Le palais de la mémoire

La science confirme la technique du « palais de la mémoire » pour doubler la capacité de mémorisation

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Une étude menée par une équipe de l’hôpital universitaire de Radboud à Nimègue, aux Pays-Bas, confirme que les champions de la mémorisation ne sont pas des êtres à part, mais que l’amélioration de la mémoire est à la portée de chacun, notamment par le biais des associations d’images et de mots. Ce qu’au Moyen Âge on appelait le « palais de la mémoire » est une technique redoutablement efficace, comme le montre l’imagerie par résonance magnétique : la science moderne donne ainsi raison… à saint Thomas d’Aquin notamment, adepte de cette pratique.

Les IRM réalisées par l’équipe dirigée par le professeur assistant Martin Dresler ont permis de montrer que les personnes ordinaires qui ont participé aux expériences pouvaient obtenir des capacités de mémorisation qui n’ont rien à envier à celles des meilleurs. En 40 jours seulement d’entraînement, à raison de 30 minutes par jour, les personnes n’ayant pas de compétences de mémorisation particulière ont réussi à doubler leur capacité et même davantage.

Selon l’article scientifique publié dans la revue Neuron, ils retenaient au début de l’étude environ 26 mots ; à la fin, ils pouvaient en mémoriser 62. Et quatre mois plus tard, sans avoir subi d’entraînement supplémentaire, leur mémoire de ces mots restait élevée.

Doubler la capacité de mémorisation : à la portée de chacun Les IRM montraient que les fonctions cérébrales des participants ont été modifiées par l’exercice. Leurs cerveaux comportent désormais une forme de connectivité que l’on constate chez les « athlètes de la mémoire », a indiqué le Dr Dresler. Il avait au préalable comparé les scans de 23 « mémorisateurs » connus avec ceux de 23 personnes ordinaires qui leur ressemblaient pour ce qui est de l’âge et de l’état de santé, mais sans capacités de mémorisation extraordinaires, pour constater qu’il n’y a pas de différence de taille de cerveau entre les deux groupes. La seule différence réside bien dans la connectivité à l’intérieur du cerveau.

Autrement dit, les champions de la mémoire ne naissent pas avec un cerveau « différent » : « Tous, sans aucune exception, se sont entraînés pendant des mois et des années en utilisant des stratégies mnémoniques afin de parvenir à des performances très élevées », selon Martin Dresler.

Pour sa part, il a choisi de faire travailler son groupe de cobayes avec la technique des « loci » – « lieux » en latin –, ou le « palais de la mémoire » : les éléments d’une liste y sont associés avec un lieu bien connu, où les différents objets présents sont associés mentalement avec les mots à mémoriser, et dans lequel la personne navigue ensuite en esprit afin de retrouver les dits mots. Pour retenir une liste de courses, par exemple, on imagine chaque objet dans un lieu précis de son salon : arrivé au magasin, il suffit d’en faire le tour mental pour retrouver ce qu’il faut acheter.

Le « palais de la mémoire », une technique employée par saint Thomas d’Aquin

L’équipe du Radboud a appris cette technique à un tiers de 51 individus aux capacités de mémorisation moyennes et ayant des caractéristiques d’âge et d’état de santé similaire à celles des champion de la mémoire connus. Le deuxième tiers a été entraîné avec une technique utilisée pour améliorer la mémoire courte. Le tiers restant n’a subi aucun entraînement. L’ensemble des participants était capable de retenir en moyenne entre 26 et 30 mots au début de la période.

Le groupe sans entraînement particulier a réussi à retenir sept mots de plus en moyenne à la fin des 40 jours. Le groupe ayant travaillé la mémoire courte a amélioré ses performances de 11 mots en moyenne. Ceux qui ont appris la technique du palais de la mémoire ont été capables de retenir 35 mots de plus en moyenne.

Tous ont subi des IRM avant et après cette période ; le dernier groupe montrait, en bout de course, une connectivité ressemblant à celle des champions de la mémoire. Les zones de connectivité les plus affectées étaient – conformément aux attentes des chercheurs – celles du cortex préfrontal médian qui s’active lorsqu’un individu rattache une information nouvelle à quelque chose de déjà connu, et du cortex préfrontal dorsolatéral droit, qui s’activent lors d’efforts pour apprendre de manière stratégique.

La science confirme les techniques d’apprentissage médiévales

Cette étude vient ainsi confirmer la pertinence d’une méthode développée dès l’Antiquité, et qu’on associe au poète grec Simonide de Céos, qui aida à identifier les victimes de l’effondrement d’une salle de banquet dont il était sorti juste avant la catastrophe parce qu’il se rappelait où étaient placés les convives.

Par la suite, saint Augustin, saint Albert le Grand et bien d’autres figures catholiques ont adopté et enseigné la méthode, notamment saint Thomas d’Aquin qui l’évoque dans la Somme théologique. La méthode a été analysée par la médiéviste Mary Carruthers dans Le livre de la mémoire : une étude de la mémoire dans la culture médiévale. Pour les anglophones curieux et désireux de développer leur propre mémoire, on peut signaler ce petit manuel : Memorize the Faith! (and Most Anything Else): Using the Methods of the Great Catholic Medieval Memory Masters.Source réinformationTV Jeanne Smits

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