La parfaite prière suite et fin

 Deuxième demande : QUE VOTRE RÈGNE ARRIVE (Reprise du commentaire de saint Thomas d’Aquin).

– Comme il a été dit, l’Esprit-Saint nous fait droitement aimer, désirer et demander ce qu’il convient d’aimer, de désirer, de demander (n° 3).

Cet Esprit produit en nous d’abord la crainte, qui nous porte à rechercher la sanctification du nom de Dieu.

Il nous accorde ensuite un autre don : le don de piété. La piété est proprement une affection tendre et dévouée pour un père et aussi pour tout homme plongé dans la misère.

Comme Dieu est bien notre Père, nous devons donc non seulement le vénérer et le craindre, mais aussi nourrir pour lui une affection tendre et délicate. C’est cette affection qui nous fait demander l’avènement du règne de Dieu. La grâce de Dieu est apparue, déclare saint Paul (Tt 2, 11-13), nous enseignant à vivre avec modération, justice et piété dans le temps présent, dans l’attente de la bienheureuse espérance et de l’apparition glorieuse de notre grand Dieu.

– Mais on pourrait se poser la question : Le règne de Dieu a toujours existé, pourquoi donc demandons-nous son avènement ?

Il faut répondre : cette demande : Que votre règne arrive peut s’entendre de trois manières. a) En premier lieu, le règne de Dieu, sous sa forme achevée, suppose la parfaite soumission de toutes choses à Dieu.

Il arrive parfois qu’un roi ne possède que le droit de régner et de commander ; et cependant il ne semble pas encore être roi effectivement, parce que ses sujets ne lui sont pas encore soumis. Il n’apparaîtra vraiment roi et seigneur, que le jour où les sujets de son royaume lui obéiront.

Sans aucun doute Dieu, par lui-même et par tout ce qu’il est, est Maître de l’univers, et le Christ, du fait qu’il est Dieu, et même en tant qu’homme, tient de Dieu d’être, lui aussi, le Seigneur de toutes choses. L’Ancien des jours, est-il dit dans Daniel (7, 14), lui a donné la puissance, l’honneur et la royauté. Il faut donc que tout lui soit soumis.

Mais il n’en est pas encore ainsi ; cela se réalisera à la fin du monde. Il est écrit en effet (l Co 15, 25) : Il faut qu’il déploie son règne, jusqu’à ce qu’il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds. Voilà pourquoi nous demandons et nous disons : Que votre règne arrive.

– Et ce faisant, nous demandons trois choses, à savoir :

Que les justes se convertissent,

Que les pécheurs soient punis et

Que la mort soit détruite.

Les hommes sont soumis au Christ de deux manières. Ils le sont, ou bien volontairement, ou bien contre leur gré. La volonté de Dieu possède en effet une efficacité telle, qu’elle ne peut pas ne pas s’accomplir totalement. Et puisque Dieu veut que toutes choses soient soumises au Christ, il faudra nécessairement, ou que l’homme accomplisse la volonté de Dieu, en se soumettant à ses commandements – ce que font les justes – ou que Dieu réalise sa volonté sur tous ceux qui lui désobéissent, c’est-à-dire sur les pécheurs et sur ses ennemis, en les punissant. Et cela aura lieu à la fin du monde, quand il placera tous ses ennemis sous ses pieds (cf. Ps. 109, 1). Et c’est pourquoi il est donné aux saints de demander à Dieu la venue de son règne, c’est-à-dire leur totale soumission à sa royauté. Mais pour les pécheurs, la demande de la venue du règne de Dieu est propre à faire frémir, puisque c’est la demande de leur soumission aux supplices, requis par le vouloir divin. Malheur à ceux des pécheurs qui désirent le jour du Seigneur, dit Amos (5, 18).

L’arrivée du règne de Dieu, à la fin des temps, sera aussi la destruction de la mort. Le Christ en effet est la vie ; aussi la mort – qui est contraire à la vie – ne peut exister dans son royaume, conformément à cette parole (1 Co 15, 26) : La mort, son ennemie, sera détruite en dernier lieu, c’est-à-dire, lors de la résurrection, lorsque, suivant la parole de saint Paul (Ph 3, 21), le Sauveur transformera notre corps de misère pour le rendre semblable à son corps de gloire.

– b) En second lieu, le règne des cieux désigne la gloire du paradis.

Il n’y a là rien d’étonnant ; car règne ne signifie rien d’autre que gouvernement. Un gouvernement atteint son plus haut point d’excellence, lorsque rien ne vient plus faire obstacle à la volonté de celui qui gouverne.

Or la volonté de Dieu est le salut des hommes, car Dieu veut les sauver tous (cf. 1 Tm 2, 4). Cette volonté divine s’accomplira surtout dans le paradis, où il n’y aura rien de contraire au salut des hommes ; car, dit le Seigneur (Mt 13, 41), les Anges mettront hors de son royaume tous les scandales. Dans ce monde, au contraire, abondent les obstacles au salut des hommes.

Quand donc nous demandons à Dieu : Que votre règne arrive, nous le prions de nous faire triompher de ces obstacles pour nous donner part à son royaume céleste et à la gloire du paradis.

– Trois motifs rendent ce royaume extrêmement désirable.

Le premier est la souveraine justice qui y règne. Parlant du peuple qui habite ce royaume, le Seigneur déclare en Isaïe (60, 21) qu’il ne sera composé que de justes. Ici-bas les méchants sont mélangés aux bons, mais là-haut il n’y aura aucun méchant et aucun pécheur.

– Le deuxième motif qui rend ce royaume désirable, est la très parfaite liberté (lui y est le partage de tous les élus.

Ici-bas tous désirent la liberté sans la posséder pleinement ; mais au ciel on jouit d’une liberté pleine et entière, sans la plus petite servitude. La création elle-même, dit saint Paul (Rm 8, 21), sera alors affranchie de l’esclavage de la corruption, pour connaître la glorieuse liberté des enfants de Dieu.

Et non seulement tous les élus possèderont la liberté, mais ils seront rois, selon cette parole de l’Apocalypse (5, 10), adressée à Jésus : De ceux que vous avez rachetés, vous avez fait pour notre Dieu un royaume et des prêtres, et ils règneront sur la terre.

Ils seront tous rois, parce qu’ils auront, avec Dieu, une seule volonté ; Dieu voudra tout ce que les saints voudront et les saints voudront tout ce que Dieu aura voulu. Ils règneront donc tous, parce que la volonté de tous se fera, et Dieu sera leur couronne à tous, selon cette parole d’Isaïe (28, 5) : En ce jour le Seigneur des armées sera pour le reste de son peuple une couronne de gloire et un diadème de joie.

– En troisième lieu, le royaume des cieux est on ne peut plus désirable, à cause de la merveilleuse abondance de ses biens. L’oeil n’a pas vu, dit Isaïe au Seigneur (64, 4), hormis vous seul, ce que vous avez préparé à ceux qui vous attendent. Dieu, dit de son côté le Psalmiste (Ps. 102, 5), vous comblera de biens selon votre désir.

Et il faut remarquer ceci : L’homme trouvera « en Dieu seul » tout, beaucoup plus excellemment et plus parfaitement que tout ce qu’il cherche « en ce monde ».

Si vous cherchez la délectation, vous trouverez, en Dieu, la délectation suprême. Si vous cherchez les richesses, en Dieu, vous trouverez surabondamment tout ce dont vous aurez besoin et tout ce qui est la raison d’être des richesses. Et il en est de même pour les autres biens. « L’âme, qui commet cette fornication de s’éloigner de vous pour rechercher hors de vous des biens, ne trouve ces biens dans toute leur pureté et limpidité, que si elle revient à vous », reconnaissait saint Augustin dans ses Confessions.

– c) Le troisième motif de demander à Dieu la venue de son règne, c’est que parfois le péché règne et triomphe en ce monde.

Contre cette calamité, saint Paul s’élevait.

Que le péché, disait-il aux Romains (6, 12), ne règne pas dans votre cœur.

Ce malheur arrive, lorsque l’homme est ainsi disposé qu’il suit aussitôt sans résistance et jusqu’au bout son inclination au péché.

Dieu doit régner dans notre cœur et il y règne effectivement lorsque nous sommes prêts à lui obéir et à observer tous ses commandements.

Quand donc nous demandons la venue du règne de Dieu, nous demandons que ne règne plus en nous le péché, mais Dieu seul et pour toujours.

– Par cette demande de la venue du règne de Dieu, nous parviendrons à la béatitude proclamée par le Seigneur (Mt 5, 4) : Bienheureux.les doux.

En effet, d’après la première explication du « Que votre règne arrive », l’homme, du fait qu’il désire voir Dieu reconnu Maître souverain de tout, ne se venge pas de l’injure subie, mais réserve ce soin à Dieu, car, en se vengeant, il rechercherait son triomphe personnel et non la venue du règne de Dieu.

D’après la deuxième explication, si vous attendez ce règne de Dieu, c’est-à-dire la gloire du paradis, vous ne devez pas, perdant les biens de ce monde, vous laisser aller à l’inquiétude.

De même, si dans la ligne de la troisième explication, vous demandez que règnent en vous Dieu et son Christ, comme Jésus fut très doux, ainsi qu’il le dit lui-même (Mt 11, 29), vous devez, vous aussi, être doux et imiter les Hébreux dont saint Paul a dit (He 10, 34) : Ils acceptèrent joyeusement d’être dépouillés de leurs biens.

Troisième demande : QUE VOTRE VOLONTÉ SOIT FAITE SUR LA TERRE COMME AU CIEL

– L’Esprit-Saint produit en nous un troisième don, appelé le don de science.

L’Esprit-Saint lui-même, en effet, ne produit pas seulement dans les bons le don de crainte et de piété, qui est, comme nous l’avons vu précédemment, un amour délicat pour Dieu; il rend aussi l’homme sage.

David demandait le don de la science par ces paroles (Ps. 118, 66) : Seigneur, enseignez-moi la bonté, la sagesse et la science. Et c’est effectivement cette science du bien vivre que le Saint-Esprit nous a enseignée.

Parmi les dispositions qui contribuent à la science et à la sagesse de l’homme, la plus importante est cette sagesse qui porte l’homme à ne pas s’appuyer sur son propre sens. Ne vous reposez pas sur votre prudence, est-il recommandé dans les Proverbes (3, 5). Ceux en effet qui présument de leur propre jugement, au point de ne se fier qu’à eux-mêmes, et non aux autres, sont considérés comme des insensés, et ils le sont véritablement. Avez-vous vu un homme sage à ses propres yeux, déclarent les Proverbes (26, 12), il faut plus espérer d’un insensé que de lui.

Si un homme ne se fie pas à son propre jugement, il le doit à son humilité, car les Proverbes (11, 2) enseignent que là où se trouve l’humilité, se rencontre aussi la sagesse. Les orgueilleux, au contraire, ont en eux une confiance exagérée.

– Le Saint-Esprit nous enseigne donc, par le don de science, à ne pas faire notre volonté, mais la volonté de Dieu. Par ce don, en effet, nous demandons à Dieu que sa volonté se fasse sur la terre comme au ciel. Et en ceci se manifeste le don de science.

Quand nous disons à Dieu : Que votre volonté soit faite, il en est de nous comme d’un malade, qui accepte quelque remède amer, prescrit par son médecin ; il ne le veut pas absolument, mais dans la mesure où le médecin le veut ; autrement, s’il le voulait de sa seule volonté, il serait un insensé. Nous de même, nous ne devons rien demander à Dieu, si ce n’est la réalisation de ses vouloirs sur nous, c’est-à-dire l’accomplissement de sa volonté en nous.

Le cœur de l’homme, en effet, est droit, dès lors qu’il s’accorde avec la volonté divine. Le Christ, lui, a réalisé cet accord entre sa volonté et la volonté divine. Je suis descendu du ciel, dit-il (Jn 6, 38), non pour faire ma volonté, mais pour accomplir la volonté de celui qui m’a envoyé. Le Christ, en effet, n’a, en tant que Dieu, qu’une seule et même volonté avec son Père, mais, en tant qu’homme, il a une volonté distincte de celle de son Père. C’est en parlant de cette volonté-ci, qu’il avait déclaré : Je ne fais pas ma volonté, mais celle de mon Père. Et c’est aussi pourquoi il nous apprend à prier et à demander : Que votre volonté soit faite.

– Mais quelle est la raison d’être de cette prière : Que votre volonté soit faite ?

N’est-il pas dit de Dieu au Psaume 113 (Vers. 3) : Tout ce qu’il veut, il l’accomplit ? Si Dieu fait tout ce qu’il veut, au ciel et sur la terre, pourquoi Jésus dit-il : Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ?

– Pour comprendre l’à-propos de cette demande, il faut savoir que Dieu veut pour nous trois choses, dont notre prière demande la réalisation.

a) En premier lieu, Dieu veut pour nous la possession de la vie éternelle.

Quiconque en effet accomplit quelque chose pour une fin déterminée, veut que cette chose atteigne la fin pour laquelle il l’accomplit. Or Dieu fit l’homme, mais non pas sans dessein. Il est écrit, en effet (Ps. 88, 48) : Serait-ce pour rien, Seigneur, que vous avez créé tous les enfants des hommes ? Dieu créa donc les hommes pour une fin. Cette fin, ce ne sont pas les voluptés, car les animaux, eux aussi, en jouissent, mais c’est la possession de la vie éternelle (cf. Jn 3, 16 ; 10, 10). La volonté de Dieu pour l’homme est donc qu’il entre en possession de la vie éternelle.

– Quand une chose atteint ce pourquoi elle a été faite, on dit d’elle qu’elle est sauve, lorsqu’elle ne l’atteint pas, on dit d’elle qu’elle est perdue. Or, l’homme a été fait par Dieu pour la vie éternelle. Lors donc qu’il y parvient, il est sauvé ; et telle est la volonté du Seigneur sur lui. C’est la volonté de mon Père qui m’a envoyé, dit Jésus (Jn 6, 40), que quiconque voit le Fils et croit en lui, possède la vie éternelle.

Cette volonté est déjà accomplie dans les Anges et dans les Saints, qui vivent dans la patrie céleste, car ils voient Dieu, le connaissent et jouissent de lui. Mais nous, nous désirons que, comme la volonté divine s’est accomplie dans les Bienheureux qui sont au ciel, elle s’accomplisse aussi en nous, qui sommes sur la terre. Et notre désir, nous en demandons la réalisation au Père céleste par cette prière : Que votre volonté soit faite en nous, qui sommes sur la terre, comme elle est faite dans les Saints, qui sont au ciel.

– b) En second lieu, la volonté de Dieu à notre égard est que nous observions ses commandements.

Quelqu’un en effet désire-t-il un bien, non seulement il veut ce bien, objet de son désir, mais il veut aussi tous les moyens nécessaires à son obtention. Ainsi le médecin, pour obtenir au malade la santé, veut pour lui la diète, les remèdes et autres choses de ce genre.

Or Dieu veut pour nous la possession de la vie éternelle.

Au jeune homme qui lui demande (Mt 19, 17) : Que dois-je faire de bon pour avoir en héritage la vie éternelle ?

Jésus répond : Si tu veux entrer dans la vie éternelle, garde les commandements.

Saint Paul écrit à ce propos (Rm 12, 1-2) : Que votre obéissance soit spirituelle, puissiez-vous expérimenter quelle est la volonté de Dieu, bonne, agréable et parfaite.

Bonne, cette volonté de Dieu, elle l’est, puisqu’elle est utile. Moi, le Seigneur, dit Dieu (Is 48, 17), je vous apprends des choses utiles.

Agréable, la volonté divine l’est à celui qui aime ; et si elle est rebutante pour celui qui n’aime pas, pour ses amants, du moins, elle est délectable. La lumière s’est levée pour le juste, dit le Psalmiste (Ps. 96, 11), la joie pour les coeurs droits.

La volonté de Dieu est aussi parfaite, parce qu’elle est d’une bonté supérieure à tout. Soyez parfaits, prescrivait Jésus aux foules (Mt 5, 48), comme votre Père céleste est parfait.

Ainsi donc quand nous disons : Que votre volonté soit faite, nous demandons la grâce d’observer les commandements de Dieu. Or, cette volonté de Dieu est accomplie dans les justes, mais elle ne l’est pas encore dans les pécheurs. Les justes sont désignés par le ciel, les pécheurs par la terre. Nous demandons donc que la volonté de Dieu soit faite sur la terre, c’est-à-dire dans les pécheurs, comme elle est accomplie au ciel, dans les justes.

– Il faut remarquer ceci : Jésus, par la manière même dont il a formulé la troisième demande du « Notre Père », nous donne un enseignement.

En effet, il ne nous fait pas dire à notre Père : « faites votre volonté », ni non plus : « que nous fassions votre volonté » ; mais il nous fait dire : Que votre volonté soit faite.

Deux choses en effet sont nécessaires pour parvenir à la vie éternelle ; à savoir la grâce de Dieu et la volonté de l’homme. Et, bien que Dieu ait fait l’homme sans l’appeler à coopérer avec lui, cependant il ne le justifie pas sans sa coopération. « Celui qui t’a créé sans toi, ne te justifiera pas sans toi », dit saint Augustin, dans son Commentaire sur saint Jean. Dieu, en effet, veut cette coopération de l’homme. Il dit en Zacharie (1, 3) : Convertissez-vous à moi et je me convertirai à vous. Et saint Paul écrit (1 Co 15, 10) : C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce n’a pas été inactive en moi.

Ne présumez donc pas de vous-même, mais confiez-vous en la grâce de Dieu, ne renoncez pas à votre effort, mais apportez votre collaboration. C’est pourquoi Jésus ne nous fait pas dire : « Que nous fassions votre volonté », autrement il semblerait que la grâce de Dieu n’a rien à faire. Et il ne nous prescrit pas non plus de dire : « Faites votre volonté », sinon il semblerait que notre volonté et notre effort ne servent à rien.

Mais Jésus nous fait dire : Que la volonté de Dieu soit faite, par la grâce de Dieu, à laquelle nous joignons notre travail et notre effort.

– c) En troisième lieu, Dieu veut de nous que nous soyons rétablis dans l’état et la dignité dans lesquels le premier homme fut créé, dignité et état si élevés que son esprit et son âme ne ressentaient aucune opposition de la part de la chair et de la sensualité.

Aussi longtemps que l’âme fut soumise à Dieu, la chair fut soumise à l’esprit si parfaitement qu’elle n’éprouva ni la corruption de la mort, ni l’altération de la maladie et des autres passions.

Mais à partir du moment où l’esprit et l’âme, qui tiennent le milieu entre Dieu et la chair, se rebellèrent contre Dieu par le péché, aussitôt le corps se rebella contre l’âme et il commença à éprouver les infirmités et la mort, et continuellement sa sensibilité se révolta contre l’esprit. Ce qui fait dire à saint Paul (Rm 7, 23) : Je vois dans mes membres une loi qui lutte contre la loi de ma raison et (Ga 5, 17) : La chair convoite contre l’esprit et l’esprit contre la chair. Ainsi il y a guerre incessante entre l’esprit et la chair ; et l’homme est sans cesse rendu de plus en plus mauvais par le péché. C’est donc la volonté de Dieu que l’homme soit rétabli dans son premier état, c’est-à-dire qu’il n’y ait rien dans sa chair d’opposé à son esprit : ce que saint Paul exprime ainsi (1 Th  4, 3) : Ce que Dieu veut, c’est voire sanctification.

– Or, cette volonté de Dieu ne peut être accomplie en cette vie. Elle sera réalisée à la résurrection des saints, quand leurs corps ressusciteront glorieux, incorruptibles et splendides, suivant la parole de l’Apôtre (1 Co 15, 43) : Semé dans l’ignominie, le corps ressuscitera dans la gloire.

Cependant la volonté de Dieu est réalisée ici-bas dans l’esprit des justes, par leur justice, leur science et leur vie.

Aussi, quand nous disons : Que votre volonté soit faite, nous prions le Seigneur de réaliser également sa volonté dans notre chair.

Suivant cette explication, dans la demande : Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, le mot ciel désigne notre esprit et le mot terre désigne notre chair. Et le sens de cette demande est : Que votre volonté soit faite sur la terre, c’est-à-dire dans notre chair, comme elle est faite au ciel, c’est-à-dire, dans notre esprit, par la justice.

– Cette troisième demande de l’oraison dominicale nous fait parvenir à la béatitude des larmes, que le Seigneur nous a fait connaître dans le sermon sur la montagne (Mt 5, 5) : Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu’ils seront consolés. Il est aisé de le montrer, en reprenant les trois points de notre exposition.

Premièrement, Dieu veut pour nous et nous fait désirer la vie éternelle. Par cet amour de la vie éternelle, nous sommes amenés à verser des larmes. Hélas, chantait le Psalmiste (Ps. 119, 5), qu’il est long mon exil ! Et ce désir de la vie éternelle chez les saints est si véhément, qu’il les fait aspirer à la mort, bien que celle-ci par elle-même soit un sujet d’aversion. Nous préférons quitter ce corps, disait saint Paul (2 Co 5, 8), et aller jouir de la présence du Seigneur.

En second lieu, ceux qui gardent les commandements de Dieu, pour obéir à la volonté de Dieu, sont aussi dans l’affliction, car si les préceptes sont doux pour l’âme, pour la chair ils sont amers, parce qu’ils la mortifient. Parlant de leur chair, le Psalmiste dit des justes (Ps. 125, 5) : Ils s’en vont tout en pleurs ; et, à propos de leur âme, il ajoute : Ils viennent en exultant.

En troisième lieu, nous avons parlé de la lutte incessante de notre chair et de notre esprit entre eux, cette lutte est également un sujet de larmes. Il est en effet impossible que l’âme, dans ce combat, ne reçoive pas quelques blessures, de la part de la chair, au moins celles des péchés véniels. L’obligation d’expier ces fautes lui est un sujet de larmes. Chaque nuit, c’est-à-dire, aussi longtemps que durent les ténèbres de mes péchés, dit le Psalmiste (Ps 6, 7), de mes pleurs j’arroserai mon lit, c’est-à-dire ma conscience. Ceux qui pleurent ainsi parviennent à la patrie. Dieu daigne nous y conduire.

Quatrième demande : DONNEZ-NOUS AUJOURD’HUI NOTRE PAIN QUOTIDIEN

– Il arrive fréquemment que la grandeur de sa science et de sa sagesse rendent l’homme timide. Aussi la force est nécessaire à son coeur pour ne pas perdre courage dans la considération de ses besoins.

Le Seigneur, dit Isaïe (40, 29), donne la force et aux êtres anéantis il prodigue vigueur et courage. L’Esprit entra en moi, dit aussi Ezéchiel (2, 2), et il me fit tenir fermement debout.

L’Esprit-Saint donne donc la force, et il la donne d’une part pour empêcher le coeur de l’homme de défaillir dans la crainte de manquer des choses nécessaires, et d’autre part pour lui faire croire fermement que Dieu lui accordera tout ce qui lui est nécessaire. C’est pourquoi l’Esprit-Saint dispensateur de cette force, nous apprend à dire à Dieu : Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Et on l’appelle Esprit de force.

 – Il faut savoir que, dans les trois demandes précédentes du « Notre Père », nous demandons des biens spirituels dont la possession, commencée en ce monde, ne sera parfaite que dans la vie éternelle.

En effet, demander à Dieu la sanctification de son nom, c’est demander la reconnaissance de sa sainteté ; demander l’avènement de son règne, c’est lui demander de nous faire parvenir à la vie éternelle, prier pour que la volonté de Dieu se fasse, c’est prier Dieu d’accomplir en nous sa volonté. Tous ces biens, partiellement réalisés dans ce monde, ne le seront pleinement que dans la vie éternelle.

Aussi est-il nécessaire de demander à Dieu quelques biens indispensables, dont la possession parfaite est possible en la vie présente. C’est pourquoi l’Esprit-Saint nous a appris à demander ces biens nécessaires à la vie présente et possédés ici-bas parfaitement.

Et c’est aussi pour montrer que Dieu pourvoit à nos nécessités temporelles elles-mêmes, qu’il nous fait dire : Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien.

– Par ces paroles, Jésus nous a appris à éviter cinq péchés qui se commettent habituellement par un désir immodéré des choses temporelles.

Le premier de ces péchés est que l’homme, insatiable des choses qui conviennent à son état et à sa condition, et poussé par un désir déréglé, demande des biens qui sont au-dessus de sa condition. Il en est de lui comme d’un soldat qui voudrait s’habiller comme un officier, ou d’un clerc, qui voudrait porter des vêtements d’évêque. Ce vice détourne les hommes des choses spirituelles, parce qu’il attache avec excès leur désir aux choses temporelles.

Le Seigneur nous a enseigné à éviter un tel péché, en nous apprenant à demander seulement du pain, c’est-à-dire les biens nécessaires à chacun, en cette vie, suivant sa condition particulière. Ces biens nécessaires sont en effet tous compris sous le nom de pain. Le Seigneur ne nous a donc pas appris à demander des choses délicates, des choses variées, des choses exquises, mais du pain, sans lequel l’homme ne peut vivre et qui est la nourriture commune à tous. La première chose pour vivre, dit l’Ecclésiastique (29, 28), c’est l’eau et le pain. Et l’Apôtre écrit à Timothée (l, 6, 8) : Lorsque nous avons nourriture et vêtement, sachons nous contenter.

 – Un deuxième vice consiste pour certain à commettre des injustices et des fraudes dans l’acquisition des biens temporels. C’est un vice très dangereux, parce qu’il est difficile de restituer des biens volés, et que, d’après saint Augustin, « un tel péché n’est pas pardonné, si on ne restitue pas ce qui a été dérobé ».

Le Seigneur nous a enseigné à éviter ce vice, en nous apprenant à demander pour nous, non pas le pain d’autrui, mais le nôtre. Les voleurs, en effet, mangent le pain d’autrui et non le leur.

– Le troisième vice consiste dans une sollicitude excessive pour les biens terrestres.

Certains en effet ne sont jamais satisfaits de ce qu’ils possèdent, ils veulent toujours davantage. Pareille disposition d’esprit est un désordre, puisque le désir doit se régler sur le besoin.

Seigneur, ne me donnez ni la richesse, ni la pauvreté, disent les Proverbes (30, 8), mais accordez-moi seulement ce qui est nécessaire à ma subsistance. Jésus nous enseigne à éviter ce péché par ces paroles : Donnez-nous notre pain quotidien, c’est-à-dire le pain d’un seul jour ou d’une seule unité de temps.

– Le quatrième vice, causé par l’appétit démesuré des choses d’ici-bas, consiste en une insatiable avidité des biens terrestres, une véritable voracité. Elle est le fait de ceux qui veulent consommer en un seul jour ce qui pourrait leur suffire pour plusieurs jours. Ceux-là ne demandent pas le pain d’une journée, mais le pain de dix jours. Dépensant sans mesure, ils en arrivent à dissiper tous leurs biens, selon cette parole des Proverbes (23, 21) : Buveur et glouton se ruinent, et suivant cette autre parole (Ecclésiastique 19, 1) : L’ouvrier ivrogne ne s’enrichit pas.

– Le désir excessif des biens terrestres engendre un cinquième péché, l’ingratitude.

Ce vice déplorable est le vice de l’homme qui s’enorgueillit de ses richesses et ne reconnait pas qu’il les tient de Dieu, auteur de tous les biens spirituels et temporels, selon cette parole de David (1 Chr 29, 14) : Tout vient de vous, Seigneur, et ce que nous avons, nous le tenons de vos mains.

Pour écarter ce vice et nous apprendre que tous nos biens viennent de Dieu, Jésus nous fait dire : Donnez-nous notre pain.

– (Mais recueillons donc la leçon de l’expérience et de l’Écriture au sujet du caractère dangereux et nuisible des richesses.)

On constate que, parfois, tel ou tel possède de grandes richesses sans en retirer aucune utilité, mais bien plutôt un dommage spirituel et temporel. Il y eut en effet des hommes qui périrent à cause de leurs richesses. Il est un mal que j’ai constaté sous le soleil, dit l’Ecclésiaste (6, 1-2), mal qui est fréquent parmi les hommes ; l’homme à qui Dieu donne richesses, biens, honneurs, il ne manque rien à son âme de ce qu’elle peut désirer, mais Dieu ne le laisse pas maitre d’en jouir, c’est un étranger qui dévorera ses richesse : – Il est un autre tort criant, dit encore l’Ecclésiaste (5, 12), que je vois sous le soleil, les richesses accumulées par leur maître à son détriment.

Nous devons donc demander à Dieu que nos richesses nous soient utiles. Lorsque nous disons : Donnez-nous notre pain, c’est cela même que nous demandons, à savoir que nos biens nous soient avantageux, et que ne se vérifie pas pour nous ce qui est écrit du méchant (Job, 20, 14-15) : Sa nourriture deviendra dans son sein un venin d’aspic. Il a englouti des richesses, il les vomir, Dieu les arrachera de son ventre.

 – Si nous revenons à ce vice d’une sollicitude excessive à l’endroit des biens terrestres, nous voyons des hommes qui s’inquiètent aujourd’hui pour le pain d’une année entière, et, s’ils viennent à le posséder, ils ne cessent pas pour autant de se tourmenter. Mais le Seigneur leur dit (Mt 6, 31) : N’allez donc pas vous inquiéter et n’allez pas dire : que mangerons-nous ? Ou que boirons-nous ? Ou de quoi nous vêtirons-nous ? Aussi nous enseigne-t-il à demander pour aujourd’hui notre pain, c’est-à-dire à demander le nécessaire pour le moment présent.

Il existe, en plus du pain, nourriture du corps, deux autres sortes de pain, le pain sacramentel et le pain de la parole de Dieu.

Dans l’oraison dominicale, nous demandons également notre pain sacramentel, il est chaque jour préparé dans l’Eglise et nous le recevons dans un sacrement, en gage de notre salut futur.

Je suis, déclarait Jésus aux Juifs (Jn 6, 51), je suis le pain vivant descendu du ciel. – Celui, qui mange ce pain et boit le Seigneur de façon indigne, mange el boit sa condamnation (l Co II, 29).

Nous demandons également, dans l’oraison dominicale, cet autre pain qu’est la parole de Dieu ; c’est de ce pain que Jésus a dit (Mt 4, 4) : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

De cette parole, de ce verbe de Dieu provient, pour l’homme, la béatitude, qui consiste dans la faim et la soif de la justice. En effet, lorsqu’on possède les biens spirituels, on les désire davantage et ce désir aiguise l’appétit et la faim, qu’assouvira le rassasiement de la vie éternelle.

Cinquième demande : ET REMETTEZ-NOUS NOS DETTES, COMME NOUS-MÊMES NOUS REMETTONS A NOS DÉBITEURS

– On rencontre des hommes, grands par la sagesse et par le courage, qui cependant, à cause de leur excessive confiance dans leur force, n’effectuent pas leurs ouvrages avec sagesse et ne conduisent pas jusqu’à leur achèvement ce qu’ils s’étaient proposé. Ils semblent ignorer que les conseils donnent de la force aux réflexions, comme l’enseignent les Proverbes (20, 18).

Mais remarquons-le, l’Esprit-Saint, s’il donne la force, donne aussi le conseil. Car un bon conseil relatif au salut de l’homme ne peut venir que du Saint-Esprit. C’est le cas de cette cinquième demande.

Le conseil est nécessaire à l’homme, quand il est soumis à la tribulation, tout comme le conseil des médecins lui est utile, lorsqu’il est malade. C’est pourquoi, un homme est-il spirituellement malade par le péché, il doit, pour guérir, demander conseil. Et Daniel montre que le conseil est nécessaire au pécheur, lorsqu’il dit au roi Nabuchodonosor (Dn 4, 24) : Ô roi, agrée mon conseil : rachète tes péchés par des aumônes.

Le conseil de faire l’aumône et d’exercer la miséricorde est un excellent conseil pour effacer les péchés. Aussi est-ce bien l’Esprit-Saint qui apprend à des pécheurs cette prière de demande : Remettez-nous nos dettes, en y ajoutant : comme nous-mêmes nous remettons à nos débiteurs.

– Par ailleurs nous devons à Dieu, d’une dette véritable, ce à quoi il a droit et que nous lui refusons. Or le droit dont Dieu exige le respect, c’est l’accomplissement de sa volonté, préférée à notre volonté propre. Nous portons atteinte au droit de Dieu, quand nous préférons notre volonté à la sienne ; et c’est en cela que consiste le péché.

Ainsi nos péchés sont des dettes à l’égard de Dieu. Et c’est du Saint-Esprit que nous vient le conseil de demander à Dieu le pardon de nos péchés et de dire très justement ; Remettez-nous nos dettes.

– Au sujet de ces paroles : Remettez-nous nos dettes, nous pouvons nous poser trois questions :

a. Premièrement, pourquoi faisons-nous cette demande ?

b. Deuxièmement, quand est-elle exaucée ?

c. Troisièmement, que devons-nous accomplir pour que Dieu l’exauce ?

a) Pourquoi adressons-nous au Père cette demande : Remettez-nous nos dettes ?

La considération de son contenu nous permet de recueillir deux enseignements nécessaires aux hommes pendant cette vie.

Le premier enseignement, c’est que l’homme doit toujours se tenir dans la crainte et l’humilité.

Il y eut des hommes assez présomptueux pour oser affirmer que nous pouvions vivre en ce monde de manière à éviter le péché. Ce privilège ne fut accordé à personne, si ce n’est au Christ seul, qui posséda l’Esprit en plénitude, et à la Bienheureuse Vierge, pleine de grâce et immaculée, dont saint Augustin a dit : « De cette Vierge, je ne veux pas faire la moindre mention, lorsqu’il s’agit des péchés ». Mais à aucun autre des saints il ne fut accordé de ne pas tomber, au moins dans quelque faute vénielle. Si nous disons : nous sommes sans péché, affirme en effet saint Jean (1 Jn 1, 8), nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous.

Et que les hommes soient pécheurs, cela est prouvé également par le contenu de cette demande : Remettez-nous nos dettes. Il convient, en effet, indubitablement, à tous les saints eux-mêmes de réciter ces paroles de l’oraison dominicale. Tous les hommes sans exception se reconnaissent donc et s’avouent pécheurs et débiteurs.

Par conséquent, si vous êtes pécheur, vous devez craindre et vous humilier.

– L’autre enseignement qui ressort de cette demande : Remettez-nous nos dettes, est que nous devons vivre toujours dans l’espérance. En effet, bien que pécheurs, nous ne devons pas perdre l’espérance ; le désespoir pourrait nous conduire à d’autres péchés plus graves, comme l’enseigne l’Apôtre (Ep 4, 19) : Ayant perdu l’espérance, dit-il, les païens se sont livrés à l’impudicité et à toute espèce d’impureté, avec frénésie.

Il nous est donc extrêmement utile de toujours espérer.

Quelque grand pécheur qu’il soit, l’homme en effet doit espérer toujours de Dieu son pardon, s’il se repent et se convertit parfaitement. Or cette espérance se fortifie en nous, quand nous disons : Notre Père, remettez-nous nos dettes.

– Des hérétiques, qu’on nomme Novatiens, ont voulu enlever cette espérance du pardon divin. Ils déclarèrent : Si vous commettez un seul péché après le baptême, vous n’obtiendrez jamais miséricorde.

Une telle assertion est fausse, si la parole du Christ est vraie (Mt 18, 32) : Je t’ai remis, dit-il, toute ta dette, parce que tu m’avais supplié.

Donc, quel que soit le jour où vous implorez miséricorde, vous pourrez l’obtenir, si vous y joignez le repentir de vos péchés.

Ainsi donc, la considération du contenu de cette cinquième demande de l’oraison dominicale: Remettez-nous nos dettes, fait naître en nous la crainte et l’espérance ; elle nous montre que tous les pécheurs contrits, qui avouent leurs fautes, obtiennent miséricorde. Et elle nous fait conclure que cette demande avait sa place obligée dans le «Notre Père ».

– b) Quand cette demande : Remettez-nous nos dettes, est-elle exaucée ?

Pour répondre à cette question, il faut avoir présent à l’esprit les deux éléments contenus en tout péché, à savoir la faute ou l’offense faite à Dieu, et le châtiment mérité par la faute. Or la faute est remise par la contrition, si la contrition est accompagnée du propos de se confesser et de satisfaire.

J’ai dit, déclare le Psalmiste (Ps 31, 5), je confesserai contre moi-même mon injustice au Seigneur, et vous nous avez pardonné l’impiété de mon péché. Si donc, comme nous venons de le dire, la contrition des péchés, avec le’ propos de les confesser, suffit à en obtenir la remise, le pécheur ne doit pas désespérer.

– Mais peut-être quelqu’un objectera-t-il : Puisque le péché est remis par la contrition, à quoi sert le prêtre ?

A cette question, il faut répondre : Dieu, par la contrition, remet la faute et change la peine éternelle en peine temporelle, le pécheur contrit reste donc soumis à une peine temporelle. C’est pourquoi, s’il mourrait sans s’être confessé, non parce qu’il aurait méprisé la confession, mais parce que la mort l’aurait surpris, avant qu’il eût pu se confesser, il irait au purgatoire y souffrir, et, d’après saint Augustin, y souffrir extrêmement.

Mais si vous vous confessez, vous vous soumettez au pouvoir des clefs et, en vertu de ce pouvoir, le prêtre vous absout de la peine temporelle due à vos fautes, car le Christ a dit aux Apôtres (Jn 20, 22-23) : Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, ils sont retenus à ceux à qui vous les retiendrez. C’est pourquoi si quelqu’un se confesse une seule fois, il lui est remis une partie de la peine de ses péchés, et il en est de même, s’il se confesse à nouveau, et s’il se confesse un nombre de fois suffisant, il pourra obtenir la remise entière de sa peine.

– Les successeurs des Apôtres trouvèrent un autre moyen de remettre la peine temporelle, à savoir le bienfait des indulgences. Pour celui qui vit dans la charité, les indulgences possèdent la valeur que le Pape a, sans aucun doute, le pouvoir de leur donner. Beaucoup de saints firent un grand nombre de bonnes œuvres, sans pécher du moins mortellement, ils firent ces œuvres pour l’utilité de l’Église. De même, les mérites du Christ et de la bienheureuse Vierge sont réunis comme en un trésor. Le Souverain Pontife et ceux à qui il en a confié le soin, peuvent dispenser ces mérites, là où il y a nécessité. Ainsi donc, les péchés sont remis, quant à la faute, par la contrition, et, quant à la peine, par la confession et par les indulgences.

– c) A la question : Que devons-nous accomplir pour que le Seigneur exauce cette demande : Remettez-nous nos dettes ? Il faut répondre : Dieu requiert de notre part, que nous pardonnions à notre prochain les offenses qu’il nous fait. C’est pourquoi il nous demande de dire : comme nous, nous remettons leurs dettes à nos débiteurs. Si nous agissions autrement, Dieu ne nous pardonnerait pas.

Il est dit de même dans l’Ecclésiastique (28, 2-5) : Pardonne au prochain son injustice, et alors, à ta prière, tes péchés seront remis. L’homme conserve de la colère contre un autre homme, et il demande à Dieu sa guérison ! Il n’a pas pitié de son semblable, et il supplie pour ses propres fautes ! Lui, qui n’est que chair, garde rancune ; qui donc lui obtiendra le pardon de ses péchés ? – Pardonnez donc, dit Jésus (Lc 6, 37), et il vous sera pardonné.

Et c’est pourquoi dans cette cinquième demande du «Notre Père» le Seigneur pose cette seule condition : pardonner à autrui. Si nous ne la réalisons pas, à nous non plus, il ne nous sera pas pardonné.

– Mais vous pourriez dire : Moi, je prononcerai les premiers mots de la demande, à savoir: Remettez-nous nos dettes, mais je ne réciterai pas les derniers : comme nous remettons à nos débiteurs.

Chercheriez-vous donc à tromper le Christ ?

Assurément vous ne le tromperiez pas. Le Christ a composé cette oraison, il se la rappelle parfaitement ; comment dès lors le tromper ? Votre cœur doit donc ratifier cette demande, quand vos lèvres la prononcent.

– Demandons-nous alors si celui qui n’a pas le propos intérieur de pardonner son prochain doit dire encore : comme nous, nous remettons à nos débiteurs. Il semble que non, car alors il mentirait. Mais il faut répondre qu’il n’est pas pour autant dispensé de dire : comme nous, nous remettons à nos débiteurs. En fait, il ne ment pas, parce qu’il ne prie pas en son nom, mais au nom de l’Église qui, elle, ne s’y trompe pas ; c’est pourquoi d’ailleurs cette demande est exprimée au pluriel.

– Il importe de le savoir ; il y a deux manières de pardonner au prochain.

La première est la manière des parfaits ; elle pousse l’offensé à aller au-devant de l’offenseur, pour lui pardonner, conformément à l’injonction du Psalmiste (Ps 33, 15) : Recherche.la paix.

La deuxième manière de pardonner est commune à tous et obligatoire pour tous ; elle consiste à accorder le pardon à qui le sollicite. Pardonne au prochain son injustice, dit l’Ecclésiastique (28, 2), alors à ta prière, tes péchés te seront remis.

 – A cette cinquième demande de l’oraison dominicale se rattache la béatitude : Bienheureux les miséricordieux. La miséricorde, en effet, nous porte à avoir pitié de notre prochain.

Sixième demande : ET NE NOUS LAISSEZ PAS SUCCOMBER A LA TENTATION

– Il existe des pécheurs désireux d’obtenir le pardon de leurs fautes, ils se confessent et font pénitence, mais ils n’apportent pas toute l’application nécessaire pour ne pas retomber dans le péché. Ils sont vraiment inconséquents avec eux-mêmes. En effet, à certaines heures, ils pleurent leurs péchés et s’en repentent, et à d’autres heures ils retombent dans leurs fautes, et accumulent ainsi la matière de larmes futures. C’est la raison pour laquelle le Seigneur leur dit en Isaïe (1, 16) : Lavez-vous, purifiez-vous, retirez de ma vue vos pensées mauvaises, cessez de mal faire.

Et c’est aussi pourquoi le Christ, comme nous l’avons dit, nous enseigne dans la demande précédente, à implorer le pardon de nos péchés et, dans celle-ci, nous apprend à demander la grâce de pouvoir éviter le péché, par ces paroles : Ne nous laissez pas succomber à la tentation, car à la tentation il appartient précisément de nous faire tomber dans le péché.

– Le contenu de cette sixième demande de l’oraison dominicale nous invite à examiner :

a. Ce qu’est la tentation,

b. Comment et par qui l’homme est tenté,

c. Comment il est délivré de la tentation.

– a) Qu’est-ce que la tentation ?

Tenter ne signifie rien d’autre que mettre à l’essai ou éprouver. Ainsi, tenter un homme, c’est éprouver sa vertu. Sa vertu peut être mise à l’essai ou éprouvée de deux manières, dans la ligne des exigences de la vertu humaine. Il est requis d’une part que l’œuvre bonne soit accomplie d’une manière excellente et d’autre part que l’on se garde du mal. Ce qui est indiqué par le Psalmiste (Ps 33, 15) : Évite le mal et fais le bien.

La vertu de l’homme sera donc mise à l’épreuve tantôt au point de vue de l’excellence de son agir, tantôt au point de vue de son éloignement du mal.

– Si, en premier lieu, on vous éprouve pour savoir si vous êtes prompt à vous porter au bien, comme par exemple à jeûner, et si on vous trouve effectivement prompt au bien, ce sera le signe que votre vertu est grande.

C’est de cette façon que Dieu éprouve parfois l’homme, ce n’est pas qu’il ignore sa vertu, mais il veut la faire connaitre à tous et à tous la donner en exemple. Dieu éprouva de cette manière Abraham (cf. Gn 2) et Job. Souvent en effet le Seigneur envoie des tribulations aux justes, s’ils les supportent patiemment, leur vertu est manifestée et ils progressent dans la vertu. Le Seigneur vous tente, disait Moïse aux Hébreux (Dt 13, 3) afin de faire apparaître au grand jour si oui ou non vous l’aimez. C’est donc de cette manière seulement que Dieu tente l’homme, à savoir, en l’excitant à bien faire.

– En second lieu, pour éprouver la vertu de l’homme, on l’incitera au mal. S’il résiste fortement et ne consent pas, c’est l’indice de la grandeur de sa vertu, mais s’il succombe à la tentation, sa vertu est manifestement inexistante. Jamais Dieu ne tente qui que ce soit de cette manière, car Dieu est incapable de tenter et de pousser personne au mal. Sa propre chair, le diable et l’homme, voilà les tentateurs de l’homme.

– b) Comment et par qui l’homme est-il tenté ?

1° La chair tente l’homme de deux manières. D’abord elle l’aiguillonne et le pousse au mal par la recherche incessante de ses délectations charnelles, occasions fréquentes de péché. Le fait de s’arrêter dans les délectations charnelles entraîne la négligence des choses spirituelles. Chacun, dit saint Jacques (1, 14), est tenté par sa propre convoitise, qui l’entraîne et le séduit.

En second lieu, la chair nous tente en nous détournant du bien. L’esprit, de lui-même, se délecterait toujours dans les biens spirituels, mais la chair rend l’esprit lourd et l’entrave. Le corps, sujet à la corruption, dit la Sagesse (9, 15), appesantit l’âme ; et saint Paul écrivait aux Romains (7, 22) : L’homme intérieur en moi se délecte dans la loi de Dieu ; mais je vois dans mes membres une autre loi ; cette loi-là lutte contre la loi de ma raison ; elle me tient captif sous la loi du péché, qui est dans mes membres.

Cette tentation de la chair est extrêmement forte, à cause de notre union intime à notre ennemie, la chair. « Aucune peste, dit Boèce, n’est plus nuisible qu’un ennemi familier ». Il faut donc veiller sur les assauts de notre chair. Veillez et priez, dit Jésus, (Mt 26, 41), pour ne pas entrer en tentation.

– 2° La chair, une fois domptée, un autre ennemi surgit, le diable. Il nous tente très fortement et il nous faut lutter contre lui avec vigueur. Nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, dit saint Paul (Ep 6, 12), mais contre les Principautés et contre les Puissances, contre les Maîtres de ce monde de ténèbres, contre les Esprits répandus dans les airs. Aussi le diable est-il expressément appelé le tentateur, comme le montrent ces paroles de saint Paul (l Th 3, 5) : Pourvu que le tentateur ne vous ait pas tentés.

Dans ses tentations, le diable se montre consommé en ruse. Semblable à un habile chef d’armée, occupé à assiéger une forteresse, il considère les points faibles de l’homme qu’il veut attaquer et fait alors porter l’effort de la tentation là où il constate que son adversaire est plus désarmé. Ainsi il tente les hommes, vainqueurs de leur chair, du côté des vices auxquels ils sont le plus enclins, comme la colère, l’orgueil et les autres maladies de l’esprit. Votre adversaire, le diable, dit saint Pierre (1 P. 5, 8), comme un lion rugissant, rôde autour de vous ; il cherche qui dévorer.

– Le démon, dans ses tentations, emploie une double tactique.

D’abord, il ne propose pas aussitôt à l’homme, au moment de la tentation, un mal manifeste, mais un bien apparent. Ainsi, au début, il ne détourne que légèrement l’homme de son orientation générale antérieure, mais suffisamment pour ensuite l’amener plus facilement à pécher. A ce sujet, l’Apôtre écrit aux Corinthiens (2 Jn 11, 14) ; Rien d’étonnant (si de faux apôtres se camouflent en apôtres du Christ), Satan lui-même se déguise bien, lui, en ange de lumière. Après avoir amené l’homme à pécher, Satan l’enchaîne ensuite pour l’empêcher de se relever de ses fautes. Ainsi donc le démon fait deux choses : il trompe l’homme et il maintient l’homme trompé dans son péché.

– 3° Le monde, de son côté, nous tente de deux manières.

Il nous tente, en premier lieu, par un désir excessif et immodéré des choses temporelles. La cupidité, dit l’Apôtre (1 Tm 6, 10), est la racine de tous les maux.

En second lieu, le monde nous incite au mal par les frayeurs que nous inspirent les persécuteurs et les tyrans. De ce fait, nous sommes enveloppés de ténèbres, dit Jacob (37, 19), Tous ceux qui veulent vivre avec piété dans le Christ Jésus, écrit saint Paul (2 Tm 3, 12) souffriront persécution. Et à ce propos, le Seigneur a fait cette recommandation à ses disciples (Mt 10, 20) : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l’âme.

– c) Nous avons montré ce qu’est la tentation, comment et par quoi l’homme est tenté. Examinons maintenant de quelle manière l’homme est délivré de la tentation.

A ce sujet, il faut remarquer ceci : le Christ nous enseigne à demander au Père non pas la grâce de ne pas être tentés, mais bien celle d’éviter de nous établir passivement dans l’état où nous met la tentation. C’est en effet en surmontant et en dominant la tentation que l’homme mérite la couronne de gloire incorruptible (cf. 1 Co 9, 25 ; 1 P 5, 4). C’est pourquoi saint Jacques (1, 2) déclare : Tenez pour une joie parfaite, mes frères, d’être en butte à toutes sortes d’épreuves. Et l’Ecclésiastique nous avertit (2, 1) : Mon fils, en entrant au service du Seigneur, préparez votre âme à l’épreuve. Saint Jacques déclare encore (1, 12) : Heureux l’homme qui supporte la tentation : sa valeur une fois reconnue, il recevra la couronne de vie. Ainsi donc, Jésus nous enseigne à demander au Père de ne pas nous laisser succomber à la tentation, en lui donnant notre consentement. Aucune tentation, dit saint Paul (1 Co 10, 13), ne nous est survenue, qui passât la mesure humaine. Que l’homme soit tenté en effet est chose normale, mais qu’il consente à la tentation et s’y abandonne, cela ne l’est pas, mais lui vient du diable.

– Mais objectera-t-on, puisque le Christ dit très précisément : Ne nous induisez pas en tentation, c’est-à-dire, ne soyez pas cause d’un entraînement et d’une entrée fatale dans la tentation, ne faut-il pas comprendre que c’est Dieu lui-même, plutôt que le diable, qui nous entraîne activement au mal ?

Je réponds ceci : C’est uniquement en permettant le mal et en n’y mettant pas d’obstacle que Dieu, si on peut dire, achemine l’homme au mal. Ainsi Dieu sera dit induire un homme en tentation, lorsqu’il retirera sa grâce, à cause des nombreux péchés de cet homme ; ce qui aura pour effet de faire tomber celui-ci dans le péché. C’est pour être préservé d’un tel malheur, que le Psalmiste demande à Dieu dans sa prière (Ps. 70, 9) : Lorsque mes forces déclineront, Seigneur, ne m’abandonnez pas.

Par contre, grâce à la ferveur de la charité qu’il lui donne, Dieu conduit l’homme de telle manière qu’il ne soit pas induit en tentation, au sens que nous avons expliqué plus haut. La charité en effet, si minime soit-elle, peut résister à n’importe quel péché. Car les grandes eaux (de la tentation) n’ont pu éteindre l’amour, dit le Cantique des Cantiques (8, 7). De même le Seigneur nous dirige par la lumière de l’intelligence, par elle, il nous montre les oeuvres que nous devons accomplir. D’après le Philosophe Aristote, en effet, tout pécheur est un ignorant. – Cette lumière pour bien agir, David la demandait par ces paroles (Ps. 31, 8): Seigneur, illuminez mes yeux, que je ne m’endorme pas dans la mort. Que mon ennemi ne dise pas : j’ai triomphé de lui.

– Cette lumière nous vient par le don d’intelligence.

Si nous refusons notre consentement à la tentation, nous gardons cette pureté du coeur, béatifiée par Jésus, en ces termes (Mt 5, 8) : Bienheureux les coeurs purs, car ils verront Dieu; et nous parviendrons à la vision de Dieu. Que Dieu nous y conduise effectivement !

Septième demande : MAIS DÉLIVREZ-NOUS DU MAL. AMEN

– Dans les deux demandes précédentes, le Seigneur nous apprend à implorer le pardon de nos péchés, et il nous montre comment échapper aux tentations. Ici, il nous enseigne à demander d’être préservés du mal. Cette demande est générale. D’après saint Augustin, elle vise les différentes espèces de maux, à savoir les péchés, les maladies, les afflictions. Nous avons déjà parlé du péché et de la tentation, il nous reste à traiter des autres catégories de maux, c’est-à-dire de toutes les adversités et afflictions de ce monde.

De ces adversités et de ces afflictions, Dieu nous délivre de quatre manières.

 

– En premier lieu, Dieu délivre l’homme de l’affliction, quand il écarte celle-ci de lui ; cela, il le fait rarement. Dans ce monde, en effet, les saints sont affligés. Tous ceux, dit saint Paul (2 Tm 3, 12), qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus connaîtront la persécution. Cependant, Dieu accorde parfois à tel ou tel de n’être pas affligé par le mal. Quand, en effet, il le sait incapable de supporter l’épreuve, il agit comme un médecin, qui évite de donner à un grand malade des médecines violentes. Voici, dit le Seigneur (Ap 3, 8), que j’ai mis devant toi une porte ouverte, que nul ne peut fermer, et ce, à cause de ton défaut de vigueur.

Dans la patrie céleste, il en va tout autrement. Nul n’y est affligé. C’est la loi générale pour tous les élus. Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, est-il dit dans l’Apocalypse (7, 16-17), et jamais ne les accablera le soleil ni aucun vent brûlant. Car l’Agneau qui est au milieu du trône.les fera paître et les conduira aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.

– En second lieu, Dieu nous délivre du mal par l’octroi des consolations, au temps de l’affliction. Privé de ces divines consolations, l’homme ne pourrait subsister au milieu des épreuves. Nous sommes, disait saint Paul (2 Co 1, 8), accablés au delà de toute mesure, au delà de nos forces, et il ajoutait (2 Co 7, 6) : mais Dieu nous a consolés, lui qui réconforte les humbles. Vos consolations réjouissent mon âme, chantait aussi le Psalmiste (Ps. 93, 19), à proportion des douleurs surabondantes de mon coeur.

– En troisième lieu, Dieu comble les affligés de tant de bienfaits qu’ils en viennent à oublier leurs maux. Après la tempête, disait Tobie (3, 22), vous ramenez le calme. Ainsi nous ne devons pas craindre les afflictions et les tribulations du monde, elles sont en effet facilement supportables, à cause des consolations que Dieu y mêle et à cause de leur brève durée. La légère tribulation d’un moment, dit en effet saint Paul (2 Co 4, 17), nous prépare, au delà de toute mesure, un poids éternel de gloire ; car elle nous fait effectivement parvenir à la vie éternelle.

– En quatrième lieu, – et pour étendre l’idée du mal à tous les maux -, Dieu tire du bien de tous les maux, tentations et tribulations. Aussi Jésus ne nous fait pas dire : Délivrez-nous de la tribulation, mais : Délivrez-nous du risque de mal véritable qu’elle porte avec elle. Les tribulations sont en effet données aux saints pour leur bien, pour leur faire mériter la couronne de gloire ; et c’est pourquoi, loin de demander d’être délivrés des tribulations, les saints font leurs les paroles de l’Apôtre (Rm 5, 3) : Non seulement nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu, mais nous nous glorifions encore dans les tribulations, sachant que la tribulation produit la constance. Et ils répètent la prière du livre de Tobie (3, 12) : Au temps de la tribulation, Dieu de nos Pères, vous pardonnez les péchés de ceux qui vous invoquent.Dieu donc délivre l’homme du mal et de la tribulation, en transformant tribulation et mal en bien, et c’est là le signe d’une sagesse consommée, puisqu’en effet il appartient au sage d’ordonner le mal au bien. Dieu y parvient, en donnant à l’homme la grâce d’être patient dans ses tribulations. Les autres vertus se servent des biens, mais la patience est seule à tirer profit des maux ; eux seuls donc la rendent nécessaire. C’est pourquoi sa nécessité apparaît seulement au milieu des maux, c’est-à-dire dans les adversités. Nous lisons en effet dans les Proverbes (19, 11) : La sagesse d’un homme, vous la reconnaîtrez à sa patience, qui lui fait ordonner le mal au bien.

– C’est pourquoi l’Esprit-Saint nous fait adresser cette demande au Père, par le don de la sagesse. Grâce à ce don, nous parvenons à la béatitude, à laquelle nous ordonne la paix. La patience, en effet, nous assure la paix dans l’adversité comme dans la prospérité. C’est pourquoi les pacifiques sont appelés fils de Dieu. Ils sont, en effet, semblables à Dieu. A eux, comme à Dieu, rien ne peut nuire, ni la prospérité, ni l’adversité. Bienheureux donc les pacifiques, ils seront appelés fils de Dieu (Mt 5, 9).

– Le mot Amen est la réaffirmation générale des sept demandes de l’Oraison dominicale.

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La parfaite prière suite et fin

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