Léon XIV rend hommage à un texte fondateur du luthéranisme : la Confession d’Augsbourg de Melanchthon.
Aujourd’hui, Léon XIV a reçu une délégation de la Fédération luthérienne mondiale. Il a déclaré : « Une communion renouvelée dans la foi apostolique, dans les sacrements [!], et dans les ministères est le but de notre chemin œcuménique de grâce. »
Léon XIV a particulièrement mis l’accent sur l’année 2030, qui marquera le 500e anniversaire de la Confession d’Augsbourg, la présentant comme une occasion de faire progresser l’œcuménisme catholique-luthérien et la recherche d’une « unité pleine et visible ».
Il a affirmé : « La Confession d’Augsbourg était à l’origine conçue comme un document de réconciliation au sein de l’Église. Ce n’est que plus tard qu’elle a été interprétée comme un texte de confessionnalisation source de division. »
Il souhaite « parvenir à affirmer ensemble le potentiel œcuménique pré-confessionnel de la Confessio Augustana ».
Principales objections à la Confessio Augustana
La Confession d’Augsbourg (Confessio Augustana) fut présentée à l’empereur Charles Quint lors de la Diète d’Augsbourg, le 25 juin 1530. Son auteur principal était Philipp Melanchthon, le plus proche collaborateur théologique de Luther.
Le camp catholique n’a pas accepté la Confession d’Augsbourg. Les théologiens catholiques ont reconnu les articles qu’ils jugeaient conformes à la foi catholique, ont rejeté les doctrines luthériennes contestées et y ont répondu dans la Confutatio Augustana.
Plus grave encore, l’article XXIV rejette la conception de la messe en tant que sacrifice.
L’article IV de la Confession d’Augsbourg enseigne la justification par la foi seule.
L’article XII réduit la repentance principalement à la contrition et à la foi, et rejette la nécessité d’une satisfaction pour la rémission de la peine.
Les articles XXI, XXVI et XXVII attaquent ou sapent des éléments importants de la vie sacramentelle et de dévotion : l’invocation des saints, l’autorité de l’Église en matière de jeûne, ainsi que la théologie des vœux religieux et de la chasteté consacrée.
L’article XXIII s’en prend au célibat des clercs et défend le mariage des prêtres.
Le penseur qui a influencé plus que tout autre, même s’il est moins connu, non seulement sur la société civile mais aussi, directement et volontairement, sur et contre l’Église est Wilhelm Reich (1897-1957) auquel Michael Jones consacre une large place. Reich s’est surtout inspiré de Marx, Freud et Nietzsche. Selon lui, après Freud, la révolution a deux alternatives : soit intégrer Marx avec le pan-sexualisme freudien, soit dégénérer vers un tournant autoritaire et moraliste, une sorte de « fascisme rouge » qui serait la mort de la révolution marxiste (aujourd’hui, après « l’effondrement » de l’URSS, les néo-américains parlent d’« islamo-fascisme », car le monde arabe n’est pas disposé à se faire envahir physiquement et corrompre intellectuellement et moralement). C’est pourquoi, dans les années 30-40, les fascismes européens devaient être abattus pour faire triompher la révolution culturelle d’aujourd’hui ; tout comme aujourd’hui, après l’Irak, la Syrie, la Palestine, l’Iran devraient être bombardés de démocratie et de pornographie américano-occidentale.
Reich, avec Freud, est convaincu que l’homme depuis son enfance « est de haut en bas et surtout sexuel ». Au freudo-marxisme, Reich ajoute Nietzsche, qu’il considère beaucoup plus avancé que Freud lui-même en tant que destructeur de la morale traditionnelle et concepteur du super-homme du futur, mais auquel, selon Reich, on arrivera par la révolution sexuelle et non par la seule volonté de puissance, comme le voulait Nietzsche.
Un autre penseur qui a influencé Reich est Henri Bergson (+1941), à qui il a enlevé tout élément spirituel pour ne maintenir que l’« élan vital » comme force créatrice en devenir totalement matérielle. On notera l’analogie avec Teilhard de Chardin (+1955), le chef de file de la théologie de Vatican II, qui, dans son livre L’énergie humaine (Paris, Seuil, 1962, pp. 91-92) parle de « sens sexuel » dans le sillage de la théorie néoplatonique sur l’éros, lue dans une perspective d’évolution scientifique et matérialiste. Reich arrive à Giordano Bruno (+1600) en partant de Bergson, lu dans une clé matérialiste-panthéiste.
Henri Bergson
La « dynamite » de la sexualité déviée
Les pages de Jones sur Reich nous aident à comprendre comment on est arrivé aussi bas, de la « nouvelle théologie » à Vatican II, aux USA 2000/Belgique 2010. Nous allons essayer de les résumer et d’y apporter quelques considérations complémentaires. Nous avons déjà traité du Soixante-huit, de l’école de Francfort et du structuralisme français (voir oui non, août 2010, p. 1ss.). Nous verrons maintenant comment Reichaintentionnellementprogrammélarévolutiondansl’Égliseparlacorruptionmorale,enparticulierduclergéetensuitedesfidèles.
Wilhelm Reich
Jones écrit : « l’étude de la révolution des années 60 et 68 est fondamentale pour comprendre ce qui s’est passé après, y compris la pédophilie, et pour trouver des remèdes concrets » (http://www.effedieffe.com 19 juillet 2010, « La crise des violences sexuelles du clergé en Irlande », 1re partie). Jones comprend très bien que la révolution culturelle a coïncidé avec la révolution spirituelle ou religieuse de la nouvelle théologie et de Vatican II ; note que les cas d’abus sexuels les plus connus (aux États-Unis et en Irlande) se sont produits à partir des années 70, soit cinq ans après la fermeture de Vatican II (1962-1965). Il s’agit d’une subversion morale et spirituelle qui touche à l’intériorité de l’homme et « aux profondeurs de l’âme humaine », elle est même plusgravequelaRévolutionprotestante,quelaRévolutionfrançaiseetlaRévolutioncommuniste. Pour s’en sortir, il faut restaurer l’âme humaine, blessée par le péché originel et subvertie par les idéologies pan-sexualistes de Reich, qui a inventé le terme « révolution sexuelle » et qui, plus encore que Marcuse et Adorno, unitlapsychanalysefreudienneaumarxismetrotskiste« créantainsiunearmequifutspécifiquementpointéecontrel’Églisecatholique, et encore plus promue la corruption sexuelle du clergé ». Comme Jones l’a bien compris, larévolutiondelasociétécivileavaitpourbutultimelarévolutiondelasociétéreligieuse.
L’actualité de Reich réside dans le fait qu‘ilavaitplanifiédès1927la« sexualitéinfantile »etlacorruptionmoraleduclergéparlebiaisdelapédophilie. Pour Reich, il était inutile de discuter avec les clercs sur l’existence de Dieu, pour leur faire perdre la Foi ; au contraire, il était beaucoup plus profitable de corrompre leur morale par la sexualité désordonnée et déviée, qui les conduirait ensuite inévitablement à nier Dieu et sa Loi (The Mass Psychology of Fascism 1933, p. 28 ; tr it., Psychologie de masse du fascisme, Milan, Mondadori, 1974, 2e éd.).
Reich insistait beaucoup sur la corruption (qu’il appelait « libération ») sexuelle de la jeunesse dès le plus jeune âge, étant bien conscient de sa force de rupture non seulement individuellement, mais aussi socialement. Eneffet,sil’individuestdésordonnéoumêmedéviémoralement,lafamilleleseraaussi,etdonclaSociétécivile,quiestunensembledefamilles,lesquellescomposentaussilaSociétéreligieusesurnaturellequ’estl’Église. La « dynamite sociale » (ainsi l’appelait Reich) de la sexualité désordonnée, déviée et surtout infantile aurait entraîné des pannes aussi et surtout dans l’Église, qui plus encore que l’État s’occupe des âmes. IlfautsurtoutgâcherlesâmesdesPasteurs,quidisperserontletroupeau,aulieudeleconduireaupâturageetàlaFinultime.
Reich bat et rétorque sur la « sexualité infantile » ou pédophilie, laquelle – rappelons-le – outre qu’un péché est un crime, dans la mesure où l’on utilise de la violence à un sans-défense qui ne peut être « consentant » (comme le théorisait Reich), n’ayant pas encore le plein usage de la raison et de la libre volonté, et encore moins les forces physiques pour se défendre et qui restera traumatisé toute sa vie, torturé et en quelque sorte « tué » ou détruit psychologiquement.
Par la pédophilie, on détruit les âmes des innocents et on parvient à criminaliser le clergé, en faisant apparaître toute l’Église comme une société à malfaiteurs (par le sophisme « ex uno disce multos seu omnes »). C’est exactement ce qui s’est passé après la mise à jour et l’ouverture au monde moderne de Vatican II, avec la nouvelle morale de la situation temporaire, déjà condamnée par Pie XII mais enseignée et propagandée par le père rédemptoriste et « expert conciliaire » Bernard Haering par la chaire de théologie morale de l’Alphonsianum de Rome et par les colonnes de « Famille chrétienne ». C’est le renversement dogmatique et moral au sens anthropocentrique, de sorte que tout ce qui semble et plaît à l’homme (blessé par le péché originel) devient vrai et licite et non ce qui est conforme à la réalité et à la loi naturelle et objective, posée par Dieu dans l’âme de tout être humain.Jones écrit : « Selon Reich, pour réaliser la révolution, le vrai révolutionnaire doit promouvoir le sexe chez les enfants. Elle doit aussi promouvoir la sexualisation du clergé catholique, car l’Église catholique est l’obstacle principal [le « kathecon » de saint Paul n.d.r.] à l’emprise révolutionnaire sur la Société. […]. Cette campagne [programmée entre les années 20 et 30] a commencé à la veille du Concile Vatican II, mais a atteint son point culminant dans la première décennie du XXIe siècle avec la crise des abus sexuels de la part du clergé infidèle » (ivi).
La « psychiatrie démocratique » de Basaglia
Claude Lévy-Strauss
Pour Claude Lévy-Strauss (+janvier 2010), la logique et le raisonnement sont une dénaturation de l’humanité, la seule véritable humanité véritable est celle du « sauvage » dépourvu de toute intention rationnelle (La pensée sauvage) et fourni seulement d’instincts et de sentiments ou de l’inconscient profond et obscur. C’est de là qu’est née l’idée de la « psychiatrie démocratique » selon laquelle les fous n’existent pas, mais sont seulement marginalisés par les sociétés rationnelles, lesquelles enferment abusivement dans des asiles ceux qui ne veulent pas s’en tenir à la logique rationnelle.
Franco Basaglia
Franco Basaglia (Franco Basaglia – Franca Ongaro, La majorité déviante, Turin, Einaudi, 1970) en Italie a été le porte-étendard de ces théories structuralistes, qui ont conduit à la fermeture des hôpitaux psychiatriques, pour faire du monde entier un énorme asile psychiatrique, et à la « minimisation » de la prison, qui est devenue de facto une passoire à partir de laquelle on entre et on sort, faisant de l’orbe une énorme « prison ». C’est le « retour de Dionysos », le dieu de l’ivresse folie, prophétisé par Nietzsche comme alternative radicale au Christ, le Dieu de la Croix (du verbe latin « cruciaires » = être tourmenté). Désormais, des sauvages, des fous, des criminels, des drogués et des déviants marchent à la tête de notre (dis-)Société, qui court vers l’abîme du chaos et du néant.
La subversion par le satanisme, la musique disharmonique, la drogue et l’éros
Deux jeunes philosophes maoïstes, déçus par le marxisme, Guy Lardreau et Christian Jambet (L’Ange, Paris, Grasset, 1976) à l’école du psychanalyste freudien-structuraliste Jacques Lacan (+1981) se réclament de Lin Piao comme modèle de la vraie révolution culturelle, trahie pour eux aussi par Mao. Cette déception les conduit à théoriser la révolte totale, métaphysique et préternaturelle contre le Maître par excellence (Dieu), révolte qui a dans l’Ange déchu (Lucifer) son héraut. Ils critiquent toutes les révolutions humaines, y compris celle sexuelle de de Sade et Freud, comme des « révolutions partielles », car seulement humaines et non métaphysiques ou préternaturelles-gnostiques anti-ésotériques et ils se poussent, sur les traces de Lacan, vers un Anarchisme métaphysique radical et préternaturel, fait de haine contre la pensée, le langage (puisque parler signifie déjà céder ou dialoguer avec le maître) et surtout contre l’être par participation (la création) qui renvoie à l’Être lui-même par essence (Dieu), le vrai Maître à abattre. Ces auteurs, pour combattre les « maîtres », finissent par se faire esclaves du « Maître de ce monde », le « Singe de Dieu » ou Lucifer. Ils se réfèrent à la Gnose antique, au Manichéisme, et non par hasard à l’apocalypse d’Origène (cf. L’Ange, précité, p. 83) qui sauve aussi le diable (comme l’ont fait, ces derniers temps, Hans Urs von Balthasar et Jean Daniélou), et dépassent la modernité d’Hegel en opposant le Rebelle par excellence (Lucifer ou l’Ange Rebelle) au Maître par essence (Dieu) dans un délire autodestructeur et ensemble de toute-puissance typiquement post-moderne ou nihiliste.
Pour Lardreau et Jambet (cf. L’Ange, précité, p. 5), l’Ange Rebelle ne peut être atteint que par un pari qui est un risque, par des évocations ésotériques et satanistes, pour arriver au Nouveau Monde formé par l’Ange Rebelle contre le Vieux Monde créé par le Dieu Maître. C’est la conclusion la plus cohérente tirée des prémisses de la philosophie contemporaine ou post-moderne.
Outre la subversion de l’homme par le déchaînement des passions spécialement sexuelles par la psychanalyse freudienne, la musique syncopée rock, la mode immodeste, la presse rose ou « gossip », l’École de Francfort et le Structuralisme se servent aussi de l’usage, d’abord théorisé puis fait mettre en pratique, de la drogue pour annihiler définitivement l’homme dans ce qui le rend : raison et volonté libre (S. Th., I-II, q. 18, a. 5 « bonum hominis est se esse secundum rationem »). Allen Ginzeberg (Acide lysergique), le poète de la « drogue-manie », écrit : « Je déteste Dieu. Dieu merci, je ne suis pas un Dieu. »
Allen Ginzeberg
L’homme est défini par Aristote comme « un individu rationnel et libre ». Désormais individu signifie « indivisé en lui-même et distinct de tout autre », tandis que le drogué est défini par G. Anders comme « divisé en deux », c’est-à-dire scindé ou mort. La raison et la volonté sont les facultés nobles ou reines de l’âme humaine. Donc, pour le vrai révolutionnaire, il faut après avoir tué le roi (même matériellement dans la Révolution anglaise, française et soviétique) tuer aussi la reine de l’être humain : la raison et la libre volonté. L’un des plus grands représentants de la philosophie nihiliste à travers l’eros est Georges Bataille (1897-1962), qui part du panthéisme pour arriver au culte du Néant concrétisé dans la satan-latrie. Auguste Del Noce a écrit que « l’héros de Bataille comme culte de la mort révèle une connexion nécessaire avec la démono-latrie ». Bataille, en effet, célèbre le diable comme « le dieu de la transgression », un dieu rédempteur ou « ce dieu qui est le revers de Dieu. En outre, Bataille, en vrai gnostique, voit dans le péché le chemin du salut et écrit : « le mal apparaît comme une source de vie ! En ruinant en moi-même et chez les autres l’intégrité de l’être, je m’ouvre à la communion, je peux atteindre le sommet moral. Et le point culminant n’est pas de subir, mais de vouloir et de faire le mal. Le Mal est un accord volontaire avec le péché, avec le crime.
Le pansexualisme de Teilhard « fumée de Satan dans le Temple de Dieu
Nous avons vu que la pensée de Teilhard de Chardin est le principe et le fondement de la nouvelle théologie et de Vatican II (voir si si no no, 30 novembre 2009, pp. 1 ss.).
Teilhard de Chardin
Le Gazzettino du 15 février 1995 écrivait : « Teilhard de Chardin, un amour pour Swan », et citait un échange épistolaire, qui a duré 26 ans, entre Teilhard et Lucille Swan, publié par la « Georgetown University » (USA). Avvenire, le quotidien de la CEI, en a également fait la nouvelle le jour de la Saint-Valentin (Patron des amoureux !) le 14 février de la même année (voir si si no no, 31 mars 1995).
La première réaction au teilhardisme est venue de Mgr. Antonino Romeo (L’encyclique Divin Afflante Spiritu, in Divinitas, Cité du Vatican, décembre 1960). Il y en a eu 45 autres.
Examinons à présent les conséquences morales de la théorie teilhardienne. Il a été écrit : « Dans ce cadre, l’ascétique chrétienne apparaît complètement renouvelée : non plus ascétique que l’abstention du monde, mais une proposition de sanctification de la matière ». Monseigneur Pier Carlo Landucci commente : « L’abbé évangélique réaliste (Mt., XVI, 24), essentiel pour la suite du Christ, le salut de l’âme et la sanctification personnelle, sort fondamentalement du climat spirituel de Teilhard. […]. Teilhard est irrécupérable, comme n’est plus récupérable un dessert désormais avarié ». En ce qui concerne la vertu de chasteté, « Teilhard continua à parler largement de sexualité […], en insérant dans son tableau cosmique de timbre moniste, une sorte de pan-sexualisme. […]. Selon Teilhard, aucun homme ne peut se passer du féminin, pas même le consacré ». Marcel De Corte écrivait : «Il faut aujourd’hui un beau courage pour critiquer Teilhardet surtout pour dénoncer son caractère démoniaque», qui est dans le sillage de Sade-Bataille. Augusto Del Noce a remarqué à juste titre que « c’est le christianisme qui a séparé la religion de l’érotisme qui, ce n’est pas un hasard, revient ponctuellement dans toutes les formes hérétiques et aujourd’hui est le moment où toutes les hérésies semblent se donner congrès ». En effet, les religions mystérieuses païennes avaient une essence pan-sexualiste et orgiastique, absente de la vraie religion. Malheureusement, avec la nouvelle théologie teilhardienne, l’érotisme est entré comme « fumée de Satan dans le Temple de Dieu ». Pour le faire sortir, il est nécessaire d’abattre les « bastions », qui, sous le nom d’« experts », ont pollué le milieu catholique par une fausse théologie dogmatique et morale, anthropocentrique et pan-sexualiste. Les fruits amers, nous les récoltons aujourd’hui. Espérons que les Pasteurs ouvriront les yeux devant tant de délabrement.
« Personne à Rome ne s’est réveillé ! »
Michael Jones dans la « deuxième partie » de l’article précité (La crise des violences sexuelles du clergé en Irlande du 23 juillet 2010 http://www.effedieffe.com) écrit lucidement que « Gaudium et spes se trompait lorsqu’il soutenait que l’Église n’avait rien à craindre du monde moderne [compris comme une catégorie philosophique]. La modernité [c’est-à-dire le subjectivisme relativiste] a toujours été l’ennemi de l’Église et l’est aussi aujourd’hui ». Cependant, la réaction ecclésiale à partir du Concile a été une « reddition continue », le renversement de la « milice est vita hominis super terram » du livre de Job, reprise de l’Imitation du Christ comprise comme « lutte continue contre le diable, le monde et soi-même » par toute la spiritualité chrétienne. Jones voit clairement que, dans le Concile, « l’Église [c’est-à-dire les hommes d’Église], au nom du dialogue, en s’infligeant des dommages pires que ceux provoqués par les complots de ses ennemis, adoptait les catégories de ses opposants, empêchant à elle-même de comprendre ce qui se passait réellement en cette période cruciale de son histoire ».
Jones constate amèrement que « l’Église [à toujours comprendre les hommes d’Église] ne peut, aujourd’hui comme aujourd’hui, gagner cette guerre, parce qu’elle joue le match avec un jeu de cartes non complet. […]. L’ère du dialogue avec le monde moderne, commencée par le Concile Vatican II, s’est terminée par le bruit des bottes dans les escaliers et la Police qui frappe bruyamment la porte de l’Église, épisode qui rend le Kulturkampf et l’oppression communiste des événements bénins à la confrontation ».
Ces événements devraient, selon le Nôtre, « fournir la possibilité de donner une nouvelle interprétation de la Gaudium et spes, mais personne à Rome ne s’est réveillé pour le défi de cette nouvelle herméneutique nécessaire »
Nouvelle herméneutique : « Gaudium et spes = luctus et hangor »
La Constitution conciliaire «Gaudium et spes» se poursuit avec les mots cités dans le sous-titre : «deuil et angoisse». Je pense, avec Jones, que c’est précisément l’herméneutique correcte de Vatican II : pour l’utopie super-optimiste de plaisir au monde, au lieu de la « Joie et espérance » invoquées par le Concile, on se retrouve aujourd’hui en plein « deuil et angoisse ». La pastorale conciliaire, pratiquement, n’a pas été productive, n’a pas porté de fruits, n’a pas récolté ce que l’on espérait. Loin de là. Il faut donc revenir à la Tradition dogmatique de l’Église, d’où découlent la morale et la pratique ou la prédication pastorale. D’une fausse doctrine anthropocentrique, elle résulte nécessairement d’une pastorale anthropolatricienne, ce « culte de l’homme », qui pour S. Pie X (Encyclique « E supremo apostolatus », 1903) « est le caractère distinctif de l’Antichrist ».
L’herméneutique de la continuité entre Vatican II et Tradition de l’Église est une chimère, démentie non seulement par de solides études (R. Amerio, Iota unum, 1985 [2010] ; B. Gherardini, Le Concile œcuménique Vatican II. Un discours à faire, 2009 ; Id., Tradidi quod et accepi. La Tradition Vie et Jeunesse de l’Église, 2010 ; G. Siri, Gethsémani, 1980 ; A. X. Vidigal Da Silveira, La Nouvelle Messe de Paul VI : qu’en penser ?, [1970] 1975), mais aussi des faits récents, et « contra factum non valet argumentum ».
Vatican II espérait se faire accepter par le monde moderne, qui va de Descartes et de Hegel, mais il faut constater le fait (même s’il ne plaît pas) que le monde moderne et contemporain déteste l’Église, malgré ses ouvertures, ses modernisations, ses mises à jour, et même ne la craint plus, car elle, ou plutôt ses hommes ont baissé la garde (« le sel est devenu insipide ») et l’ennemi en a profité. Ainsi, il faut revoir l’interprétation herméneutique des rapports de l’Église avec le monde moderne (Gaudium et spes) et revenir au sain esprit réaliste et thomiste, pour lequel Elle connaît l’ennemi, le combat, défend ses enfants, et n’est prête à accueillir ses ennemis que s’ils se convertissent et abandonnent la modernité subjectiviste cartésienne-hégélienne. Il n’y a pas de continuité entre l’Église et la modernité ; entre Vatican II et la Tradition non plus. Retour à la Tradition, « vie et jeunesse de l’Église » : Mirari vos de 1832, Syllabus et Quanta cura de 1864, Humanum genus de 1884, Pascendi de 1907, Humani generis de 1950. C’est la Tradition récente qui plonge ses racines lointaines dans l’enseignement du Christ, des Apôtres, des Pères, des Docteurs ecclésiastiques, des Scolastiques jusqu’aux néo-Scolastiques. Tradition dogmatico-morale qui a des conséquences dans le domaine ascétique et mystique, avec une spiritualité théocentrique, de renoncement et de mortification, que l’anthropo-centrisme a effacé de la vie des prêtres modernisés en les rendant proies faciles « du monde, du démon et de la chair », avec les résultats tristes que tout le monde constate, sauf qui veut s’aveugler et voir continuité là où elle est rompue.
Une erreur ne se corrige pas par une autre erreur
Le monde a d’abord poussé les Pasteurs à se séculariser, à s’embourgeoiser, à faire sien « l’esprit du monde », puis il s’est jeté avec colère et colère contre le mode de vie des hommes d’Église dans lesquels est pénétré « la fumée de Satan ». Après cette attaque préparée depuis les années 1920 et qui a éclaté en 1962-1965 dans toute sa laideur théorique et morale, peut-on encore parler de « continuité » entre Vatican II (le Concile de l’accord entre le Christ et la modernité) et Tradition divine-apostolique ? Visiblement non ! (« Quel accord est possible entre Dieu et Bélial ? »). Cependant, veillez à « ne pas jeter l’enfant avec l’eau du bain ». C’est-à-dire, pour refuser les nouveautés conciliaires, il ne faut pas aller contre la Papauté et l’Église, « en dehors de laquelle il n’y a pas de salut ». Une erreur (le néo-modernisme) ne se corrige pas par une autre erreur (le gallicanisme anti-papiste), mais par la vérité, qui est la Tradition de l’Église romaine. Le gallicanisme et le maurrassisme ne sauveraient pas l’Église, mais n’aggraveraient que les rides dans l’élément humain.
Jones cite S. Hilaire de Poitiers : « Nous devons rester dans la barque de l’Église en tempête, même si elle est en danger, jusqu’à ce que la nuit soit presque terminée. […]. Quand le Christ reviendra, à la fin du monde, il trouvera son Église fatiguée, et frappée par l’esprit de l’Antichrist. Et à cause des longues persécutions qu’il a subies, il aura peur, comme les Apôtres le soir de Pâques au Cénacle, de s’approcher du Seigneur. Mais le bon Jésus chassera la peur en disant : « Nolite timere, Ego sum ». Il nous semble que Jésus s’est endormi, mais ce n’est pas le cas. Dieu est toujours « tous les jours avec son Église, jusqu’à la fin du monde ». Sortir de la barque de Pierre, comme de l’Arche de Noé, signifierait la mort par noyade. Nous essayons de faire et de croire ce que l’Église a toujours fait et enseigné (Saint Vincent de Lérins, Commonitorium, III) et ensuite seul Dieu pourra restaurer le monde et l’Église contemporains, tellement défigurés par l’inimicus homo. « Domine salva nos, perimus ! » « Veni, Domine Jesu ! Et voilà, je vais le citer. » « Le vrai problème n’est pas la grandeur de la tempête, mais la force de notre Foi [vivifiée par la charité] » (Jones).
Au propre de France, Rémi est fêté le 15 janvier (dies natalis). Au propre du diocèse de Reims, il est fêté le 1er octobre, jour de la « translation » des reliques pour y être vénéré par les rémois à l’emplacement où s’élèvera l’actuelle basilique (attesté dès 585 – installation d’un monastère vers 750-760).
Issu d’une grande famille gallo-romaine de la région de Laon, il avait pour mère sainte Céline. A 22 ans, il est choisi comme évêque de Reims et son activité missionnaire s’étend jusqu’à la Belgique. Il fonde les diocèses de Thérouanne, Laon et Arras, crée tout un réseau d’assistance pour les pauvres et joue un rôle de médiateur auprès des Barbares. Quand le chef franc Clovis prend le pouvoir, saint Rémi lui envoie un message « Soulage tes concitoyens, secours les affligés, protège les veuves, nourris les orphelins« .
La reine sainte Clotilde, tout naturellement, se tournera vers saint Rémi et vers un autre évêque contemporain, saint Vaast, pour acheminer le roi vers la foi. Après le baptême de Reims, saint Rémi restera, jusqu’à sa mort, l’un des conseillers écoutés du roi et sera l’un des artisans, en Gaule, du retour à la vérité catholique des Burgondes après la bataille de Dijon et des Wisigoths à Vouillé, deux populations contaminées par l’arianisme.
Le titre Defensor fidei a été décerné en 1521 par Léon X à Henri VIII d’Angleterre, en reconnaissance du traité contre Luther Assertio septem sacramentorum ; cependant, par la suite, le roi a exigé du pape suivant que son mariage avec Catherine soit déclaré nul, mais Clément VII ne l’a pas exaucé et nous savons bien comment cela s’est terminé. En ces temps-ci, il est nécessaire de mentionner un autre grand Défenseur fidei choisi par François pour sauvegarder la foi catholique, et dont le sort ne semble pas très différent de celui choisi par le Roi anglais.
Víctor Manuel Fernández a été nommé évêque par Bergoglio en 2013, puis préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, président de la Commission biblique pontificale et de la Commission théologique internationale en 2023. Pour ses mérites incontestables, la même année, l’Antipape argentin créait Fernández cardinal. Il est important de connaître l’épaisseur spirituelle de Fernández – en Argentine, dit le Tucho besame mucho – parce qu’il nous informe sur les intentions de Bergoglio de le nommer «défenseur de la foi», vu qu’on lui a confié des tâches d’une extrême délicatesse doctrinale ; de même, ces nominations nous font comprendre qui est Robert Francis Prévost, qui l’a confirmé dans ses fonctions.
Le 1er juillet 2023, François écrivait à Tucho avec ce vœu :
Le département que vous présiderez dans d’autres temps est allé jusqu’à utiliser des méthodes immorales. C’était une époque où, plutôt que de promouvoir la connaissance théologique, on poursuivait d’éventuelles erreurs doctrinales. Ce que j’attends de toi est sans aucun doute quelque chose de très différent.
Bien sûr, Bergoglio ne faisait pas référence à la Sainte Inquisition espagnole, mais au préfet de la Congrégation de la Foi, J. Ratzinger.
J’espère qu’elle n’apparaîtra pas comme une répétition opaque, si dans ces lignes je citerai des extraits de mon livre Un franc-maçon sur la Chaire de Pierre.
En 1995, Fernández publia son livre Sáname avec tu boca. El arte de besar, réimprimé par Lumen en 2013. Dans la préface du livre Tucho, il écrit : « Dans ces pages, je veux synthétiser le sentiment populaire, ce que les gens ressentent quand ils pensent à un baiser, ce que les mortels ressentent quand ils s’embrassent. Pour ce faire, j’ai parlé longuement avec beaucoup de gens qui ont une grande expérience en la matière, et aussi avec beaucoup de jeunes qui apprennent à embrasser à leur façon ». En 1998, le même prêtre publia La Pasión Mística. Espiritualidad y sensualidad, où il approfondit la relation entre les organes génitaux, l’orgasme et l’extase. En lisant ce manuel d’érotisme mystique, on pourrait penser que le prêtre en question n’est qu’une personne qui s’est trompée de métier, mais ce serait une conclusion trop hâtive et superficielle. Le deuxième chapitre décrit la jouissance érotique de la Samaritaine au puits, qui dans les bras de Jésus se sent comme « une adolescente amoureuse […] Et je te permets d’inonder ce lieu le plus profond de mon être et, dans un moment sublime, incroyable et surnaturel, de toucher la partie la plus délicate de mon intimité ». Après avoir traité de l’orgasme de quelques saintes nymphomanes dont Angela da Foligno et Marie-Madeleine de’ Pazzi, dans le sixième chapitre Fernández commence à raconter l’histoire érotique entre une adolescente de 16 ans et Jésus, avec la complaisance de Marie (la mère de Jésus), qui est « la femme la plus libre de l’histoire ». La jeune femme commence à décrire le beau corps de Jésus en le caressant, puis l’embrasse sur la bouche, tandis que Marie l’invite à continuer. Le septième chapitre s’intitule « Orgasme masculin et féminin », mais nous nous arrêtons là, notamment parce que Tucho a écrit d’autres essais sur l’érotisme mystique, un en 2002 et deux en 2004.
Je sais que nous traitons de sujets hallucinants, avec des accents de pur blasphème qui crient contre le ciel, mais ce sont là les précédents inquiétants de notre héroïque Fidei defensor. Très probablement, un psychiatre dirait que seule une personne atteinte de troubles sexuels maniaco-religieux, accompagnés d’hallucinations érotiques à fond mystique, pourrait écrire des choses de ce genre, mais ce n’était pas le jugement de François, qui a choisi Tucho avec beaucoup de sagesse, pour lui confier la charge d’anéantir l’Église catholique.Dans une interview accordée en 2020 à la Famille chrétienne, Fernández a dit : « Mais mes livres les plus connus sont des réflexions spirituelles qui remontent pour la plupart à l’époque où j’étais curé et beaucoup de gens me cherchaient pour me demander conseil. Peu de gens savent qu’un livre de spiritualité fait avec sérieux a un langage simple et existentiel, mais cela ne signifie pas qu’il est quelque chose de léger : parce qu’au contraire, il suppose beaucoup de réflexion, de prière et la capacité d’évaluer des expériences, de comprendre ce que vivent les gens, d’entrer en dialogue avec les sciences humaines… ».
L’évêque de Buenos Aires, Bergoglio, estimait à tel point la pornographie de Fernández qu’il le recommandait chaudement à la récalcitrante CDF pour la nomination au poste de recteur de l’Université catholique argentine, comme l’a avoué Tucho dans la même interview : « comme il s’agit d’une université pontificale, ma désignation nécessitait la ratification de Rome. Elle est arrivée 17 mois plus tard, parce que des gens avaient déposé des accusations sur mes prétendues erreurs doctrinales. À l’époque, Bergoglio, qui était archevêque de Buenos Aires, m’a toujours soutenu ».
Fernández est le rédacteur d‘Amoris laetitia qui abolit de fait le sixième commandement, mais que nous ne pouvons pas traiter dans ce contexte ; nous en reparlerons après l’importante rencontre que Léon a fixée du 7 au 14 octobre au Vatican. La collaboration du duo argentin Bergoglio-Fernández ne pouvait que donner lieu à des documents sacrilèges, et le 18 décembre 2023, la Déclaration Fiducia supplicans, qui permet la bénédiction des couples homosexuels, a été mise au jour. Après qu’un demi-monde catholique s’est révolté contre ce document exquisément hérétique, Tucho rédigeait un « Communiqué de presse sur la réception de « Fiducia supplicans », dans le but de faire la clarté pour les évêques imprudents qui n’en avaient pas compris la profondeur théologique. Le cardinal écrit : « Ce n’est que dans ce contexte (le mariage) que les rapports sexuels trouvent leur sens naturel, adéquat et pleinement humain. La doctrine de l’Eglise sur ce point reste ferme ». Après avoir condamné le péché de sodomie, le Communiqué déclare exactement le contraire et souhaite qu’à travers la bénédiction : « on demande qu’ils puissent vivre l’Evangile du Christ en pleine fidélité ». Question à poser au Défenseur fidèle : comment peuvent-ils être fidèles à l’Évangile s’ils vivent dans le péché de sodomie ?
M. Fernández tente néanmoins de rassurer les contestataires furieux : « La vraie nouveauté de cette Déclaration, celle qui nécessite un effort généreux de réception et dont personne ne devrait se déclarer exclu, n’est pas la possibilité de bénir des couples irréguliers ». Il est spécifié qu’il s’agit de bénédictions de quelques secondes : « Il s’agit de 10 ou 15 secondes… Et il conclut (le prêtre) par le signe de la croix sur chacun des deux ». Quel besoin y avait-il de cette Déclaration si la prière sur l’individu existe depuis toujours ? Récapitulons la logique doctrinale et pastorale du préfet du DDF :
On peut bénir les couples irréguliers,
mais ce n’est pas une bénédiction pour les couples sans papiers,
à la fin de la prière, les célibataires se bénissent.
Le 4 novembre 2025 a été publiée la Note doctrinale Mater Populi fidelis, où nous lisons : « Compte tenu de la nécessité d’expliquer le rôle subordonné de Marie au Christ dans l’œuvre de la Rédemption, il est toujours inapproprié d’utiliser le titre de Corédemptrice pour définir la coopération de Marie ». Cette déclaration suscitait elle aussi un tollé, mais la réponse de Tucho était prête et convaincante. Dans une interview accordée à la journaliste Diane Montagna, Fernández a expliqué qu’il n’avait pas l’intention de juger ce qui a été dit dans le passé, et a spécifié la signification de « toujours inapproprié » : « À partir de maintenant, certainement. Il ne veut pas juger du passé. Cela signifie « à partir de maintenant ». Puis Tucho faisait une généreuse concession aux défenseurs du Titre marial, et disait à la journaliste qu’après avoir lu Mater Populi fidelis, on pouvait utiliser le mot Corédemptrice, mais seulement « entre amis ». En d’autres termes : si vous prenez un café au bar, entre amis, le mot « Corédemptrice » s’enfuit, ce n’est pas un péché.
Récemment, d’autres documents signés par l’hérétique Víctor Manuel Fernández ont été publiés, que j’ai commentés de manière synthétique sur ce blog. Face à cette désolante réalité doctrinale, dans cette dégradation spirituelle dans laquelle se sont enfoncés les responsables de ce que plusieurs Pères de l’Église appelaient «la barque de Pierre», avec quel courage peut-on dire que le Vatican est encore le siège de l’Église catholique et que la Chaire de Pierre est légitimement occupée ? Comme il l’a dit le 25 septembre à John-Henry Westen de LSNTV, le célèbre prédicateur franciscain le père Mary-Isaac Relyea : « Le silence des bergers n’est pas neutre ; c’est de la complicité ». Je l’ai déjà écrit à plusieurs reprises : les cardinaux et les évêques qui soutiennent par leurs silences bruyants cet état d’apostasie devront rendre des comptes à Dieu, et je ne voudrais pas être à leur place.
Depuis qu’il a été élu pape, Léon parle de paix… paix et encore Paix, mais ce « Prince de la paix » (Is 9,5) est-il vraiment sincère ? Depuis de nombreuses années, les fausses enquêtes du Vatican sur l’ex-jésuite Marko Rupnik sont en cours, et ces derniers jours (23 septembre), les victimes de l’abuseur en série ont écrit une lettre ouverte à Léon XIV – elles avaient déjà écrit une lettre ouverte en 2023 à François, le principal protecteur de Rupnik –, où elles écrivent entre autres : « notre défenseur, Me Laura Sgrò, bien qu’il ait sollicité à plusieurs reprises et par tous les moyens le Dicastère pour la Doctrine de la Foi pour avoir un minimum de clarté, dans le respect et dans l’intérêt de tous, sur le processus qui nous voit impliquées comme victimes, elles sont en train de le subir », et n’ont jamais eu de réponse père Lute. En confirmant Fernández dans ses fonctions, non seulement Prévost a déclaré la guerre au christianisme, mais il exerce une violence honteuse sur ces femmes ; et tandis que les traditionalistes dirigés par Viganò déversent leurs frustrations sur Vatican II, salué par les journaux télévisés de notre pays, Léon XIV est devenu une sorte de « calamité de la paix », attirant à lui de grandes foules – fascinées et emmitouflées par le néant – même en France… et la propagande antichristique continue.
Les prophéties de Prévost que j’ai citées sur ce blog, se réalisent littéralement.
Dernières nouvelles :
Après le message envoyé aux évêques français au mois de mars, où Léon exhortait à la persévérance dans « continuer à manifester l’attention de l’Eglise envers les victimes » d’abus, il renouvelait avec la même fermeté l’invitation aux mêmes évêques réunis à Lourdes le 27 septembre. Après avoir évoqué à deux reprises l’esprit du « Pape François », Prévost a déclaré :
« Ayez toujours le courage de reconnaître les erreurs avec amour de la Vérité et détermination en pansant les blessures avec la charité du Bon Pasteur, qui connaît ses brebis et les appelle chacune par leur nom. Levez-vous donc avec espérance et ne vous lassez jamais d’annoncer l’Évangile !… Ces dernières années, vous avez affronté avec détermination le douloureux fléau des abus sur les mineurs commis par des membres du clergé ou dans le contexte ecclésial. Vous avez pris des mesures courageuses pour y faire face, par l’écoute, la recherche de la vérité, la justice, le pardon, la réparation et un engagement résolu en faveur d’une culture de la prévention et de la protection contre ces crimes. Je vous remercie pour ce que vous avez fait et je sais que certains moments ont été très difficiles pour votre conférence. Il est nécessaire de poursuivre dans la voie empruntée, tout en maintenant la plus grande vigilance ».
Pour confirmer cet amour de la Vérité et cette détermination, Léon a rencontré quelques victimes d’abus, et maintenant le monde entier connaît son sérieux engagement pour éradiquer ce fléau. Comme on dit, « au-delà des dégâts, la moquerie », les victimes de Rupnik et de Lute dorment à présent sur leurs deux oreilles.
Le ressourcement (« un retour aux sources ») est une récupération créative des fondements de la foi chrétienne dans l’Ecriture et la Tradition qui font autorité, dans le but de revitaliser le présent. Cette récupération était au cœur de Vatican II. Dans la ligne de la pensée de Vincent de Lérins.
Le Concile a fait la distinction entre la vérité, et ses formulations conditionnées historiquement, véracité du contenu et du contexte, en résumé, propositions et phrases. Jean XXIII a fait allusion à ces distinctions dans son adresse d’ouverture à Vatican II, Gaudet Mater Ecclesia : « Car le dépôt de la foi (2 Tm I, 14) les vérités contenues dans notre enseignement sacré sont une chose ; la façon dont elles sont exprimées, mais avec le même sens et le même jugement (eodem sensu eademque sententia) en sont une autre ».
La clause subordonnée ici – eodem sensu eadem sententia – est une partie d’un passage plus long du Dei filius de Vatican I (4, 14), et ce passage, à son tour, est tiré de Commonitoriumprimum (23,3) de Vincent de Lérins : « C’est pourquoi, qu’il y ait de la croissance et un progrès abondant dans la compréhension, la connaissance et la sagesse, chez tous et chacun, dans les individus et dans l’Eglise entière, en tous temps et dans l’avancée des âges, mais seulement en gardant les bonnes limites, c’est-à-dire à l’intérieur du même dogme, du même sens, du même jugement. »
Yves Congar, un des grands théologiens de la nouvelle théologie, argumente que cette distinction résume le sens de Vatican II. Bien que les vérités de la foi puissent être exprimées de façons diverses, nous devons toujours déterminer, même quand nous approfondissons notre compréhension de ces vérités, que ces nouvelles re-formulations préservent le même sens et jugement (eodem sensu, eademque sententia), et de ce fait, la continuité matérielle, l’identité et l’universalité de ces vérités.
Par contraste, nous entendons aujourd’hui beaucoup de choses au sujet d’une orientation pastorale de la doctrine. « Pastoral » ici a un sens historiciste, déniant explicitement ou implicitement la validité constante d’une vérité logique :La vérité elle-même et pas seulement ses formulations, est sujette à être réformée et perpétuellement réinterprétée. C’est précisément ainsi que certains interprètent la distinction de Jean XXIII entre la vérité et ses formulations. Par exemple Richard Gaillardetz et Christophe Théobald, S.J. avancent cette interprétation que Théobald appelle « principe de pastoralité ».
Ce principe est historiciste car il fait s’effondrer la distinction d’une vérité immuable et ses formulations dans un contexte historique, signifiant alors, comme l’exprime Théobald, « sujet à une continuelle réinterprétation (et re-contextualisation) selon la situation de ceux à qui elle est transmise ».
Théobald déclare que l’expression « substance du dépôt de la foi », devrait être « prise dans son ensemble et sans faire référence à une pluralité interne (c’est-à-dire immuable vérité et ses formulations) qui fait déjà partie d’une telle expression ».
Comme le dit Gaillardetz, « la doctrine change quand les contextes pastoraux changent et de nouveaux aperçus émergent (car) des formulations doctrinales particulières n’assurent plus la médiation avec le message salvifique de l’amour de Dieu qui transforme ». En un mot, cette approche soulève la question du sens des doctrines comme vérités absolues, ou comme des affirmations objectivement vraies.
Mais ce principe particulier de pastoralité est peu plausible en tant qu’interprétation de Vatican II, étant donné que Jean XIII a marqué un point de contact clair avec la nouvelle théologie, mouvement de renouveau qui exerçait une influence significative sur le Concile.[condamnée par Pie XII ndlr]
Il est évident que ceux qui soutiennent ce principe ne semblent pas saisir la distinction entre les propositions et le phrases, entre la vérité et ses formulations. Par exemple : ils ont suggéré que puisqu’il y a eu un processus de révision d’Humanae Vitae qui a conduit à ses formulations théologiques finales, alors, la vérité elle-même qu’affirme cette encyclique peut changer.
Certains, maintenant, affirment aussi que Joseph Ratzinger a eu des difficultés avec les prétentions à la vérité d’Humanae Vitae. Pourtant, pendant les entretiens cités dans Le dernier testament : Selon ses propres paroles, le pape Benoit a clairement établi que ce n’étaient pas les conclusions d’Humanae Vitae qui lui posaient des questions, mais plutôt son argumentation : « Il était certainement clair que ce que l’encyclique disait était essentiellement valide, mais le raisonnement n’en était pas satisfaisant. »
Il ajoute : « Je cherchais un point de vue anthropologique compréhensif », qu’il a trouvé dans « Jean Paul II qui devait compléter, (et non rejeter) le point de vue de la loi naturelle de l’encyclique avec une vision personnaliste » Jean Paul II a synthétisé avec succès dans son œuvre philosophique et théologique, dans un tout cohérent, le personnalisme, la phénoménologie existentielle/herméneutique, et le Thomisme.
Jean Paul II a fait des interprétations dans le style de Lérins. Cette synthèse se montre dans ses travaux sur l’anthropologie chrétienne la métaphysique, et l’éthique sexuelle (par exemple Amour et responsabilité ; Homme et femme il les créa : la théologie du corps ; La personne en action ; Personne et communauté. En effet, dans sa grande encyclique maintenant souvent ignorée, de 1993, Veritatis Splendor, il s’aligne explicitement sur l’herméneutique Lérinienne :
Il y a certainement un besoin de rechercher et de découvrir la formulation la plus adaptée pour les normes universelles et permanentes, à la lumière des différents contextes culturels, une formulation très capable d’exprimer sans cesse sa pertinence historique, de permettre qu’on les comprenne et interprète leur vérité de façon authentique. Cette vérité de la loi morale – comme celle du « dépôt de la foi » – se déploie au cours des siècles : les normes qui expriment cette vérité demeurent valides dans leur substance, mais doivent être spécifiées et déterminées « eodem sensu eadem sententia » à la lumière des circonstances historiques du magistère de l’Eglise, dont les décisions sont précédées et accompagnées par le travail d’interprétation et de formulation caractéristique de la raison d’individus croyants et de la réflexion théologique. (*53)
En se servant de la distinction entre la vérité et sa formulation, entre les propositions morales et leur expression linguistique, Jean Paul explique que les normes morales qui expriment des vérités morales, bien qu’elles tiennent compte des conditions variées de la vie selon les lieux, les époques, et les circonstances, « demeurent valides dans leur substance » et de ce fait, « doivent être précisées et déterminées eodem sensu, eadem sententia (selon le même sens et le mêmejugement).
Aussi y a-t-il une croissance dans la compréhension de la vérité morale, qui cherche et découvre « la formulation la plus adaptée aux normes morales universelles et permanentes » sans changer la substance et la détermination de la vérité de la moralité.
Saint Vincent de Lérins
Pour revitaliser le présent par une récupération créative des sources de la foi qui font autorité, l’Église a besoin de l’herméneutique Lérinienne, et non d’un principe historiciste de pastoralité.
John Henry Newman, proclamé Docteur de l’Église : la consécration d’un basculement théologique
Ce 31 juillet 2025, Léon XIV a proclamé Saint John Henry Newman Docteur de l’Église. L’annonce a été faite à Rome en présence de nombreux fidèles anglophones, mais sa portée dépasse largement les frontières du monde anglican ou universitaire. C’est une décision hautement symbolique, voire stratégique. Car en élevant Newman à ce rang, le Saint-Siège canonise bien plus qu’un intellectuel de génie ou un converti exemplaire : il entérine un tournant ecclésiologique majeur, amorcé bien avant Vatican II et consolidé par celui-ci.
Newman, en effet, incarne une figure charnière entre le monde classique de la foi comme réception d’un dépôt intangible, et une nouvelle ère théologique oùla conscience individuelle devient un point de départ, voire une norme du discernement ecclésial. Dans Lettre au Duc de Norfolk, il écrit : « Ma conscience est le premier vicaire du Christ ». Une formule audacieuse, devenue pierre angulaire de la nouvelle théologie postconciliaire. Car dans ce renversement silencieux, ce n’est plus l’Église qui enseigne la vérité à l’homme, mais c’est de l’homme — sa dignité, sa conscience, ses droits — que découle la compréhension du divin.
On comprend dès lors pourquoi Vatican II — en particulier dans Gaudium et Spes ou Lumen Gentium — a trouvé en Newman un précurseur. On y lit une anthropologie chrétienne centrée sur la personne humaine, sa liberté, ses aspirations, ses expériences. Une Église dialogale, moins enseignante que accompagnante, se dessine. Or, comme l’avait perçu un certain courant de théologiens classiques (et aujourd’hui des penseurs dits “traditionalistes”), ce changement n’est pas anodin. Il marque un déplacement du magistère depuis la Révélation reçue vers la conscience collective de l’humanité. Et Newman, malgré lui, devient l’un des inspirateurs de ce basculement.
Nul ne conteste sa piété, sa rigueur intellectuelle, sa quête de vérité. Mais c’est précisément cette honnêteté intérieure qui, dans une culture déjà travaillée par les Lumières, a produit une théologie aux accents plus protestants que patristiques. Le paradoxe est saisissant : c’est son anglicanisme — qu’il n’a jamais totalement renié dans la structure de pensée — qui l’a mené à Rome, mais c’est aussi ce fond anglican, cette insistance sur la conscience privée, qui a préparé le terrain à certaines fractures postconciliaires.
Le déclarer Docteur aujourd’hui, en 2025, c’est donc bien plus qu’un hommage : c’est l’officialisation d’une herméneutique de la continuitéqui fait de Vatican II non une rupture, mais l’aboutissement logique d’un développement organique — dont Newman devient la figure tutélaire. Une telle lecture sera saluée par ceux qui, depuis Ratzinger et Wojtyła, cherchent à harmoniser Tradition et modernité. Elle sera critiquée, à juste titre, par ceux pour qui l’Église n’a pas à se réconcilier avec les catégories du monde.
Mais à l’heure où Rome semble vouloir fixer une fois pour toutes l’interprétation de Vatican II, cette canonisation doctrinale de Newman est un acte lourd de signification. Elle vient, dans une Église fracturée, désigner un axe : celui de la conscience, de l’expérience, du dialogue — non plus comme moyens vers la vérité, mais parfois comme substituts.
Newman, en homme du XIXᵉ siècle, cherchait Dieu au cœur des tourments modernes. Il ne savait pas, peut-être, qu’il poserait la première pierre d’une Église nouvelle — pas hérétique, mais autre. Le déclarer Docteur en 2025, c’est peut-être enfin lui donner raison — ou lui faire dire plus qu’il n’a voulu.
Démasquer Léon XIV : Mgr Viganò sur « l’opération de l’erreur » de Rome
The Remnant Robert Morrison 1er octobre 2026
Les consécrations épiscopales de la FSSPX en 2026 ont fait plus que provoquer une autre confrontation avec Rome. Ils ont mis en évidence des contradictions frappantes dans l’approche du Vatican en matière de liberté religieuse, de dialogue interreligieux, de conscience et de la FSSPX elle-même. L’archevêque Carlo Maria Viganò donne à réfléchir sur la raison pour laquelle Dieu permet ces maux, et rappelle aux catholiques le commandement de Saint Paul : « Restez à l’écart et tenez les traditions ».
Sans aucun doute, l’un des développements les plus importants de 2026 a été la consécration de quatre évêques par la Fraternité Saint-Pie X (SSPX) sans l’approbation de Rome. Paradoxalement, cette évolution a, semble-t-il, entraîné des changements beaucoup plus importants chez les adversaires de la FSSPX que chez la FSSPX elle-même. Cet article examine deux façons stupéfiantes dont Léon XIV et le Vatican ont été plus démasqués que jamais, pour ainsi dire, depuis que la FSSPX a annoncé ses plans de consacrer les évêques et s’appuie sur les récentes idées de l’archevêque Carlo Maria Viganò pour une explication des raisons pour lesquelles Dieu peut permettre ce démasquage.
Leo’s Open Embrace of Anti-Catholic, Freemasonic Ideals…
Comme nous l’avons vu dans un article précédent, le document du Vatican du 16 septembre sur la Déclaration de Vatican II sur le rapport de l’Église aux religions non catholiques, Nostra Aetate, ressemble beaucoup plus aux erreurs franc-maçonniques condamnées par les papes pré-Vatican II qu’au catholicisme. Pour ne citer qu’un exemple, le paragraphe 53 du nouveau document affirme que le dialogue interreligieux a pour but de construire une « société fraternelle capable d’accepter les différences » :
« Il ne s’agit pas de fonder une seule grande religion du monde dans laquelle toutes les croyances seraient aplaties. Une telle possibilité doit être exclue par respect pour soi-même et pour autrui. Il s’agit plutôt de construire une société fraternelle capable d’accepter les différences. Cette intention reste au cœur du dialogue interreligieux, comme elle l’était dans la Déclaration Nostra Aetate et dans les efforts qui ont caractérisé les décennies qui ont suivi sa promulgation. »
Cela représente une inversion complète de la mission que Notre Seigneur a donnée à l’Église — les catholiques ne sont plus appelés à convertir les âmes à la seule vraie religion, mais à engager un dialogue afin que tous les hommes puissent poursuivre des buts mondains sans référence à Dieu. Pour que les catholiques puissent réellement construire une telle société fraternelle, ils doivent renoncer à leur ferme adhésion à ce que l’Église a toujours enseigné, ce qui est sûrement une partie de la raison pour laquelle la FSSPX « rigide » et « arriérée » doit être chassée malgré leur désir déclaré de rester en union avec Rome.
Étonnamment, Léon a montré encore plus de sympathie pour les idéaux anti-catholiques et franc-maçonniques dans son discours du 28 septembre pour une réunion interreligieuse au siège de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) :
« Rien qui défigure la dignité humaine ne peut prétendre s’inspirer de Dieu. Le discours religieux doit constamment appeler au désarmement des cœurs et des mots. Cela place une responsabilité directe sur chacun de nous en tant que gardiens de nos traditions respectives. Par ailleurs, si la fécondité des traditions religieuses se voit avant tout au service de la paix et de la fraternité, elle s’exprime aussi dans leur capacité à protéger, accompagner et servir la vie. La grandeur d’une civilisation ne se mesure pas à ses réalisations matérielles, mais à la façon dont elle prend soin, protège et soutient la personne humaine. Les religions sont les gardiennes de la vie, car elles affirment sa valeur sacrée. Leur fécondité se manifeste par leur présence aimante aux côtés des plus vulnérables et fragiles. Servir la vie, c’est l’entourer de soin, de présence et de tendresse, surtout en période d’épreuve, jusqu’à la toute fin. Pour ceux d’entre nous qui sont ouverts à la transcendance, notre mission est d’offrir des repères solides, en particulier aux jeunes, pour aider à construire une communion qui respecte et maintient la dignité de chaque personne humaine. »
Si l’on fait abstraction pour l’instant de la première phrase de cette déclaration, il convient de considérer la manière dont elle place le catholicisme au même niveau que les religions non catholiques. Si l’on veut prendre au sérieux les paroles de Léon, toutes les traditions religieuses partagent les caractéristiques suivantes :
EllEs sont fécondes au service de la paix et de la fraternité.
Elles sont les gardiennes de la vie.
Elles affirment la valeur sacrée de la vie.
Elles servent la vie en subvenant aux besoins des personnes jugées, « jusqu’à la toute fin ».
Elles offrent des « repères solides » aux jeunes pour construire une communion respectueuse de la dignité humaine.
Le catholicisme fait partie des religions qui fournissent ces biens, mais rien n’indique qu’il soit primordial, encore moins la seule vraie religion. Selon le sens clair des mots de Léon, toutes les religions doivent être valorisées et promues de la même manière pour le service qu’elles rendent à l’humanité. En effet, il a répété ses propres paroles de Magnifica Humanitas sur la façon dont l’Église catholique et tous ceux « qui recherchent sincèrement « la vérité, la bonté et la beauté » » sont d’autres « compagnons sur le chemin ».
Pour en revenir à la première phrase de Léon sur la dignité humaine, il convient de rappeler comment l’Église a toujours pensé à ce sujet. Pour illustrer cela de manière pertinente, nous pouvons considérer les mots suivants de l’intervention de septembre 1965 de l’archevêque Marcel Lefebvre lue à Vatican II :
« Cette conception de la liberté religieuse est celle des ennemis de l’Église. Cette année-là, Yves Marsaudon, le franc-maçon, a publié le livre L’œcuménisme vu par un franc-maçon de tradition. L’auteur y exprime l’espoir des francs-maçons que notre Conseil proclame solennellement la liberté religieuse. . . Il est impossible de parler avec véracité de liberté, de conscience, de dignité de la personne humaine, sauf par référence au droit divin. Le respect du droit divin est le critère de la dignité humaine. L’homme, la famille, la société civile possèdent la dignité dans la mesure où ils respectent la loi divine. » (Mgr Lefebvre, J’accuse le Concile !, p. 63-64)
L’archevêque Lefebvre a suivi les enseignements de l’Église en définissant la dignité humaine en termes de droit divin ; Léon suit les idées franches en termes de définition de la dignité humaine en tant qu’indépendante du droit divin. Ironiquement, comme nous le verrons ci-dessous, c’est Léon qui viole sa propre interprétation de la dignité humaine en persécutant les membres de la FSSPX pour leur adhésion à leurs consciences catholiques. S’il devait réellement mettre en pratique ce qu’il a dit dans son discours à l’UNESCO, il devrait respecter et honorer la FSSPX !
La persécution injuste et illogique de Léon contre la FSSPX
Si, après avoir pris connaissance des plans de la FSSPX de consacrer des évêques avec ou sans l’approbation de Rome, Léon avait simplement insisté sur le fait que tout acte de ce genre constituerait un schisme, alors nous pourrions au moins trouver une justification logique pour la punition de la FSSPX par Rome. Mais ce n’est pas ainsi que Léon a réagi à la situation. Au lieu de cela, le 16 juin, il a identifié le problème de la FSSPX comme de ne pas accepter Vatican II :
« Certes, la division entre chrétiens est toujours une question douloureuse, mais ils refusent d’accepter certains éléments fondamentaux de l’Église, à commencer par divers points du Concile Vatican II. Et s’ils font ces choix, je suis désolé. Mais nous devons aller de l’avant. »Comme démontré dans un article précédent, un problème fondamental de cette déclaration est que le Vatican, plutôt que la FSSPX, rejette les parties les plus doctrinales des documents du Concile. En outre, cet esprit de rejet des chrétiens sur la base de désaccords religieux est totalement étranger aux initiatives fondamentales que le Lion et le Vatican promeuvent, en particulier l’œcuménisme, la liberté religieuse, la liberté de conscience et la synodalité. Si le Vatican croit réellement à ces choses, alors il est hypocrite de dénoncer la FSSPX ; si le Vatican ne croit pas réellement à ces choses, alors il est hypocrite d’insister pour que l’Église adopte des idées qu’elle méprise.
Les choses sont devenues beaucoup plus claires lorsque le Vatican a tenté de punir la FSSPX après les consécrations. Comme nous l’avons vu dans un article précédent, la punition des fidèles « qui adhèrent formellement à la Fraternité sacerdotale de Saint Pie X » est injuste parce qu’il nous reste à deviner quelles croyances de la FSSPX constituent « l’adoption de l’attitude du mouvement de désunion doctrinale et disciplinaire ».
Rome pourrait très facilement rectifier ce problème pour le bien de l’Église si elle nous disait simplement quels (le cas échéant) des 154 points de la FSSPX Profession de foi catholique (publiée le 24 juin 2026) les catholiques ne sont pas autorisés à croire. En refusant de remplir cette obligation morale fondamentale, le Vatican a essentiellement dit aux fidèles de la FSSPX quelque chose dans les lignes suivantes : nous avons à l’esprit certaines idées que vous n’êtes pas autorisé à croire, mais nous refusons de spécifier ce que sont ces idées. Dans tout autre contexte des affaires humaines, une telle attitude serait à juste titre qualifiée de tyrannique et, au mieux, de dénuée de sens.
Si l’on ajoute cette persécution de la FSSPX aux idées franches exprimées dans les déclarations de Léo et du Vatican en septembre 2026, nous avons de bonnes raisons de rappeler les mots de l’encyclique de Léon XIII de 1884 sur la franc-maçonnerie, Humanum Genus :
« Vouloir détruire la religion et l’Église que Dieu lui-même a établies, et dont Il assure la perpétuité par Sa protection, et ramener après dix-huit siècles les manières et les coutumes des païens, est une folie et une impiété audacieuse. Dans cette entreprise insensée et méchante, nous pouvons presque voir la haine et l’esprit de vengeance implacables avec lesquels Satan lui-même est enflammé contre Jésus-Christ. Ainsi aussi, l’effort studieux des francs-maçons pour détruire les fondements principaux de la justice et de l’honnêteté, et pour coopérer avec ceux qui voudraient, comme s’ils n’étaient que des animaux, faire ce qu’ils veulent, ne tend qu’à la ruine ignominieuse et honteuse de la race humaine. »
Cela ne veut pas dire que Léon XIV est un franc-maçon, mais il semble qu’il ait totalement et ouvertement embrassé l’esprit et les idées franc-maçonniques condamnés par Léon XIII avec ces mots.
Mgr Viganò sur la Permission de Dieu pour ces Maux
On peut être tenté de désespérer en considérant l’état de l’Église aujourd’hui, mais nous avons la consolation de savoir que Dieu permet à ces maux d’apporter un plus grand bien. Pour mieux comprendre cela, nous pouvons nous reporter à quelques passages du long essai de l’archevêque Carlo Maria Viganò, récemment publié sous le titre Le Schisme capital : Quand le pape est l’ennemi principal de la papauté. Ici, Mgr Viganò s’est tourné vers saint Paul et saint Thomas d’Aquin pour expliquer le retrait de grâce de Dieu de ceux qui rejettent Sa vérité :
« Cette subversion de l’autorité — délibérément non exercée dans le but voulu par Notre Seigneur et abusivement exercée à une fin diamétralement opposée — consomme ce que les Pères et les Docteurs de l’Église identifient comme l’opération de l’erreur ou le pouvoir de la tromperie… C’est pourquoi Dieu leur envoie une opération d’erreur [ou de puissance de tromperie], afin qu’ils puissent croire au mensonge ; afin que tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais ont pris plaisir à l’iniquité, puissent être jugés (2 Th 2: 11-12). L’opération de l’erreur, ou pouvoir de la tromperie, est donc l’action efficace de la tromperie. Saint Thomas d’Aquin (Super II Epistolam ad Thessalonicenses, II, 2 ad 11) explique que cette opération se produit par permission divine, lorsque Dieu n’entrave plus l’œuvre trompeuse de Satan mais lui permet de mettre des âmes à l’essai. Saint Thomas explique en outre que l’adhésion — c’est-à-dire le libre consentement de la volonté à l’iniquité — entraîne la désertion ou le retrait de la Grâce surnaturelle. Dieu abandonne à ses propres dispositifs ceux qui ont volontairement rejeté la Vérité, qui ont rejeté Dieu Lui-même dans Son principe ontologique ; ceux qui ont pris plaisir à l’iniquité … ou plutôt, ceux qui ont compris le mensonge et l’ont accepté à la place de la Vérité. Selon Saint Thomas, ces gens méritent de tomber dans la fraude même qu’ils ont choisie ; c’est la juste poésie pour ceux qui n’ont aucune excuse — ceux qui, le Jour du Jugement,Nous ne pourrons pas dire : « J’ai été trompé », parce qu’ils ont reconnu l’erreur et l’ont légitimée, l’ont institutionnalisée et ont accordé [à l’injustice] les mêmes droits que [la justice]. »
Ces mots sont peut-être la meilleure explication de ce que nous voyons aujourd’hui. Ceux qui ont trahi Dieu en choisissant délibérément de mentir sur l’enseignement de l’Église « tombent dans la fraude même qu’ils ont choisie ». Ainsi, lorsque nous observons que tant de personnes dans la hiérarchie n’ont manifestement pas la vraie foi catholique, une raison impérieuse est que Dieu les a laissés à leurs erreurs parce qu’ils ont consenti à l’iniquité. C’est peut-être encore plus vrai maintenant que Rome a si injustement persécuté la FSSPX pour son adhésion à ce que l’Église a toujours enseigné.
Tout cela conduit à de grandes tribulations, mais permet également une plus grande manifestation de la réalité selon laquelle la vérité de Dieu est absolue et ne peut pas être « améliorée » par les caprices de l’homme. Dans la mesure où les fidèles catholiques peuvent observer les signes de trahison, tels que ceux décrits ci-dessus, et décider de contrer cette trahison, ils honoreront Dieu, approfondiront leur foi et gagneront ainsi du mérite. Comme l’a expliqué Mgr Viganò, c’est le chemin que Saint Paul a illuminé dans sa Deuxième Épître aux Thessaloniciens :
« L’apparente désobéissance de ceux qui s’opposent à cette subversion – cette opération d’erreur ou de pouvoir de tromperie – est, en réalité, un acte de fidélité à la papauté et à l’Église fondée sur le super hanc petram (Mt 16, 18). Cette fidélité, aussi humble et persécutée soit-elle, représente – au milieu de la confusion – un signe d’espoir : le signe que le mysterium iniquitatis, malgré tout ce qu’il fait, n’a pas encore triomphé, et qu’un jour, lorsque l’obèse sera retiré et que la papauté et la personne du pape coïncideront à nouveau pleinement, l’Église pourra retrouver son unité – non pas sur les sables mouvants d’un dialogue ambigu, mais sur le rocher de la foi de Pierre. Jusqu’à ce jour, l’appel de Saint Paul aux Thessaloniciens reste le même : Restez fermes et tenez bon aux traditions que vous avez apprises de nos paroles et de nos écrits (2 Th 2:15). Nous sommes convaincus que ceux qui ont embrassé l’amour de la vérité seront préservés du mensonge et ne seront pas condamnés aux côtés de ceux qui ont consenti à l’iniquité. »
L’archevêque Viganò affirme que la crise de la papauté — qu’il explique comme un « obex » (ou obstacle) qui conduit Léon (comme François) à attaquer la papauté — est un mal permis par Dieu et prédit par Saint Paul. Notre tâche n’est pas de « résoudre » cet insondable mystère, mais de suivre l’avertissement de saint Paul de rester ferme dans ce que l’Église a toujours enseigné.
Enfin, il est intéressant d’examiner l’exposé de Mgr Viganò sur la « désobéissance apparente » de la FSSPX :
« Les consécrations épiscopales du 1er juillet 2026 ont donné à beaucoup l’occasion d’exprimer – parfois avec justesse, parfois sans – des jugements variés et souvent contradictoires concernant la Société Saint-Pie X. Deux factions unies dans leur opposition se sont élevées contre la décision de la Société : les progressistes, qui s’opposent à la Tradition même dont la FSSPX est la gardienne, et les conservateurs, qui reconnaissent au moins partiellement la crise actuelle mais rejettent les positions de la Société, les jugeant incompatibles avec cette herméneutique de continuité que contredisent quotidiennement les faits. Les conservateurs, liés par leur obéissance au Vatican, sont obligés d’accepter le Concile et ses réformes et n’ont pas d’autre choix. Pour cette raison, reconnaître la position de la Société – qui est basée sur le fait qu’il y a eu une rupture entre les périodes pré- et post-conciliaires – les placerait dans une contraction flagrante. » Certes, il y a d’autres qui se rangent « de manière désobéissante » du côté de la vérité catholique sur les tromperies du Vatican aujourd’hui, mais Dieu a permis aux consécrations de la FSSPX d’être l’occasion d’un tri généralisé de ceux qui s’identifient comme catholiques. Bien qu’il semble qu’aucun catholique rationnel de bonne volonté ne puisse se ranger du côté de Léon et de ses collaborateurs progressistes à ce stade, nous constatons que de nombreux catholiques sincères adoptent la position conservatrice, qui implique l’acceptation d’idées opposées à ce que l’Église a toujours enseigné.
Bien que nous ne sachions peut-être pas avec certitude pourquoi Dieu permet à ces maux de Rome de devenir plus évidents que jamais, ce n’est certainement pas pour encourager les catholiques à accepter humblement (au moins tacitement) les erreurs qui l’offensent et conduisent les âmes à l’enfer. Même si les catholiques ont encore le temps de choisir leur camp, il semble que nous devrions plutôt être confiants que les paroles de Saint Paul nous montrent où nous tenir :
« C’est pourquoi, mes frères, restez fidèles, et tenez les traditions que vous avez apprises, que ce soit par la parole ou par notre épître. » (2 Th 2:15)
Publié le mercredi 30 septembre 2026 par P.VerboVen
Réforme de la semaine sainte V
Dans l’article 17 ci-dessus, nous avons vu comment la Commission liturgique du Pape Pie XII a réalisé l’enquête sur la Veillée Pascale parmi les membres de la hiérarchie ecclésiastique en 1951. En comptabilisant les succès et en ignorant les erreurs, pour ainsi dire, Bugnini et ses collaborateurs sont arrivés à des conclusions qui n’étaient pas pleinement étayées par les données.
Le résultat fut une image partiale, simpliste et très fantaisiste de l’opinion générale parmi les évêques du monde sur les cérémonies de la Veillée Pascale. Cependant, c’est cette interprétation intéressée – qui a servi de prétexte aux réformes de la Semaine sainte – qui s’imposera à l’Église en 1955.
Une « façade Potemkine » destinée à tromper les passants
Mais pourquoi n’y a-t-il pas eu d’évaluation externe ou indépendante qui garantisse un examen objectif des résultats ? Pourquoi, par exemple, Mgr Léon Gromier n’a-t-il pas été consulté ? Pie XII pouvait difficilement s’attendre à ce que la Commission agisse en tant qu’évaluatrice impartiale des preuves lorsqu’elle savait que ceux qui dirigeaient l’enquête avaient un intérêt évident à un résultat favorable pour le Mouvement liturgique. Ce conflit d’intérêts institutionnalisé doit être appelé par son nom : fraude.
Les preuves disponibles jusqu’à présent indiquent qu’il s’agissait d’un sondage forgé dans un creuset de secret et de tromperie. Comme toutes les « façades Potemkine », a été conçue uniquement pour tromper les autres avec un résultat élaboré et puissant et ainsi impressionner les crédules.
Un faux récit
Maxima Redemptionis affirmait que la fréquentation de tous les rites de la Semaine sainte avait diminué depuis le Moyen Âge au point que, au XXe siècle, « l’expérience commune et presque universelle enseigne que ces services liturgiques du saint Triduum sont souvent célébrés par le clergé avec l’église pratiquement vide ».
Il attribuait cette situation supposée à la programmation de ces services par l’Église aux heures du matin, « lorsque, en semaine, se réalisaient et se déroulent partout des classes scolaires, des affaires et des affaires publiques de toutes sortes ».
Il est difficile de savoir par où commencer à évaluer la véracité de ces généralisations très larges et étendues, qui couvrent non seulement des siècles, mais aussi la complexité vertigineuse des innombrables paroisses du monde entier.La caractéristique la plus notable de l’étude de la Commission liturgique a été son manque délibéré de perspective. Il n’a pas été fait référence aux nombreuses variables historiques qui ont pu affecter les niveaux de fréquentation des services de la Semaine Sainte depuis le Moyen Âge, comme la pseudo-réforme, les révolutions française et russe, les deux guerres mondiales et la persécution des catholiques dans plusieurs pays du monde.
Une veillée de Pâques à la cathédrale de Westminster dans les années 1930 à laquelle assista une foule de fidèles
Bien qu’il était inévitable qu’il y ait des églises où la Veillée Pascale n’avait pas une grande assistance, cela pouvait être dû à diverses causes, comme la difficulté d’accès dans des zones reculées, la pénurie de clergé, le manque de zèle apostolique ou encore les effets du Mouvement Liturgique lui-même.
Nous avons donc le droit de demander : quel pourcentage de la baisse supposée de fréquentation est dû à la célébration matinale de la Veillée Pascale ? Le fait que d’autres facteurs contributifs aient été délibérément ignorés signifie que l’argument repose sur des bases faibles.
Un scénario inventé trop invraisemblable pour être vrai
Si l’opinion exprimée dans Maxima Redemptionis était vraie, nous aurions constamment écouté nos pasteurs ou lu dans les journaux catholiques un énorme manque de soutien pour les services de Pâques. Mais bien sûr, ce n’était pas le cas. Le Vendredi Saint a longtemps été un jour férié national largement célébré dans la plupart des pays, et le Jeudi Saint dans de nombreux pays et la plupart des catholiques avaient la liberté – ou pouvaient l’obtenir – d’assister aux services religieux ce jour-là et le matin du Samedi Saint.
Mais Bugnini n’avait pas besoin d’arguments qui pouvaient être prouvés, seulement ceux que ses adversaires ne pouvaient pas facilement réfuter. Leur tactique consistait à présenter des informations incomplètes, hors contexte et trompeuses à des fidèles sans méfiance qui n’étaient pas en mesure de juger de leur véracité à l’échelle mondiale ; ils n’auraient aucun moyen d’identifier la divergence entre l’hypothèse et les faits.
Même si l’affirmation s’avérait vraie – bien que sa véracité soit loin d’être établie – il ne s’ensuivrait nullement que changer la liturgie de Pâques augmenterait la fréquentation.
Jusqu’en 1955, il y a de bonnes raisons de croire que les services de Pâques étaient bien fréquentés. Bien que peu de gens vivent aujourd’hui pour offrir des souvenirs des cérémonies d’avant 1955, il existe une source d’information alternative : la couverture journalistique de l’époque.
Maxima Redemptionis a ignoré la réalité sur le terrain Ci-dessus, une paroisse irlandaise des années 50 aux États-Unis, plein de gens pour les services de Pâques ;
ci-dessous, des villages entiers d’Espagne participant aux cérémonies de Pâques de 1911
Il suffit de fouiller dans les archives de plusieurs journaux catholiques datant de la fin du XIXesiècle au milieu du XXesiècle ou dans les journaux télévisés de Pathe pour vérifier la réalité. Ces données attestent que les catholiques ont assisté en grand nombre aux célébrations de la Semaine Sainte, y compris la Veillée Pascale.
Voici quelques exemples représentatifs de la région de Londres qui pourraient être reproduits dans le monde entier :
1898 : «Les services à Farm Street et à l’Oratoire ont également été suivis par des foules denses. Il ne semble jamais y avoir eu une plus grande ferveur dans les églises pendant la Semaine Sainte à Londres »
1917 : « Les églises ont été encombrées dans tous les services de la Semaine Sainte jusqu’à l’aube du nouveau jour de Pâques » (voir ici ; accent ajouté).
1920 : « La Messe des Présanctificé a été célébrée le Vendredi Saint en présence d’une congrégation qui a rempli la Cathédrale »
1920 : « Un commentaire sur l’excellente catholicité des classes laborieuses du sud de Londres est le fait qu’elles ont assisté en grand nombre aux services de Pâques et de Pâques ».
1920 : «À l’église des martyrs anglais (Streatham) le Vendredi saint, la composition musicale du Dr Terry a été interprétée avec une grande maîtrise par le chœur volontaire, dirigé par M. Collis, organiste, anciennement de la cathédrale de Westminster. La congrégation était bondée toute la journée. »
Aucun de ces récits ne se rapproche de la description des églises presque désertes qui se trouvent dans Maxima Redemptionis. En effet, par une de ces délicieuses ironies dont l’histoire est remplie, Romano Guardini lui-même a révélé par inadvertance le non-sens de cette affirmation.
Après avoir visité la basilique de Monreale, en Sicile, pendant la Semaine Sainte de 1929, il a noté à quel point il était impressionné de voir que le Jeudi Saint « le grand espace était bondé » et que l’assistance au service de la Veillée Pascale remplissait « presque chaque recoin de cette grande église ».
Ironie sur ironie, ruine sur ruine
Ce n’est qu’en 1956, lorsque Maxima Redemptionis est entré en vigueur, que la désaffection pour les nouveaux rites de la Semaine sainte s’est installée parmi de nombreux fidèles, en particulier parmi ceux qui étaient plus attachés aux cérémonies traditionnelles. Le résultat a été que, dès que la nouveauté s’est installée, la fréquentation a commencé à chuter et les services de Pâques sont toujours effectués devant des audiences de plus en plus réduites. Pire encore, l’administration du Baptême, censé être un élément élevé des rites progressistes, s’est effondrée à un niveau sans précédent dans l’histoire de l’Église.
Quelle pourrait être l’accusation la plus ironique d’un objectif clé de la réforme de Pâques, à savoir l’augmentation de la participation ? Le Père Ferdinando Antonelli, plus tard cardinal, à qui la responsabilité principale de sa mise en œuvre avait été confiée, expliqua avec assurance en 1955 que les motifs des changements étaient « de nature pastorale, c’est-à-dire pour que les masses de fidèles reviennent à la commémoration des très saints mystères de la Passion et de la Mort du Christ ».
Ce que ni lui ni les autres partisans de Bugnini à la Commission n’ont compris, c’est que la réforme de la Semaine sainte, n’étant pas fondée sur la solide tradition, avait la stabilité d’un château de cartes. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait failli s’effondrer.
Un évêque diocésain a vécu une « conversion » personnelle en faveur de la messe traditionnelle en latin.
Mgr Donald Lippert, évêque de Mendi, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, a personnellement pris conscience de la beauté et de la puissance du rite romain traditionnel.
Il a déclaré à AdVaticanum.com le 29 septembre qu’il avait « au cours de l’année écoulée, opéré une sorte de conversion personnelle vers la messe traditionnelle en latin ».
« Je suis, comme beaucoup d’entre nous, un “amphibien”. J’évolue principalement dans le Novus Ordo, car c’est la réalité dans laquelle je vis, et l’Église que je suis appelé à servir pour l’instant. »
Il n’a « aucun problème avec le Novus Ordo », mais perçoit la force de la messe traditionnelle notamment dans la révérence qu’elle inspire : « La messe traditionnelle en latin revêt un caractère mystique et une dimension de révérence qui peuvent toucher le cœur des gens et les rapprocher de Dieu dans un monde où tant de distractions les éloignent de Lui. »
Il apprend encore à célébrer la messe.
La messe n’est pas destinée en premier lieu aux Occidentaux cultivés
Lorsqu’on lui a dit que la messe s’adressait à des personnes très cultivées en Occident, il a répondu : « Elle serait absolument encore plus accessible et plus puissante pour nos gens simples, qui comprennent les symboles et qui saisissent mieux le monde mystique que ne le font de nombreux Occidentaux. »
Il estime que les gens l’adopteraient « si l’Église leur en donnait l’occasion ».
« J’ai le sentiment que nos fidèles comprennent immédiatement de quoi il s’agit, sans qu’il soit nécessaire de leur donner beaucoup d’explications — même si la catéchèse restera toujours très importante. »
La messe en latin devrait devenir une option dans le diocèse
Il n’y a pas de messe traditionnelle en latin célébrée régulièrement dans le diocèse de Mendi. « Il s’agit d’un projet à long terme. »
Mgr Lippert souhaiterait en faire « une option au sein du diocèse » : « J’espère et je prie pour que l’Église ouvre cette possibilité. »
Cependant : « Je ne souhaite provoquer aucun conflit. »
« Il n’y aurait aucun problème dans le diocèse. Je pense que nos fidèles y seraient certainement ouverts. Je ne sais pas si tous nos prêtres le seraient, mais cela devrait se faire de manière naturelle et respectueuse. »
Mgr Lippert a ajouté : « D’après ma propre expérience, et compte tenu de ce que cela a représenté pour moi, j’aimerais pouvoir partager cela plus largement avec le diocèse. »
Mais voici le « mais » : « Il semble que ce ne soit pas, pour l’instant, une possibilité, mais j’espère et je prie pour qu’à un moment donné, cela devienne davantage une possibilité. »
Mgr Lippert a également souligné que c’est la messe traditionnelle en latin qui a évangélisé la Papouasie-Nouvelle-Guinée au milieu des années 1950 :
« C’était encore la messe en latin à cette époque. Certains de nos aînés s’en souvenaient d’ailleurs. Lors de la messe, ils s’en sont souvenus. Ils sont venus me voir après et m’ont récité certaines des réponses dont ils se souvenaient de leur enfance. »
Note de la rédaction : Réponse du pape Paul VI à Jean Guitton concernant le maintien de la messe ancienne (rite de saint Pie V) : « Non, si nous accordons la messe de saint Pie V (…), tout ce que nous avons acquis par le concile du Vatican sera ruiné »« Cela jamais ! »
Gaetano Masciullo 30 septembre 2026 The Remnant Le voyage apostolique du pape Léon XIV en France apparaît comme un appel à éveiller l’espérance et à retrouver les racines chrétiennes de l’Europe, mais il révèle, au fond, l’adoption d’un humanisme horizontal et multilatéral, dans lequel la foi catholique est réduite à une force éthique et sociale au service d’une coexistence mondiale pacifiée et désacralisée.
Le voyage du pape Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre, a été perçu par les médias et l’opinion publique mondiale comme un succès pastoral majeur. La presse, tant française qu’internationale, a particulièrement souligné la ferveur populaire à Paris et à Lourdes : une affluence exceptionnelle pour un pays fortement sécularisé et comptant une très importante présence musulmane.
Bien que le record absolu d’affluence pour une célébration papale en France n’ait pas été battu (le précédent sommet ayant probablement été atteint lors des Journées Mondiales de la Jeunesse de 1997), l’accueil a été très chaleureux et a dépassé les attentes initiales : à Paris, environ 300 000 personnes ont suivi le parcours du pape depuis l’UNESCO jusqu’à Notre-Dame ; la messe du 26 septembre, célébrée place de la Concorde, a rassemblé près de 800 000 personnes sur les Champs-Élysées et dans les zones adjacentes, ; enfin, à Lourdes, environ 150 000 fidèles ont assisté à la messe du 27 septembre. La veillée avec les jeunes au Stade de France a également suscité un immense engouement : l’événement affichait complet et les attentes étaient jugées exceptionnelles bien avant même l’arrivée du pape.
Au-delà de la réception médiatique, il convient toutefois de chercher à comprendre ce qui importe davantage dans une analyse du Vatican : quel était l’objectif du voyage apostolique du pape Léon XIV en France, quel message a été transmis et comment ce message s’inscrit-il dans l’agenda plus large des voyages apostoliques de Prévost ainsi que dans le cadre théologique de référence de ce pontificat ?
Un fil conducteur dans les voyages apostoliques
Le voyage apostolique du pape Léon XIV en France ne constitue pas, en réalité, un épisode isolé (les voyages apostoliques ne doivent jamais être interprétés ainsi), mais s’inscrit dans une trajectoire géopolitique et pastorale précise et systématique, déjà tracée par les étapes internationales précédentes du pontificat, notamment en Turquie et au Liban (27 novembre‑2 décembre 2025), en Algérie (13‑15 avril 2026) et en Espagne (6‑12 juin 2026).
Rappelons comment, lors de la conférence de presse dans l’avion reliant Istanbul à Beyrouth (30 novembre 2025), le Souverain Pontife a décrit la Turquie, pays à majorité musulmane, comme un modèle de coexistence et un exemple d’harmonie interreligieuse pour le monde entier. Ce discours contrastait avec la réalité : comme l’ont souligné les rapports de l’European Centre for Law & Justice (ECLJ), la Turquie a pratiquement éradiqué sa présence chrétienne, pratique une discrimination institutionnelle à l’encontre des Églises, privilégie l’islam sunnite et restreint les activités chrétiennes. Il est donc surprenant qu’elle ait été présentée comme un modèle plutôt que le Liban, historiquement fondé sur un authentique équilibre multiconfessionnel.
Ce même décalage entre le discours et les faits s’est reproduit au printemps 2026 lors du voyage en Algérie. Durant sa visite à la Grande Mosquée d’Alger – qualifiée par Léon XIV d’« espace propre à Dieu » –, le Souverain pontife a évoqué sur les réseaux sociaux une prétendue « communion » entre chrétiens et musulmans, vécue « sous le manteau de Notre‑Dame d’Afrique ». Or, l’Algérie figure parmi les nations où la persécution des chrétiens est la plus forte : la conversion au christianisme y est pénalement sanctionnée, et les lois de 2006 et 2012 rendent l’ouverture de nouvelles églises pratiquement impossible tout en interdisant le prosélytisme (au grand bonheur de François et de Léon XIV). Lors du voyage en Espagne de juin 2026, le thème dominant fut, cela va sans dire, la défense intransigeante de l’accueil des flux migratoires, érigé en critère suprême d’authenticité évangélique : un véritable dogme de l’Église synodale, au mépris de l’asymétrie morale vis-à-vis des communautés d’accueil et des impératifs de prudence, de sécurité, de cohésion sociale, de continuité ethno-démographique et de préservation du bien commun.
Un peu plus d’un mois après le voyage de Léon XIV en Espagne, les 30 et 31 juillet, l’enclave espagnole de Ceuta, au Maroc, fut envahie par une horde de migrants, parmi lesquels figuraient d’anciens détenus ayant bénéficié d’une amnistie à l’occasion de l’anniversaire du roi du Maroc, Mohammed VI.
Au cours du voyage apostolique en France, trois thèmes majeurs sont revenus de manière récurrente : la priorité accordée à l’accueil des migrants, une Église au service du multilatéralisme et la « politique de deux poids, deux mesures » en matière de parrêsia (franc‑parler) vis-à-vis des puissants de ce monde.
S’agissant du dogme de l’accueil des migrants, la visite de Léon XIV au centre d’intégration ‘‘Maison Bakhita’’ à Paris, ainsi que les références répétées dans ses discours à l’Élysée, à l’UNESCO et à Metz, ont réaffirmé que ladite « intégration du migrant » — quelle qu’en soit la signification — doit s’opérer « comme s’il faisait partie de sa propre famille ».
À l’opposé de la diplomatie d’extrême prudence, voire de silence, adoptée — comme nous l’avons vu — envers les régimes autoritaires ou les contextes à dominante islamo-socialiste (tels que la Turquie, l’Algérie ou la Chine, où le Saint-Siège observe une discrétion diplomatique totale concernant les violations de la liberté religieuse et des droits de l’homme), le Pape fait preuve d’une parrêsia directe à l’égard des démocraties occidentales et des institutions laïques. En France, en effet, Léon XIV a fermement condamné les évolutions législatives relatives à l’euthanasie, à la gestation pour autrui (GPA), à l’avortement et aux manipulations génétiques, soulignant une fois de plus la disparité marquée dans l’exercice de la dénonciation morale selon l’interlocuteur géopolitique.
L’aboutissement de cette continuité s’est finalement manifesté à Metz (le 28 septembre), à l’occasion de la rencontre interreligieuse et de la signature de l’« Appel de Metz ». En définissant les religions — toutes sans exception — comme une « voie privilégiée » vers la paix et en invitant les différentes confessions à s’unir au service de l’humanité, le Saint‑Siège n’a fait que transposer la théorie géopolitique du multilatéralisme dans la sphère théologico-spirituelle.
Dans cette perspective, la paix entre les nations (comme cela a déjà été souligné dans d’autres analyses) devient la finalité première des religions, et tout particulièrement de la religion « catholique », ce qui conduit à les réduire à de simples forces éthiques au service de la stabilité et de l’ordre mondial.
Le triple cadre théologique
Le cadre rhétorique des discours prononcés par le pape Léon XIV lors de son voyage en France — incluant les appels à un réveil spirituel de l’Europe et à la protection de la vie naissante et finissante — repose sur une structure doctrinale et morale claire, élaborée dans la période post-conciliaire et consolidée sous le pontificat de Bergoglio. Ses lignes directrices se retrouvent dans la déclaration Dignitas infinita (pour la dimension anthropologique), l’encyclique Magnifica Humanitas (pour la dimension doctrinale) et l’« éthique de vie cohérente » (Consistent Life Ethic) développée par le cardinal Bernardin, à laquelle adhère Prévost — de son propre aveu —.
L’anthropologie invoquée par Léon XIV se fonde sur la notion de dignité infinie de l’homme. Ce concept contredit manifestement la Tradition catholique, puisqu’il attribue à la créature un attribut propre à Dieu — une dignité ontologiquement infinie —, atténuant voire niant la réalité du péché originel et, par conséquent, niant ou amoindrissant la nécessité de la Rédemption. En outre, en supprimant la distinction entre dignité naturelle et dignité surnaturelle, ce concept — d’origine maçonnique — favorise une vision anthropocentrée qui ne peut que relativiser le rôle de la Grâce et des sacrements, plaçant l’homme au centre plutôt que Dieu. Il ne faut pas oublier que Dignitas infinita est le document le plus important — car fondateur — du magistère bergoglien.
D’un point de vue plus doctrinal, l’encyclique Magnifica Humanitas a marqué un déplacement décisif de l’accent, passant de la Rédemption surnaturelle à la réalisation historique de l’homme. Le Christ y apparaît avant tout comme un modèle accompli d’humanité, la grâce est réduite à une aide extérieure accompagnant l’homme dans son cheminement, l’humanité en tant que collectif est désignée comme « le chemin, la vérité et la vie », tandis que la mission de l’Église tend à s’identifier à la construction d’un ordre terrestre plus juste et plus pacifique.
Sur le plan politique, l’encyclique a élevé le multipolarisme (ou multilatéralisme) et la culture de la négociation au rang de principes fondamentaux de l’action ecclésiale. Ainsi, Magnifica Humanitas reprend et consacre la ligne de l’Ostpolitik vaticane inaugurée par Casaroli : le dialogue et la coopération avec les pouvoirs politiques deviennent l’horizon privilégié de l’action de l’Église, avec pour conséquence de subordonner progressivement sa mission surnaturelle à une fonction éthique et diplomatique au service de l’ordre international promu par les institutions mondialistes.
Une coïncidence intéressante mérite d’être soulignée : alors que Léon XIV se trouvait en France, le secrétaire d’État Pietro Parolin — véritable architecte de cette « consécration » de l’Ostpolitik — s’est rendu, le 26 septembre, à la 81ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York ; il y a pris la parole en citant abondamment Magnifica Humanitas et en présentant le multilatéralisme et la négociation à tout prix comme étant la vision même de Léon XIV.
Les positions de Léon XIV sur les questions de bioéthique et de société s’inscrivent dans le cadre de Consistent Life Ethic, selon laquelle toutes les questions relatives à la vie humaine relèvent d’un horizon moral unique. Cette approche tend toutefois à dissoudre la hiérarchie traditionnelle des questions éthiques, en plaçant sur le même plan des maux intrinsèques tels que l’avortement et l’euthanasie — qui n’admettent aucune exception — et des questions relevant de la prudence, comme l’immigration, la guerre ou les politiques sociales, qui dépendent au contraire d’évaluations contingentes.
En appliquant Consistent Life Ethic, Léon XIV condamne l’euthanasie et l’avortement (comme il l’a exprimé, par exemple, à l’Élysée et à Lourdes), mais il les intègre systématiquement dans le même ensemble que ce qu’il appelle les « guerres que l’humanité mène contre elle-même ». Cette uniformisation a également pour effet d’affaiblir la spécificité de la bataille bioéthique à laquelle nous assistons concrètement ces derniers mois et ces dernières années.
Les contradictions du voyage : retour aux racines chrétiennes, mais aussi aux « valeurs » de la Révolution française
Le point culminant du voyage apostolique en France a eu lieu le 28 septembre à Metz, lors d’un double événement illustrant parfaitement cette profonde contradiction : d’une part, la rencontre interreligieuse ; d’autre part, la conférence intitulée « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité », à laquelle a également assisté le président français Emmanuel Macron.
Déjà lors de sa visite à l’Élysée et de son discours au siège de l’UNESCO à Paris, le pape avait manifesté une tendance à concilier le Magistère catholique avec rien de moins que l’héritage des Lumières et, en particulier, la Révolution de 1789.
Dans son allocution devant les autorités civiles, le pape a défini la devise de la République française — Liberté, Égalité, Fraternité — comme une combinaison d’« impératifs éthiques universels qui trouvent aussi dans le message évangélique une source inépuisable d’inspiration et d’accomplissement ». En pratique, ces principes ont été élevés au rang de valeurs et de droits naturels. Comme si cela ne suffisait pas, il a cité la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 comme une « étape marquante sur le chemin du progrès moral de l’humanité », reprenant les mots de Jean‑Paul II.
Cette opération conceptuelle soulève des problèmes critiques manifestes : non seulement parce que présenter les principes de 1789 presque comme une conséquence naturelle de l’Évangile revient à faire preuve d’une grave amnésie historique quant à la matrice idéologique, laïciste et violemment persécutrice de la Révolution française à l’égard de l’Église catholique, mais aussi parce qu’élever au rang de critère moral suprême des pseudo-droits élaborés par des organisations laïques bouleverse l’approche classique ; les chartes internationales des droits finissent ainsi par devenir un Décalogue sécularisé dont l’Église attend sa légitimité, au lieu d’évaluer les lois civiles à la lumière de la loi divine.
La contradiction a atteint son paroxysme à Metz. Dans son discours sur les racines de l’Europe, le Pape a évoqué les figures de ceux que l’on appelle les Pères fondateurs de l’Union Européenne — à savoir les démocrates‑chrétiens Robert Schuman et Alcide De Gasperi, et même le pauvre saint Benoît de Nursie —, reconnaissant que la civilisation européenne est incompréhensible sans le christianisme.
Toutefois, il est légitime de se demander à quelle conception du christianisme il faisait référence, étant donné que, quelques heures plus tôt, dans ce même centre de congrès « Robert Schuman », le Souverain Pontife a assisté à la signature de l’Appel de Metz et l’a cautionnée.
Ce document — signé par le cardinal Jean-Marc Aveline (président de la Conférence des Évêques de France) ainsi que par des responsables musulmans, juifs, bouddhistes, protestants et orthodoxes — affirme textuellement que « les religions sont une voie privilégiée vers cette paix désarmée et désarmante à laquelle nous appelle Sa Sainteté le pape Léon XIV ».
Si toutes les religions constituent indistinctement une « voie privilégiée » vers la paix et le salut (purement terrestre) de l’humanité, la référence aux « racines chrétiennes » de l’Europe se trouve vidée de toute valeur normative et sotériologique, réduite à un simple souvenir historique ou à une touche de folklore. Pourquoi ne pas la remplacer par l’islam ou le judaïsme ? Après tout, toutes les religions sont au service de l’homme !
La doctrine catholique traditionnelle enseigne que la véritable paix — la tranquillité de l’ordre — ne résulte pas d’un compromis pluraliste ou d’une convergence éthique entre des religions coexistant les unes avec les autres, mais qu’elle est le fruit de la conversion authentique des nations au Christ‑Roi. Affirmer que le dialogue interreligieux est une voie vers la paix revient à faire de la stabilité géopolitique la finalité ultime des religions, en subordonnant la Vérité révélée à l’utilité sociologique.
Il ressort d’une analyse globale de ces discours que, lorsque Léon XIV parle du christianisme, il ne fait pas référence au catholicisme dogmatique et traditionnel — ce catholicisme qui a façonné la France en tant que ‘‘Fille aînée de l’Église’’, fondé sur la royauté sociale du Christ, sur le combat spirituel contre le péché et sur la centralité des sacrements, et qui, le cas échéant, a repoussé par l’épée des hordes d’envahisseurs cherchant à transformer l’Europe en une poudrière. Au contraire, la rhétorique du Vatican propose un christianisme désacralisé, immanent et synodal, réduit à un soft power aux mains des Nations Unies et de l’Union Européenne, et dont la mission première n’est plus la conversion ni le salut éternel des âmes.
Un paradoxe inattendu
Alors que l’on célébrait à Metz le dialogue interreligieux et la fraternité universelle, un paradoxe sociologique et théologique d’une portée considérable a néanmoins fait surface, et ce, depuis un point de vue tout à fait inattendu.
Le 25 septembre, un important groupe français d’apologétique islamique nommé Miséricorde pour l’Humanité — qui vise tout particulièrement la conversion des catholiques traditionalistes — a publié sur X une série de messages exprimant une profonde inquiétude face au succès du voyage du pape en France. Cette inquiétude faisait suite à l’affluence massive et à l’enthousiasme suscités par les événements papaux à Paris, où des milliers de jeunes fidèles chantant le Salve Regina en latin ont témoigné de la vitalité d’un catholicisme loin d’être éteint.
L’apologiste musulman a formulé une prédiction explicite : « D’ici 45 ans, la France sera redevenue catholique, et il ne nous restera que des larmes. » Ce qui rend cette analyse extrêmement révélatrice, c’est le diagnostic posé par cet apologiste musulman quant aux facteurs à l’origine de cette re‑christianisation annoncée de la France.
En observateur totalement extérieur, il constate que la dynamique religieuse française montre que le progressisme ecclésial — qui a tant contribué à favoriser l’islamisation de la France — appartient désormais à une époque en déclin.
À l’inverse, les forces vives de l’Église se concentrent dans les secteurs les plus fidèles à la Tradition ; ceux-ci attirent un nombre croissant de jeunes, de vocations sacerdotales et de conversions d’adultes — ces catéchumènes et néophytes que le Souverain Pontife a lui-même rencontrés à l’Institut catholique.
Dans un autre passage, plus intéressant encore, cet apologiste musulman reconnaît même que le principal obstacle conceptuel empêchant de nombreux musulmans français d’embrasser la foi catholique réside dans la contradiction entre l’enseignement du concile Vatican II sur la liberté religieuse (Dignitatis Humanae) et l’enseignement pérenne et traditionnel qui le précédait. Soulignons‑le : ce n’est pas un catholique traditionaliste ou « passéiste » qui fait ce constat, mais l’un des intellectuels musulmans les plus fins de France ! Cet épisode révèle l’ironie de la situation ecclésiale actuelle : alors que la hiérarchie vaticane consacre ses énergies à promouvoir un agenda multilatéral et interreligieux servant les intérêts des puissances de ce monde, les adversaires théologiques du catholicisme les plus influents en Europe à l’heure actuelle — à savoir les musulmans — ne voient pas dans le « christianisme du dialogue », mais bien dans la résurgence d’un catholicisme identitaire, dogmatique et traditionnel, le véritable point de force et la seule menace réelle pour leur conquête et leur hégémonie.
Note de la rédaction : La haine des frères qui refuse, de les convertir, de les libérer du joug de Satan, de la haine et de l’erreur, cette fausse miséricorde infernale, incapable de procurer la vraie paix; ne peut que s’accompagner d’un refus du réel. Ajoutons qu’il y a cinquante ans, il y eut un autre accord à Metz pour ne pas condamner le communisme au concile, et la pétition de plus de 400 pères s’égara dans un tiroir.