L’État contre les états

Pour déboulonner les bêtises sur la Guerre de Sécession

Sur Twitter, Xavier Couture a publié une série de tweets sur l’histoire de la Guerre de Sécession. Compilation :

DHeHeYiXgAA74ob« Quelques données d’abord. Pertes humaines : 620 000 hommes (sans compter les civils). Guerre la plus importante entre les guerres napoléoniennes et la 1ère Guerre Mondiale. Pour les Américains, c’est le conflit le plus dévastateur de leur histoire. Pour comparer, plus d’Américains meurent en 5 jours à la bataille d’Antietam que d’Américains morts en 16 ans au Vietnam. Dans l’historiographie américaine classique, la « civil war » marque une rupture fondamentale. 2 périodes : 1492-1861 et 1861-aujourd’hui.

L’historiographie insiste sur l’esclavage comme facteur principal dans les périodes d’exaltation des minorités : années 1960 et aujourd’hui. A bien comprendre : les divergences économiques sont tout aussi importantes pour comprendre le conflit. Ainsi, le Nord manufacturier voulait protéger son industrie naissante en taxant lourdement les importations européennes. Mais à l’opposé le Sud préférait importer les produits européens, souvent moins chers et meilleurs tout en maintenant ses exportations agricoles.

C’est aussi une confrontation entre deux modes d’organisation du travail : l’ancien (l’esclavage) et le nouveau (le salariat). Dans les faits et dans certains cas, le salariat n’étant pas plus enviable que l’esclavage.

Autre débat : les US sont une fédération et la question cruciale est le droit des États par rapport à l’État fédéral. La question de l’esclavage ne pouvait seule motiver l’ensemble des hommes. Moins de 25% des soldats de la Confédération possédait des esclaves. Le gros des troupes sudistes est issu du bas de l’échelle sociale. Chasseurs, trappeurs, petits exploitants agricoles… Cela vous explique les victoires à répétition dans les premières années. Le chasseur/trappeur étant plus à l’aise avec un fusil que son homologue ouvrier du Nord formé à la hâte. Et les intrusions éclair de Lee loin de ses bases au Nord pour tenter d’obtenir une victoire rapide et négocier une paix honorable. C’était la chose à faire car à long terme, la victoire du Nord était certaine (en raison du poids démographie et industriel)…. Et Lee était donc tout sauf un imbécile contrairement à ce que dit Libé qui se joint au choeur du Lee-bashing par bêtise.

Mais je digresse. Donc pour revenir à la question fédérale, il faut noter qu’en 1830 la Caroline du Sud avait déjà failli faire sécession. Et celà, pour des questions de droit de douane sur les produits manufacturés européens. Pas des questions d’esclavage. En d’autres termes, le litige sur la question de l’autorité fédérale/des États précédait la querelle sur l’esclavageProtectionnisme (Nord) et libre-échange (Sud) sont devenus des marqueurs qui différencient les partis encore aujourd’hui aux US. Quant à l’esclavage, il était en déclin depuis l’invention en 1793 de l’égreneuse. Un 1/4 des exploitations possédaient plus de 50 esclaves. L’image du grand manoir avec des milliers d’esclaves dans les champs de coton est une image d’Epinal. Elle ne correspondait plus à la réalité. Autre chiffre: en 1850, 36% des sudistes blancs possédaient des esclaves. En 1860 ils étaient moins de 25%. Au nord, l’abolition de l’esclavage ne signifiait pas l’octroi de la citoyenneté. Pas de droit de vote, ni de droit d’épouser un blanc. Les historiens reconnaissent aujourd’hui que la négrophobie était partagée à égalité entre nord et sud. A voir : le film Glory (Edward Zwick) qui montre la méfiance et le mépris des soldats de l’Union pour les premiers régiments noirs. Dans le Nord, les abolitionnistes extrêmes se concentraient en Nouvelle-Angleterre et étaient surtout des chrétiens évangéliques.

DHeL8J4XYAEAazFJ’ai encore digressé! Esclavage/salariat, États/État fédéral, protectionnisme/libre-échange, industrialisation/ruralité… Tous ces débats sont chauffés à blanc durant la décennie 1850. 1856, c’est l’affaire Dred Scott. Cet esclave en fuite est jugé par la Cour suprême pour savoir si sa présence dans un État du Nord vaut affranchissement. Scott est débouté. Cela donne de fait aux propriétaires sudistes une expansion illimitée de leur institution. Mais c’est l’élection de Lincoln à la présidence en 1860 qui est le véritable détonateur du conflit. Il remporte l’élection à la majorité relative sans l’appui d’un seul État du Sud.Pour les sudistes, c’est un épouvantail. Favorable aux droits de douane, aux aides à l’industrialisation, au renforcement de l’Etat fédéral. C’est alors que la Caroline du Sud fait sécession de l’Union à l’unanimité de la législature. Bientôt rejointe par d’autres Etats du Sud. 4 février 1861 : Ces Etats sécessionnistes forment une union, les Etats confédérés d’Amérique, dirigés par le président Jefferson Davis. Dès lors, la guerre est inévitable, le reste des Etats-Unis n’acceptant pas l’indépendance des Etats du Sud.

Source principale : Revue d’Histoire du XIXème siècle

Pour aller plus loin : Le Blanc soleil des vaincus, de Dominique Venner. L’esclavage fut plus un prétexte que la véritable raison de la guerre de Sécession, guerre idéologique, porteuse des prémices des totalitarismes du XXe siècle. Si en France, nous évoquons la Guerre de Sécession, au Nord des États-Unis on parle de « Guerre civile » alors que le Sud y voit toujours une « Guerre entre les États ». Le véritable motif de cette guerre fut l’interprétation de la Constitution en ce qui concerne le droit des États. Et c’est dans ce sens que les termes – « guerre civile » contre « guerre entre les États » – révèlent les deux partis en présence et la source de l’affrontement. Nés d’une révolution anti-coloniale, fondés sur la liberté, les États-Unis reposaient-ils sur la primauté de l’État fédéral ou, au contraire, sur la libre adhésion des États à l’ensemble et donc leur droit de le quitter ? La vision nordiste proclamait la primauté de l’État fédéral. De leur côté, les États du Sud, s’appuyant sur la possibilité pour un État de quitter l’Union, envisageaient de ce fait de faire sécession. Le Sud, plus aristocratique et rural, cultivant un certain art de vivre, sombra sous les coups du Nord, plus industriel, bourgeois, matérialiste et capitaliste. Source Le salon beige

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