Ces sectaires qui nous gouvernent

POUR TAUBIRA, «L’ÉGALITÉ EST UN COMBAT QUOTIDIEN»

Après sa démission, l’ex-garde des Sceaux s’est rendue à New York pour une conférence à l’université devant un parterre enthousiaste.

Accueil enthousiaste et standing ovation pour Christiane Taubira à l’université NYU de New York. Quelques jours après sa démission fracassante pour «désaccord politique majeur» avec François Hollande et Manuel Valls sur la déchéance de nationalité, l’ex-garde des Sceaux tenait une conférence qu’elle devait, à l’origine, faire dans l’exercice de ses fonctions. «L’université a insisté pour que je maintienne cette conférence et je trouve que c’est heureux», a-t-elle dit à sa descente d’avion.

La salle était comble dans la faculté de droit Arthur Vanderbilt, pour entendre Christiane Taubira qui se revendique d’Aimé Césaire et de Victor Hugo. Le public diversifié rassemblait des étudiants, des professeurs et la diaspora noire. L’ancienne ministre, vêtue d’un blazer bordeaux et d’un foulard chatoyant, loue «la ville monde» pour son hospitalité, invoque ces Français venus à New York: Jules Romains, Antoine de Saint-Exupéry, Claude Lévi-Strauss. Elle évoque aussi l’historien américain Howard Zinn et son hommage aux classes laborieuses dans Une Histoire populaire des États-Unis. «Je vénère le mouvement de la Harlem Renaissance qui a fait partie de mes grandes découvertes en tant qu’adolescente, lance-t-elle. Il contient des clés pour les difficultés auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui

Comment répondre à ces sujets essentiels? «En regardant dans le passé comment on a répondu», ajoute l’ex-ministre de la Justice qui défend jalousement des «principes». «Le monde s’interroge. Sur la solidité de nos valeurs, de notre éthique, de nos principes. Car eux peuvent nous guider dans ces temps troubles. Une civilisation qui renie ses principes est une civilisation moribonde. Il ne faut pas ruser avec ces principes.»

Christiane Taubira aborde aussi la question de la laïcité, ultrasensible en France. «Vous connaissez les Français, peuple passionné qui aime se disputer, se battre à outrance. Il est même capable de se fendre en deux», dit-elle. Mais «attention, la laïcité est fondamentale: elle ne conteste pas les religions, ELLE ORGANISE LES CONDITIONS DE LA VIE RELIGIEUSE».

«L’égalité n’est pas un slogan, c’est un combat quotidien qui incombe à la puissance publique», dit-elle, avant de citer le poète Édouard Glissant qui plaide pour «un dialogue permanent entre les hommes, les peuples, les cultures, les civilisations». «Pour que ce dialogue soit fécond, il faut que ce soit dans le respect mutuel, comprendre les tendances longues à l’œuvre, admettre la diversité, la complexité du monde qui ne se donne pas à lire aisément.»

Christiane Taubira, que les frondeurs rêvent de gagner à leur cause, élude les questions nombreuses sur 2017. «Ce que je vais faire à présent? J’adore lire. La nuit. Maintenant, je crois que je vais avoir du temps pour lire le jour.» Source Figaro 29/01/2016