Léon prie-t-il son Bréviaire ?

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III Nocturne Dédicace de Saint Michel Archange

Ps 95

CHANTEZ au Seigneur un cantique nouveau : chantez au Seigneur, peuples de toute la terre.

Chantez au Seigneur, et bénissez son saint nom : annoncez dans toute la suite des jours son assistance salutaire.

Annoncez sa gloire parmi les nations, et ses merveilles au milieu de tous les peuples.

Car le Seigneur est grand, et infiniment louable : il est sans comparaison plus redoutable que tous les dieux.

Car tous les dieux des nations sont des démons ; mais le Seigneur est le créateur des cieux.

Il ne voit devant lui que gloire et que sujets de louanges : la sainteté et la magnificence éclatent dans son saint lieu.

Venez, ô nations différentes ! apporter vos présents au Seigneur : venez offrir au Seigneur l’honneur et la gloire : venez offrir au Seigneur la gloire due à son nom.

Prenez des victimes, et entrez dans sa maison : adorez le Seigneur à l’entrée de son saint tabernacle.

Que toute la terre tremble devant sa face : dites parmi les nations, Que le Seigneur a établi son règne suprême.

Car il a affermi toute la terre, qui ne sera point ébranlée ; il jugera les peuples selon l’équité.

Que les cieux se réjouissent, et que la terre tressaille de joie : que la mer avec ce qui la remplit en soit toute émue.

Les campagnes ressentiront cette joie, aussi bien que tout ce qu’elles contiennent : tous les arbres des forêts tressailliront d’allégresse,par la présence du Seigneur ; à cause qu’il vient, à cause qu’il vient juger la terre.

Il jugera toute la terre dans l’équité, et les peuples selon sa vérité.

Ps 96

LE Seigneur est entré dans son règne : que la terre tressaille de joie : que toutes les îles se réjouissent.

Une nuée est autour de lui, et l’obscurité l’environne : la justice et le jugement sont le soutien de son trône.

Le feu marchera devant lui, et embrasera tout autour de lui ses ennemis.

Ses éclairs ont paru dans toute la terre ; elle les a vus, et en a été toute émue.

Les montagnes se sont fondues comme la cire à la présence du Seigneur ; la présence du Seigneur a fait fondre toute la terre.

Les cieux ont annoncé sa justice ; et tous les peuples ont vu sa gloire.

Que tous ceux-là soient confondus qui adorent les ouvrages de sculpture, et qui se glorifient dans leurs idoles : adorez-le, vous tous qui êtes ses anges.

Sion l’a entendu, et s’en est réjouie ; et les filles de Juda ont tressailli de joie, Seigneur ! à cause de vos jugements.

Car vous êtes le Seigneur très-haut qui avez l’empire sur toute la terre : vous êtes infiniment élevé au-dessus de tous les dieux.

Vous qui aimez le Seigneur, haïssez le mal : le Seigneur garde les âmes de ses saints ; et il les délivrera de la main du pécheur.

La lumière s’est levée sur le juste ; et la joie dans ceux qui ont le cœur droit.

Réjouissez-vous, justes, au Seigneur ; et célébrez par vos louanges la mémoire de sa sainteté.

A moins que ces psaumes un peu trop triomphalistes et peu œcuménique n’ait été supprimé du Nouveau livre des Heures

Léon prie-t-il son Bréviaire ?

La religion de la paix sans le Prince de la Paix

Chers frères et sœurs,
chers amis représentants des différentes traditions religieuses,

c’est avec une joie profonde, mais aussi avec un vif sentiment de responsabilité spirituelle, que je me tiens parmi vous aujourd’hui, à Metz, ville de frontières et de passages, au Centre des Congrès qui porte le nom de Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Union Européenne. Cet homme de foi et de convictions sut transformer les anciennes lignes de fracture en ponts d’espérance pour toute l’Europe, et il devint un véritable ambassadeur de l’unité dans la diversité. À son exemple, notre responsabilité commune de femmes et d’hommes religieux est de témoigner que, au-delà des frontières, il est toujours possible de se rencontrer, d’établir l’amitié et de bâtir la paix.

Dialoguer ne diminue pas notre identité mais l’exprime avec simplicité et vérité en nous ouvrant à la différence de l’autre. Comme le disait mon prédécesseur, le Pape François : « Le dialogue entre personnes de religions différentes ne se réalise pas par simple diplomatie, amabilité ou tolérance… II s’agit d’établir l’amitié, la paix » (Lett. Enc. Fratelli tutti, n. 271). Avant lui, le saint Pape Jean-Paul II considérait le dialogue comme une exigence intrinsèque de la nature même de l’homme (cf. Message pour la Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2001, n. 10). Il est, selon Paul Ricœur, le chemin par lequel nous reconnaissons l’altérité comme une promesse et non comme une menace ; il est un art de la rencontre dont notre monde a grand besoin, aux antipodes de l’agressivité et de la violence.

En effet, invoquer le nom de Dieu pour légitimer la violence ou l’oppression est une profanation de ce nom. Rien de ce qui défigure la dignité humaine ne peut se réclamer d’une authentique inspiration divine. Le discours religieux doit appeler constamment à désarmer les cœurs et les mots. Cela engage la responsabilité directe de chacun de nous, en tant que gardiens de nos traditions respectives.

Par ailleurs, si la fécondité des traditions religieuses se manifeste avant tout dans leur service de la paix et de la fraternité, elle s’exprime également dans leur capacité à protéger, à accompagner et à servir la vie. La grandeur d’une civilisation ne se mesure pas à ses réussites matérielles, mais à la manière dont elle entoure, protège et élève la personne humaine. Les religions sont gardiennes de la vie : elles en affirment la valeur sacrée. Leur fécondité se démontre dans leur présence aimante auprès des personnes les plus vulnérables et les plus fragiles. Servir la vie, c’est l’entourer de soins, de présence et de tendresse, surtout dans l’épreuve, jusqu’au bout. À nous qui sommes ouverts à la transcendance, notre mission est d’offrir des repères solides, en particulier aux jeunes, pour construire une communion qui respecte et valorise la dignité de toute personne humaine.

Chers amis, « l’Église considère comme compagnons de route tous ceux qui cherchent sincèrement la vérité, la bonté, la beauté » (Lett. Enc. Magnifica Humanitas, n. 23). Je vous remercie une fois encore pour votre proximité et votre présence. Que la bonté infinie de Dieu et sa sagesse nous accompagnent et nous apprennent à vivre toujours davantage comme ses enfants, et comme des frères et sœurs les uns pour les autres. Puissions-nous être, là où nous vivons, des artisans de paix et des témoins d’une espérance qui ne cesse de grandir dans notre monde.

Que Dieu vous bénisse !

Note de la rédaction : Le fondement de la confusion est de faire croire que toutes les religions sont bonnes, et de leur prêter les intentions de la seule vraie. Si l’islam protégeait la vie, cela se saurait, de même pour les talmudistes et autres sectes. Il y a une seule transcendance vraie et légitime celle de la Sainte Trinité….Nous sommes bien face à la nouvelle religion d’Assise. Il faudrait aussi signaler et dénoncer ceux qui sont à l’origine des guerres……

La religion de la paix sans le Prince de la Paix

MORLION, ROSSELLINI, ANDREOTTI ET MONTINI

CHAPITRE XII

PREMIÈRE PARTIE – L’IMAGE PUBLIQUE DE MORLION

APRÈS LE « MORLION SECRET », LE « MORLION ÉSOTÉRIQUE » : LA « PRO DEO » ET LE CINÉMA

Tomaso Subini : Morlion, la CIA, la DC, Montini et le cinéma américanisé

Pour traiter ce sujet, je m’appuie sur l’ouvrage de Tomaso Subini, La doppia vita di « Francesco Giullare di Dio ». Giulio Andreotti, Félix Morlion et Roberto Rossellini (Milan, Libraccio, 2011).

L’auteur est chercheur à l’Université de Milan, où il enseigne « l’histoire et la critique du cinéma ». Son approche scientifique est d’ordre historique, philologique et sociologique. Il a étudié les relations entre le catholicisme et le cinéma, affirmant – à la manière de Freud – que la rigidité morale excessive de l’Église préconciliaire ou pacellienne aurait nui à la moralité de la population italienne et à la crédibilité du christianisme romain, déclenchant – après la répression initiale des années 1950 – une réaction « libératrice » au cours des années 1970 et 2000, qui a atteint son apogée notamment avec Mediaset.

L’ouvrage est toutefois sérieux et bien rédigé sur le plan scientifique, même si la formation intellectuelle de l’auteur est laïque, pluraliste et globalement progressiste.

C’est pourquoi sa « forma mentis » ne pouvait que le conduire à critiquer la morale chrétienne (trop rigide selon lui), qui a cherché à éviter, jusqu’à la fin des années 60, la représentation de la nudité à la télévision, mais qui (toujours selon Subini) aurait finalement conduit à une réaction contraire « per diametrum » et, par conséquent, au triomphe de la pornographie. En somme, la vague montante de l’immoralité pornographique serait, bien sûr, la faute de la morale, de l’Église et, en dernier ressort, de Dieu, qui a « inventé » les 10 Commandements.

Les scènes télévisées excessivement violentes étaient elles aussi critiquées par l’Église, et à juste titre, car elles étaient facilement imitées par les jeunes et les personnes influençables ; nous en voyons aujourd’hui les conséquences, avec des meurtres effroyables et des suicides qui se produisent chaque jour.

La réalité est qu’avec l’effondrement du pouvoir de « katéchon/obstacle » ou de « frein » (II Th. II, 6-7) de l’Église, à la suite du Concile Vatican II, les années 1970 ont vu une véritable vague de cinéma érotique et pornographique et le déchaînement de toutes les passions, y compris la violence allant jusqu’au parricide, au matricide, à l’infanticide…

Or, selon Subini, tout ce déchaînement aurait été causé par la sévérité de la morale catholique ; au contraire, il me semble que c’est tout le contraire : l’explosion de l’immoralité s’est produite avec le « dialogue » et la « mise à jour » conciliaire et postconciliaire,

Le front « catholique » progressiste : Andreotti, Morlion, Montini et Rossellini

L’ouvrage de Tomaso Subini étudie le rôle socio-politique et culturel public joué par le père Morlion, aux côtés du réalisateur Roberto Rossellini, de Giulio Andreotti et surtout grâce au soutien caché mais documenté dans le livre (comme nous le verrons plus loin) de Mgr Giovanni Battista Montini (futur Paul VI) ; en somme, le soutien total et sans réserve à la subversion et à la dégénérescence intellectuelle et morale apporté par le modernisme social-démocrate chrétien (Sturzo, De Gasperi, Andreotti), ainsi que par le modernisme théologique de Vatican II (Roncalli, Montini), largement manipulés par la CIA (Morlion, Angleton, Dulles, Donovan) afin de purifier le christianisme de sa « romanité » (puritanisme anglo-américain), ce qui nous a conduits à la situation actuelle d’un monde qui semble être devenu une « Sodome et Gomorrhe universelle ».

I – LE « MORLION PUBLIC »

Dans cet ouvrage, on nous présente en outre une « facette » de Morlion que nous n’avions jusqu’à présent ni vue ni approfondie : le Morlion public, et non l’espion ou l’agent secret de la CIA.

Cependant, il me semble très important d’approfondir également cet aspect de sa personnalité et de son action sociale car – même en partant de son action au grand jour – on constate sa mentalité secrètement américaniste, moderniste, laïciste et démocratiste, qui, en se rejoignant avec Andreotti et la DC, héritière du PPI (c’est-à-dire le modernisme social condamné par Léon XIII dans l’encyclique Graves de communi re, 1901 ; Pie X, encyclique Notre Charge Apostolique, 1910), a opéré la sécularisation de l’Europe et surtout de l’Italie, autrefois chrétiennes, comme l’a démontré Augusto Del Noce dans ses ouvrages (Il problema dell’Ateismo, Bologne, Il Mulino, 1964 ; L’époque de la sécularisation, Milan, Giuffré, 1970 ; Le suicide de la révolution, Milan, Rusconi, 1978 ; Le catholique communiste, Milan, Rusconi, 1981).

Montini désobéit systématiquement aux ordres que lui donne Pie XII

Cependant, ce qui frappe le plus, c’est le rôle joué par Mgr Montini, en tant que substitut de la Secrétairerie d’État du Vatican jusqu’en 1954, qui recevait systématiquement les ordres que lui donnait Pie XII, mais les transmettait – pour leur exécution – d’une manière tout à fait différente de celle dont le pape les avait donnés. Cela aussi (outre l’« affaire Tondi ») fut l’une des raisons qui poussèrent le pape Pacelli à éloigner Montini de Rome.

Subini, dans le premier chapitre (« Andreotti et le cinéma ») de son ouvrage (La doppia vita di « Francesco Giullare di Dio ». Giulio Andreotti, Félix Morlion et Roberto Rossellini, Milan, Libraccio, 2011, pp. 21-82), explique que Morlion est arrivé à Rome en juin 1944 avec certaines missions qui lui avaient été confiées par don Luigi Sturzo (p. 21), voyageant dans le sillage des armées alliées, en tant qu’expert en techniques de guerre psychologique et de propagande de masse (p. 22). Par ailleurs, il rencontra par la suite Alcide De Gasperi et Giulio Andreotti et fonda, « sous l’égide également de Mgr Montini », l’Université internationale d’études sociales « Pro Deo », qui devint le centre de référence pour la collaboration entre certains secteurs progressistes du Vatican (Montini) et les branches (républicaines ou démocrates, « quae idem sunt ») de l’administration américaine (ibid.).

Le père Stanislao Gillet contre Morlion : 1941 et 1946

père Stanislas Gillet

Subini nous explique également qu’en 1941, le Maître général de l’Ordre des Dominicains, le père Stanislas Gillet, avait suspendu à divinis le père Morlion, n’appréciant pas son double jeu d’espionnage ; « le 14 mars 1946, sur « nihil obstat » de Giovanni Battista Montini, alors substitut de la Secrétairerie d’État du Vatican, celui-ci nomma le père Morlion président de l’Institut international Pro Deo. En 1948, l’Institut est devenu une université internationale » (p. 22, note n° 4).

Subini note également que « les activités cinématographiques de Pro Deo pouvaient compter non seulement sur le soutien financier apporté par les grands industriels du nord de l’Italie, mais aussi sur celui assuré par le sous-secrétaire à la présidence du Conseil, Giulio Andreotti, de juin 1947 à juillet 1953 » (p. 24).

De plus, Subini voit clairement qu’Andreotti se rangeait davantage du côté de l’aile progressiste de la politique vaticane, représentée par Morlion et Montini, que de celle conservatrice représentée par le père Riccardo Lombardi et Luigi Gedda (p. 25).

II – LE « MORLION SECRET »

L’activité publique du père Morlion, étudiée par Subini, n’exclut pas celle menée dans le secret et dans le domaine de l’espionnage. En effet, l’auteur écrit qu’« en 1940, le père dominicain Félix Morlion fonde à Lisbonne l’Organisation anti-Komintern. Puis, à l’invitation de William Donovan – alors directeur des services secrets américains –, il s’installe à New York en 1941, où il fréquente don Luigi Sturzo. En 1944, il se trouve à Rome à l’Université Pro Deo, qui fait office de centre des services de renseignement relevant du Vatican [et des États-Unis, ndlr] ; à partir de 1945, le secrétaire particulier du père dominicain est le jeune Giulio Andreotti » (Tomaso Subini, La doppia vita di « Francesco Giullare di Dio ». Giulio Andreotti, Félix Morlion et Roberto Rossellini, op. cit., p. 25, note n° 13).

Une fois nommé sous-secrétaire, Andreotti devint l’un des principaux interlocuteurs politiques de la Pro Deo. Deux photographies ont immortalisé Morlion en train de prendre la parole depuis la chaire de l’Aula Magna de l’Université pontificale Angelicum, où la Pro Deo tient ses séances solennelles, à l’occasion de l’inauguration de l’année universitaire 1948/1949 ; derrière lui, attendant de prendre à son tour la parole, est assis Giulio Andreotti (Subini, p. 26) .

Roberto Rossellini

Giulio Andreotti fréquentait également le réalisateur Roberto Rossellini après la guerre ; Morlion le rencontrait même plus souvent que Giulio, et ce dès 1944, alors que la guerre n’était pas encore terminée. Même si Andreotti a tenté de présenter Rossellini comme le seul réalisateur démocrate-chrétien (Subini, p. 27), il ne faut pas oublier que Rossellini, après avoir été fasciste et « réalisateur au service du régime » jusqu’en 1943, après avoir pris ses distances entre le 25 juillet 1943 et le 4 juin 1944, au début de l’occupation de Rome par les Alliés (4 juin 1944), il n’a pas manqué de fréquenter également les locaux du PCI. C’est pourquoi, comme le fait remarquer à juste titre Subini : « Les relations entre Rossellini et la DC sont en réalité tout sauf claires » (p. 27). En effet, en 1953 (comme l’avait noté Andreotti dans ses Journaux) : « Rossellini insiste pour récupérer sa carte de la DC en mars 1953. Je me souviens qu’en juin 1944, il venait aux réunions de la DC sur la Piazza del Gesù » (G. Andreotti, Fu Legge truffa ?, Milan, Rizzoli, 2007, p. 41) . Or, si Rossellini doit insister en 1953 pour récupérer sa carte, il est probable qu’il la possédait déjà en 1944, mais comme à cette époque soufflait un vent fort de socialisme, Rossellini n’osa pas se ranger explicitement et uniquement du côté de la FDC et commença à courtiser le PCI ; puis, après la défaite du 18 avril 1948, confirmée les 7 et 8 juin 1953, Rossellini revint courageusement à la DC et en demanda la carte.

Subini nous explique que, de 1944 à 1954, Morlion a entretenu des relations conflictuelles avec le professeur Luigi Gedda et les Comités civiques, et donc indirectement avec Pie XII (p. 28, note n° 24).

Morlion : collaboration publique avec Rossellini et secrète avec la CIA

Or, la collaboration publique de Morlion avec Rossellini et avec l’aile gauche de la Démocratie chrétienne ne pouvait passer inaperçue au Vatican, contrairement à celle, secrète, avec la CIA ; c’est pourquoi le cardinal Pizzardo, avec l’accord du pape Pacelli, l’a fait éloigner de Rome en 1954 (Subini, p. 29).

Subini constate une entente totale entre Andreotti, Morlion et Montini ; en revanche, il perçoit un profond désaccord entre le « trio » susmentionné et l’aile conservatrice de la Démocratie chrétienne, les Comités civiques de Luigi Gedda, la Curie vaticane (Pizzardo, Ottaviani) et Pie XII.

Morlion & Andreotti : l’opération « Don Camillo » modéré

Morlion et Andreotti auraient souhaité faire appel au réalisateur Roberto Rossellini pour lancer une série de films alternative à « Don Camillo » (avec Gino Cervi et Fernandel), dans un esprit plus modéré, moins polémique et moins anticommuniste que le « Don Camillo » cinématographique (qui, d’ailleurs, ne plaisait pas à Giovannino Guareschi, qui le trouvait trop modéré et serein par rapport à ses livres, écrits entre 1946 et 1947 et publiés par les éditions Rizzoli de Milan en 1948, lesquels étaient systématiquement édulcorés et dilués par les films, sévèrement critiqués par lui dans une polémique perpétuelle avec « le réalisateur »).Or, ce détail à lui seul en dit long sur la mentalité profondément démocrate-chrétienne de Morlion et Andreotti, qui auraient souhaité réaliser quelque chose de plus conciliant – sur le plan cinématographique – que le « Don Camillo », trop intégriste et antibolchevique. En somme, une sorte de « pré-compromis historique télévisé », dans le style des années 50.

Tel est l’esprit public et exotérique qui animait Morlion, Andreotti et Rossellini, sous la direction de Montini et de la CIA. Comme on peut le constater, la dimension publique du personnage de Morlion est en parfaite harmonie avec sa facette d’espionnage et de secret, qui s’est infiltrée très profondément dans le milieu ecclésiastique (au point d’atteindre la messe de Beat en 1966) pour le moderniser, l’actualiser et l’américaniser dans un sens puritain ; c’est-à-dire « purifié de Rome ».

Rossellini a cherché à surfer sur le succès du cinéma néoréaliste de la fin des années 40, en y greffant des contenus idéologiques pro-démocrates-chrétiens de gauche et seulement modérément anticommunistes. Tout cela ne doit pas nous surprendre ; en effet, son mode opératoire est tout à fait compatible avec sa personnalité, qui a connu des revirements constants entre la droite et la gauche, en passant par le centre, au gré des changements de tendance. Sous le fascisme, Rossellini fut un réalisateur au service du régime ; puis, immédiatement après la chute du fascisme, il devint antifasciste et social-communiste proche de la Résistance ; enfin, avec la victoire écrasante de la Démocratie chrétienne aux élections du 18 avril 1948,C’était un partisan d’Andreotti ou un démocrate-chrétien « progressiste dans un esprit conservateur ». En somme, le classique « personnage de toutes les saisons », qui s’entendait bien avec Morlion, lequel savait s’en servir et le diriger selon les plans préétablis de la CIA, du modernisme démocrate-chrétien et du courant montinien, qui œuvrait alors encore dans le secret au Vatican, attendant le décès de Pie XII (9 octobre 1958) pour pouvoir sortir de l’ombre avec la révolution conciliaire de Roncalli et Montini (de l’élection de Jean XXIII, le 28 octobre 1958, à la mort de Paul VI, le 6 août 1978 ; les vingt années modernistes qui ont défiguré le visage du milieu ecclésial).

Cependant, au fond, Rossellini est un personnage médiocre qui, pour « plaire à tout le monde », a fini par « déplaire à tout le monde » ; mais comme il possédait certaines qualités de réalisateur, personne ne voulait le laisser entièrement aux mains d’un seul « parti ».

Or, d’une pensée et d’un style faibles découle nécessairement une propagande faible (« Agere sequitur esse ») ; c’est pourquoi la pensée délibérément faible, à la manière de Popper, de Morlion et d’Andreotti, et fondamentalement faible chez Rossellini, a donné naissance à une propagande démocrate-chrétienne, ni chaude ni froide, catholique/libérale, qui conciliait le oui et le non, le Christ et Bélial ; en somme, « le Parti du centre qui regarde vers la gauche » (Alcide De Gasperi) et « Les convergences parallèles [entre la gauche et le centre] » (Aldo Moro).

Les films de Rossellini ne sont pas et ne se voulaient pas entièrement catholiques, tout comme la pensée politique et doctrinale d’Andreotti et de Morlion n’était pas entièrement catholique, mais néo-moderniste, américaniste ou catholibérale.

Bien sûr (« on vit comme on pense »), la vie morale de Rossellini n’était pas non plus irréprochable et, par conséquent, le message « chrétien » qu’il aurait dû transmettre, sous l’impulsion de Morlion et d’Andreotti, s’avérait doublement et délibérément compromis (selon les plans de la CIA), non seulement compromis, mais aussi compromettant, afin de déstabiliser le catholicisme romain et de le purifier, enfin, du papisme, après l’avoir discrédité.

Sandro Curzi

Je me souviens d’une interview, il y a environ trente ans, de Sandro Curzi (Rome, 1930 – Rome, 2008), directeur de 1987 à 1993 du TG3 de l’ancien PCI, qui avait déclaré à juste titre 1°) que, bien qu’il ne fût pas croyant, il était marié depuis 60 ans à la même femme, même s’il avait traversé, comme tous les êtres humains, des périodes difficiles, qu’il avait toutefois toujours surmontées avec son épouse. Cependant, sans amertume, il ajouta également que 2°) il se sentait « gêné » face à des figures de dirigeants politiques « Pro familia, aris et focis » (Cicéron, De natura deorum, livre III, chapitre 40, paragraphe 94), qui, dans la pratique, avaient brisé trois ou quatre mariages, en vivant « joyeusement et publiquement » en concubinage et qui, malgré cela, continuaient à se présenter comme les champions de la famille unie, les ennemis du divorce et des unions civiles… Eh bien, dans cette deuxième partie de son argumentation, Curzi avait tout à fait raison.Ce qui m’a également frappé, c’est que la critique qu’il formulait était sincère et venait du cœur, sans aucune âpreté ni acrimonie moralisatrice (à l’instar d’Oscar Luigi Scalfaro qui, d’abord 1°) le 20 juillet 1950, gifla en public Mme Edith Mingoni Toussan, qui portait un décolleté, au restaurant romain « Chiarina » ; puis, en tant que vice-président de la Chambre des députés – de 1975 à 1983 – et en tant que président de la République – de 1992 à 1999 – une sorte de « baisemain » très respectueux au Parlement à l’égard de Nilde Jotti dès 1979, élue présidente de la Chambre des députés de 1979 à 1992, mais qui, en 1946, avait brisé la famille de Togliatti en allant vivre avec lui, causant un grave préjudice psychologique à Aldo Togliatti, le fils du député communiste, qui, à la suite de ce drame familial, était devenu schizophrène et avait été interné à la « Villa Igea », une clinique psychiatrique de Modène, comme l’a raconté le psychiatre qui le soignait lui-même).

Comme on le voit, un démocrate-chrétien tel que Morlion, Andreotti ou Rossellini fait plus de dégâts qu’une communiste comme Curzi.

Rossellini

Quoi qu’il en soit, la tactique et la doctrine catholibérale, démocrate-chrétienne et maçonnique (cf. Giuliano Di Bernardo, Filosofia della Massoneria, Venise, Marsilio, 1987), qui distingue l’homme privé (qui peut être croyant et pratiquant) de l’homme public ou franc-maçon (qui doit être neutre ou laïc), a alors permis (en 1948-1949) à Andreotti et Morlion d’absoudre « Rossellini » en tant que réalisateur, en le distinguant de « Roberto »en tant qu’homme privé, mais sans le condamner.

Cette même doctrine catholique/libérale a permis à Andreotti de signer (en tant que Premier ministre) la « loi n° 194 » sur la légalité de l’avortement (22 mai 1978), mais de ne pas l’admettre en tant que « Giulio », en tant qu’homme croyant et pratiquant, lui qui pourtant, de la même main avec laquelle il trempait l’eau bénite en entrant à l’église pour communier tous les jours, depuis sa première communion en 1926, signait en 1978 – comme Hérode, voire pire – le « massacre des innocents » ; tout comme, en 1944-1948, Rossellini prônait l’Évangile tout en vivant en concubinage avec Anna Magnani (qu’il quitta en 1949 pour s’unir en 1950 à Ingrid Bergman, dont il se sépara en 1957 pour vivre avec la scénariste indienne Sonali Dasgupta, avec laquelle il resta jusqu’à sa mort, survenue en 1977, tandis que Sonali est décédée en 2014) en violation de la Loi de l’Évangile, ne donnant pas le bon exemple ; au contraire, scandalisant les hommes naturellement droits qui, de manière surnaturelle, ne croient pas, notamment à cause du mauvais exemple donné par des personnes comme Andreotti.Ce qui est le plus important et le plus grave, c’est qu’il ne s’agit pas d’une fragilité humaine (le fait), mais d’une volonté ferme et idéologique (le principe) de « concilier l’inconciliable », en niant la synerèse : « Le bien est le bien, le mal est le mal, le bien n’est pas le mal ; donc : fais le bien, évite le mal ».

En effet, malheureusement, le modernisme social (DC) et le modernisme ascétique (américanisme), tout comme la franc-maçonnerie, se fondent précisément sur la philosophie hégélienne du devenir et de la contradiction érigée en principe pour parvenir à la vraie connaissance et à la vie droite.

Ainsi, la conséquence morale de la dialectique hégélienne est la divergence, voire la contradiction, entre les principes philosophiques et religieux que l’on professe et la vie pratique que l’on mène, ce qui porte gravement atteinte à la religion qui, de ce fait, est assimilée par les simples gens au pharisaïsme.

De plus, l’affaire Magnani/Bergaman/Sonali Dasgupta/Rossellini (1945-1949 ; 1950-1957 ; 1957-1977), a divisé en deux la hiérarchie catholique qui, 1°) du côté traditionaliste (les cardinaux Alfredo Ottaviani et Ernesto Ruffini), n’admettait pas la cohabitation en dehors du mariage ; tandis que 2°) du côté progressiste (le nouveau cardinal, à partir du 15 décembre 1958, archevêque de Milan, Giovanni Battista Montini), se montrait ouvert ou « conciliateur ». De même, 3°) au niveau gouvernemental, Alcide De Gasperi n’était pas enclin (même si ce n’était que pour des raisons de commodité pratique et non de principe) à mettre excessivement en avant la figure de Roberto Rossellini ; tandis que, Giulio Andreotti faisait la distinction – selon la doctrine catholicolibérale pure déjà condamnée par Grégoire XVI dans l’encyclique Mirari vos de 1832 – entre la personnalité publique du « réalisateur Rossellini », qu’il fallait soutenir, et l’homme privé « Roberto », qui pouvait ne pas être approuvé sur le plan moral, sans pour autant devoir être condamné (cf. Gian Luigi Rondi, *Rossellini e la Bergman. « Une » vérité après 50 ans, Florence, Le Monnier, « Nuova Antologia », année 138, fascicule 2226, avril/juin 2003, p. 323).

Entre-temps, le père Morlion ne se découragea pas et ne perdit pas de temps : il organisa deux colloques à Varèse – en 1954 et en 1955 – sur le néoréalisme cinématographique, cherchant à faire reconnaître Rossellini comme un génie artistique de la mise en scène néoréaliste, tout en évitant d’aborder la question de la contradiction entre la vie de Rossellini et la doctrine morale évangélique.

Cependant, même le plus proche collaborateur de Morlion, Mgr Antonio De Angelis, le vice-recteur de la Pro Deo, commençait à s’inquiéter sérieusement des activités privées (d’espionnage en collaboration avec la CIA) et publiques (cinématographiques) de Morlion, de mèche avec Rossellini, Magnani et Bergman, au point d’écrire une lettre à Mgr Montini, le 30 août 1955 (dans ASDMI, Fonds Montini, enveloppe « Enti », dossier 116, dossier 370), dans laquelle il lui expliquait en quoi le Congrès de 1954 organisé par Morlion avait été critiqué et pouvait l’être ; car « le réalisateur très catholique », après avoir quitté son épouse légitime en 1942, s’était mis en couple avec Magnani en 1945, puis l’avait quittée en 1949 pour se mettre en couple avec Bergman en 1950 ; enfin, il quittera également cette dernière en 1957 pour une scénariste indienne de 26 ans, alors qu’il en avait 51…Même don Ubaldo Valentini (1908-1994), qui était en 1945 un partisan de Rossellini, écrivit le 3 septembre 1955 une lettre inquiète à Montini, avec lequel il correspondait (cf. Fonds Montini, enveloppe « Enti », dossier 116, fascicule 370), dans laquelle il tentait toutefois de jouer un rôle de médiateur, dans l’esprit de la Démocratie chrétienne, entre les traditionalistes anti-rosselliniens et les progressistes pro-rosselliniens.

Subini (p. 61) fait remarquer que, bien que Montini eût été dès 1944 l’un des principaux soutiens de Morlion, il commençait – après ces deux lettres de 1955 – à considérer avec appréhension « l’affaire Morlion & Rossellini/Magnani & Bergman » pour des raisons contingentes et pratiques (Rossellini avec Magnani/Bergman) ou d’opportunité, et non pour des raisons de principes dogmatiques ou moraux.

De plus, même les jésuites milanais de la place San Fedele, avec leur supérieur Alberto Bassan (1919-2007) – bien qu’il ne fût pas convaincu avec beaucoup d’enthousiasme –, exprimèrent leurs doutes pratiques quant à l’opération en faveur de Rossellini et du néoréalisme (Subini, p. 59-60-61, note n° 88). Bien entendu, les Comités civiques de Luigi Gedda ont enfoncé le clou anti-Rossellini (Subini, p. 61).

Un athée peut-il réaliser un film authentiquement religieux ?

En bref, la question soulevée par Pizzardo et Ottaviani était de savoir si un athée (Subini, p. 80) et pécheur notoire pouvait réaliser un film authentiquement religieux, non seulement en soi, mais aussi dans ses effets sociaux et de propagande.Bien sûr, la réponse – selon la saine théologie morale catholique traditionnelle – était « non », c’est-à-dire : « De quelle chaire [rossellinienne] vient ce sermon ! ». Au contraire, selon les modernistes, il fallait distinguer la « thèse » de l’« hypothèse » ; c’est-à-dire : la personne privée (« Roberto » – l’hypothèse ou le fait) : athée et pécheur notoire, du rôle public du réalisateur en vogue (« Rossellini » – la thèse ou la théorie), qui pouvait convenablement incarner l’idéal évangélique et le proposer avec succès au public.

Morlion, en bon espion de la CIA et faux dominicain belge, avait tenté de donner une base doctrinale à l’opération Rossellini, en affirmant que le néoréalisme cinématographique italien comportait ce qu’on appelle les « semina Verbi », c’est-à-dire les « fragments ou lueurs de vérité et de rationalité » qui, dès le IVe siècle avant Jésus-Christ – pour les stoïciens de Zénon de Cizio –, étaient présents partout (à l’instar de la doctrine du « Christ cosmique » de Teilhard de Chardin (1881-1955), datant de 1916 et reprise par « Nostra aetate » du Concile Vatican II (28 octobre 1965), selon laquelle toutes les cultures et toutes les religions contiennent les « semina Verbi » ou les étincelles de la Vérité, qui ne se trouve pas seulement dans l’Église catholique mais partout).Dès 1948 (environ vingt ans avant Vatican II), Morlion avait relancé la théorie des « semina Verbi », que l’on retrouve également dans les films de « Rossellini », à l’exception de « Roberto » (cf. Mino Argentieri, « Gouvernement, Parlement, Église face au cinéma », dans « Histoire du cinéma italien : 1945-1948 », sous la direction de Callisto Cosulich, Venise-Rome, Marsilio-Bianco e Nero, 2003, vol. VII, p. 429).

CONCLUSION

Dans les trois prochains articles consacrés à l’« affaire Morlion », nous aborderons 1°) la question embarrassante des novices franciscains, appelés en 1950 (alors que Rossellini avait déjà quitté sa femme en 1942, s’était mis en couple avec Magnani en 1945, puis l’avait également quittée en 1949 pour se mettre en couple avec Bergman en 1950) par Morlion et Rossellini pour jouer les figurants dans le film « Francesco Giullare di Dio », puis rappelés au couvent par leur supérieur (cf. Tomaso Subini, La doppia vita di « Francesco Giullare di Dio ». Giulio Andreotti, Félix Morlion et Roberto Rossellini, op. cit., pp. 205-228) ; 2°) le problème du manque de fidélité du film de Rossellini par rapport aux « Sources franciscaines » (cf. Tomaso Subini, op. cit., pp. 229-278) ; 3°) le dilemme soulevé par le film, considéré en soi, en raison de sa médiocrité religieuse et artistique (cf. Tomaso Subini, op. cit., pp. 281-291).

La nouvelle élite juive technocratique

Enfin, dans la troisième et dernière partie, après avoir traité de l’« Affaire Morlion » (deuxième partie), nous reviendrons sur la question de la « nouvelle élite juive » (en nous appuyant sur Tiziana Alterio, Padroni nell’ombra. La nuova élite ebraica che governa il mondo. Qui sont-ils et comment opèrent-ils ?, auto-édité, 2025), qui domine aujourd’hui le monde grâce à la technologie et à la technocratie, avec le soutien de la banque, de l’industrie pharmaceutique et de l’industrie de l’armement, qui sont toutes trois entre les mains de l’« ancienne élite juive » (Rothschild, Elkann, Lazard, Warburg, Sassoon, Lehman…).Nous aurons ainsi achevé le cycle du traité « L’Amérique contre Rome », divisé en trois parties : 1°) le puritanisme anglo-américain contre la « romanité » théologique et philosophique (cf. Antony Chester, « La progéniture monstrueuse de Babylone la Grande ». Aux racines de l’anticatholicisme américain, Rimini, Il Cerchio, 2026) ; 2°) l’infiltration de l’américanisme dans l’Église romaine, notamment par Morlion, afin de l’éroder de l’intérieur (cf. Luigi Montuori, Félix A. Morlion et les services secrets du Vatican Pro Deo, Chieti, Solfanelli, 2023 ; Tomaso Subini, La double vie de « Francesco Giullare di Dio ». Giulio Andreotti, Félix Morlion et Roberto Rossellini, Milan, Libraccio, 2011 ; Antonella Beccaria – Giacomo Pacini, Divo Giulio, Rome, Nutrimenti Editore, 2012 ; Riccardo Lufrani, « Le père Félix Morlion : au service de Dieu entre université, cinéma et missiles », conférence donnée à Santa Maria sopra Minerva, le 18 janvier 2020 ; Mario Caligiuri, « Le Vatican et les services de renseignement », Soveria Mannelli, Rubbettino, 2026) ; 3°) la « nouvelle élite ou mafia juive/technocratique » (1990/2026), qui, financée par l’« ancienne kleptocratie bancaire juive » (XVIe-XXe siècles), est en train de s’emparer du monde entier (cf. Tiziana Alterio, Les maîtres de l’ombre. La nouvelle élite juive qui gouverne le monde, op. cit.) grâce à la technologie appliquée à la guerre, à la médecine et à l’économie (cf. Samuel Altman, Larry Fink, [Ivan Lyn, « goy »], Larry Page, Sergey Brin, [Elon Musk, « goy »], [Jeff Bezos, « goy »], [Bill Gates, « goy »], Peter Thiel …).

d. Curzio Nitoglia

Source don Curzio Nitoglia

MORLION, ROSSELLINI, ANDREOTTI ET MONTINI

Quand l’obstacle coopère

Arcivescovo Carlo Maria Viganò
@CarloMVigano
À Paris, au palais de l’Élysée, Léon XIV loua les Lumières comme un « accomplissement », affirma que les « droits de l’homme » – « en particulier la liberté religieuse » – sont « inhérents à la nature humaine » et présenta Liberté, Égalité, Fraternité non comme la devise de la Révolution, mais comme des « exigences éthiques universelles » trouvant dans l’Évangile « une source d’inspiration inépuisable ». Il éleva ensuite la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 au rang de « jalon » du progrès moral. Ceci est à l’opposé de la position du Magistère jusqu’à Pie XII.
-Grégoire XVI, dans Mirari Vos, qualifie de « délire » la prétention de garantir à chacun la liberté de conscience.
-Pie IX, dans Quanta Cura et le Syllabus, condamne l’erreur selon laquelle chacun est libre d’embrasser la religion qu’il juge vraie ; il n’est plus approprié d’avoir la religion catholique comme seule religion d’État ; il est louable d’ouvrir le culte public à toutes les formes de culte ; cette liberté civile ne corrompt pas les mœurs. et que le Pontife romain peut et doit se réconcilier avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne.
– Léon XIII, dans Libertas et Immortale Dei, tranche le nœud : il n’y a pas de droit naturel à l’erreur ; la vraie liberté consiste à faire le bien ; l’État reconnaît la vraie religion, et ne l’assimile pas aux fausses.
– Pie XI, dans Quas Primas et Mortalium Animos, rappelle que la paix et la dignité ne naissent pas de la rébellion contre la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, mais du règne social du Christ.
– Pie X, dans Notre charge apostolique, démasque la triade révolutionnaire pour ce qu’elle est : l’égalité sans hiérarchie, la liberté sans Vérité, la fraternité sans Dieu le Père
– une contrefaçon de la fraternité chrétienne, et non son accomplissement. Léon XIV opère l’opération inverse.
Il confond Clovis et les Lumières, comme si le baptême de la France et la guillotine des clercs et des aristocrates appartenaient à un même « génie ». Il qualifie de conquête ce que les pontifes romains appelaient la peste. Il transforme en loi ce que le Magistère éternel nommait délire. Il fait de l’Évangile la source d’une devise maçonnique forgée pour détrôner Notre Seigneur Jésus-Christ. Et, citant Jean-Paul II, il substitue à la Tradition, comme critère du « progrès moral », une Déclaration des Nations Unies – un document sans Christ, sans Église, sans la loi naturelle accomplie dans l’Apocalypse.
Léon asservit la papauté à la religion du mondialisme : dignité sans commandements, liberté de conscience contre la volonté de Dieu, fausses religions comme variétés à protéger, multilatéralisme comme horizon, laïcité « juste » comme cadre.
Prévost signe la charte de l’homme sans Dieu avec le sang des martyrs de la Révolution. Comme lors du schisme capital, celui qui siège sur le trône de Pierre ne retient pas l’erreur : il la bénit et en fait un dogme indiscutable.

Note de la rédaction : Digne successeur de François

Quand l’obstacle coopère

La pseudomessianité du sentimental

« La vérité est une épée que l’Église synodale « enveloppe dans du coton », écrit l’évêque émérite suisse Marian Eleganti sur son blog le 27 septembre. Il commente un guide thématique préparé en vue de la rencontre prévue du 7 au 14 octobre entre Léon XIV et les présidents des conférences épiscopales.
Monseigneur Eleganti fait valoir que l’Église synodale utilise un « vocabulaire essentiellement sentimental », s’éloignant de critères sacramentaux et canoniques clairs pour se tourner vers un langage d’accompagnement et de valorisation.
Il oppose *Familiaris Consortio* à *Amoris Laetitia*: la première est désormais considérée, selon lui, comme « d’hier » et « trop stricte », tandis que la seconde est perçue comme « d’aujourd’hui » et « miséricordieuse ».

Il ne s’agit plus que de proximité, pas de vérité !

Tandis que la pastorale d’Amoris Laetitia visait avant tout l’objectivité dans ses rapports avec les personnes divorcées remariées, c’est-à-dire la relation entre la vérité et l’amour, l’Église synodale opère avec un vocabulaire essentiellement sentimental, qui ne contribue guère à clarifier objectivement la situation de ces personnes selon des critères théologiques sacramentels et canoniquement justes. L’accent est mis uniquement sur la proximité, l’accompagnement, l’appréciation (un mot utilisé de manière inflationniste) de ces couples par les représentants de l’Église, et non sur leur mission de les conduire dans la vérité.

Question : Qu’est-ce que je dois apprécier chez le pécheur, par exemple le braqueur de banque, l’adultère, le voleur, l’auteur de violences ? Je peux aimer le pécheur (lui souhaiter bonne volonté, c’est-à-dire le salut), oui, tout en condamnant son péché sans compromis. Mais dans ce contexte, comment « valoriser » ? Dois-je demander à un juge chargé de juger un délit d’apprécier le délinquant ? Ne serait-ce pas une simple sentimentalité, peu utile dans la tâche ? La comparaison est à la traîne, mais montre que cette catégorie d’appréciation n’est tout simplement pas prioritaire dans certains contextes. Car ce n’est pas de cela (l’appréciation) qu’il s’agit lorsqu’il s’agit de savoir s’il y a ou non un mariage valable. Les couples divorcés remariés doivent retrouver la confiance, se reconnaître comme faisant partie de la communauté et faire l’expérience de la miséricorde de Dieu, peut-on lire dans un guide[1] de l’Église synodale.

Question : Le fait qu’ils vivent ou non dans l’adultère est-il sans importance ? Est-ce leur transmettre la miséricorde de Dieu, reconnaître sans réserve leur seconde union, ou au moins la tolérer, alors qu’il existe un lien matrimonial indissoluble et qu’il s’y oppose ? Alors pourquoi Jésus ne nous a-t-il pas précédés dans cette pratique ? Au contraire, Il rejette la pratique de divorce (supposée miséricordieuse) de Moïse et renforce l’interdiction du divorce au grand dam de ses disciples ! Se souvenir de cela revient-il à retraumatiser ces couples, parce que les personnes concernées pourraient se sentir à nouveau blessées et marginalisées par le souvenir de la vérité, après avoir déjà éprouvé abandon et souffrance en se séparant de leur conjoint légitime (cf. le guide susmentionné) ?

Plus le langage est sentimental, plus on soupçonne que des positions d’enseignement immuables doivent être vaporisées et adoucies avec la pression sur la glande lacrymale. Ce n’est pas nouveau. Le mot « miséricorde » a souvent été utilisé comme un lance-sable pour les yeux du spectateur ou du lecteur. Les mots ont un effet direct. Ce n’est qu’en allant plus loin que l’on voit ce que la sémantique cache. La dureté de la vérité n’est plus supportée et thématisée dans l’Église synodale, bien qu’elle la rende libre (Jn 8, 32). Elle est rejetée et incriminée par la sentimentalité. Le consortium familiaris est donc hier (trop dur). Amoris Laetitia est aujourd’hui (miséricordieuse).

Le magistère de l’Église synodale commence avec François, avec la nouvelle heure zéro. Le temps (le processus) est plus grand que l’espace (les positions d’enseignement). C’est pourquoi on investit dans le processus (la révision de la doctrine), dans le sentiment, dans la vie, pas dans la vérité qui reste quand même. Cette dernière est comme une épée que l’Église synodale préfère mettre dans du coton et ranger jusqu’à ce que vienne celui qui la porte dans la bouche (Ap 1,16 ; 2.12 ; 2.16 ; 19.15 ; 19.21).

Apocalypse 1,16 – Dans la première vision du Christ :

« Une épée aiguisée à double tranchant sortit de sa bouche. »

)

La pseudomessianité du sentimental

La pierre d’achoppement

Je suis la voie, la vérité et la vie : personne ne vient au Père que par moi.

C’est pourquoi écoutez la parole du Seigneur, hommes moqueurs, qui dominez sur mon peuple à Jérusalem. Car vous avez dit : Nous avons contracté une alliance avec la mort et nous avons fait un pacte avec l’enfer. Lorsque le fléau débordant passera, il ne viendra pas sur nous, car nous avons mis notre confiance dans le mensonge, et le mensonge nous a protégés. C’est pourquoi ainsi parle le Seigneur Dieu : Je mettrai dans les fondements de Sion une pierre, une pierre éprouvée, angulaire, précieuse, qui sera un ferme fondement. Que celui qui croit ne sera point confondu. Is 28, 14-16

C’est pourquoi il est dit dans l’Écriture : Je vais mettre en Sion celui qui est la principale pierre de l’angle, pierre choisie et précieuse ; et quiconque croira en lui, ne sera point confondu. 1 P. 2, 6

Selon qu’il est écrit : Je vais mettre dans Sion celui qui est une pierre d’achoppement, une pierre de scandale ; et tous ceux qui croiront en lui, ne seront point confondus. Rm 9, 33

Mais Jésus les regardant, leur dit : Que veut donc dire cette parole de l’Écriture : La pierre qui a été rejetée par ceux qui bâtissaient, est devenue la principale pierre de l’angle ? Quiconque tombera sur cette pierre, s’y brisera ; et elle écrasera celui sur qui elle tombera. Lc 20, 17-18

Quiconque donc me confessera et me reconnaîtra devant les hommes, je le reconnaîtrai aussi moi-même devant mon Père qui est dans les cieux ; et quiconque me renoncera devant les hommes, je le renoncerai aussi moi-même devant mon Père qui est dans les cieux. Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu y apporter la paix, mais l’épée. Mt 10, 32-34

Et il leur dit : Allez par tout le monde, prêchez l’Évangile à toutes les créatures. Celui qui croira et qui sera baptisé, sera sauvé ; mais celui qui ne croira point, sera condamné. Mc 16, 15-16

Celui qui n’est point avec moi, est contre moi ; et celui qui n’amasse point avec moi, dissipe. Mt 12, 30

La pierre d’achoppement

Vers un humanisme évolutionniste

Le pape, l’UNESCO et un certain Comenius…

Source: FSSPX Actualités 27 septembre 2026

25 septembre 2026. Pour la première étape de son voyage apostolique en France, le pape Léon XIV visite le siège de l’UNESCO à Paris. L’événement revêt une grande importance, surtout à la lumière des racines culturelles de cette institution qui, rappelons-le, est l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (auxquelles s’ajoutent aujourd’hui la communication et l’information).

La mission de l’UNESCO est donc particulièrement centrée sur l’unification, à l’échelle mondiale, des critères, des méthodes et des objectifs dans le domaine de la pédagogie et de la culture au sens large. Cette mission, disions-nous, plonge ses racines dans l’œuvre d’un personnage inconnu de la plupart : Jan Amos Komenský, latinisé en Comenius (1592-1670). Quel rapport un théologien protestant du XVIIe siècle peut-il bien avoir avec l’UNESCO ? Jean Piaget l’expliquait en 19571, lui qui présidait la Commission suisse de l’UNESCO et dirigea pendant plus de trente ans le Bureau international d’éducation.

Piaget rappelle que le grand projet auquel Comenius consacra toute sa vie était « une œuvre de réforme universelle de la société humaine » par les moyens suivants :

  1. l’unification du savoir et sa diffusion grâce à un système scolaire amélioré, placé sous la direction d’une sorte d’académie internationale ;
  2. la coordination politique sous la direction d’institutions internationales destinées à garantir le maintien de la paix ;
  3. la réconciliation des églises sous l’égide d’un christianisme tolérant.

En deux mots : œcuménisme politique et religieux.

Mais c’est dans le domaine pédagogique que Comenius dépensa la majeure partie de son énergie, convaincu (à juste titre) de l’importance capitale de l’éducation, dès l’enfance, pour la réussite de toute œuvre de véritable réforme sociale. Voilà pourquoi, rappelle Piaget, il plaçait au-dessus de tous ses projets celui d’une « organisation internationale de l’instruction publique et, finalement, le projet d’un collegium lucis qui devait constituer une sorte de ministère international de l’éducation ». Malgré l’évocation de la « lumière », quelques ombres commencent à se dessiner… Quoi qu’il en soit, « ce sont sans doute ces aspects de son œuvre », précise Piaget, « qui sont les plus susceptibles d’intéresser l’UNESCO, dont Comenius pourrait être considéré, à bien des égards, comme l’un des précurseurs ».

Mais venons-en au point qui nous intéresse le plus ici : en 1657, Comenius publie à Amsterdam Lux in tenebris, dont la préface énumère les points fondamentaux de sa doctrine. Parmi eux :

  • Le pape est le grand Antéchrist et la Prostituée de Babylone (II) ;
  • La Bête qui porte la Prostituée est l’Empire romain, particulièrement la maison d’Autriche (III).

On objectera qu’il est quelque peu disproportionné d’accorder tant d’importance à un personnage qui, au fond, n’a pas de véritable lien avec l’institution. Admettons-le, et allons donc lire ce que l’UNESCO elle-même conserve dans ses archives comme le « manifeste » de sa philosophie et de la vision du monde qui anime son action. Il s’agit de la brochure de 1946, UNESCO : ses buts et sa philosophie, signée par le premier directeur général de l’organisation alors naissante, Julian Huxley (frère du plus célèbre Aldous Huxley).

Voici ce qu’écrit le premier directeur général de l’UNESCO au sujet de la philosophie qui devrait idéalement guider son action : l’organisation « ne peut fonder sa perspective sur l’une des théologies concurrentes du monde par opposition aux autres, qu’il s’agisse de l’islam, du catholicisme romain, du christianisme protestant, du bouddhisme, de l’unitarisme, du judaïsme ou de l’hindouisme. […] Elle ne peut le faire, en partie parce qu’être sectaire est contraire à ses statuts et à son essence, en partie pour la raison très pratique qu’une telle tentative provoquerait immédiatement l’hostilité active de groupes nombreux et influents, ainsi que la non-coopération, voire le retrait, de plusieurs nations. […] Enfin, étant donné l’accent qu’elle met sur les tâches concrètes de l’éducation, de la science et de la culture, sur la nécessité d’une compréhension mutuelle entre les peuples du monde et sur les objectifs de paix et de bien-être humain sur cette planète, elle semblerait exclure une perspective exclusivement ou principalement tournée vers l’au-delà » (p. 6-7).

En définitive, le principe directeur de l’UNESCO, dit Huxley, doit être un « humanisme évolutionniste ». Cette approche « nous montre non seulement la place de l’homme dans la nature et ses rapports avec le reste de l’univers phénoménal, […] mais elle nous permet aussi de distinguer les tendances souhaitables de celles qui ne le sont pas et de démontrer l’existence du progrès dans le cosmos. Enfin, elle nous montre l’homme comme le seul gardien du progrès évolutif à venir et nous donne d’importantes indications sur les voies à éviter et celles à suivre pour parvenir à ce progrès. Une approche évolutionniste […] nous montre l’origine et les racines biologiques de nos valeurs humaines […] ; elle est indispensable pour nous permettre de discerner, dans le chaos actuel des tendances contradictoires, les mouvements, les activités et les méthodes que l’UNESCO devrait mettre en valeur et favoriser » (p. 7-8).

En clair : que ferions-nous encore de Dieu, maintenant que la science nous offre la clé des secrets et la maîtrise de la nature ? Et comment imaginer privilégier une religion parmi toutes les autres, si les puissants de ce monde désignent l’indifférentisme comme la voie à suivre ?

Eh bien, aujourd’hui, le pape visite le siège de l’UNESCO. Le pape entre dans la maison de ceux qui voient en Comenius leur « ancêtre spirituel » et leur « précurseur » : un protestant qui voulait voir les religions du monde diluées dans un amalgame syncrétiste dépourvu de toute identité ; un gnostique qui souhaitait voir la papauté effacée de la surface de la Terre. Le pape entre dans la maison de ceux qui font de l’indifférentisme religieux leur étoile polaire, exactement comme Emmanuel Macron qui, quelques heures auparavant, à l’Élysée, a parlé du devoir de la République de protéger « le droit de tous à croire comme à ne pas croire ». Eh bien, que va dire le pape Léon XIV à l’UNESCO ?

Un discours riche en appels à la paix et à la justice, à la prudence et à l’espérance, à la charité… Un discours dans lequel, pourtant, on peine à trouver la foi et où, même lorsqu’il nomme le Seigneur, il le fait après une précaution désormais habituelle, à la saveur relativiste : « Pour la foi chrétienne, le mystère de la personne humaine trouve sa pleine lumière dans le Christ. » De façon cohérente, lorsqu’il s’agit de construire la paix, le propos passe rigoureusement au pluriel : « Les traditions religieuses jouent un rôle culturellement nécessaire et irremplaçable, et les religions expriment nos questions sur l’origine de la vie et sur sa fin, élaborant le sens premier et ultime de l’existence, qui se reflète dans les choix quotidiens. […] L’humanité se retrouve, au contraire, dans une recherche commune de sens, orientée vers un destin qui n’est pas la mort. Nous ne marchons pas vers le néant. C’est pourquoi l’âme humaine, dans son rapport avec Dieu, ressent plus intensément encore l’appel à cultiver la paix par une alliance entre des peuples qui se reconnaissent comme les enfants d’un même Père et comme des frères et sœurs entre eux. »

Mais, Saint-Père, qui est ce Père ? A-t-il un nom unique ? Que nous demande-t-il de faire pour atteindre ce « destin qui n’est pas la mort » ? Pouvons-nous choisir n’importe laquelle des religions du monde, ou nous demande-t-il de l’adorer « en esprit et en vérité » ? Dieu peut-il accorder la paix aux nations qui violent le droit naturel et outragent la foi catholique ?

Saint-Père, quelle ferveur se serait rallumée dans les cœurs catholiques si vous aviez répondu ne serait-ce qu’à une seule de ces questions. Quelle joie éprouveraient vos fils en entendant de nouveau de la bouche du Souverain Pontife que « tant de maux accablent le monde parce que la plupart des hommes ont écarté Jésus-Christ et sa sainte loi de leur vie, de la famille et de la société », et « qu’il ne peut y avoir aucun espoir de paix durable entre les peuples tant que les individus et les nations nieront et rejetteront l’empire du Christ Sauveur ».2

Vincenzo Gubitosi

1 Cf. Jean Piaget, « L’actualité de Jean Amos Comenius. Introduction », dans Jean Amos Comenius, 1592-1670 : pages choisies, UNESCO, Paris, 1957, p. 11-33 ; texte repris dans Perspectives, UNESCO, Bureau international d’éducation, vol. XXIII, nos 1-2, 1993, p. 175-199 (les citations proviennent de cette seconde édition).

2 Pie XI, Quas primas.

Note de la rédaction : Il semblerait bien que le « Saint Père » soit un agent mondialiste, conscient, ou inconscient ? Là, est la question.

Vers un humanisme évolutionniste

Nouvelle religion : la preuve par l’art

« Rencontre » (Encontro) Nouvelle sculpture installée dans les jardins du Vatican

« Rencontre » (Encontro) est une sculpture en marbre blanc réalisée par l’architecte et artiste portugais Álvaro Siza Vieira, dévoilée dans les jardins du Vatican le 24 septembre.
Cette œuvre anthropomorphe représente une silhouette élancée et stylisée, placée près d’un olivier et tournée vers la coupole de la basilique Saint-Pierre. Elle avait auparavant été exposée au sein du pavillon du Saint-Siège lors de la Biennale de Venise de 2023.
Lors de son dévoilement, la gouverneure du Vatican, Sœur Raffaella Petrini, l’a décrite comme une rencontre entre l’art, les jardins du Pape et la communauté. Laissant place à l’interprétation individuelle, la sculpture vise à évoquer le souci de notre « maison commune », la fraternité, la paix et une « culture de la rencontre ».

Note de la rédaction : Peut-être un peu maçonnique ???

Nouvelle religion : la preuve par l’art

Une belle homélie cependant

Frères et sœurs, pèlerins venus de France et du monde entier, en vous regardant ce matin, réunis dans la maison de notre Mère, je vois le visage universel de l’Église. Certains de vous ont traversé des continents, surmonté des fatigues, apporté vos joies et vos fardeaux jusqu’à cette Grotte sacrée. Quel bonheur d’être ensemble, un seul cœur, une seule famille, un solo corazón, una sola familia. Je tiens à saluer tout particulièrement les pèlerins venus de toutes les provinces et diocèses de France. Vous foulez aujourd’hui le sol de cette terre bénie qui a reçu tant de grâces. Que ce pèlerinage ravive la flamme de la foi dans vos foyers et dans vos paroisses. Portez le réconfort de Lourdes à vos voisins, à vos proches et à tout le peuple français.

Les textes que la Liturgie nous propose en ce dimanche rejoignent un aspect central du message que la Vierge Marie est venue confier à sainte Bernadette : un appel, tendre et pressant, à la conversion. Jésus pose dans l’Évangile un regard de vérité et de profonde tristesse sur les cœurs fermés : « Vous ne vous êtes pas repentis ! » (Mt 21, 32). Pourquoi cette blessure dans le cœur du Christ ? Parce que Dieu ne veut pas la perte de ses enfants. Le prophète Ézéchiel nous le rappelle : « Tout homme qui commet le mal et meurt dans cet état, c’est à cause de son mal qu’il mourra » alors que s’il se convertit, s’il « ouvre les yeux et se détourne de ses crimes, c’est certain, il vivra, il ne mourra pas » (cf. Ez 18, 26.28). C’est pourquoi les appels à la pénitence résonnent sans cesse dans les Saintes Écritures, et traversent la prédication de l’Évangile au cours des siècles. Ils revêtent une gravité salutaire pour en manifester l’urgence et la nécessité : c’est aujourd’hui – pas demain – qu’il faut se convertir ; c’est aujourd’hui le moment favorable, le jour du salut (cf. 2 Co 6, 2). Oui, Dieu désire que l’homme vive, qu’il ouvre les yeux et retourne à Lui. Se convertir, c’est quitter les chemins de l’errance pour s’engager sur la voie de la vie, en ouvrant notre cœur à la seule joie qui ne passe pas.

Jésus lui-même ne mâche pas ses mots lorsqu’Il exhorte à la pénitence, comme nous le rapporte, par exemple, saint Luc : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous » (13, 5). Mais Il élargit l’horizon de la vie terrestre à celui de la vie éternelle. Alors que le bonheur ici-bas est une réalité éphémère, relative, parfois hélas inaccessible pour certains, le bonheur véritable est en revanche promis à tous, en espérance ; et il devrait faire l’objet principal de notre recherche, de nos efforts et de nos choix. La Vierge Marie n’a-t-elle pas dit à sainte Bernadette : « Je ne te promets pas d’être heureuse en ce monde mais dans l’autre » ?

Cette promesse, proclamée ici-même, résonne avec une force particulière en cette terre de France et bouscule nos mentalités contemporaines. Dans ce moment de l’histoire, au sein d’une société en quête de progrès et de bien-être matériel, mais parfois tentée d’oublier l’horizon de l’éternité, Marie vient nous rappeler la grandeur et l’ampleur de notre vocation à la vie, à la vie éternelle. Face aux courants actuels qui cherchent à redéfinir la valeur de la vie humaine devant la maladie, la souffrance ou la vieillesse, la Grotte de Massabielle se dresse comme un sanctuaire de l’espérance chrétienne. Ici, aucune fragilité n’est rejetée. Vos béquilles, vos fauteuils roulants, vos larmes cachées ne sont pas des obstacles : ils sont le lieu par excellence où vous êtes pleinement respectés, accueillis et transformés par l’amour infini de Dieu. Lourdes est le lieu béni d’une profession de foi en la beauté et la sacralité de la vie, car elle y est accueillie comme un don précieux de Dieu, appelé à s’épanouir pour l’éternité dans l’amour du Père.

« Je te promets » ! Oui, la vie éternelle est une promesse solide, certaine, que le Seigneur nous fait. Il nous l’a déjà obtenue par sa mort sur la croix et sa résurrection, et il la réalise déjà chaque jour en nous par la grâce du baptême. Elle est à notre portée, mais il nous appartient de l’accueillir librement, de la saisir, de ne pas y faire obstacle ; or l’obstacle à la grâce et à la vie éternelle, le seul obstacle, c’est le péché, le repli sur soi, ce refus de Dieu qui nous enferme dans nos obscurités ! Notre responsabilité personnelle est donc en jeu, et elle est grande ! Dieu nous a voulu libres, car la liberté est une condition de l’amour ; on ne peut pas aimer par contrainte. Cette liberté qui nous est donnée, nous devons l’engager dans un “oui” au Christ, avec le secours de sa grâce, et à la suite de Marie ; un “oui” sans cesse renouvelé, et cela jusqu’à notre dernier souffle : “maintenant et à l’heure de notre mort…” disons-nous dans le “Je vous salue Marie”.

On retrouve cet appel insistant à la conversion dans les paroles que Marie prononça ici-même : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! » Elle répète le mot trois fois… ! et invite Bernadette à en accomplir certains gestes ! Pourquoi donc ? Serions-nous lents à comprendre ? Nous estimons-nous trop facilement sans péché ? Ne la pratiquons-nous pas assez ? La Vierge nous demande de faire pénitence, non seulement pour nous-mêmes qui en avons besoin, mais aussi « pour les pécheurs », pour un monde qui va mal. Comment nos cœurs ne seraient-ils pas interpellés face aux conflits de plus en plus répandus, qui détruisent tant de vies innocentes. Or le mal que connaît notre époque vient du cœur de l’homme, Dieu n’en n’est pas responsable : « Ce n’est pas ma conduite qui n’est pas bonne – dit-il aux fils d’Israël –, c’est la vôtre » (Ez 18, 25). C’est donc le cœur des hommes qu’il faut changer, à commencer par le nôtre. La pénitence est une œuvre suscitée par l’amour en solidarité avec le genre humain : amour pour Dieu dont on veut réparer la blessure de son Cœur causée par nos péchés ; amour pour tous nos frères les hommes qui n’entendent pas cet appel à la conversion et que leurs fautes entraînent vers la mort. Cette exigence de conversion engage l’Église elle-même dans son pèlerinage terrestre. Elle doit avoir le courage de vivre cette conversion en premier lieu. Pour guérir des blessures profondes, des infidélités et des égarements douloureux commis en son sein, nous devons nous tenir humblement sous le regard purificateur du Seigneur. Reconnaître nos propres fautes est indispensable à notre progression spirituelle, comme l’écrivait Saint Augustin : « Que te déplaise toujours ce que tu es, si tu veux atteindre ce que tu n’es pas » (Disc. 169, 15.18).

Le rappel de notre Mère à notre devoir de prière et de conversion nous remplit d’une grande espérance, car elle nous indique le moyen pour changer le cours des choses, moyen qui n’est autre que celui de nous associer à la passion du Christ. Chers malades qui connaissez la souffrance, si nombreux à Lourdes, il vous est possible de vivre vos peines et vos douleurs dans cet esprit d’offrande, pour entrer dans cette démarche rédemptrice dont le monde a tant besoin. En ce sens vous êtes vraiment au cœur de l’Église, et votre rôle est irremplaçable.

Pèlerins, frères et sœurs, vous ne repartirez pas de Lourdes comme vous y êtes arrivés : vous repartirez en missionnaires de l’espérance ! Tel est le miracle de ce lieu : susciter la joie de l’espérance au cœur même de l’épreuve et de la peine. La Vierge Marie guérit nos regards et transfigure nos cœurs en leur donnant la paix. Devenez dans vos pays, vos diocèses et vos familles, les témoins actifs de cette force et de cette tendresse divines qui nous permettent de continuer la route et d’atteindre le but. Portés par la prière des malades et l’amour de notre Mère, marchez avec confiance vers l’avenir. Ne craignez pas les tempêtes du monde : la sainte Mère de Dieu veille sur notre marche, elle enveloppe l’Église de son manteau de tendresse ; Étoile radieuse du matin, elle guide nos pas pour nous enfanter, dans la joie, à la vie même de son Fils Jésus.

Note de la rédaction : Le propre des modernistes, vous lisez une page parfaitement catholique et puis après une autre hétérodoxe, vous dit que les titres de Marie Médiatrice de toutes grâces et Marie Corédemptrice ne sont pas d’actualité.

Notre Dame de la Sainte Espérance convertissez-nous

Une belle homélie cependant

Comprendre enfin LE « Concile »

Les éditions Téqui publient, en ce mois de septembre, l’étude du P. Michel Viot au sujet de la juste compréhension du Concile Vatican II. Parue sous forme d’articles dans notre agence entre 2022 et 2026, elle part d’une sélection significative de constitutions et décrets conciliaires, que le père Viot commente à la lumière des évolutions magistérielles des siècles précédents. En tant que témoin de l’époque, il étaye ses réflexions de ses propres observations et dit ce que de nombreux contemporains pensent. Le Père Viot partage avec les lecteurs de Zenit ses motifs et sa perception profonde du signe des temps que le Concile vient éclairer.

Zenit : Mon père, vous venez de publier un commentaire de circonstance sur le Concile Vatican II. Qu’est-ce qui vous a amené à nous plonger dans sa relecture à la fois méthodique et sélective ?

P. Michel Viot, : D’abord je me replonge souvent dans la lecture de Vatican II, parce que, trop souvent encore, ce concile est invoqué à tort et à travers. Ainsi dans la première paroisse où j’ai été nommé curé, j’ai voulu remettre à l’honneur le chant grégorien, comme le Concile nous y invite dans la constitution sur la sainte liturgie (nº116). On m’objecta tout de suite que l’emploi du latin était inapproprié, puisque les messes se disaient en français. J’ai alors dû rappeler le numéro 36 de la constitution Sacrosanctum Concilium : « l’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins. » Plus loin, au numéro 54, on lit : « On pourra donner la place qui convient à la langue du pays dans les messes célébrées avec le concours du peuple, surtout pour les lectures et la « prière commune », et, selon les conditions locales, aussi dans les parties qui reviennent au peuple, conformément à l’article 36 de la présente Constitution. On veillera cependant à ce que les fidèles puissent dire ou chanter ensemble, en langue latine, aussi les parties de l’ordinaire de la messe qui leur reviennent. » Dans ce contexte, j’ai voulu faire un tiré-à-part de cette Constitution pour le mettre à la disposition des paroissiens, dont certains disaient que « je revenais avant Vatican II ». Alors que cette messe se déroulait une fois par trimestre, ces mêmes paroissiens ne venaient pas ce jour-là. En revanche, d’autres se présentaient, venant de paroisses voisines, curieux de s’instruire en chant grégorien. D’autant plus que nous avions l’aide d’une Schola cantorum. Cela se passait en 2005, alors que le Concile s’était terminé en 1965 ! C’est dire que, quand Benoît XVI publia sa lettre apostolique sous forme de motu proprio, Summorum Pontificum (7 juillet 2007), le « groupe stable » qui me demanda asile ne fut pas très bien accueilli par la paroisse, malgré l’enquête diocésaine favorable, et pourtant j’ai pu expliquer à ce groupe, au cours de mes homélies, que Vatican II n’avait en rien trahi le catholicisme. Mais les deux communautés ne se fréquentaient pas beaucoup. Il y eut même quelques affrontements, les animosités venant surtout des « conciliaires ». Dans d’autres villes, on alla jusqu’à s’opposer à l’évêque. C’est dans ce cadre qu’intervint le motu proprio du pape François, Traditionis custodes (16 juillet 2021). Je ne veux pas entrer dans la polémique concernant le rapport sur les avis des évêques et la position personnelle du pape François, qu’il exprime dans sa lettre d’accompagnement. Celui-ci estimait que l’utilisation du Missel de 1962 et de celui de 1969 créait deux conceptions d’Église et de la liturgie, amenant à nier tant la validité en même que la légitimité de la réforme liturgique, voulue par le concile, et par extension le Concile lui-même. Il faut aussi ajouter que le pape François a laissé une grande liberté aux évêques pour l’application de son décret. Il a même conseillé publiquement de donner la préférence à la dimension pastorale dans l’application du règlement qu’il édictait : il l’exprima dans les réponses publiques adressées aux archevêques de Lyon et de Paris. Lorsque l’agence Zenit me demandait des commentaires des documents du Concile Vatican II, à l’occasion du 60e anniversaire de son ouverture, j’ai entrepris ce travail avec joie, le croyant utile pour l’Eglise. Et quand le 10 mai 2025 j’ai entendu le pape Léon XIV demander aux cardinaux deux jours après son élection que toute l’Église se réapproprie le dernier concile, j’ai redoublé de travail et décidé de faire éditer le livre qui va paraître dans quelques jours.

Z. : Alors que le Concile s’est déroulé il y a plus de 60 ans, quelle est selon vous l’actualité d’une telle étude ?

P. V. : Ce qui apparaissait déjà en germe dans les années qui ont suivi le concile prend forme aujourd’hui de manière évidente : d’une part, l’excommunication de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, suite aux sacres illicites de plusieurs évêques, et d’autre part l’éloignement de plus en plus grand du chemin synodal allemand de Vatican II et de la Tradition catholique. Les premiers ont clairement bravé l’autorité du pape en matière d’ecclésiologie, et telle qu’elle est définie dans Vatican II par rapport aux évêques. Les autres vont dans le même sens de désobéissance, en prenant le contrepied des positions de l’Église en matière d’éthique et en s’attaquant au ministère dans sa spécificité masculine : son insistance sur l’ordination de femmes diacres n´est que le prélude à la demande d’ordination de femmes prêtres, qui existe déjà chez certains. À ce sujet, je regretterais que l’on fasse servir à l’autel de jeunes filles, de la même manière que les garçons, aux messes que va célébrer le Saint-Père en France. De nombreuses paroisses ont su marquer la différence, ce qui n’implique aucune supériorité d’un sexe sur un autre. La différence des sexes impose des services différents dans l’Église. Vatican II ne revient pas sur cette position traditionnelle. Bien plus, Jean Paul II, dans sa lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis du 22 mai 1994, écrivait : « je déclare que l’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l’Eglise. » En affirmant cela, il explique « qu’il exerce son propre office de confirmer ses frères » et il demande que la doctrine soit tenue définitivement. À la question qui lui était posée le 28 octobre 1995 par la Congrégation pour la doctrine et de la foi (CDF, à l’époque dirigée par le Cardinal Ratzinger) – « la doctrine, selon laquelle l’Église n’a aucune faculté de conférer l’ordination sacerdotale aux femmes, appartient-elle au dépôt de la foi ? » – la réponse a été oui. Et surtout, la CDF expliquait que cette doctrine avait été infailliblement proposée par le Magistère ordinaire et universel. Elle exigeait donc un assentiment définitif. En 2018, le cardinal Ladaria rappelait que Ordinatio sacerdotalis concerne une vérité appartenant au dépôt de la foi et que la doctrine est à tenir définitivement. Ce texte appartient donc à l’infaillibilité pontificale du Magistère ordinaire et universel, telles que la constitution Lumen gentium le définit au numéro 25. C’est pourquoi il me paraît bon d’apprendre aux enfants dès leur jeune âge qu’un homme et une femme servent Dieu différemment selon la volonté du Christ.

Z. : Quelle méthode et quel paradigme ont guidé votre réflexion ?

P. V. : La méthode que j’ai suivie est tout simplement celle d’un théologien qui se trouve devant des textes, traitant de liturgie et d’ecclésiologie. Je me réfère ici essentiellement au rôle de l’évêque par rapport à celui du pape défini en 1870. Rien que par ces deux exemples, on voit bien que ce Concile ne peut pas être réduit à un concile pastoral, il est forcément aussi doctrinal et dogmatique ! Pastoral ne signifie pas dépourvu d’autorité doctrinale, et cela est un point important. Un concile peut être pastoral dans son intention, tout en enseignant des choses doctrinales. L’adjectif « pastoral » décrit essentiellement la finalité et le mode de présentation. En 1965, les Pères du concile voulaient notamment présenter la foi d’une manière adaptée aux conditions contemporaines, sans procéder à de nouvelles condamnations ou définitions. Par la suite, Jean Paul II demandait explicitement que l’enseignement de Vatican II soit reçu comme faisant partie du Magistère de l’Église et qu’il soit interprété en continuité avec la Tradition. En 1988, en réponse à monseigneur Marcel Lefebvre, le souverain Pontife reprochait précisément une conception insuffisante de la Tradition et insistait sur la nécessité d’approfondir la continuité de Vatican II avec celle-ci. Donc, même si on peut accorder à la FSSPX que certains passages de Vatican II ne sont pas des définitions infaillibles, il reste la question : avec quelle autorité un catholique peut-il dire si ce Concile œcuménique enseigne ici quelque chose de faux et que l’enseignement est à refuser ? Pareillement, Benoît XVI disait qu’il fallait interpréter Vatican II à partir d’une herméneutique de la réforme dans la continuité, et non comme une rupture avec la Tradition. Lorsque la FSSPX considère que certaines de ces « nouveautés » ne peuvent pas être conciliées avec le Magistère antérieur sans le déformer, cela est inacceptable. Sa position frôle l’hérésie en ce qui concerne les relations entre la Tradition et l’Écriture, telles que définies au concile de Trente. Par exemple, si l’on prend simplement Dignitatis humanae, on ne voit rien de neuf dans ce texte mais la continuité entre la pratique des papes et la Tradition, par l’intermédiaire du pape Léon XIII. En 1598, quand fut promulgué l’Édit de Nantes, l’attitude du pape Clément VIII permet de voir qu’un catholique du XVIe siècle pouvait considérer la tolérance d’une autre confession comme un mal en soi, tout en jugeant qu’il fallait néanmoins la tolérer politiquement, pour éviter un mal plus grand. C’est une distinction classique, entre la vérité religieuse, que l’on continue à tenir pour vrai, et le régime politique que l’on accepte dans certaines circonstances. Et Léon XIII formalisera cette position en 1888 dans l’encyclique Libertas praestantissimum du 20 juin 1888. Après avoir confirmé la position de ses prédécesseurs condamnant la liberté religieuse, il tient compte de circonstances exceptionnelles, comme celles du temps de Clément VIII. Ainsi écrit-il : « … néanmoins dans son appréciation maternelle, l’Église tient compte du poids accablant de l’infirmité humaine, et elle n’ignore pas le mouvement qui entraîne à notre époque les esprits et les choses. Pour ces motifs, tout en n’accordant de droit qu’à ce qui est vrai et honnête, elle ne s’oppose pas cependant à la tolérance dont la puissance publique croit pouvoir user à l’égard de certaines choses contraires à la vérité et à la justice, en vue d’un mal plus grand à éviter, ou d’un bien plus grand, à obtenir ou à conserver. Dieu lui-même dans sa Providence, quoique infiniment bon et tout puissant, permet néanmoins l’existence de certains maux dans le monde, tantôt pour ne point empêcher des biens plus grands, tantôt pour empêcher de plus grand maux ». Je développe tout cela dans le livre pour montrer la continuité de ce qu’ont fait les papes, au moins à partir de Clément VIII jusqu’à Dignitatis humanae, en passant par Léon XIII. Ce pape n’a renié ni Grégoire XVI, ni Pie IX. Il a repris leur doctrine intégralement, comme le montre son encyclique, mais il en a approfondi le texte en tenant compte de la situation de son temps. Ainsi firent les Pères conciliaires de Vatican II, dont le pape Paul VI approuvera les conclusions. C’est le rôle du Magistère pétrinien depuis les origines. Le contester relève de l’hérésie !

Z. : Les évolutions postconciliaires ont-elles été un reflet digne et une mise en œuvre fidèle des orientations données ?

P. V. : Vous évoquez les évolutions postconciliaires, ce qui m’oblige à faire une distinction entre celles qui se réclamaient explicitement du Concile, et celles qui se sont produites après le Concile d’une manière générale. D’abord je voudrais insister sur plusieurs points communs à toutes, « vu de l’extérieur ». À l’époque où j’étais pasteur luthérien à Paris [et franc-maçon ndlr], je restais très proche des paroisses catholiques, à cause des nombreuses réunions œcuméniques qui allaient marquer mon ministère pendant dix ans. Officiellement, les nouvelles lectures et le nouveau missel ont été introduits le premier dimanche de l’Avent de 1969, mais les fidèles avaient déjà été préparés dans beaucoup d’endroits à des transformations dès 1965, en particulier avec l’entrée de la langue française dans la liturgie. Mais la quantité et le rythme de ce changement vers la langue vernaculaire dépendaient beaucoup des paroisses. Le journal Le Monde du 3 novembre 1969 signale que Présence et Dialogue, bimensuel d’information catholique, va publier un numéro spécial consacré à la nouvelle liturgie. Et le changement est présenté de la façon suivante : les vieux missels ne seront plus utilisables, de nombreux livres liturgiques français vont apparaître et les manuels paroissiaux devront être refondus. Cela devait se produire à partir du 30 novembre de la même année, premier dimanche de l’Avent. De plus, Le Monde rapportait que le bulletin de l’archevêché de Paris présentait le nouveau rituel, non pas comme un aboutissement définitif, mais comme une sorte de pause dans la liturgie, cette dernière pouvant encore se modifier. On peut alors comprendre que dans certaines paroisses on ait ressenti le changement comme extrêmement brutal. Le compte rendu du Monde est assez intéressant : la liturgie doit être moins heurtée, linéaire, progressive et communautaire. Avouons que ces termes sont tout de même un peu vagues et laissent les gens libres à toutes sortes d’interprétations. En même temps eut lieu le changement de mobilier liturgique, avec les autels face au peuple. Une floraison de cantiques d’une grande médiocrité textuelle comme musicale apparut. Beaucoup de prêtres invoquèrent le Concile pour officier sans chasuble, simplement en aube et étole. Peu habitués à prêcher sur des textes bibliques et souvent mal formés en exégèse, les prêtres se servirent souvent des lectures du jour comme prétextes à discours politique, ce dont les pasteurs protestants à la même époque ne se privaient pas non plus !Liturgie catholique Étant pasteur de l’église des Billettes, rue des Archives, j’ai même accueilli un groupe de catholiques de diverses paroisses qui m’a demandé l’hospitalité « dominicale », en me prévenant tout de suite qu’ils n’avaient aucune envie de quitter le catholicisme et donc qu’ils ne demandaient pas à communier à l’église, mais simplement pour être accueillis le dimanche matin en un lieu où on lisait la Bible pour la faire comprendre et non se livrer à des discours politiques. Et surtout pour entendre de la musique vraiment religieuse et pour chanter des choses ayant du sens. Et de fait, le répertoire luthérien est très beau. Son grand maître étant, comme je le disais à l’époque « notre Saint-Père, le Bach » ! Puis ce groupe a diminué et disparu, les uns allant chez monseigneur Lefebvre, qui n’était pas excommunié, les autres dans des paroisses catholiques parisiennes qui avaient pour point commun d’avoir su conserver une musique liturgique de qualité, le plus souvent grâce à leurs organistes ou maîtres de chapelle. On est allé beaucoup trop loin dans les simplifications liturgiques. A un ami prêtre qui me disait un jour, au sortir d’une messe « vous voyez, Monsieur le Pasteur, nous vous imitons », je lui répondis : « oui, certes, mais dans ce que nous avons de pire ! » Je relève néanmoins un point positif : l’engouement des catholiques pour les études bibliques, Ancien Testament compris. Et cela n’a pas cessé ! Dès que je suis devenu prêtre catholique en 2003, j’ai pu poursuivre ce travail avec beaucoup de fidèles en quête d’identité spirituelle. Après l’an deux mille, chacun était conscient de la déchristianisation de la société et du fait que toutes les églises chrétiennes se vidaient. Cela dit, combien de fois ai-je dû mettre les choses au point avec des catholiques qui critiquaient le Concile. Ils en faisaient la cause de tout ce qu’ils avaient à supporter de désagréable dans l’Église catholique. Tout en étant encore dans le protestantisme, je les ai incités à lire certains textes, mais ils se plaignaient du manque d’aide pour comprendre !

Z. : En quoi notre agence Zenit vous a-t-elle pu être utile dans l’avancement de votre étude et dans le choix des documents commentés ?

P. V. : D’une manière générale, et je ne dis pas cela pour vous faire plaisir, votre agence Zenit est très utile pour ceux qui veulent être tenus au courant de l’actualité catholique dans le monde, et de ce qui se passe au Vatican. Vous avez l’immense avantage de communiquer des faits réels, brièvement, sans trop de commentaires. Non pas que je méprise ce dernier genre littéraire, nous y reviendrons avec une de vos dernières questions, mais la presse française nous a habitués à des commentaires tendancieux ou incompétents. Je me réfère à ce que je vous ai dit sur l’évolution de l’information dans notre pays depuis soixante ans. Zenit sait cependant commenter, mais brièvement et intelligemment. Et surtout nous communiquer des paroles précises du Saint-Père ou de telle ou telle personnalité de l’Église. C’est précieux en un temps où en quelques lignes « assassines » un journaliste déforme par méchanceté ou inculture les propos d’une autorité religieuse. La lecture des informations que vous donnez reproduisent « un état des lieux » de l’Église catholique. Zenit met en avant le point de vue romain au travers de discours ou de déplacements du pape. Ils constituent de précieux indicateurs de ce qui se pense et se fait dans l’Église. Cela m’a donné une piste facile suivre pour opérer des choix parmi les textes conciliaires à commenter. Et j’y ai aussi décelé ce sur quoi il fallait insister dans le commentaire.

Z. : Pourquoi offrez-vous un commentaire au lieu de recommander directement la lecture des documents conciliaires ? Pourquoi faut-il lire votre ouvrage ?

P.V. : Je vous propose une comparaison. Quand on me demande un livre d’exposé de doctrine catholique, je conseille toujours l’achat du Catéchisme de l’Église catholique de 1992 à qui Jean-Paul II a donné une autorité doctrinale. Mais je conseille aussi l’abrégé de Benoît XVI ainsi que, comme le faisait ce pape, le petit Catéchisme de Saint-Pie-X, présenté en questions-réponses. Et l’on peut alors utiliser le CEC de 1992 comme un dictionnaire vers lequel se reporter pour approfondir un sujet. Ce texte est en effet absolument remarquable, mais il vise trop haut pour des gens qui ont perdu le goût de la lecture. Le texte du Concile Vatican II est souvent difficile à lire. Quoiqu’ait pu dire Jean XXIII dans son discours d’ouverture, le Concile ne pouvait pas être réduit à un concile pastoral, puisqu’il avait dans son cahier des charges la mission de terminer Vatican I et de situer les évêques par rapport à celui de Rome dont on avait proclamé l’infaillibilité. Travail non pas seulement pastoral mais aussi, et surtout, doctrinal et dogmatique, exégétique et patristique. Vatican II n’est donc pas un concile mineur ou secondaire, c’est un concile œcuménique convoqué et approuvé par le pape, dont l’infaillibilité appartient au Magistère universel ordinaire. Avec mon commentaire, je défends la position selon laquelle on ne peut refuser Vatican II comme n’étant que pastoral. Je veux lever cette équivoque et en promouvoir une plus profonde compréhension dans le renouveau de vie ecclésiale qui commence à poindre.

Note de la rédaction : L’ancien évêque luthérien est fort discret sur son appartenance maçonnique et son changement de loges, mais au moins, il pourfend la baudruche du « concile pastoral ». Paul VI avait finalement avoué qu’il était plus important que Nicée. Notons que la tolérance, ne saurait jamais devenir un droit, encore moins un droit de l’homme à honorer autre chose que le Seul vrai Dieu. Mais la pépite authentique c’est Nostra Aetate…..

Comprendre enfin LE « Concile »