite, explique qu’Angleton « dans sa tâche de surveiller le Vatican, a identifié un Italien qui passait aux journalistes américains, des dépêches présumées que le Japon enverrait au Vatican » (Graham, p. 358). Angleton tomba dans le piège tendu par Scattolini et pensait qu’il pouvait acheter à coups de dollars américains, les messages secrets de Pie XII. Ainsi, Angleton ne lésina pas sur les dépenses et les efforts pour s’assurer la possession sinon exclusive au moins principaux de cette « poule aux œufs d’or » (Scattolini), qui lui fournissait toutes les informations concernant le Pacifique et le Japon, qui en 1944 était la question principale qui agitait l’Amérique.

« Le résultat fut un très volumineux dossier de Dépêches nippones adressées au Vatican, concernant même des secrets militaires » (Graham, p. 359). Bien sûr, « à Washington, Angleton a été considéré comme un maître. Ses Documents secrets ont été apportés au Président Roosevelt, par la recommandation chaleureuse du général Donovan » (Graham, p. 360).

Or, William Joseph Donovan (1883 – 1959) était le chef de l’OSS, (les services secrets militaires américains, nés le 13 juin 1942, institués par le Président Franklin Delano Roosevelt (1933 – 1945, pour quatre mandats consécutifs), qui les confia à la Direction du colonel Donovan).L’OSS a été officiellement dissous à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le 20 septembre 1945, puis remplacé par la CIA, officiellement créée le 18 septembre 1947 par le Président Harry Truman (1945 – 1953) et confiée à l’Amiral Roscoe Henry Hillenkoetter (du 1er mai 1947 au 7 octobre 1950) ; cependant, Donovan a été considéré, malgré cela, comme le « père fondateur » de la CIA.

Maintenant, « la bombe Scattolini a explosé après quelques mois. En effet, tous ces documents très précieux étaient le fruit de l’invention de Virgilio Scattolini, payée au poids d’or par l’OSS » (Graham, p. 361).

Le prochain épisode, nous parlerons des rapports entre Morlion, Andréotti et Roberto Rossellini, suivant le livre de Tomaso Subini, La double vie de « Francesco Giullare di Dio ». Giulio Andreotti, Félix Morlion et Roberto Rossellini (Milan, Libraccio, 2011).

d. Curzio Nitoglia

à suivre….

ENCORE SUR L’INTRIGANTE « AFFAIRE MORLION » ET LE SERVICE SECRET DU VATICAN « PRO DEO »

Saint Eustoche

À Tours, en 461, saint Eustoche, évêque, de l’ordre sénatorial, homme saint et religieux qui succéda à saint Brice.

Issu d’un ordre sénatorial, Grégoire de Tours le décrit comme un homme d’une grande vertu qui a beaucoup œuvré pour multiplier les paroisses dans son diocèse.
Constructions : Il fit bâtir en 447 une chapelle pour abriter les reliques de saint Gervais et saint Protais.
Sépulture : À sa mort, il fut inhumé dans la basilique saint Martin de Tours.

L’ancienne basilique Saint Martin de Tours était l’un des plus grands sanctuaires de la chrétienté médiévale avant d’être ruinée à la Révolution française et détruite au début du XIXe siècle.

Saint Eustoche priez pour nous

Saint Eustoche

Notre Dame de la Salette

L’Événement

Le 19 septembre 1846, deux enfants disent avoir rencontré une « Belle Dame » dans les alpages où ils faisaient paître leurs vaches, au dessus du village de La Salette. Maximin Giraud a 11 ans et Mélanie Calvat 14 ans.

D’abord assise et toute en larmes, la « Belle Dame » se lève et leur parle longuement, en français et en patois, de « son Fils » tout en citant des exemples tirés du concret de leur vie. Elle leur laisse un Message en les chargeant de le « faire bien passer à tout son peuple ».
Toute la clarté dont elle est formée et qui les enveloppe tous les trois, vient d’un grand Crucifix qu’elle porte sur sa poitrine, entouré d’un marteau et de tenailles. Elle porte sur ses épaules une lourde chaîne et, à côté, des roses. Sa tête, sa taille et ses pieds sont entourés de roses. Puis la « Belle Dame » gravit un raidillon et disparaît dans la lumière.


L’Église Reconnaît L’Apparition

Le 19 septembre 1851, après une enquête longue et rigoureuse, Mgr Philibert de Bruillard, l’évêque de Grenoble, déclarera dans un mandement :

« L’apparition de la Sainte Vierge à deux bergers sur la montagne de La Salette […] porte en elle-même tous les caractères de la vérité et que les fidèles sont fondés à la croire indubitable et certaine ».
1851, Mgr Philibert de Bruillard

En 1855, Mgr Ginoulhiac, évêque de Grenoble, après une nouvelle enquête confirme la décision de son prédécesseur, tout en déclarant :

« La mission des bergers est finie, celle de l’Église commence ».
1855, Mgr Ginoulhiac

Notre Dame de la Salette priez pour nous

Notre Dame de la Salette

Une réforme incohérente

DR CAROL BYRNE : LA RÉFORME LITURGIQUE

Publié le mercredi 16 septembre 2026 par P.VerboVen

Une réforme incohérente

Quelle a été la justification des réformes de la Semaine Sainte – vues dans l’article 14 ci-dessus – alors que, de l’avis de tous les autres en dehors du Mouvement liturgique, il n’y avait aucun besoin évident ou impérieux de changement ?

Bugnini a ensuite « expliqué » dans ses mémoires :

« Le Mouvement Liturgique était un effort pour unir rites et contenu, car son objectif était de restaurer le plus pleinement possible l’expressivité et le pouvoir sanctifiant de la liturgie et de ramener les fidèles à la pleine participation et compréhension. »

Un argument circulaire

Mais cela n’explique rien, si ce n’est que les suppositions avec lesquelles il est parti ont déterminé la conclusion à laquelle il est arrivé. En d’autres termes, il croyait déjà, comme les protestants, que la liturgie catholique, telle qu’elle s’était transmise au cours des siècles, était essentiellement falsifiée et aussi dysfonctionnelle.

Selon lui, il y avait une divergence entre les cérémonies du rite romain et le contenu qu’elles devaient représenter, ce qui déviait les fidèles. (Il est à noter que tout catholique qui exprimait cette attitude était considéré comme excommunié par le Concile de Trente).

Sa « solution » – adapter la liturgie à la « participation active » pour que les gens puissent mieux la comprendre – a simplement renforcé ses idées préconçues sur une prétendue « ignorance et nuit noire de culte… dans la nef ».

Avec cette « explication », le secret a été révélé. C’était exactement le même argument avancé par la Commission qui avait émis le décret Maxima Redemptionis en 1955. Le principal point de ressemblance entre les deux était le courant sous-jacent d’hostilité envers la Tradition, discernable dans les deux récits, ce qui n’est pas étonnant étant donné qu’ils ont été conçus par la même personne : Bugnini.

Une anomalie étrange

Il est remarquable que ceux qui condamnent allègrement une telle «explication» provenant directement de Bugnini, soient prêts à l’écarter ou à l’ignorer lorsqu’elle émane d’un décret promulgué par Pie XII. C’est parce qu’ils ont conféré à Pie XII le statut emblématique du « dernier pape traditionnel », croyant qu’il a assuré la continuité de la Tradition.

Mais la preuve de continuité est la fidélité à la Tradition, et Pie XII a autorisé des changements substantiels, y compris des innovations dans les rites de la Semaine Sainte, le tout au nom de la «participation active». Comment avez-vous pu assurer la continuité si vous ne vous êtes pas pleinement engagé dans la Tradition liturgique, qui est votre seule garantie ?

Quel que soit le degré de complicité personnelle de Pie XII dans les réformes, il est indéniable qu’une restructuration arbitraire de la liturgie de l’Église a toujours été étrangère au sens et à la pratique catholiques orthodoxes.

Quelle justification pourrait-il y avoir pour changer la physionomie des rites de la Semaine Sainte ?

En examinant le décret Maxima Redemptionis, nous verrons que son but n’était pas de fournir des arguments bien fondés pour la réforme, mais de transmettre une attitude. Il regorgeait de polémiques tendancieuses qui servaient à prédisposer les fidèles contre leurs propres traditions et à enfermer le Mouvement Liturgique dans une attitude négative envers le patrimoine spirituel de l’Église.

Examinons les raisons que la commission de Pie XII a jugées dignes d’une attention et d’une insistance particulières.

Une sombre réforme

L’argument le plus populaire avancé par les réformateurs en faveur du changement de la Veillée Pascale était la coutume supposée illogique d’allumer le feu et la bougie pascales en plein jour. Quelle absurdité ! se moquaient-ils, chantant sur l’obscurité de « cette nuit » en plein jour, comme si l’Église avait commis une gaffe liturgique passée inaperçue pendant treize siècles.

Ainsi, les réformateurs se sont moqués et ont ridiculisé la Veillée Pascale ancestrale, menée par l’instigateur du Mouvement Liturgique, Dom Beauduin, qui déclara avec mordant en 1951 :

« Comment est-il possible que nous ayons toléré et accepté sans réserve, pendant des siècles, la pratique de chanter l’Exsultet et le Vere beata Nox (« Oh, nuit vraiment bénie ») en plein jour ? Et combien d’autres anomalies tout aussi graves acceptons-nous maintenant sans sourciller ! Sans doute, cela nous amène à conclure que notre conscience liturgique n’est pas suffisamment éclairée » (voir ici).([4])

C’était une vision étonnamment arrogante qui supposait que tous ses prédécesseurs dans la prêtrise avaient été opprimés par des dirigeants tyranniques de l’Église ou étaient trop obtus pour penser par eux-mêmes et, en outre, qu’il n’existait qu’une seule façon de penser : la leur. C’était aussi une vision qui a fini par dominer et déformer la pensée des théologiens et des liturgistes jusqu’à nos jours.([5])

Mais ce sont Dom Beauduin et ses compagnons réformateurs, et non les adeptes de la Tradition, qui étaient dans l’ignorance. L’argument de Dom Beauduin, qui a été repris dans Maxima Redemptionis, était que minuit, ou du moins le coucher du soleil, était le moment « approprié » pour célébrer la Veillée Pascale.

Le cardinal Wiseman a justifié les cérémonies traditionnelles de la veillée pascale

Après avoir affirmé qu’il suivait la voie supérieure des Lumières au-dessus de la lex orandi de l’Église, Dom Beauduin ne parvint pas à voir ce qui était évident pour les catholiques bien instruits : que les références à la « nuit » dans la Veillée Pascale traditionnelle avaient une signification mystique plutôt que naturaliste.

Écoutons l’explication suivante de ce point, donnée par un prélat qui n’avait jamais été endoctriné dans l’idéologie du Mouvement Liturgique. En ce qui concerne la Veillée Pascale, le cardinal Nicholas Wiseman (1802-1865), premier archevêque de Westminster, a affirmé : « Le service parle de la « nuit » ; c’est la nuit où Israël s’est échappé d’Égypte et qui a précédé la résurrection du Christ. »

En d’autres termes, « nuit » était utilisé dans les textes de la Veillée dans un sens préfiguratif, comme métaphore de l’obscurité du monde sous l’esclavage du péché avant la Rédemption. Il n’a aucune connexion intrinsèque avec le moment où le soleil se cache derrière l’horizon.

Une réforme incohérente

Ainsi, l’heure du jour où la Veillée Pascale est célébrée est sans importance : en ce qui concerne la célébration des mystères du salut, peu importe si le ciel est sombre ou clair. Ce point n’est pas anodin. Il s’ensuit que la célébration de la Veillée Pascale pendant la journée ne saurait, comme le soutenait Maxima Redemptionis, être « préjudiciable à la signification de la liturgie » ni contribuer à la perte de sa « clarté intrinsèque ».

L’irrationalité de cette affirmation devient encore plus évidente lorsqu’elle devient la base d’une législation, comme si les réformes de 1955 étaient fondées sur des arguments solides et irréfutables pour le bien de l’Église.

Avec Maxima Redemptionis, on a dit aux évêques du monde entier qu’ils enfreindraient la loi s’ils continuaient les traditions de leurs prédécesseurs. Même aujourd’hui, célébrer la Veillée Pascale pendant la journée est considéré comme « répréhensible ». Et bien qu’il n’y ait pas de raison rationnelle d’insister sur une célébration nocturne de la Veillée, ceux qui favorisent la pratique traditionnelle sont relégués dans l’obscurité extérieure.

à suivre

Source Radio Christiandad

Note de la rédaction : En bref, une réforme faite par des ignorants qui ne comprenaient pas eux-mêmes la Liturgie, et du haut de leur impiété jugeaient les siècles passés. Autre point à charge : Le psautier de Béa (aussi appelé psautier de Pie XII) est une traduction latine des Psaumes réalisée à partir du texte hébreu par le cardinal jésuite Augustin Béa en 1945, que même Jean XXIII avait en horreur et, dès le début de son pontificat, refusa son utilisation lors des liturgies pontificales.

Une réforme incohérente

Avanti : Léon XIV a intensifié l’agenda de François, et ne l’a pas ralenti

(LifeSiteNews) — Dans la première partie de cet entretien, Mgr Carlo Maria Viganò a affirmé que les réformes associées au Concile Vatican II affaiblissaient le rôle de l’Église en tant que katéchon, la force qui limite la propagation de l’esprit de l’Antéchrist dans l’histoire. Il a discuté de la nature de l’autorité papale, de la distinction entre la papauté en tant qu’institution divine et les papes individuels tout en critiquant les développements post-conciliaires, la montée de la synodalité et les femmes dans le leadership du Vatican.

Cette deuxième partie de l’interview est centrée sur la critique de Viganò de l’Église post-conciliaire, en se concentrant sur la réforme liturgique et les coutumes traditionnelles comme instruments d’une transformation théologique plus large. Il évoque également le pontificat de Léon XIV, en particulier les allégations de réseaux de protection parmi les élites ecclésiastiques, et l’influence des forces idéologiques et mondiales sur la hiérarchie contemporaine.

LifeSiteNews : Tout au long de cette crise, vous avez toujours identifié la réforme liturgique non pas comme une conséquence mais comme une cause. Pourquoi la question de la Messe, selon vous, est-elle antérieure et plus décisive que la doctrine ? Et quel est le sens de l’implacabilité des coutumes traditionnelles, maintenues intactes par Léo XIV, dans ce contexte ?

Mgr Carlo Maria Viganò : Parce que l’Église a toujours su ce que les modernistes ont délibérément oublié : ut legem credendi lex statuat supplicandi (« que la loi de la prière puisse établir la loi de la croyance »). C’est la loi de la prière qui établit la loi de la foi, et non l’inverse. Le peuple chrétien n’apprend pas le dogme des manuels : il le respire à l’autel. Un homme qui, pendant des années, s’est agenouillé devant le Saint Sacrement, qui a vu le prêtre se tourner vers Dieu et non vers l’assemblée, qui a été témoin de la consécration dans le silence sacré du canon romain, croit en la présence réelle et au sacrifice, même s’il ne savait pas comment formuler les dogmes correspondants ; et aucun théologien ne parviendra à lui enlever cette foi. Changez la façon dont une personne prie, et vous changez ce qu’elle croit, sans qu’elle ne le remarque et sans que personne n’ait à formuler une seule proposition hérétique.

C’est pourquoi je dis que la réforme liturgique n’était pas une conséquence de la crise : c’était son instrument. C’était le moyen le plus rapide et le plus sûr d’obtenir ce qu’une définition n’aurait jamais obtenu. Notons que c’est la parfaite application de ce principe bergoglien selon lequel « le temps est supérieur à l’espace ». Rien n’est défini, un processus est lancé, et il suffit de quelques générations pour que le reste se mette en place. Quiconque veut la confirmation de cette méthode devrait lire la courte étude critique du nouvel ordre de la messe par les cardinaux Ottaviani et Bacci, qui dès 1969 ont averti que le nouveau rite « s’écarte de manière impressionnante, dans son ensemble et dans ses détails, de la théologie catholique de la Sainte Messe telle que formulée dans la Session XXII du Conseil de Trente. » Ils n’étaient pas deux séditionnistes : l’un était l’ancien secrétaire du Saint-Office et l’autre un cardinal curial. Ils ont été ignorés, et aujourd’hui les statistiques sur la croyance en la Présence Réelle confirment à quel point ils avaient raison. Cranmer avait compris quatre siècles plus tôt que changer la messe suffisait à changer la religion d’un peuple, et qu’il n’avait pas besoin de nier un dogme pour éradiquer le Saint Sacrifice d’Angleterre.

Quant aux coutumes traditionnelles, c’est l’aveu le plus éloquent que nos adversaires auraient pu faire. Si les deux rites exprimaient vraiment la même foi [le vetus ordo et le novus ordo], persécuter l’un d’eux serait un caprice inexplicable : ils la persécutent parce qu’ils savent parfaitement bien qu’ils n’expriment pas la même foi, et que tant qu’un seul autel protège l’ancienne lex orandi, le nouveau ne peut pas prétendre à la victoire.

Il convient également de noter que sous Prévost, les coutumes traditionnelles n’ont été ni retirées ni atténuées : au contraire, elles ont été appliquées de manière encore plus rigide, avec une minutie que Bergoglio n’a pas eu le temps d’exercer. Que Léon lui-même – qui parle tant d’accueil et d’écoute – soit si acharné à s’opposer à la messe de tous les temps prouve à ceux qui espéraient encore en lui que dans l’église synodale il y a de la place pour tout sauf le rite dans lequel l’Église priait depuis des siècles.

LSN : Prévost a été élu grâce à ceux qui espéraient un rétablissement de l’ordre juridique, mais il semble en fait poursuivre l’ordre du jour de son prédécesseur, en ralentissant simplement son rythme et en déléguant les décisions les plus litigieuses à la Curie. Ce style plus flegmatique et « dialoguant » ne risque-t-il pas d’être encore plus insidieux pour la défense du dogme que l’autoritarisme direct de François ?

Viganò : Je dois corriger la prémisse de la question, car c’est précisément le malentendu sur lequel repose Prévost. Il n’est pas du tout exact de dire que Léon procède «petit à petit» Il procède à marches forcées, sans le moindre souci des réactions – aussi parce que les réactions négatives sont peu nombreuses, et que celles-ci sont rapidement réprimées. Ce qui a changé, par rapport à Bergoglio, ce n’est pas la vitesse : c’est le visage. Bergoglio a crié, et celui qui crie réveille les gens ; Prévost sourit, et celui qui sourit endort les gens. Mais c’est un sourire glacé, le sourire de celui qui sait qu’il ne rencontrera aucune résistance.

Regardez les faits, pas la manière. L’agenda n’a pas été ralenti : il a été intensifié sur tous les fronts – synodalité, environnementalisme, politiques pro-immigration, œcuménisme syncrétique, normalisation de l’idéologie LGBT. Et surtout, regardez les nominations, qui sont l’essai acide d’un pontificat : il n’y en a pas une seule qui fasse exception ; pas un seul homme de bonne doctrine promu, pas un seul ennemi de la foi éliminé. Sur tous les fronts, Prévost est allé au-delà de son prédécesseur.

Le 13 août, à Cusco, lors d’une conférence préparant le voyage de Prévost au Pérou, Mgr Jordi Bertomeu, commissaire pontifical du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, a offert des feuilles de coca à l’idole infernale Pachamama en compagnie de Mgr Lizardo Estrada Herrera, évêque auxiliaire de Cusco et secrétaire général du CELAM, et Mgr Miguel Ángel Cadenas, évêque d’Iquitos. Sous Bergoglio, la Pachamama entra dans les Jardins du Vatican et dans la Basilique Saint-Pierre comme un geste scandaleux ; sous Prévost, la Pachamama entra dans le dicastère dont la tâche devait être de le condamner – et cette idole y entra aux mains de l’homme qui, dans ce dicastère, administre la justice. Ce n’est pas un ralentissement : c’est une institutionnalisation.Le style de Léon se mesure uniquement en apparence. Le latin çà et là, la mozzetta portée même dans des circonstances inappropriées – même en descendant de l’avion – le ton courtois : ce sont des anesthésiques administrés à un corps désormais incapable de réagir. Et l’anesthésique ne diminue pas la violence : c’est l’anesthésie qui rend la violence possible.

Les conservateurs se sont laissés séduire par la forme. Mais en vérité, il n’y a même pas cela. Ceux qui étaient satisfaits par la mozzetta ont eu la mozzetta et rien d’autre, et paient maintenant pour ce morceau de tissu avec le silence sur tout le reste.

Enfin, il y a l’aspect qui révèle la nature tyrannique authentique de ce gouvernement, c’est-à-dire la délégation. Prévost délègue à la Curie, aux dicastères, aux conférences épiscopales, aux « processus synodaux », afin qu’aucune décision ne porte sa signature et que chacun puisse être présenté comme le fruit du discernement collectif. Ce n’est pas de la douceur : c’est la forme la plus parfaite du pouvoir absolu, une forme qui exerce le commandement sans en assumer la responsabilité. L’ancien tyran a signé ses décrets et a porté la haine qu’ils ont engendrée ; le tyran synodal a d’autres délibérés et reste au-dessus d’eux, un arbitre et jamais l’accusé. C’est la dissolution de la responsabilité personnelle du pape – exactement ce que la synodalité vise à réaliser – et quiconque ne prend jamais de décisions ne peut jamais être contesté. Le pape qui ne décide pas est le pape qui a décidé de laisser les autres agir, et qui a trouvé un moyen de ne pas être tenu responsable par quiconque.

LSN : Vous êtes intervenu publiquement dans l’affaire Eleuterio Vásquez González, connu sous le nom de Lute, le prêtre péruvien accusé de graves abus de filles dans le diocèse de Chiclayo. Lorsque Léo XIV était évêque de ce diocèse, l’enquête canonique était décrite par un délégué ecclésiastique comme « une farce » ; pourtant, aujourd’hui, le pape a comme secrétaire personnel Edgard Rimaycuna, un prêtre qui a été élevé précisément dans le cercle pastoral et professionnel de Lute.

Un autre prélat de premier plan, le Vénézuélien Edgar Peña Parra – ancien substitut aux affaires générales du Secrétariat d’État et maintenant nonce apostolique en Italie et à Saint-Marin – a été signalé par vous en 2002 sur des allégations extrêmement graves, allant de l’abus de séminaristes mineurs à des liens présumés avec des morts violentes, allégations qui ont ensuite été systématiquement ignorées par Bergoglio. A la lumière de ces cas et d’autres, croyez-vous que sous Bergoglio un véritable « réseau » de protection réciproque entre hommes de pouvoir s’est consolidé dans l’Église, dans lequel les omissions et les responsabilités sont couvertes afin de préserver les équilibres internes ? Et, si oui, quelle est l’ampleur de ce phénomène aux plus hauts niveaux du Saint-Siège ?

Viganò : L’affaire Lute reproduit avec une étonnante précision le modus operandi d’autres affaires extrêmement graves, de McCarrick à Rupnik : les victimes qui signalent et ne sont pas entendues ; une enquête menée de manière à ne rien trouver ; le dicastère qui clôt l’affaire en invoquant le délai de prescription ; l’accusé qui non seulement reste impuni mais est effectivement protégé parallèlement, le revers de la médaille est nécessaire : celui qui dénonce les crimes et défend les victimes est détruit. Mgr Ricardo Coronado, l’avocat canonique qui avait pris la défense des trois jeunes femmes, a vu son autorisation ecclésiastique révoquée par la Conférence épiscopale péruvienne en août 2024 et, quatre mois plus tard, a été renvoyé de l’État clérical par un décret qui, veuillez le noter, ne portait pas la signature manuscrite de Bergoglio.

Celui qui accuse perd la prêtrise, celui qui est accusé garde tout. Il n’y a rien à interpréter ici : l’évêque de Chiclayo qui a mené cette enquête, décrite comme « une farce » par ceux qui connaissaient les détails de près, siège maintenant sur le président de Pierre, et il a choisi à ses côtés, comme son secrétaire personnel, un prêtre formé au sein de Fr. Le cercle de Lute. Il ne s’agit pas de détails biographiques ou de coïncidences malheureuses : ils prouvent que dans ce système, la proximité de certains milieux n’est pas un obstacle à une carrière, mais bien la condition même d’en avoir un. Aussi, observez une coïncidence qui n’est pas une coïncidence. Le même Mgr. Jordi Bertomeu qui a offert des feuilles de coca à Pachamama à Cusco est l’homme qui, dans le Dicastère pour la Doctrine de la Foi, a inauguré – et justifié en principe – cette interprétation du droit canonique par laquelle les procédures ordinaires, avec les garanties qu’elles garantissent aux accusés, sont remplacées par des structures parallèles et des pouvoirs commissariaux extraordinaires. C’est la doctrine juridique qui fait le destin de Bp. Coronado possible : chaque fois que la procédure cède à la volonté du commissaire, celui qui cause des ennuis est perdu dès le départ et n’a même pas le droit de se défendre. Avant d’être démis de ses fonctions, Coronado a été accusé d’actes infâmes sans la moindre preuve.

Ce n’est pas un cas isolé. Vingt-deux jours plus tard, un prêtre péruvien, le père Omar Sánchez, a critiqué publiquement la façon dont Bertomeu gérait les affaires. La presse a publié une allégation d’abus à son encontre, que le plaignant supposé a ensuite niée publiquement, déclarant qu’il n’avait jamais porté plainte.

Celui qui s’élève contre le système découvre qu’il a un dossier déjà ouvert contre lui. Et l’homme qui place les feuilles de coca devant Pachamama est le même homme qui arrache la prêtrise à l’homme qui a défendu les trois jeunes victimes de Fr. Lute à Chiclayo. Cela nous donne la mesure de ce que le Saint-Office est devenu maintenant.

Pour ce qui est de Peña Parra, permettez-moi une précision que je considère importante. J’ai traité ce cas beaucoup plus tôt, lorsque j’étais Délégué aux Représentations Pontificales au Secrétariat d’Etat. Les allégations – sa séduction de deux séminaristes mineurs à Maracaibo en septembre 1990, et son lien avec les circonstances entourant deux morts violentes en août 1992 – avaient été transmises au Secrétariat d’État en 2002 par le Nonce apostolique au Venezuela, Mgr André Dupuy. Mais cela n’a pas empêché la carrière de Peña Parra de progresser. Et j’ajouterai un détail qui en dit long sur le rôle des médias : j’ai parlé de cette affaire dans une longue interview au Washington Post, et c’est précisément la partie concernant l’agresseur vénézuélien qui n’a jamais vu le jour. Bergoglio le voulait comme substitut ; et Prévost l’a maintenant envoyé comme nonce en Italie.

Oui, un réseau existe. Je ne dis pas cela comme une conjecture. Je sais que c’est vrai d’après l’expérience directe de décennies dans la Curie romaine et dans les nonciatures. Elle repose sur un principe simple : quiconque peut faire l’objet d’un chantage peut être contrôlé par celui qui détient le matériel de chantage. La corruption morale n’est pas un accident du système : c’est le ciment qui maintient l’ensemble du système. C’est pour cela que le coupable ou le complice est promu, alors que la personne qui le dénonce est isolée et frappée.

Quelle est l’étendue de ce réseau de corruption ? Il suffit de voir combien parmi les « descendants » de Mc Carrick occupent encore des postes d’autorité aux États-Unis et au Vatican ; combien de cardinaux créés par Bergoglio ont été choisis précisément pour leur corruption et leur susceptibilité au chantage ; et combien, au Secrétariat d’État et dans les dicastères, doivent leur position non pas à la doctrine ou à la sainteté, mais à l’appartenance à une faction. La réponse se trouve dans les faits, et les faits parlent d’eux-mêmes.

LSN : Qui bénéficie de ce dispositif ? Bergoglio en était-il l’architecte ou s’est-il empêtré contre sa volonté ?

Viganò : Ni l’un ni l’autre, dans les termes dans lesquels la question est posée. Bergoglio n’était pas victime d’un système, mais il n’en était pas non plus l’inventeur : il en était le bénéficiaire, puis le garant. Il a été élu grâce à la mafia de Saint-Gall, c’est-à-dire grâce à un réseau qui a passé des années à planifier sa propre conquête du pouvoir, et qui a trouvé en lui l’homme juste parce qu’il était sans scrupules, dépourvu de scrupules doctrinaux, et extraordinairement habile dans l’utilisation du pouvoir – qualités raffinées par une longue formation jésuite dont il a conservé la méthode tout au long de sa vie : obéissance ostensible unie à des manœuvres souterraines, proclame extérieurement la pauvreté tout en exerçant simultanément un commandement absolu.

Une fois élu, il a fait ce que fait tout pouvoir illégitime : il s’est entouré d’hommes qui ne pouvaient pas le trahir parce qu’il connaissait leur corruption et leurs crimes, et il a écarté ceux qui, n’étant en aucune façon soumis au chantage, ne pouvaient pas être contrôlés. Ce n’est pas une coïncidence si ses plus proches collaborateurs – de Zanchetta à Peña Parra – sont des personnalités accablées d’allégations extrêmement graves, qu’il a systématiquement dissimulées et promues.Surtout, le cas de Marko Rupnik, S.J., n’est pas une coïncidence : expulsé de la Société de Jésus, déjà excommunié pour avoir absous un complice, et néanmoins protégé pendant des années, avec toute la faction qui doit sa position à cette protection – à commencer par le cardinal de l’époque, le vicaire Angelo De Donatis, dont le transfert du vicariat de Rome au pénitencier apostolique a eu lieu précisément à la suite de cette affaire. Ce n’était pas du tout une promotion, comme on voulait le faire apparaître, mais une façon de le protéger, de l’éloigner des questions auxquelles il n’aurait plus pu se soustraire à Rome.

Qui en bénéficie ? En interne, elle profite à une caste cléricale qui a fait de l’Église sa propriété privée et qui a besoin d’impunité pour survivre. Sur le plan extérieur, elle profite aux puissances financières, politiques et supranationales – c’est-à-dire aux mondialistes – qui ont intérêt à maintenir l’Église catholique sous chantage, parce qu’une Église soumise à un chantage ne parle, ne condamne, ni n’évangélise : elle collabore. Le lien entre l’Église profonde et l’État profond n’est pas une théorie : c’est la raison pour laquelle le Saint-Siège a soutenu docilement tous les programmes mondialistes – du climat à la migration, de la pandémie à la fraternité universelle, de la défense des vaccins au pansexualisme – et pourquoi il a signé et renouvelé obstinément l’accord secret avec la Chine communiste, en cédant les évêques fidèles et l’Église souterraine à leurs persécuteurs, tout en restant silencieux sur tout ce que l’Évangile devrait exiger de proclamer haut et fort.

La corruption morale et la corruption doctrinale sont les deux faces d’une même médaille. Quiconque trahit la foi trahit également la morale, et quiconque est capable de faire chanter la morale est prêt à trahir la foi – même jusqu’à l’idolâtrie, comme le montrent les feuilles de coca placées à Cusco par un fonctionnaire de l’ancien Saint-Office à quiconque a des yeux pour voir.

LSN : Alors que le Conclave Papal de 2025 était en cours, une autorité maçonnique de haut rang m’a dit confidentiellement lors d’une enquête que je menais : « Vous verrez qu’ils éliront l’idiot utile de François. » Quand je demandais une explication, ce contact franc-maçon – qui était, en fait, très proche des cercles de la Curie romaine – me disait que François nommait des cardinaux « avec des squelettes dans leurs placards » des périphéries du monde, en leur demandant d’élire « son homme » et de préserver son « héritage synodal ». Quand Prévost a été élu, ce même franc-maçon m’a raconté sarcastiquement : « Habemus Papam ! Ils l’ont élu. » Au début, j’étais très prudent, et même plein d’espoir pour Prévost. Maintenant qu’un an et plusieurs mois se sont écoulés, je me demande jusqu’où était l’interprétation de cette autorité maçonnique par rapport à la réalité … Qu’en pensez-vous ?

Viganò : Je ne peux pas confirmer des paroles que je n’ai pas entendues, et je ne suis pas intéressé à donner foi aux fiertés des cercles qui ont toujours aimé s’attribuer le mérite de gouverner l’Église. Mais je peux dire que cette lecture coïncide exactement avec ce que les faits montrent à quiconque est prêt à les examiner.

Bergoglio a créé l’écrasante majorité du Collège des Cardinaux, en choisissant des hommes que personne ne connaissait, avec une formation très pauvre, provenant de sièges non pertinents, dont la seule qualification était la loyauté personnelle à Bergoglio et, presque toujours, une vulnérabilité qui les rendait contrôlables. Un conclave ainsi composé ne pourrait élire qu’un homme comme Prévost, c’est-à-dire un homme qui garantirait la continuité de « l’héritage synodal » de Bergoglio.

La franc-maçonnerie prend plaisir dans cette élection, et ce n’est pas du tout surprenant : elle s’est également réjouie de l’élection de Jean XXIII. Depuis trois siècles, elle n’a fait qu’un seul dessein : démolir l’Église catholique : d’abord en la vidant de sa dimension surnaturelle et en la réduisant à une organisation philanthropique, puis en la subvertissant de l’intérieur, et enfin en la transformant en anti-église, c’est-à-dire en religion universelle de l’humanité, ce qui est son véritable objectif.

La synodalité, en tant que révolution permanente et quintessence de toutes les exigences du modernisme, est la chose la plus proche de ce projet jamais accompli de l’intérieur. Il n’est pas nécessaire d’imaginer des conspirations : il suffit de lire l’Instruction permanente de l’Alta Vendita, qui décrit un siècle et demi à l’avance un pape formé dans les idées de la révolution, élu par des cardinaux formés dans les mêmes idées.

Si une autorité maçonnique s’est réjouie de l’élection de Prévost, c’est parce que ce qui était recherché a été atteint. Le regret appartient à ces cardinaux et fidèles qui, pendant quelques mois, ont voulu se faire des illusions. L’expression «idiot utile» est offensante, et je n’en ferai pas mienne, mais je crains que celui qui l’a utilisée connaisse bien la nature de l’utilité attendue de l’homme qu’il a élu.

Avanti : Léon XIV a intensifié l’agenda de François, et ne l’a pas ralenti

Chemin d’apostasie : la voie large de la perdition

« Le Vatican prône le « dialogue ». L’islam prône l’« islam ». Qu’est-il advenu de l’exclusivité catholique ? »

Angeline Tan The Remnant 18 septembre 2026


Soixante ans après Nostra Aetate, le Vatican célèbre un « chemin d’espérance » fondé sur le dialogue interreligieux, la fraternité et la rencontre. Toutefois, face à l’affirmation constante de l’islam selon laquelle il est la religion approuvée par Dieu, on ne peut s’empêcher de se demander : qu’est-il advenu de la clarté avec laquelle l’Église catholique revendiquait, pour sa part, l’exclusivité de la vérité et du salut ?

Le 16 septembre 2026, le pape Léon XIV a signé Un chemin d’espérance, un document commémoratif marquant le soixantième anniversaire de la déclaration Nostra Aetate du concile Vatican II, par laquelle l’Église catholique affirmait son ouverture au dialogue interreligieux.



Ce document, publié conjointement par trois dicastères du Vatican, souligne le « changement profond » d’attitude de l’Église à l’égard des religions non chrétiennes ; il exhorte les catholiques à considérer les autres confessions « avec estime et respect », voyant dans leurs fidèles des « compagnons de route sur le chemin de la vérité ». Toutefois, pour les catholiques traditionalistes, de telles attitudes reflètent la « révolution » post‑conciliaire : un relâchement ironique de l’affirmation, autrefois inébranlable, selon laquelle l’Église serait l’unique véritable arche du salut.

Il convient de mettre en contraste l’attitude du Vatican de l’ère post‑conciliaire vis‑à‑vis de l’islam — une religion souvent dépeinte en Occident comme exclusiviste et fondée sur une logique du « tout ou rien », alors même que sa théologie classique a toujours soutenu que seule la soumission à Dieu (islām) constitue la voie approuvée par le Divin.

Le contraste est saisissant : l’Église, qui proclamait autrefois avec force « extra Ecclesiam nulla salus » (« hors de l’Église, point de salut »), reconnaît désormais l’irrévocabilité de l’Alliance avec le peuple juif et discerne « un reflet de l’unique Mystère divin » dans toute quête religieuse sincère. Parallèlement, l’érudition islamique dominante réaffirme que « quiconque recherche une religion autre que l’islam, celle-ci ne sera jamais acceptée de lui » (Coran 3:85), tout en débattant de la portée du salut pour les non-musulmans justes.


« Un chemin d’espérance » du Vatican : continuité ou compromis ?

« Un chemin d’espérance » dresse un bilan résolument positif des fruits de la déclaration Nostra Aetate. Le texte retrace la manière dont ce document de 1965 — initialement conçu pour apaiser les relations entre catholiques et juifs au lendemain de la Shoah — a étendu le dialogue de l’Église aux hindous, aux bouddhistes, aux musulmans et aux adeptes des religions traditionnelles africaines.

Certes, ce document déconcerte de nombreux fidèles catholiques, car il semble suggérer que d’autres confessions conservent une portée théologique au sein de l’économie divine du salut ; une position que les catholiques perçoivent comme contraire à l’enseignement constant selon lequel Dieu a confié à la seule Église catholique tous les moyens spirituels nécessaires au salut.

De nombreux commentateurs catholiques soutiennent depuis longtemps que Nostra Aetate et les initiatives qui en ont découlé semblent cautionner un « indifférentisme religieux » en plaçant les religions non chrétiennes sur un pied d’égalité avec la véritable Église. Cette approche risquerait de compromettre l’appel à la conversion et de laisser les catholiques dans l’incertitude quant à l’importance d’une foi consciente au Christ et de l’appartenance à son Corps mystique. En mettant l’accent sur la « fraternité humaine », « Un chemin d’espérance » semble confirmer ces inquiétudes, même si le document affirme chercher uniquement à développer l’identité catholique sans pour autant l’abandonner. Il est compréhensible que les catholiques perçoivent le langage adopté par l’Église après Vatican II comme une rupture avec ses propres fondements doctrinaux : une adaptation au pluralisme moderne qui affaiblit à la fois l’impératif d’évangélisation et l’affirmation selon laquelle l’Église est nécessaire au salut.

L’exclusivisme intransigeant de l’islam : « Tout ou rien » ?

Contrairement au christianisme, l’islam ne connaît pas d’équivalent au concile Vatican II ; son autorité religieuse s’enracine dans des textes fondateurs qui énoncent leurs affirmations avec une clarté sans équivoque. « Certes, la religion acceptée par Allah, c’est l’islam » (Coran 3:19) et « Quiconque désire une religion autre que l’islam, elle ne sera point agréée de lui » (3:85). La théologie sunnite classique, telle qu’elle a été formulée par des érudits allant d’al‑Ghazālī à Ibn Taymiyya, soutient que le salut repose sur la croyance en l’unicité de Dieu (tawḥīd), l’acceptation de Mahomet comme ultime prophète et l’accomplissement d’œuvres justes conformément à la loi islamique.

Cela dit, le Coran contient des versets qui semblent faire preuve de plus de tolérance envers les autres religions : « Certes, ceux qui ont cru [en Mahomet], ceux qui se sont judaïsés, les chrétiens et les sabéens, quiconque croit en Allah et au Jour dernier et accomplit de bonnes œuvres, recevra sa récompense auprès de son Seigneur » (Coran 2:62, 5:69). Toutefois, la position dominante au sein de l’orthodoxie sunnite demeure exclusiviste, affirmant que « l’islam est la religion divine ultime, complète et exclusive : les autres fois ne sont, au mieux, que des vérités partielles désormais supplantées ».

En effet, l’exclusivisme intransigeant de l’islam semble paradoxalement plus en phase avec la conception catholique de la vérité et du salut prévalant avant Vatican II. Comme l’a rapporté Ad Vaticanum, le cardinal Gerhard Ludwig Müller a mis en garde contre la « crise d’identité sans précédent » que traverse l’Occident alors qu’il cherche à se détacher de son héritage chrétien, parallèlement à la « vigoureuse expansion de l’islam ».


Un document à double tranchant

D’un côté, « Un chemin d’espérance » semble renforcer les garanties traditionnelles en affirmant que le Christ est l’unique Rédempteur, qu’il n’existe pas deux voies vers le salut et que le dialogue ne constitue pas une capitulation religieuse. D’un autre côté, le document adopte « un vocabulaire de dialogue interreligieux qui va bien au-delà d’une approche catholique strictement exclusiviste », comme l’a rapporté Ad Vaticanum.

Ce paradoxe reflète le dilemme auquel est confronté le catholicisme post‑conciliaire : comment l’Église peut‑elle demeurer pleinement fidèle au Christ et à sa place singulière dans le plan de salut divin, tout en s’engageant auprès d’un monde marqué par la diversité religieuse ? Pour le pape Léon XIV et les dicastères ayant rédigé « Un chemin d’espérance », la réponse réside dans une « culture de la rencontre » qui bâtit des ponts plutôt que des murs, sans pour autant gommer les différences. L’esprit même de ce document suggère une équivalence des voies qui contredit l’affirmation évangélique selon laquelle le Christ est « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jean 14, 6).

Conclusion : Le scandale de la particularité

Le danger qui guette l’Église catholique est de sembler assouplir sa position à l’égard des autres religions alors que l’islam, lui, demeure intransigeant.
Dans son désir d’être un sacrement d’unité pour la famille humaine, l’Église risque d’occulter la particularité même qui la définit comme chrétienne ; à l’inverse, l’islam, par son exclusivisme inébranlable, préserve une clarté dont les catholiques traditionnels estiment que les autorités actuelles du Vatican manquent de plus en plus. La question de savoir si l’attitude du Vatican constitue ou non une concession tragique à une époque pluraliste restera l’enjeu majeur du catholicisme post‑conciliaire — et le sujet de débats qui se poursuivront encore longtemps.

Maria, Mater Ecclesiae, ora pro nobis.

Chemin d’apostasie : la voie large de la perdition