La fraternité des religions contre la seule vraie religion

LES AUMÔNIERS DE L’AÉROPORT PARIS-CHARLES-DE-GAULLE, PIONNIERS DE LA FRATERNITÉ RELIGIEUSE

Quatre espaces prière accueillent chaque jour de nombreux voyageurs – chrétiens, musulmans et juifs – dans l’aéroport. Un exemple de vivre-ensemble.

fraternitereligieuseLa file d’attente s’allonge, pour passer la douane, dans le terminal 2E de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle. Les valises roulent et les touristes – passeport en main – attendent leur tour. A quelques mètres de là, une voyageuse musulmane franchit la porte coulissante de l’espace prière. Elle passe la tête dans le bureau que se partagent les aumôniers, et demande la permission d’entrer. C’est le pasteur, Pierre de Mareuil, barbe ébouriffée et sourire débonnaire, qui lui répond. «Allez-y, bienvenue». Elle se dirige vers la salle de prière, passe sous une rosace multicolore accrochée au plafond. «Chacune de nos religions est représentée par une teinte de verre différente», explique le diacre Yves de Brunhoff. Un symbole du partage et de la fraternité en ce lieu où les aumôniers des différentes religions sont collègues. La synagogue est mitoyenne d’une chapelle que les catholiques partagent avec les protestants. Cette dernière est collée à la salle de prière musulmane. Il y a aussi un bureau, où la Bible n’est pas rangée bien loin du Coran. Un îlot de calme de 70 m2 en zone de transit que ni le sectarisme, ni les conflits du monde ne semblent atteindre.

Le dernier-né des quatre espaces prière dans l’aéroport accueille en moyenne, 60 à 100 personnes par jour. Des voyageurs, mais aussi des salariés. La vie est rythmée par les cultes. Mais le travail des aumôniers est aussi d’aller à la rencontre d’autrui. «Il y a une activité intense, nous sommes en perpétuelle pérégrination, explique l’imam Hazem El Shafei. Les hommes de foi répondent aux questions des voyageurs perdus. Partagent un bout du chemin avec eux. «Nous sommes des serviteurs. J’éprouve du plaisir à être en communion avec tout ce monde. A parler avec des Syriens, des Péruviens, des Chinois…», explique le diacre. «Les gens se confient avec une profondeur stupéfiante, confie Haïm Korsia, le grand rabbin de France, également aumônier de l’aéroport. Ils ne nous reverront plus, alors ils n’ont pas peur d’être jugés».

Langage universel

Les hommes de foi se côtoient au quotidien. «Entre nous il y a un partage extraordinaire», pointe Hazem El Shafei. Le pasteur Pierre de Mareuil se souvient: «Il y a un an, lors du dimanche du Christ roi, nous avions reçu la visite de deux imams progressistes égyptiens. Je me suis retrouvé à faire mon culte avec eux. Il y avait aussi deux coptes, un collègue pasteur évangélique et un méthodiste. J’ai rarement eu des échanges aussi intéressants que ce jour-là. Il y a aussi des occasions où l’on s’invite, poursuit-il. Les fêtes juives Pourim ou Hanoucca par exemple. Et quand on voit sur le calendrier qu’il y a une fête importante pour l’un de nos collègues, on envoie un petit message, on passe un coup de fil». La religion devient le langage universel.

Cette année, le 25 décembre, «il se peut que l’orchestre de l’Armée du Salut (un mouvement protestant, NDLR) qui tournera dans l’aéroport ce jour-là, joue à proximité de la chapelle au moment de l’élévation eucharistique, lors de la messe», indique le pasteur.

Cellules de crise

Les aumôniers sont aussi en première ligne en cas de catastrophe aérienne. Ils intègrent la cellule de crise mise en place à Paris-Charles-de-Gaulle. A mille lieues des célébrations quotidiennes, il s’agit de soutenir les proches, et de tenter d’apaiser au mieux leur détresse. La dernière fois, c’était en mai 2016, lors de la catastrophe du vol Egyptair. 40 Égyptiens et 15 Français étaient décédés. «Là, il n’y a pas que le religieux qui compte, soutient le diacre. L’écoute humaine est fondamentale. C’est de l’aide pratique. Parfois, au contraire, certaines interrogations peuvent être également très métaphysiques. Dans ces moments difficiles, la solidarité entre les religions se renforce.» L’aumônerie musulmane a par exemple été créée à la suite de l’accident de Charm el-Cheikh en janvier 2004, sur une suggestion du rabbin Haïm Korsia.

D’autres circonstances funestes amènent les hommes de foi à travailler main dans la main: les attentats. Après celui de Charlie Hebdo, ils ont préparé ensemble un temps de recueillement et une déclaration commune. «Le fait que nous soyons si proches, permet d’aller plus loin, quand ça demanderait beaucoup d’organisation en dehors», confie Pierre de Mareuil. L’imam Hazem El Shafei, lui aussi, estime que leur exemple gagnerait à être reproduit hors des terminaux de l’aéroport. «C’est mon rêve: la possibilité de vivre ensemble dans la proximité». Source Figaro 21/12/16

 

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