Le KGB vous libèrera

Dans “The political pope”, qu’il vient de publier, George Neumayr tente une biographie du pape François. Le site “Benoît-et-moi” nous livre une traduction des premières pages de l’ouvrage :
« “Vous devez régler votre position par rapport à l’Église”, a crié le Pape Jean-Paul II à un Ernesto Cardenal – un prêtre catholique devenu militant marxiste – recroquevillé. En violation de ses vœux religieux, Cardenal avait rejoint le gouvernement communiste sandiniste du Nicaragua, et le Pape Jean-Paul II le tançait devant les caméras du monde entier. Cette scène sensationnelle, en 1983, sur une piste de l’aéroport de Managua, a fourni l’une des images les plus étonnantes du pontificat anticommuniste du Pape Jean-Paul II.

Les lettres de créance anticommunistes du pape Jean-Paul II étaient si solides et son plaidoyer antisoviétique si efficace qu’aux dires des historiens, les dirigeants du Kremlin avaient engagé un tireur turc pour l’assassiner. Cette tentative échoua, et le Pape Jean-Paul II a continué à dénoncer les Soviétiques jusqu’à ce que leur empire s’effondre en 1991.

Joseph Ratzinger s’est également opposé avec acharnement au communisme. Après avoir occupé le poste de Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, Ratzinger a succédé à Jean-Paul II en 2005 et a pris comme nom papal Benoît XVI. Dans son rôle de gardien de la doctrine de l’Église, Ratzinger a mis à plusieurs reprises les fidèles en garde contre la “théologie de la libération”, une idéologie d’inspiration marxiste déguisée en sollicitude pour les pauvres, que les espions soviétiques du KGB avaient aidé à infiltrer l’Église catholique d’Amérique latine dans les années 1950.

Selon Ion Mihai Pacepa, qui a été chef des services secrets de Roumanie dans les années 1950 et 1960, “Le mouvement est né dans le KGB, et il avait un nom inventé par le KGB : théologie de la libération”. Les Soviétiques cherchaient depuis longtemps à infiltrer l’Église catholique. Dans les années 1950, Bella Dodd, ex-leader du parti communiste soviétique des États-Unis, a témoigné devant le Congrès américain que les communistes occupaient quelques-uns des “postes les plus élevés” de l’Église catholique. “Nous avons placé des centaines d’hommes dans le sacerdoce afin de détruire l’Église de l’intérieur”, a-t-elle dit. “L’idée était que ces hommes soient ordonnés, puis gravissent les échelons de l’influence et de l’autorité comme cardinaux et évêques”. En tant que membre actif du parti, Dodd déclara qu’elle connaissait “quatre cardinaux au Vatican qui travaillaient pour nous”.

Selon Pacepa (Ion Mihai Pacepa était le fonctionnaire le plus haut placé des services d’espionnage de l’ancien bloc soviétique à avoir jamais fait défection. Il est maintenant citoyen américain), le KGB a pris “le contrôle secret du Conseil mondial des Églises (World Council of Churches – WCC), basé à Genève, en Suisse, et l’a utilisé comme couverture pour convertir la théologie de la libération en un outil révolutionnaire pour l’Amérique du sud”. Cherchant à diffuser le marxisme athée parmi les paysans religieux d’Amérique latine, les dirigeants soviétiques ont chargé le KGB d’envoyer des agents dans les cercles ecclésiastiques. En 1968, les évêques d’Amérique latine ont fortement approuvé la théologie de la libération lors d’une conférence à Medellín, en Colombie. Le KGB a servi de marionnettiste pour l’événement, a rapporté Pacepa.

“Dans les années 1950 et 1960, la plupart des Latino-Américains étaient des paysans pauvres et religieux qui avaient accepté le statu quo et [le Premier ministre soviétique Nikita] Khrouchtchev pensait qu’ils pouvaient être convertis au communisme par la manipulation judicieuse de la religion”, écrivit-il. “En 1968, le KGB a pu manœuvrer un groupe d’évêques de gauche sud-américains pour organiser une conférence à Medellín, en Colombie. À la demande du KGB, mes [espions] ont fourni une assistance logistique aux organisateurs. La tâche officielle de la conférence était d’aider à éliminer la pauvreté en Amérique latine. Son objectif non déclaré était de légitimer un mouvement religieux créé par le KGB, nommé ‘théologie de la libération’, dont la tâche secrète était d’inciter les pauvres d’Amérique latine à se rebeller contre la ‘violence institutionnalisée de la pauvreté’ générée par les États-Unis.”

Sur cette toile de fond historique, les papes Jean-Paul II et Benoît XVI ont vu avec inquiétude la propagation de la théologie de la libération en Amérique latine. Ils craignaient qu’une idéologie influencée par le marxisme, que les théologiens progressistes de l’Église catholique utilisaient dans leur propre politique socialiste, ne corrompe la foi catholique. Le pape Benoît XVI qualifia la théologie de la libération d’ “hérésie singulière”. Il soutint qu’elle trompait les fidèles en dissimulant la “dialectique marxiste” derrière un plaidoyer apparemment inoffensif en faveur des classes inférieures. Il attira l’attention sur l’incompatibilité philosophique du marxisme avec le christianisme et contesta l’affirmation de nombreux hommes d’Église qui déclaraient que le christianisme pourrait purifier les éléments marxistes de la pensée socialiste. (En France, le groupe “Jean XXIII” de Nantes voulait faire de la liturgie, avec la complicité de certains évêques et par le biais de certains cantiques à coloration socialo-communiste repris par les fidèles, un instrument au service de l’idéologie marxiste. On rappellera aussi le rôle néfaste joué par le CCFD à cette époque… – n.d.l.r. -)

Des déclarations radicalement différentes de celles émanant aujourd’hui du Saint-Siège sous le pape François. Premier pape latino-américain dans l’histoire de l’Église, Jorge Mario Bergoglio a fait les titres non pas pour avoir réprimandé les marxistes, mais pour les avoir soutenus ; non pas pour avoir réprimandé les théologiens de la libération, mais pour les avoir honorés.[Tout comme le cardinal Müller]

Sous Jean-Paul II et Benoît XVI, les médias occidentaux parlaient sur un ton critique d’une “guerre sainte contre la théologie de la libération”. Aujourd’hui, les médias attendent impatiemment des nouvelles sur la sympathie du pape François pour elle. “La réhabilitation de la théologie de la libération se poursuit au Vatican”, énonçait le titre caractéristique d’un article d’ “Associated Press”.

Dans l’une de ses premiers interviews majeures, le pape François déclara que les théologiens de la libération avaient une “haute conception de l’humanité. Quelques mois après son élection le 13 mars 2013, François a reçu au Vatican avec les honneurs le père fondateur de la théologie de la libération, le prêtre péruvien Gustavo Gutiérrez. Gutiérrez avait disparu des hautes sphères ecclésiastiques sous Jean-Paul II et Benoît XVI après avoir lancé un appel marxiste pour “une participation effective à la lutte que les classes exploitées ont entreprise contre leurs oppresseurs”. Mais après l’arrivée de François, Gutiérrez s’est soudain trouvé couvert d’éloge. Des représentants du Vatican l’ont qualifié de penseur impeccable, responsable de l’un des “courants les plus importants de la théologie catholique du XXe siècle”. Le journal du Vatican, “L’Osservatore Romano”, a affirmé que l’élection du pape François sortirait la théologie de la libération de “l’ombre où elle avait été reléguée pendant des années, au moins en Europe”.

Leonardo Boff, qui s’est longtemps glorifié de son statut de théologien de libération renégat au Brésil, a également connu un magnifique changement de fortune après l’élection du pape François. En raison de son marxisme ouvert, Boff s’était vu imposer le silence par la Congrégation pour la doctrine de la Foi de Jean-Paul II. Boff avait également été condamné par le Vatican pour ses pitreries inquiétantes lors du Sommet de la Terre de 1992 à Rio de Janeiro – un activisme qui a finalement conduit Boff à quitter le sacerdoce. Mais ces jours-ci, Boff se retrouve dans les bonnes grâces de l’Église. Le Pape François l’a recruté pour servir de conseiller à la rédaction de “Laudato Si’”, son encyclique de 2015 approuvant l’agenda politique des activistes du changement climatique.
Profitant du nouveau vent soufflant en provenance du Vatican, Miguel d’Escoto Brockmann, dont le rôle dans le gouvernement révolutionnaire marxiste du Nicaragua dans les années 1970 avait entraîné sa suspension du sacerdoce, a envoyé en 2014 une demande au pape François afin que ses facultés sacerdotales lui soient restituées. Le pape François a répondu à sa demande : “Le Saint-Père a donné son assentiment bienveillant pour que le Père Miguel d’Escoto Brockmann soit absous de la censure canonique qui lui a été infligée et l’a confié au supérieur hiérarchique de l’institut (Maryknoll) pour l’accompagner dans le processus de réinsertion dans le sacerdoce ministériel”, a annoncé le Vatican.

D’Escoto, parmi ses autres activités marxistes, avait participé au Conseil mondial des Églises susmentionné, contrôlé par le KGB. Dès que le pape François eût accordé la demande d’Escoto, le lauréat du Prix Lénine de la paix reprit ses polémiques marxistes, qualifiant le capitalisme de “doctrine et pratique les plus anti-chrétiennes jamais conçues par l’homme pour nous tenir séparés et inégaux dans une sorte d’apartheid mondial”. Il condamna le pape Jean-Paul II pour “abus d’autorité” et s’extasia sur Fidel Castro, le qualifiant de figure inspirée dont le régime (meurtrier) annonçait “le royaume de Dieu sur cette terre, c’est-à-dire l’alternative à l’empire”. Encore maintenant, en tant que prêtre bien vu sous le pape François, d’Escoto reste membre du Front de libération nationale sandiniste et continue de servir de conseiller à Daniel Ortega.
Selon Leonardo Boff, le pape François finira par réhabiliter tous les théologiens de la libération condamnés d’Amérique latine. Boff croit que le pape François attend la mort de leur ancien opposant, le pape Benoît XVI : “Je crois que tant que le pape retraité vivra, il ne se réconciliera pas, et ne réhabilitera pas ces théologiens”, déclare Boff qui ajoute : “Mais, quand il sera seul, il sauvera les 500 théologiens dont les têtes ont été coupées. Je crois que ce pape est capable de démanteler cette machine de punition et de contrôle, et de la laisser aux églises locales”. Source Proliturgia Jeudi, 11 mai 2017.

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