Souvenir de la France catholique

COURONNEMENT DE LA STATUE MIRACULEUSE DE DOULON

Lors de la pose de la première pierre de l’église, un désir, entre autres, avait été exprimé : obtenir du pape le privilège de couronner solennellement la statue de Notre-Dame de Toutes-Aides ! L’évêque de Nantes, Mgr Le Coq voulut bien faire sans retard les démarches nécessaires pour cela, et, dès le 7 mars 1883, il pouvait annoncer à son diocèse que ce couronnement aurait lieu.

Il voulait que tout, dans l’occasion, se fît très solennellement ; aussi, le 25 mars, était-il heureux de dire, à Toutes-Aides même, que neuf évêques lui avaient promis leur présence.

Dans le même temps, il demandait et obtenait de tout le diocèse l’or et les pierreries indispensables pour confectionner une couronne digne de la Mère de Dieu. Les ayant obtenus abondamment, il demanda à l’architecte, M. François Bougouin, de dessiner le diadème ; le sculpteur, M. Vallet, en fit le moulage, et l’orfèvre, M. Evellin, exécuta l’oeuvre délicate et artistique : tout, ainsi, viendrait de Nantes.

Et le 4 juin, dans une lettre enthousiaste, Mgr Le Coq précisait que ce serait le dimanche, 24 juin 1883, qu’aurait lieu le couronnement de la statue de Notre-Dame de Toutes-Aides, au nom du pape régnant, Léon XIII. « Heureux, disait-il, celui qui, de ses yeux, pourra être témoin d’un tel spectacle ! ».

Le cortège

Et, en effet, l’immense foule accourue, fut témoin d’une inoubliable cérémonie. Parmi les décorations les plus variées, — on est au temps des lys et des roses, — un imposant cortège de séminaristes, de prêtres, de prélats, se forme devant le pensionnat des Frères de Ploërmel [Note : Ce pensionnat, fermé en 1906 de par les lois de spoliation d’alors, est devenu l’hôpital Broussais] et se dirige vers l’église pour y prendre la statue miraculeuse. Avec celle-ci, au milieu des chants et des vivats, le somptueux cortège revient devant le même pensionnat où se dresse une vaste estrade : c’est là qu’aura lieu le couronnement. Mgr Le Coq, derrière la statue qui s’avance, porte lui-même la précieuse couronne destinée à la Vierge ; M. le curé de Toutes-Aides, M. Bariller, porte le petit diadème qui doit orner l’Enfant, et M. le chanoine Allard, doyen du Chapitre, porte le sceptre d’or qu’on remettra dans la main droite de Jésus.

La couronne

La couronne d’or de la Mère est à triple étage. Le premier est composé d’anneaux diamantés ; un nombre incroyable de perles et de brillants, de tout genre et de toute forme, sertit ce premier diadème. Le second étage fait de fleurons, est de même enrichi de saphirs et de rubis. Le troisième, très étroit, porte le globe et la croix, avec émeraudes, améthystes, etc.

La couronne de l’Enfant est nécessairement plus petite ; mais son or très pur est orné de nombreuses pierres précieuses. Le sceptre, en vermeil, se termine élégamment par un globe minuscule et une croix bysantine.

La statue elle-même, parce qu’elle est taillée dans un tronc de noyer ouvert par derrière, est couverte d’un riche manteau de velours bleu, semé de perles et de diamants, et bordé d’un large bandeau où l’or et l’argent dessinent, sur la soie, des rinceaux plantureux que terminent des fleurs.

La cérémonie

Devant les quelque trente mille assistants, la messe est lue par Mgr Bécel, évêque de Vannes, tandis que la foule, selon la mode du temps, chantait le Credo, puis des cantiques : « Reçois ce diadème – Que nous venons t’offrir ».

Après la messe, fut entendu le magistral discours de Mgr Germain, évêque de Coutances, et alors eut lieu le geste attendu de tous. Mgr Le Coq tenait en ses mains les couronnes qu’il venait de bénir ; il n’eut pas à se déplacer : ce fut la statue elle-même qui, mue par ses habiles porteurs, se présenta devant lui. Selon les prescriptions liturgiques, l’évêque couronna d’abord l’Enfant-Dieu, puis sa divine Mère : « au nom du pape et de par l’autorité du pape Léon XIII », comme le disait le rescrit venu de Rome.

A ce moment, les vivats et les applaudissements éclatèrent de toutes parts ; il était près de midi : selon l’ordre prévu, toutes les cloches de Nantes s’ébranlèrent et acclamèrent la Vierge couronnée ; un « Magnificat » puissant s’éleva de la foule, tandis que tous les évêques présents venaient, tour à tour, offrir l’encens à Notre-Dame de Toutes-Aides.

La plaque commémorative

Afin de perpétuer le souvenir de ce splendide couronnement, un bas-relief fut sculpté par M. Joseph Vallet et posé à l’emplacement même de la cérémonie [Note : On a vu, plus haut, que cette sculpture a dû être transportée dans la chapelle votive, en 1911, ainsi que les feuilles de marbre où se lisait : « Ici a été couronnée ….. »]. La feuille de marbre, qui rappelle le fait, porte l’inscription suivante :

L’an du Seigneur, mil huit cent quatre-vingt-trois, le jour de la Nativité de Saint Jean-Baptiste, à la gloire de Dieu tout-puissant, et en l’honneur de la bienheureuse Vierge-Marie immaculée, au nom de l’autorité du Souverain Pontife Léon XIII, le révérendissime et illustrissime père en Dieu, Monseigneur Jules-François Le Coq, évêque de Nantes, a couronné l’antique statue de N.-D. de Toutes-Aides, d’un brillant diadème d’or et de pierreries, offert par la piété des fidèles du diocèse, en présence de : Mgr Jean-Marie Bécel, évêque de Vannes, Mgr Clovis Catteau, évêque de Luçon, Mgr Flavien Hugonin, évêque de Bayeux, Mgr Arthur-Xavier Ducellier, évêque de Bayonne, Mgr Alexandre Sebaux, évêque d’Angoulême, Mgr Léon Bélouino, évêque d’Hiéropolis, Mgr Abel Germain, évêque de Coutances, Mgr François-Marie Trégaro, évêque de Séez, Mgr Charles Laborde, évêque de Blois, et du Très-Révérend Père Eugène, abbé de Melleray.

Étaient présents : MM. Jules Morel et Félix Fournier, vicaires généraux ; Julien Allard, doyen du Chapitre ; Alexandre Roy, primicier de la basilique de Saint-Nicolas ; Jean-Baptiste Hillereau, curé et chanoine de la collégiale de Saint-Donatien et de Saint-Rogatien ; Monseigneur Alfred de Couëtus, prélat de la maison du Pape ; René Bariller, curé de la paroisse de N.-D. de Toutes-Aides ; Joseph Charon, vicaire, et d’un concours immense du clergé et du peuple chrétien.

Au cours du repas qui suivit, des toasts furent prononcés par M. le curé de Toutes-Aides, par Mgr l’évêque de Nantes et par le plus âgé des évêques invités, Mgr Bécel.

Les remerciements

Mgr Le Coq, entre autres amabilités, évoqua pour chacun des prélats présents, ses attaches avec la dévotion à la Très-Sainte-Vierge : Mgr l’évêque de Vannes possède le sanctuaire de sainte Anne, Mère de Marie ; celui de Bayeux honore Notre-Dame de la Délivrance ; celui d’Angoulême, né près de Pont-Main, prie Notre-Dame-d’Obézine ; celui de Coutances, Notre-Dame sur Vire ; celui de Blois, curé nantais de Notre-Dame de Miséricorde, a trouvé dans son diocèse Notre-Dame des Aydes ; celui de Luçon va de Notre-Dame de Monts à Notre-Dame de Bon-Port ; celui de Bayonne pèlerine vers Notre-Dame de Betharam, voisine de Lourdes ; celui d’Hiéropolis, évêque en Haïti, a pour devise : « A Jésus, par Marie » ; celui de Séez voulut inaugurer son épiscopat par une prière à l’Immaculée dans son Petit-Séminaire ; quant au Révérend Père Abbé de Melleray, il a Notre-Dame chez lui. — Restait un regret, celui que causait l’absence de Mgr Richard, archevêque de Larisse, coadjuteur de Paris ; Mgr Le Coq dit à tous ses excuses et ses regrets, lui qui fut pèlerin assidu de la chapelle de Toutes-Aides.

L’indulgence

Pendant ce temps de réfection, la foule se faisait de plus en plus dense devant la Vierge couronnée ; chacun voulait voir sa couronne ; chacun voulait surtout la prier et gagner l’indulgence plénière accordée par le Pape aux pieux visiteurs [Note : Le rescrit de Rome portait ces lignes : «A tous les fidèles… qui visiteront cette église paroissiale (de Toutes-Aides), le jour du couronnement ou l’un des sept jours suivants, à leur choix, pourvu qu’ils soient vraiment contrits, qu’ils se soient confessés et qu’ils aient communié, nous accordons miséricordieusement pleine indulgence et rémission de leurs péchés, pourvu qu’ils y aient prié pieusement pour la concorde des princes chrétiens, l’extirpation des hérésies, la conversion des pécheurs et l’exaltation de notre Mère la sainte Eglise » (Indulgence applicable aux âmes du Purgatoire)]. Aussi, put-on évaluer le nombre des pèlerins à quelque quatre-vingt mille, chiffre énorme si l’on songe aux difficultés de communication de cette époque.

Les vêpres furent présidées par Mgr Hugonin, l’évêque du diocèse natal de Mgr Le Coq [Note : C’est ce Mgr Hugonin qui, plus tard, eut à donner à Thérèse Martin, de Lisieux, la permission d’entrer au Carmel, et présida sa prise d’habit, le 10 janvier 1889].

La procession finale

Et ce fut la triomphale procession, sur un long parcours magnifiquement orné, avec croix et bannières de toute la ville et d’au-delà, avec fleurs et étendards de tout genre, avec brancards des associations pieuses, avec le bateau votif porté par des marins … Chants et prières, acclamations et applaudissements alternent avec les musiques instrumentales de Bel-Air, de Saint-Stanislas et de Toutes-Aides. Précédée d’un clergé innombrable, où l’on distingue la Collégiale de Saint-Donatien, la basilique de Saint-Nicolas, le Chapitre de la cathédrale, la Vierge sur son trône de gloire, s’avance lentement sous les arcs de triomphe, l’évêque de Blois, enfant de Nantes et possesseur de Notre-Dame des Aydes, présidant le royal cortège.

Notre-Dame entre enfin dans sa chapelle séculaire ; l’église est cent fois trop petite pour contenir la foule ; aussi, les dix évêques, sur le seuil, se retournent pour la bénir ensemble. A l’autel majeur, Mgr l’évêque de Coutances, l’orateur du matin, donne la bénédiction du Saint-Sacrement. Au dehors, la pluie commence à tomber ; la fête a pu, du moins, se terminer sans qu’on ait eu rien à supprimer.

— Un an plus tard, en 1884, Mgr Richard, voulant réparer son absence du jour du couronnement, présida les fêtes du premier anniversaire ; ce jour-là, la foule enthousiasmée rappela les splendeurs de 1883.

Grands anniversaires et jours tragiques

Chaque année, le souvenir de la coronation fut ainsi renouvelé. Mais, en 1908, c’était le jubilé d’argent des fastes de 1883 ; Mgr Rouard, évêque de Nantes et M. Guillou, curé de Toutes-Aides, voulurent marquer cette date de façon spéciale. Comme on était alors en un temps de persécution violente, toute la cérémonie dut se passer à l’intérieur de l’église ; du moins, le 12 juillet, autour de l’évêque, se pressait un nombreux clergé : M. Leroux, vicaire général, M. Rousseau, supérieur du Petit-Séminaire, M. de la Barbée, enfant de la paroisse et secrétaire de Monseigneur ; celui-ci chanta la messe ; le R.P. Ricordel prononça le sermon ; Mgr Rouard confia à Notre-Dame ses peines et ses craintes, la conjurant avec émotion de donner paix et liberté à l’Eglise de France. [Note : On a vu que c’est en cette occasion que fut posé et béni le nouveau tabernacle de l’autel de la chapelle votive].

En 1933, c’était le jubilé d’or du couronnement : des festivités s’imposaient. Les mesquineries haineuses du combisme avaient cessé : Mgr Le Fer de la Motte, évêque de Nantes, avec M. Crand, curé de Toutes-Aides, put organiser une cérémonie extérieure : sur le terrain des sports, le Grand-Séminaire se joignit à un nombreux clergé ; une messe pontificale avait eu lieu, le matin, à l’église ; le soir, se développa une triomphale procession ; le sermon fut donné par M. Lemoine, vicaire général ; une foule immense suivit la cérémonie et put admirer, une fois de plus, le riche diadème de la Vierge.

Le soir du 15 juin 1944, à la suite des bombardements des semaines précédentes qui firent à Doulon tant de ruines et de victimes, mais d’où l’église sortit à peu près indemne, la statue de Notre Dame fut transportée à la Chapelle-Heulin qui lui donna l’hospitalité dans son église paroissiale. Elle y demeura jusqu’au 11 novembre suivant. En ce jour anniversaire de l’armistice victorieuse, tout danger étant écarté, la Vierge au bleu manteau reprenait le chemin de la cité nantaise ; un retour processionnel à pied, la statue sur une remorque, traînée par des jeunes, escortée de nombreux fidèles, aux accents d’une double fanfare. Toutes-Aides lui fit un accueil enthousiaste. Monseigneur Villepelet, en habits pontificaux, attend, sur le parvis du temple, la Vierge, pour laquelle on a dressé un reposoir, au milieu des acclamations d’une foule émue et vibrante. Le lendemain dimanche, grande fête paroissiale du retour. Messe solennelle célébrée par le supérieur du grand séminaire, Son Excellence tient chapelle, sermon du R.P. Guyot. Le soir, après vêpres, une procession splendide s’organise sous le patronage de la Madone. Le long cortège, un cortège interminable, accompagne la statue à travers les rues meurtries et désolées, au cimetière, à la maison hospitalière, jusqu’à l’église où elle vient de reprendre sa place séculaire. Sous le ciel gris, mouillé de ce jour de novembre, jamais Notre-Dame de Toutes-Aides n’apparut plus proche de son peuple.

L’année 1958 amenait le soixante-quinzième anniversaire du couronnement. Mgr Villepelet, sollicité par M. Riochet, curé de Toutes-Aides, voulut bien chanter une messe pontificale, qui eut lieu dans l’église encore, à cause de la pluie ; c’était le 5 octobre ; le terrain des sports était pourtant tout préparé pour la fête entière ; il fallut y renoncer. La cérémonie fut grandiose cependant, le R.P. Henrion, lazariste, directeur, à Paris, de l’Association de la Médaille Miraculeuse, réveilla dans les coeurs la dévotion envers Notre Dame. Les représentants des Assemblées qui s’étaient intéressées aux travaux de réfection de l’église, prenaient part à la messe et on eut l’avantage d’y voir des assistants qui avaient vu le couronnement en 1883. Le présent se rattachait encore au passé lointain. (J.-B. RUSSON).


 

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