Pour une mondialisation heureuse

POUR UNE MONDIALISATION « RÉUSSIE », LE SAINT-SIÈGE RECOMMANDE D’ÉLIMINER LES CAUSES STRUCTURELLES DES CONFLITS

Mgr Auza dénonce « la suspicion, la discrimination, le nationalisme extrême, le racisme » envers les réfugiés

Déclaration de Mgr Auza

Monsieur le Président,

Ma délégation remercie le Secrétaire général pour les rapports récents qui mettent en évidence bon nombre de promesses et de défis associés à la mondialisation et l’interdépendance. Ces promesses et ces problèmes ne sont pas nouveaux. Les personnes vivant au sein des communautés, et les communautés et États vivant à proximité les uns des autres ont toujours été interdépendants. Comme l’a fait observer Aristote il y a plus de deux mille ans, « l’homme est par nature un animal social ».

La technologie moderne a permis cette interdépendance pour atteindre des sommets jamais imaginés auparavant. Les technologies qui nous permettent de partager des idées au niveau mondial et de converser avec quelqu’un de l’autre côté du globe en temps réel ont considérablement augmenté le stock de connaissance humaine, ont créé de la richesse et promu le bien-être à une échelle massive.

Elles ont aussi, cependant, conduit à des problèmes et des défis énormes, tels que l’application de ces technologies à la guerre, au recrutement terroriste et au financement, en créant des inégalités encore plus larges entre ceux qui ont accès à cette technologie et ceux qui n’y ont pas accès, dissociant l’industrie de la finance numérisée de l’économie réelle, et encourageant l’individualisme et un consumérisme sans entraves qui mettent en danger la solidarité et la santé de la planète, notre maison commune.

Le rapport actuel sur les grands enjeux économiques montre comment les politiques d’austérité dans les pays développés ont conduit à un ralentissement économique dans le monde en développement. Alors qu’un débat est en cours pour savoir si les mesures d’austérité ou une augmentation des dépenses pour stimuler la croissance économique constituent la meilleure façon de sortir de la stagnation et de la crise financière, les données montrent que les mesures d’austérité ont conduit à une hausse du chômage et des taux de pauvreté, même dans le monde développé. Les jeunes ont été particulièrement touchés. Comme l’a commenté le pape François: « J’ai été en contact avec la situation de tant de jeunes chômeurs, ceux qui vivent sur les indemnités de licenciement ou dans des situations précaires. Mais ce n’est pas seulement un problème économique, c’est un problème de dignité. Lorsqu’il n’y a pas de travail, il n’y a pas de dignité, l’expérience de la dignité de celui qui rapporte le pain à la maison ! » [1]

Monsieur le Président,

De nos jours, peut-être n’y a-t-il pas de plus grand défi à la mondialisation et à l’interdépendance que les mouvements massifs de réfugiés et de migrants. Le rapport du Secrétaire général nous informe qu’en 2015 le nombre de migrants internationaux – les personnes vivant dans un pays autre que celui où elles sont nées – a atteint 244 millions. Si les migrants internationaux constituaient leur propre pays, ils seraient le cinquième plus grand pays dans le monde. En outre, 40 millions de personnes ont été déplacées dans leur propre pays. Le monde est témoin du plus haut niveau du déplacement forcé depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ce phénomène de déplacement forcé est particulièrement préoccupant pour le Saint-Siège. Des dizaines de millions de réfugiés et de migrants ont été contraints de fuir les guerres et les conflits, les persécutions et la discrimination, l’extrême pauvreté et la dégradation de l’environnement. La situation est encore plus grave si l’on considère que, au cours de leur voyage, les réfugiés et autres migrants forcés sont confrontés aux dangers de la traite, de la famine et de nombreuses formes d’abus, et en arrivant à leur destination, plutôt que de trouver un refuge sûr, beaucoup rencontrent la méfiance, la suspicion, la discrimination, le nationalisme extrême, le racisme et l’absence de politiques claires régissant leur acceptation. Le paradoxe de l’état actuel de la mondialisation et de l’interdépendance est que si les pays continuent de discuter de la réduction des obstacles à la circulation des biens et des services, ils construisent des murs pour bloquer la circulation des personnes.

Face à cette incohérence injuste, l’Église catholique poursuit sa tradition de solidarité avec toujours plus de vigueur. Le pape François a sans aucun doute placé les réfugiés et les migrants en haut de son agenda. Ses voyages à Lampedusa et à Lesbos ne sont pas des décisions occasionnelles, mais des choix délibérés pour donner voix à ceux qui ont le plus besoin de notre solidarité et pour appeler chacun d’entre nous à donner une réponse de solidarité, de compassion, de générosité et un engagement pratique immédiat des ressources. Il montre aussi sa sollicitude particulière pour les réfugiés et les migrants en plaçant sous sa supervision directe l’organisme du Saint-Siège compétent sur les questions liées à la mobilité humaine, en particulier celle des réfugiés et des migrants.

Monsieur le Président,

Nous devons nous efforcer encore plus résolument d’éliminer, dans tous les pays sans exception, les causes structurelles des conflits, de la violence, de la pauvreté et de la faim, pour obtenir des résultats plus substantiels dans la protection de l’environnement, afin d’assurer un travail digne et productif pour tous, de donner accès à une éducation de qualité et de fournir une protection adéquate à la famille, qui est un élément essentiel dans le développement humain et social. Ceci devrait être les mesures d’une interdépendance et d’une mondialisation réussies.

Ma délégation voudrait conclure avec les mots du pape François qui résument la nécessité d’une forme saine de mondialisation et d’interdépendance : « Une nation qui recherche le bien commun ne peut pas être fermée sur elle-même ; les sociétés sont renforcées par des réseaux de relations. Le problème actuel de l’immigration rend ceci clair … le dialogue est essentiel. Au lieu d’élever des murs, nous avons besoin de construire des ponts … Toutes ces questions, aussi épineuses soient-elles, peuvent trouver des solutions partagées, des solutions raisonnables, équitables et durables ».

Je vous remercie. Monsieur le Président.

(1) Pape François, Message aux participants à la Convention nationale de la Conférence épiscopale italienne, 24-26 octobre 2014, Salerne (Italie). Source Zenit

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