Une crèche néo-pélagienne

Dimanche, 24 décembre 2017. Le problème de la crèche de la place Saint-Pierre du Vatican

Excellente analyse du Père Dwight Longenecker.

« Il n’est pas question pour moi me joindre au chœur des catholiques prudes qui ont, sur la crèche du Vatican, un jugement négatif. Les gens grommellent contre l’homme nu, vêtu par un acte de miséricorde. D’autres s’effraient du mort que l’on prépare pour l’enterrer parce que cela ressemble à une scène de film d’horreur.

Comme tant de choses dans l’Église catholique, nous avons déjà vu tout cela ! Les corps nus de la fresque de Michel-ange dans la chapelle Sixtine ne plaisaient pas au peuple. Et vous pouvez voir quantité de nudités partielles ou de scènes horribles dans beaucoup d’œuvres d’art catholiques : David qui tient la tête tranchée de Goliath ; Yaël qui cloue au sol, avec un piquet de tente, la tête de Sisera… Tout de même : l’image centrale de notre foi n’est-elle pas celle un homme nu torturé, exposé aux regards et cloué au gibet ?

Je ne m’offusque pas de la nudité ni du côté sordide. Je fais abstraction du fait que c’est du mauvais art – de fade et médiocre facture. Les personnages sont gauches et empruntés. Cela ressemble à une de ces scènes dans un musée de cire de troisième catégorie. Vous pourriez dire : « Allons ! C’est cela le catholicisme. Nous sommes habitués au kitsch ». D’accord, mais le Vatican pourrait faire mieux.

Il y a un autre problème encore : ils ont projeté, sur la scène de la Nativité, leur petite leçon habituelle. C’est typique de la conscience sociale de pacotille des années 70. Cela me rappelle les églises où on mettait du sable dans les bénitiers pendant le carême ou ces gens bien inspirés qui, pour Pâques, préparaient des montages avec des briques et du fil barbelé au lieu de fleurs, pour nous rappeler les prisonniers, ou encore ces dessins de Noël où Marie et Joseph sont représentés comme des hippies SDF.

Mais le véritable problème (que personne d’autre ne semble avoir perçu) n’est pas la nudité, le sordide ou l’art douteux – ni même le triste prêchi-prêcha. C’est la théologie.

Un des principaux problèmes dans l’Église d’aujourd’hui est ce que j’appelle le néo-pélagianisme.

Le pélagianisme est la conception selon laquelle on peut gagner son entrée au ciel par de bonnes œuvres. Le néo-pélagianisme est aussi appelé d’un autre nom : “l’évangile social”. Il réduit le message surnaturel chrétien à la formule : « Mettons-nous tous ensemble pour faire du monde un endroit meilleur, soyons gentils les uns pour les autres et donnons une chance à la paix ».

Certes, les œuvres de miséricorde corporelle sont importantes et, théologiquement, on peut dire qu’elles découlent naturellement de la nativité du Christ. Parce que le Christ a pris une forme corporelle, nous nous appliquons aux œuvres de miséricorde corporelle. Parce qu’il a pris un corps humain, nous prenons soin des corps humains autour de nous. Parce qu’il est entré dans ce monde fait de matière, la matière a de l’importance.

Je comprends tout cela ; mais une scène de la Nativité n’est pas un tableau des œuvres de miséricorde corporelle.

La Nativité du Vatican me dérange parce qu’elle donne la place centrale aux bonnes œuvres plutôt qu’à l’Incarnation. En fait, les bonnes œuvres dans la scène de la Nativité noient la Nativité elle-même, prennent le pas sur la Nativité et la relèguent au second plan.

Les bonnes œuvres sont littéralement à l’avant-plan. La Nativité du Christ, Fils de Dieu et fils de la Vierge Marie, est à l’arrière-plan.

La plus grande tentation dans le christianisme d’aujourd’hui est de rendre l’Église acceptable pour le monde en s’attachant aux bonnes œuvres plutôt qu’à l’Évangile de Jésus-Christ. Nous oublions tranquillement le message d’une humanité perdue et pécheresse, éloignée de Dieu et qui a besoin de rédemption. Nous lui substituons une religion d’entr’aide, une religion qui rend le monde meilleur. On pourrait penser que ce n’est qu’une question de marketing. Les gens pensent qu’il est plus attractif et facile de vendre une religion qui consiste à être gentil plutôt qu’une religion qui prêche la nécessité du repentir et de la foi.

C’est certes une partie du problème. Mais le véritable problème est encore plus grave.

Les hommes d’Église remplacent une religion de la grâce par une religion des œuvres, parce qu’ils ne croient plus que la rédemption et le salut soient nécessaires. Et ils ne croient plus que le repentir, la rédemption et le salut soient nécessaires parce qu’ils sont universalistes. Ils pensent qu’à la fin, tout le monde ira au ciel.

Ainsi, soyons logiques. Si tout le monde à la fin doit aller au ciel, à quoi peut donc encore servir de parler de péché, d’enfer, de repentir et de foi en Jésus-Christ ? Rien de tout cela n’a d’importance, si tout le monde va au ciel à la fin.

Et, par conséquent, ce qu’il subsiste de la religion chrétienne, c’est d’être gentil, de prêcher une sorte de message doucereux qui dit que chaque nuage a sa frange d’or, qu’il faut regarder le côté ensoleillé de la vie ! Résolvons le problème du changement climatique si nous le pouvons.

Et donc, tout cela me rappelle ce mauvais spectacle son et lumière qui fut projeté sur la façade de Saint-Pierre voici quelque temps et qui tournait exclusivement autour du climat et de l’écologie.

Tout cela est beau et bon. Loin de moi de vouloir jouer les trouble-fête et de m’opposer au sauvetage des pandas : mais quand donc allons-nous reconnaître ce faux Évangile pour ce qu’il est, le bannir, le condamner, nous rappeler la foi chrétienne ?

Quand commencerons-nous à prêcher la nécessité de nous repentir de nos péchés et de croire au Fils de Dieu incarné, mort pour racheter le monde ? »

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