«  L’ÉVANGILE DE L’HOMME  »

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L’expression est de Bruno Chenu, rédacteur en chef de La Croix  : «  L’Évangile de Jean-Paul II est l’Évangile de l’homme.  » Ce que Jacques Duquesne traduisait  : «  Pour lui, Dieu et l’homme, c’est tout un.  »

Depuis quand  ? Depuis sa jeunesse.

Quand, en 1938, Karol Wojtyla débarqua de Wadowice à Cracovie pour s’inscrire à la prestigieuse Université Jagellon, il ne fut pas long à se lier d’amitié avec un certain Kotlarczyk, créateur du Théâtre rapsodique. C’était un disciple de Rudolf Steiner (1861-1925), fondateur de l’anthroposophie, doctrine ésotérique qui se veut «  une réconciliation de la Science et de la Religion, centrée sur l’Homme et sur sa rencontre avec Jésus, Dieu-Homme, elle doit permettre dans un monde en crise la régénération des individus et de la société par une vision unifiante du monde et par des pratiques morales, éducatives, thérapeutiques et écologiques appropriées…  » Le but n’étant pas «  de pousser l’homme à se dépasser, à atteindre le surhomme, mais c’est au contraire d’aider l’homme à se retrouver et l’humanité à se réunir au moyen de la “ gnose ” ou science spirituelle  » (Catholicisme, art. Steiner, 65, 445).

Karol Wojtyla a adhéré à cette doctrine ésotérique dans sa jeunesse estudiantine, et ne s’en est jamais repenti  : cardinal-archevêque de Cracovie, il écrivit une introduction au livre de son maître et ami Kotlarczyk, “ L’art du mot vivant ”, qui exalte à la manière des gnostiques l’action du verbe, – le verbe poétique, théâtral –, et l’action du Verbe, – le Verbe de Dieu –, dans la recréation d’une solidarité humaine et la divinisation de l’humanité en chacun de ses membres. Devenu pape, il a continué à prêcher cette “ gnose ”.

Son prédécesseur Paul VI avait rêvé d’un nouvel Évangile, de liberté, d’égalité, de fraternité entre les hommes, que l’abbé de Nantes dénonça sous le nom de MASDU  : Mouvement d’animation spirituelle de la démocratie universelle, transposition de notre sainte religion et mystique catholique en combat politique, au service non plus de l’Église, Corps mystique du Christ, mais de l’Humanité, trouvant dans la Démocratie sa forme d’organisation parfaite. C’était une utopie, un rêve messianique à la façon de Lamennais et de Sangnier.

Avec Jean-Paul II, on passa au niveau supérieur d’une “ gnose ” intellectuelle, qui atteint aux fondements ontologiques du progressisme, cette formidable hérésie des derniers temps. Ce n’est plus un rêve de transformation de la société projeté dans un avenir incertain  ; pour le Pape polonais, c’est déjà fait  : il existe une réalité divine à l’œuvre dans l’homme, dans tout homme, qui n’est pas liée comme on le pensait jadis au baptême ou à l’Eucharistie ni à aucun autre sacrement, mais qui résulte directement, ipso facto, «  solo mecano  » (Autodafé, p. 372), c’est-à-dire d’une manière mécanique, automatique, du fait de l’Incarnation  : «  En s’incarnant, le Christ s’est uni en quelque sorte à tout homme.  » (Gaudium et Spes 22, 2) Depuis que Dieu s’est fait homme, tous les hommes sont, en quelque sorte, unis à Dieu, pour toujours. Telle est l’enivrante proposition, la “ bonne nouvelle ” que Karol Wojtyla croyait avoir reçu pour mission d’annoncer au monde entier, afin que tout homme se découvre être son propre créateur et son propre rédempteur. Doctrine antichrist s’il en est.

Notre Père, qui analysait chaque encyclique de Jean-Paul II au fur et à mesure de leur parution, – il était le seul dans l’Église à le faire si minutieusement  ! – était de plus en plus effrayé. «  D’une encyclique à l’autre, écrivait-il, le Pape bâtit un système sans analogue dans le passé de l’Église, surtout de la part du Pontife romain  ! à savoir le dogme complet, article par article, d’un nouveau culte de l’homme, d’apparence encore chrétienne… sous les yeux bovins de clercs abrutis ou complices. Pour moi, je préférerai être sourd et aveugle que de ne pas voir et comprendre cette œuvre, et qu’on me coupe la main droite et la langue plutôt que de renoncer à la dénoncer et à en réclamer l’anathème à Rome et par défaut, au Christ lui-même.  » (CRC n° 248, p. 1)

CULTE DE L’HOMME… ET DE LA FEMME.

Le 15 août de l’année mariale 1988, Jean-Paul II publiait sa Lettre encyclique “ Mulieris dignitatem ”. Notre Père en fit le commentaire exhaustif dans la CRC n° 248, au mois de novembre suivant. Le titre déjà était tout un programme  : il s’agissait d’exalter la dignité éminente, non pas de la Vierge Marie, en la fête de son Assomption, mais de la “ Femme ” en général, et de toute femme en particulier.

Dès le premier chapitre, au numéro 4, on apprend que «  la “ plénitude de grâce ”accordée à la Vierge de Nazareth en vue de sa qualité [?] de “ Theotokos ”signifie la plénitude de la perfection de “ ce qui est caractéristique de la femme ”,de “ ce qui est féminin ”. Nous nous trouvons ici, en un sens, au point central, à l’archétype de la dignité personnelle de la femme.  »

«  Opérée d’une plume de dialecticien germanique, écrit notre Père, c’est l’inversion du réel par naturalisation du surnaturel [la Vierge Marie rabaissée à n’être plus que l’expression de l’Être féminin en soi] en vue de la surnaturalisation du naturel [toutes les femmes étant en droit d’aspirer à l’idéal accompli en la Vierge].  »

Le Pape, qui veut plaire au monde moderne, fait de l’homme et de la femme deux partenaires, libres et égaux, comme deux “ moi ”, dressés l’un en face de l’autre, autosuffisants, autonomes et satisfaits d’eux-mêmes. En passant, il note quand même que la femme a été “ tirée de la côte ” d’Adam (Gn 2, 21). «  Mais de ces mots il ne retient rien. Il oublie donc qu’Ève est d’Adam, née d’Adam, et ainsi subjuguée dès l’origine par cette relation d’être, déjà pleine d’amour. Adam en tire autorité, Ève révérence et obéissance  ; d’où découle une morale chrétienne, humaine…  »

Pour le Pape, cette morale est obsolète. Et il prétend qu’à l’origine, dans le plan de Dieu, les sexes étaient égaux, que leur inégalité, évidemment injuste, vient… du péché. Oui, c’est une conséquence du péché, puisque, après que celui-ci a été commis, Dieu dit à la femme  : «  Le désir te portera vers ton mari et lui dominera sur toi.  » (Gn 3, 16)

«  Cette “ domination ”désigne la perturbation et la perte de stabilité de l’égalité fondamentale que possèdent l’homme et la femme dans l’unité des deux, et cela surtout au détriment de la femme, alors que seule l’égalité qui résulte de la dignité des deux en tant que personnes peut donner aux rapports réciproques le caractère d’une authentique “ communio personarum ”.  »

Ah  ! s’il n’y avait pas eu le péché, nous serions tous des personnes libres, égales et fraternelles  ! Notre Père est indigné de pareil renversement de toute la tradition de l’Église  : «  C’est donc le démon qui est le fondateur de l’ordre, de l’autorité, de la fidélité conjugale et de tous ces biens que l’on croyait divins, mais que maintenant l’on nous dit des créations maléfiques et mirages diaboliques venus dans le monde par le péché  !…  »

LA REVANCHE DES FEMMES.

L’indignation augmente quand Jean-Paul II fait de Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même l’apôtre de l’émancipation de la femme. Telle serait la leçon de l’“Annonciation de Nazareth ”  :

«  Marie est “ le nouveau commencement ”de la dignité et de la vocation de la femme, de toutes les femmes et de chacune d’entre elles. [À quelles conditions ? il ne le précise pas, car c’est pour lui un fait acquis.]La clé pour comprendre cela peut se trouver dans les paroles placées par l’évangéliste sur les lèvres de Marie après l’Annonciation, lors de sa visite à Élisabeth  : “ Il a fait pour moi de grandes choses. ”(Lc 1, 49) Ces paroles concernent évidemment la conception de son Fils, qui est le “ Fils du Très-Haut ”(Lc 1, 32), le “ saint ”de Dieu  ; mais en même temps [et voici la juxtaposition, l’ajout de la gnose nouvelle, antichrist, à la révélation ancienne :]elles peuvent signifier aussi la découverte du caractère féminin de son humanité… En Marie, Ève redécouvre la véritable dignité de la femme, de l’humanité féminine.  »

«  Pauvre Sainte Vierge, s’exclame notre Père, je vous demande pardon pour tant et de si grands blasphèmes  ! Vous, l’“humble servante du Seigneur ”, devenue l’héroïne d’un féminisme délirant tout inspiré par Lucifer, réveillant les ardeurs de révolte et de lubricité de l’Ève antique devenue la grande prostituée de l’Apocalypse  !  »

Rien de commun entre la bonté que le Cœur de Jésus manifeste à l’égard des femmes dans l’Évangile et l’adulation que leur porte Jean-Paul II. Notre-Seigneur a pour elles «  une bonté, une pudique réserve, une sollicitude qui contrastent avec la brutalité, le mépris affiché, le comportement discriminatoire de la société juive d’alors, en tout cas de la classe des pharisiens – auxquels le Pape se garde de faire la moindre allusion  ! Il est vrai aussi qu’il fait preuve d’une infinie compassion pour les pécheurs et pécheresses publics, frappés d’ostracisme, tandis qu’il confond les prétendus “ justes ”, en démasquant héroïquement leur hypocrisie.  »

Qu’en retour, les femmes se soient montrées dans la vie de Notre-Seigneur d’une fidélité, d’un zèle, d’un dévouement jusqu’au pied de la Croix, en tous points supérieurs à ceux des hommes, c’est vrai encore, mais, fait remarquer notre Père, «  ce qui depuis toujours était apparu dans l’Église comme un don fait par le Créateur à la femme, en raison même de son humble condition et de sa vocation à l’amour et au dévouement, ici prend figure de revanche, au terme d’une révolution qui l’a portée au pinacle  ».

Au numéro 17, l’encyclique établit ensuite un savant balancement entre la virginité et la maternité, «  deux dimensions [sic!] particulières par lesquelles se réalise la personnalité féminine  ». Dans l’une et l’autre “ dimension ”, il faut donner à la femme les moyens de s’affirmer comme “ personne ”. Pourquoi toujours l’accomplissement de soi, par soi et pour soi, et jamais la charité, le dévouement, le sacrifice pour son prochain par amour pour Dieu  ?

Avec une énormité au chapitre de la morale, à propos de l’épître aux Éphésiens. Saint Paul dit en effet  : «  Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ…  » Jean-Paul II reprend le mot en le tordant dans le sens de sa gnose  : cela devient sous sa plume une “ soumission mutuelle ”. Si «  dans la relation Christ-Église, la seule soumission est celle de l’Église, dans la relation mari-femme, la “ soumission ”n’est pas unilatérale, mais bien réciproque  ! Par rapport à l’“ ancien ”,c’est là évidemment une “ nouveauté ”; c’est la nouveauté évangélique.  »

Non pas évangélique, mais wojtylienne, avec un fameux contresens sur l’enseignement des Apôtres, car jamais saint Paul n’a dit aux maris qu’ils devaient être soumis à leurs femmes, mais bien qu’il leur fallait les aimer «   comme le Christ a aimé l’Église  : il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier » (Ep 5, 25).

La fin de l’encyclique est un hymne délirant à la Femme, « matrice de tous les biens humains et divins  », termes gnostiques, teilhardiens, enivrants pour les uns, monstrueux pour les autres, «  capable en tout cas de faire perdre aux saintes femmes et enfants de Marie leur unique et fervente dévotion à l’incomparable, l’unique, l’Immaculée Mère de Dieu  !  »

En ceci, – et notre Père démonte alors en quelques mots toute la gnose wojtylienne –, qu’on assiste à «  une transformation de fond en comble de l’édifice bâti par les siècles sur le fondement des Apôtres et des martyrs en l’honneur et pour le culte de Notre-Seigneur Jésus-Christ le Fils de Dieu fait homme, et de la bienheureuse et Immaculée Marie, toujours vierge Mère de Dieu, bénie entre toutes les femmes. C’est un changement de propriétaires, par retour et dévolution de tous les honneurs et perfections de Jésus et de Marie, à l’ancien Adam et l’ancienne Ève, exaltés et adulés en la personne de tout homme et de toute femme, ou pour mieux dire, de l’Homme et de la Femmeen soi. À cette prédication séductrice, chaquemoi humain, fille d’Ève, fils d’Adam, glisse voluptueusement dans l’adoration et le culte de son être, de son sexe,à soi, en soi et pour soi.  »

Horreur  ! et damnation à la clef…

Pour que le monde entier soit au diapason, et se prosterne devant la Bête (Ap 13, 4), il faut que l’Église se fasse la missionnaire de ce nouvel Évangile.

UN UNANIMISME GNOSTIQUE.

À l’occasion de l’encyclique “ Redemptoris Missio ”, publiée le 7 décembre 1990 pour le vingt-cinquième anniversaire du Décret conciliaire “ Ad gentes ” sur les missions, l’abbé de Nantes dénonça “ l’unanimisme gnostique du pape Jean-Paul II ”, célébrant la grande marche de l’humanité vers son épanouissement intégral  : la “ Civilisation de l’amour ”, dont Paul VI avait lancé le slogan… au même moment où il se détournait de la source de cet Amour, qui est le Cœur Immaculé de Marie.

«  Pour faire évoluer notre religion traditionnelle, écrit notre Père, de son dogme, de ses sacrements, de sa loi morale et de ses rites sacrés, pleins de sainteté et de vitalité, sans toutefois en rien perdre  ! à la nouvelle religion de sa création, Jean-Paul II avance selon ses maîtres germaniques, Kant, Feuerbach, Hegel et Marx, par thèse, antithèse dialectique et synthèse. Durant ses huit chapitres, la juxtaposition continuelle de notre religion et de la religion postconciliaire, en contradiction irréductible de thèse et d’antithèse, donne le tournis. Cependant, pour ceux qui en font l’effort, la synthèse existentielle de toutes ces contradictions fait apparaître enfin une vision fascinante, annoncée en termes de prophétie mennaisienne, de la religion intégrale, celle de tout l’homme et de tous les hommes, celle de l’avenir où l’homme et Dieu se révéleront n’être, depuis le début, qu’une chair christique et qu’un Esprit…  » (CRC n° 272, p. 3)

L’étude de notre Père est à la disposition de qui veut. Jusqu’à ce jour, aucun théologien romain ne s’est levé pour défendre le Pape de l’accusation formidable de “ gnose ” portée à son encontre, et ce n’est pas le fait de le “ béatifier ” le 1er mai prochain qui l’en lavera. Seul le Magistère infaillible de l’Église tranchera.

La “ thèse ” du Pape consiste en un éloge senti des missions d’autrefois, du moins ce qu’il en reste, car «  des difficultés internes et externes ont affaibli l’élan missionnaire de l’Église à l’égard des non-chrétiens, et c’est là un fait qui doit inquiéter tous ceux qui croient au Christ. Dans l’histoire de l’Église, en effet, le dynamisme missionnaire a toujours été un signe de vitalité, de même que son affaiblissement est le signe d’une crise de la foi.  » (n° 2)

En réalité, le décret conciliaire sur “ L’activité missionnaire de l’Église ” fut un coup mortel porté aux missions traditionnelles. Notre Père l’avait annoncé au moment même  :

«  Coincé entre les nouveaux dogmes de la Liberté religieuse, de l’Œcuménisme, du Dialogue, de la Construction de la Paix, le Schéma sur les Missions ne peut que s’y ajuster et cet ajustement, c’est la mort des missions.  » (Lettre à mes amis n° 216 du 11 novembre 1965)

Si les âmes des païens ne sont plus à sauver et à conduire au Ciel, plus n’est besoin d’envoyer des missionnaires.

NOUVELLE ÉVANGÉLISATION.

Eh bien, si  ! Vingt-cinq ans après le funeste décret, Jean-Paul II prétend, dans le même numéro 2, relancer l’élan missionnaire par une “ nouvelle évangélisation ”, synthèse qui doit tout réconcilier, de la Tradition et de la Révolution conciliaire. «  Ce qui me pousse à proclamer l’urgence de l’évangélisation missionnaire, c’est qu’elle constitue le premier service que l’Église peut rendre à tout homme et à l’humanité entière dans le monde actuel, lequel connaît des conquêtes admirables mais semble avoir perdu le sens des réalités ultimes et de son existence même. “ Le Christ Rédempteur, ai-je écrit dans ma première encyclique, révèle pleinement l’homme à lui-même. L’homme qui veut se comprendre lui-même jusqu’au fond, doit s’approcher du Christ. ”  » On se souvient que c’est le ressort même de l’anthroposophie steinérienne.

«  Il faut assurer les non-chrétiens, poursuit Jean-Paul II, et en particulier, les pouvoirs publics des pays vers lesquels s’oriente l’activité missionnaire, que celle-ci a pour fin unique de servir l’homme[on n’en sortira pas !] en lui révélant l’amour de Dieu qui s’est manifesté en Jésus-Christ.  » Et un peu plus loin, au numéro 3  : «  Vous tous les peuples, ouvrez les portes au Christ  ! Son Évangile n’enlève rien à la liberté de l’homme, au respect dû aux cultures, à ce qu’il y a de bon en toute religion…  »

La nouvelle évangélisation aura donc «  pour fin unique de servir l’homme  », en lui révélant que «  l’Évangile n’enlève rien à sa liberté  »  ! Jean-Paul II avance alors sa vérité cachée, qui doit opérer la synthèse dont il rêve, qui n’est plus catholique, mais “ unanimiste ”  :

«  Alors que nous découvrons peu à peu et que nous mettons en valeur les dons de toutes sortes, surtout les richesses spirituelles, dont Dieu a fait bénéficier tous les peuples, il ne faut pas les disjoindre de Jésus-Christ qui est au centre du plan divin de salut. Comme “ par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme… nous devons tenir que l’Esprit-Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associés au Mystère pascal ” (Gaudium et Spes 22, 2).  » (n°6)

Et de développer en huit chapitres les conséquences de cette présence dynamique du Christ et de l’Esprit dans toute l’humanité, particulièrement par le moyen des religions, des cultes ancestraux, des mythes et valeurs partout répandus. La nouvelle mission ne sera plus qu’un complément facultatif, révélateur d’un salut déjà donné et reçu.

Quant au dialogue interreligieux, il doit évidemment être intégré à la nouvelle évangélisation  : «  À la lumière de l’économie du salut, l’Église estime qu’il n’y a pas contradiction entre l’annonce du Christ et le dialogue interreligieux.  » (n°55) Bien sûr que si, il y a contradiction  ! Mais comme, pour le Pape, il faut laisser de côté les anciennes controverses sur Dieu, sur le Christ, sur la religion et ses mystères, qui ne font que diviser, «  dialoguer  », c’est se mettre ensemble au service de tout homme et connaître enfin, au sein d’une démocratie universelle, cette unanimité que le Christ a voulu quand il a dit  : «  Que tous soient un.  »

Mais on est passé de l’Évangile à l’anthroposophie, au plus loin de la réalité vécue, où il y a des bons et des méchants, des gens qui se damnent et des gens qui se sauvent. Pour ce faire, le Pape a gommé toutes les aspérités de la doctrine catholique  : la Croix, le combat contre l’enfer et le péché, la nécessité des sacrements… Il recommande aux missionnaires d’aller jusqu’au bout de leur mission d’aide au développement, mais sans que cela contrarie en rien la liberté et la dignité de ceux à qui ils sont envoyés.

«  L’activité missionnaire apporte aux pauvres lumière et encouragement pour leur véritable développement. La nouvelle évangélisation devra entre autres faire prendre conscience aux riches que l’heure est venue de se montrer réellement frères des pauvres, grâce à une conversion commune [à quoi ? au Christ, à sa charité ? Non !…] au “ développement intégral ”ouvert sur l’Absolu.  » (n° 59)

Langage maçonnique, langage gnostique. «  Voilà le grand programme du Masdu à venir. Karol Wojtyla est vraiment le premier de tous les Papes de l’histoire à avoir osé fonder ce “  Mouvement d’animation spirituelle de la démocratie universelle” sur une métaphysique de type hégélien. C’est une transposition, ou une sublimation onirique, de la théologie catholique, dans le sens plus que millénaire de la gnose des grands initiés, où les mystères divins se libèrent de leurs cadres chrétiens et catholiques, pour se révéler universels. Ce qui est dit de l’Église est secrètement accordé à l’humanité entière, ce qui est attribué aux chrétiens en vertu de leur foi et de leur baptême est comme déjà possédé, incognito, à l’état de “ semences du Verbe ” par tout homme religieux, ou de “ semences évangéliques ” en toute âme de bonne volonté préoccupée du bien de ses semblables et du progrès de l’humanité.

«  De toutes les gnoses, c’est la plus puissante, parce qu’elle reprend à son compte pour les englober dans sa vision fumeuse tous les dogmes et tous les rites de notre Église en même temps qu’elle les insère dans une conception générale de l’univers en évolution vers une harmonie générale et parfaite. “ Cherchez le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît ”, la parole du Christ maintenant travaille pour l’Antéchrist, contre Jésus qui l’a prononcée et l’Église qui en a vécu pendant deux mille ans… Désormais, le Royaume de Dieu, c’est ce que Jésus considérait comme superflu, ce que saint Paul estimait “ de la balayure ”, et le Dieu qui en assure la pleine réalisation vit dans l’homme, en tout homme et en tous les hommes, suprêmement dans le meilleur des hommes qui est indubitablement, en ces temps qui nous conduisent au troisième millénaire, Jean-Paul II lui-même dont Jean-Baptiste Montini fut le précurseur.  » (CRC n° 272, p. 21)

Non content d’en faire une superstar de son vivant, voici qu’on s’apprête à le porter sur les autels.

Quel mensonge  !

LA LIBERTÉ, CONDITION DE LA PAIX.

Le but étant fixé, l’édification d’une société harmonieuse, libérale et pluraliste, que l’on pare du nom de “ Royaume de Dieu ”, il faut en prendre les moyens  : ce sera la défense et illustration par tous et chacun de la liberté de conscience. Il faut y croire, absolument. Aussi Jean-Paul II en fit-il le thème de trois Messages pour la célébration de la Journée de la Paix en 1989, 1990 et 1991  : “ La liberté de conscience pour la paix dans le monde ”. «  Un monde nouveau en gestation, soulevé par l’idéal moderne d’un humanisme séculier, ayant pour fin ultime la paix universelle et pour moyen d’y atteindre la convivialité de la famille des peuples démocratiques, cherche aujourd’hui la protection législative, exécutive et judiciaire d’une Organisation efficace en vue d’un nouvel Ordre mondial. Jean-Paul II s’en veut le chantre, le prophète, le doctrinaire.  » (CRC n° 270, p. 3)

Une seule phrase de son long message de 1991 a retenu l’attention de notre Père  : «  Quelque passion que l’on puisse avoir pour la vérité de sa religion, cela ne donne à personne ni à aucun groupe le droit de chercher à réprimer la liberté de conscience de ceux qui ont d’autres convictions religieuses…  »

«  Voilà, écrit notre Père, un propos vraiment anathème, hérétique et d’ailleurs schismatique, parce qu’il porte condamnation de toute l’œuvre sainte de Dieu dans l’Ancien Testament, de l’œuvre même de Jésus-Christ durant sa vie publique, et de celle des Apôtres continuée par la discipline réglée de toute l’Église jusqu’à ce funeste Concile du Vatican, qui a mis la liberté de l’homme au-dessus de la Vérité et de la Volonté de Dieu. “ Quelque passion que l’on puisse avoir pour la vérité de sa religion… ”, cela ne change rien à la vie, et cela ne donne ni peu ni prou le droit de bousculer la tranquillité de ceux qui sont dans l’erreur et sur le chemin de la perdition, pour essayer de les sauver  ! Le subjectivisme du Pape ici s’avoue total, intégral. Son indifférentisme religieux, philosophique et moral est conscient, volontaire, catégorique, opiniâtre. Pour lui, chacun croit ce qu’il veut  ; chacun peut s’imaginer que sa religion est la seule vraie, ou la meilleure

«  Quoi qu’il en soit, tous les hommes ont un droit égal et absolu à penser, croire et faire ce que leur dicte leur conscience, sans que nul puisse discuter de la vérité et de l’erreur, du bien et du mal, de la croyance et de la religion des autres pour les tolérer ou pour les réprouver et les combattre. Karol Wojtyla a tellement le culte de l’homme, la foi en l’homme, qu’il n’y a plus en lui trace de foi en Jésus-Christ ni de culte de Dieu…  » (CRC n° 270, p. 9)

Cette défense de la liberté devant aller jusqu’à la reconnaissance de l’objection de conscience, le Pape en fit un devoir… de conscience à des avocats réunis en Congrès à Rome, le 23 mars 1991  : «  Si ce droit [la liberté de conscience] était universellement reconnu comme un principe régulateur des relations sociales, les confrontations entre diverses conceptions du monde – religieuses, athées ou agnostiques – demeureraient loyales et paisibles.  » Notre Père prend alors un exemple concret qui montre la folie d’un tel plaidoyer  :

«  Un juge, soucieux du Décalogue et en vertu des lois de son pays, juge un ivrogne qui a tué sa femme, le cas est pendable, c’est trop clair et trop menaçant pour l’ivrogne. Alors  ? L’avocat reçoit du Pape le malin conseil de dresser entre la Loi divine et la loi humaine qui arment le juge, et son client le roncier infranchissable des “ états de conscience ” du malheureux, que dis-je  ! de l’effronté assassin et de faire reculer la loi divine et humaine devant la Conscience de l’homme […]. Celui-ci ayant eu “ conscience ” de débarrasser le monde d’une vieille folle, inutile, nuisible, et d’avoir bien fait, le juge se devra, sur requête instante de l’avocat, de résister à l’entraînement de la justice pour innocenter cet assassin… “ éclairé par sa conscience ”.  » (CRC n° 274, p. 22)

LA CULTURE, SUBSTITUT MODERNE DE LA RELIGION.

Autre aspect révélateur de la gnose de Jean-Paul II  : dans son univers, la culture a pris la place de la religion. Dans la même CRC de juin 1991, notre Père analysait un autre discours prononcé par le Pape à Camerino, le 19 mars précédent, devant un parterre d’universitaires, sur le thème  : “ Créer un homme nouveau ”.

«  Cela n’a-t-il pas été le rêve de tant d’idéologies qui se sont succédé au cours des siècles  ? écroulées aux pieds de cet homme que chacun de nous est [excusez du peu],dans la puissance et la fragilité de son existence.  »

L’Église moderne, conciliaire, relève le défi. Elle a épousé le monde, de leur union doit naître un homme nouveau, dont elle prétend, «  à la lumière de Dieu  », affirmer «  le primat  »  : «  L’homme individuel, comme personne, est la réalité suprême de l’univers.  »

Et tout à coup, retentit le blasphème  : «  Un point fixe de la doctrine sociale de l’Église est que l’homme doit se nourrir non seulement du “ pain gagné par le travail de ses mains… mais aussi du pain de la science et du progrès, de la civilisation et de la culture ”.  »

En fait, le pape se cite lui-même, puisque cette phrase est extraite de son encyclique Laborem exercens, parue en 1981. Notre Père n’en peut plus d’indignation  : «  Ici, sans crier gare, le “ Cacangile ” maçonnique se substitue à l’Évangile pour faire passer son message de Satan sous les apparences de l’enseignement divin  ! Car Jésus-Christ, dont le Pape est le Vicaire et devrait être le porte-parole, avait répliqué à la première tentation du démon  : “  L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ”, sa propre divine bouche  ! Au bien de la Parole divine, faite chair, faite pain eucharistique, Jean-Paul II substitue les aliments frelatés, mortels “ de la science, du progrès, de la civilisation et de la culture ”, le pain rassis des francs-maçons et sa mort-aux-rats. Tout cela qui n’est en notre triste temps que vent et vice, corruption et mort, à la place de la prédestination divine et du don de la grâce, des sacrements et du culte chrétiens, premières joies célestes, anticipation du bonheur éternel.  » (CRC n° 274, p. 14)

LE SENS GNOSTIQUE DU BONHEUR.

À propos de bonheur, Jean-Paul II évoqua un jour devant un parterre de cardinaux “ l’aspiration de l’homme au bonheur comme point d’ancrage de la foi ”. «  C’est le texte le plus insidieusement gnostique que j’aie jamais lu  », commentait notre Père, ajoutant  : «  J’imagine que saint Irénée, évêque de Lyon, martyr et docteur de l’Église, connut cette mienne indignation à la lecture des gnostiques de son temps, au deuxième siècle, et cette même difficulté à distinguer le vrai du faux, et le divin du satanique dans les fascinantes hymnes et les élucubrations équivoques de ces grands hérétiques célébrant les “ mystères ” cachés au commun des fidèles, réservés aux initiés  !  » (CRC n° 273, p. 9)

S’il y est question de Jésus-Christ comme «  l’archétype ou le modèle exemplaire de toute existence donnée  », partant de tout bonheur, c’est indépendamment de l’Église catholique, de ses sacrements, de sa discipline morale et canonique. «  Ainsi tous, s’ils se donnent d’amour à la manière de Dieu, peuvent contempler leur destinée, annoncée, préformée, déjà vécue en somme, dans le mystère de Jésus, Fils de Dieu au milieu des hommes, dans son existence quotidienne, dans sa mort acceptée librement et dans sa victoire au matin de Pâques. Tous alors seront heureux de cette similitude et de cette assomption de leur destinée dans celle du Verbe incarné. À cette lumière sacrée, tout change, l’existence, le monde et la chair elle-même.  »

Oui, mais notre religion chrétienne se trouve transposée en pures valeurs spirituelles universelles, «  sans mise en pratique effective, sans œuvre de salut indéniablement objective qui fasse échapper cette prédication gnostique du Pape au reproche de quiétisme, d’illuminisme, et au danger trop réel d’une conversion et d’une foi tout illusoires, verbales, qui enivrent l’esprit mais s’avèrent bientôt impuissantes à remédier au péché, aux difficultés de la vie, aux souffrances et à la mort, laissant l’âme démunie de toute grâce et de toutes œuvres salutaires au moment de paraître devant son Juge.  »

Il n’est que de se rencontrer, et d’organiser le bonheur sur terre sans parler de ces religions qui divisent les peuples et sapent les efforts des hommes en faveur de l’Homme, et le libéralisme succédera au fanatisme. C’était le projet du Pape pour l’an 2000. Pour briser l’enchantement et dissiper l’équivoque, notre Père imagine ce dialogue entre un CRC et un partisan de la gnose wojtylienne  :

«  Mais c’est un discours de renégat.

Point du tout, c’est un discours de sage, d’inspiré.

– Un discours de franc-maçon, quand même  ! De moderniste.

Non point, mais de qui sait par science secrète, infuse, que toutes les religions se touchent et s’embrassent dans leurs profondeurs seules divines.

– Jésus-Christ a dit pourtant  : “  Sans moi, vous ne pouvez rien faire ”, Lui, le Fils unique de Dieu, l’Unique Sauveur  !

Bien sûr, et c’est vrai  ! Mais notre tort ancestral a été de croire que nous avions, nous seuls, son Esprit parce que nous étions enregistrés à l’église de notre paroisse, et non au temple ou à la mosquée  ! Alors que, ne cesse de répéter notre Pape, par son corps, le Fils de Dieu s’est uni physiquement tout homme, à jamais, et ainsi il communique à tous et spécialement aux sages, aux fondateurs de religions, aux prêtres des divers cultes, une part de son Esprit et de sa Révélation.

– Mais saint Paul dit que c’est à nous…

Jean-Paul II est notre Pape et dit que c’est ainsi maintenant.

Je m’attache à Jésus-Christ pour toujours et je ne veux point entendre un Pape renégat  !

Renégat toi-même  ! Quitte donc l’Église et cesse d’en troubler la paix  !  » (CRC n° 274, p. 20)

APPEL ANGOISSÉ AU VICAIRE DU CHRIST.

Eh bien, non  ! notre Père n’a pas quitté l’Église, jamais  ! mais il a continué son combat contre cette «  maléfique et redoutable gnose  » en faisant appel au Magistère infaillible de l’Église. Pour la troisième fois en 1993, quand il s’aperçut avec horreur que cette gnose antichrist était distillée dans toutes les pages du nouveau Catéchisme de l’Église catholique.

La conclusion de ce troisième Livre d’accusation (reproduite ci-après, p. 11) est d’une force théologique et mystique qui suffit à distinguer le tenant de la vraie foi catholique de son contradicteur, et en même temps d’une beauté poignante, pathétique, car notre Père n’hésite pas à utiliser le “ nous ”, se mettant ainsi, comme sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, à la table «  des pauvres pécheurs  », afin d’intercéder pour eux. C’est le cri du cœur de l’homme de Dieu angoissé par le salut de tant d’âmes égarées  :

«  Je dois à la Vérité de dire ce que montre clairement notre Livre d’accusation. À savoir que, dans cette apostasie générale et universelle dont ce cec est l’instrument et la preuve […] tout, hommes et nations, absolument tout ce qui adhère aujourd’hui à la foi, à la loi, à l’Esprit, à la dérive gnostique de ce Catéchisme prétendu catholique, périra, tombant du divin en l’humain, du céleste au terrestre et enfin de la prédestination et de la grâce, à la réprobation éternelle.

«  Non, ce n’est pas un anathème, ni une malédiction, ni une prophétie. C’est une prévision et une déploration  ; comme un frère de Cassandre, d’une Cassandre chrétienne, j’ai la prescience d’un malheur  : en grec, une mathématique pathétique, d’où mes suppliants avertissements. Cette même mathématique qui me faisait tout rejeter avec horreur, de Congar, de ses pompes et de ses œuvres, vérifiée et fortifiée par un demi-siècle d’expérience des choses divines et humaines, me pousse à renouveler mes objurgations pathétiques à revenir de ces horreurs d’erreurs, de cette “ abomination de la désolation ” trônant dans le Lieu saint à la place de Jésus-Christ. Assurément, il est temps encore de s’en détacher, de s’y opposer, de se convertir avant que n’éclate la Colère de notre Dieu sur toute cette immense imposture.

«  Je le dis contraint et forcé, non pour le mal mais pour le bien  : le venin de cette religion nouvelle est mortel aux âmes, comment le Dieu trois fois saint en supporterait-il l’odeur et la saveur  ? Il vomit pareil mélange de son hydromel avec ce poison infernal  : “  Vade retro, Satana, s’exclame-t-il. Discedite, maledicti  ! ” Vous ne voyez ni cette Colère ni ces châtiments déjà en marche  ? Êtes-vous aveugles  ? Vous ne les craignez pas encore pour un avenir certain  ? Alors, quand l’heure sonnera, il sera trop tard pour vous en sauver.  » (CRC n° 292, p. 4)

POUR L’HONNEUR ET LA SPLENDEUR DE LA VÉRITÉ  !

Méprisant pareille supplique, le pape Jean-Paul II persista dans sa gnose, en signant une nouvelle encyclique, le 7 octobre 1993, sous le titre séduisant “ Splendor Veritatis ”. Qui devrait plutôt s’appeler “ Horror Erroris ”, – l’horreur de l’erreur –, dira notre Père. Car on touche ici, dès l’introduction, au dogme fondamental de la gnose wojtylienne  :

«  La splendeur de la vérité se reflète dans toutes les œuvres du Créateur et, d’une manière particulière, dans l’homme [on l’aurait deviné] créé à l’image et à la ressemblance de Dieu(cf. Gn 1, 26); la vérité éclaire l’intelligence et donne sa forme à la liberté de l’homme, qui, de cette façon, est amené à connaître et à aimer le Seigneur.  »

Il s’agissait pour Jean-Paul II de persuader l’Église tout entière d’adhérer à sa nouvelle “ morale de l’Homme ”, réconciliant dialectiquement, – du moins le prétendait-il –, la Liberté moderne avec la Vérité divine de toujours. C’était une gageure, mais le Pape était attaqué à la fois sur son aile gauche par ses “ anabaptistes ”, faisant fi de toute morale et lui reprochant d’en rappeler les exigences, et sur sa droite, par celui qui, depuis le Concile, s’opposait seul et ouvertement au ralliement de l’Église à la Liberté moderne, en particulier à la liberté religieuse.

«  Pour vaincre, écrit notre Père, le Pape a cette pièce maîtresse qui tient en ces mots étranges  : “ La vérité donne sa forme à la liberté. ” Il croit ces mots divins, je les tiens pour sataniques.  » S’engage alors un duel théologique grandiose, décisif, car de son issue dépendent la vie ou la mort éternelle de millions d’âmes (cf. CRC n° 296, p. 1-16 et no 298, p. 2-18).

LES ÉCRITURES FALSIFIÉES.

Dès le premier paragraphe, notre Père est vainqueur, car il convainc Jean-Paul II d’un énorme contresens sur les Écritures. «  Appelés au salut par la foi en Jésus-Christ, “ lumière véritable qui éclaire tout homme ”(Jn 1, 9), les hommes deviennent “ lumière dans le Seigneur ”et “ enfants de la lumière ”(Ep 5, 8), et ils se sanctifient par “ l’obéissance à la vérité ”(1 P 1,22).  »

Ces trois citations, de saint Jean, saint Paul et saint Pierre, sont comprises dans un sens gnostique, que leur contexte infirme. En effet, «  à peine saint Jean a-t-il écrit  : “  Le Verbe était la lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde ”, il ajoute aussitôt, barrant la route à cette funeste gnose  : “  Il était dans le monde et le monde a été fait par lui et le monde ne l’a pas connu. Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu. ” Ainsi, qui ne le sait  ! l’Apôtre distingue au sein de ce monde impie et condamné, ceux qui ont cru en Jésus-Christ, en son Nom, en son mystère intime qui est celui de sa naissance virginale, signe de sa génération divine. C’est à ceux-là seuls qu’ il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ”  !  »

En s’adressant aux Éphésiens, saint Paul opère aussi «  la même ségrégation entre les idolâtres et les chrétiens devenus par le baptême lumière dans le Seigneur ” et “enfants de lumière ”. En formelle contradiction avec l’unanimisme gnostique que le Pape lui fait endosser  : “ N’ayez rien de commun avec eux. Jadis vous étiez ténèbres, mais à présent vous êtes lumière dans le Seigneur  ; conduisez-vous en enfants de lumière. ”  »

Enfin saint Pierre « s’adresse en “ Apôtre du Christ ”, “  aux étrangers de la Dispersion ”, c’est-à-dire aux seuls chrétiens, baptisés, fidèles aux enseignements des Apôtres, rendus par là “étrangers” en ce monde, “ affranchis par un Sang précieux, comme d’un Agneau sans reproche et sans tache, le Christ ”, chrétiens dispersés dans un monde païen encore esclave du Malin.  » Tandis que, pour le pape Wojtyla, tout homme est, « en quelque sorte  », éclairé par le Verbe et conduit à obéir à la vérité, c’est-à-dire à être libre.

LIBERTÉ CHÉRIE, UNIQUE VÉRITÉ  !

Dans l’interrogation du jeune homme riche de l’Évangile  : « Maître, que dois-je faire de bon  ? » qui forme la trame de l’encyclique, le Pape voit le ressort de la recherche morale de tout homme, quelle que soit sa croyance ou son incroyance.

«  L’homme qui veut se comprendre lui-même jusqu’au fond [!] ne doit pas se contenter pour son être propre de critères et de mesures qui seraient immédiats, partiaux, souvent superficiels et même seulement apparents  ; mais il doit, avec ses inquiétudes, ses incertitudes et même sa faiblesse et son péché, avec sa vie et sa mort, s’approcher du Christ. Il doit, pour ainsi dire, entrer dans le Christ [!] avec tout son être, il doit “ s’approprier ” et assimiler toute la réalité de l’Incarnation et de la Rédemption pour se retrouver lui-même.  » (n° 8)

Le but de la vie morale, c’est se retrouver soi-même, et le Christ est là pour y aider.

«  S’il laisse ce processus se réaliser profondément en lui [!], il se produit alors des fruits non seulement d’adoration envers Dieu, mais aussi de profond émerveillement pour lui-même.  »

«  Le dérapage est complet, écrit notre Père, et la chute totale. Je comprends par quelle démarche sinueuse Jean-Paul II parvient encore une fois à l’autolâtrie qui est le fond de son personnage et qu’il veut instituer en morale universelle, en toute “ liberté ”… fondée sur la “ vérité ”.  »

Mais quelle donc vérité, pour autoriser telle liberté  ! Il y a là une énigme, voire un mystère ou… une imposture. «  La société moderne, écrit l’abbé de Nantes, marche depuis cent ans vers sa libération. Son but, son idéal, son ivresse  : se passer de toute autorité, loi, contraintes publiques, fanatismes et commandements, sanctions, peurs… L’homme moderne, les peuples actuels exigent la reconnaissance de leur liberté. Ils veulent la liberté, toute la liberté, rien que la liberté. Jean-Paul II, fils de l’Église et solidaire de ce monde moderne, s’est juré de résoudre son problème et de lui dire la vérité qui lui rendrait accessible, religieusement, donc absolument, infailliblement, divinement, la liberté dont il rêve.  »

Vatican II a tenté l’impossible jonction, mais sa déclaration “ Dignitatis Humanæ ” a été et demeure «  comme un emplâtre sur une jambe de bois  ». Jean-Paul II le sait bien et veut établir un fondement métaphysique définitif au droit de la personne humaine à la liberté, montrer que l’homme, tout homme  ! a reçu de Dieu tous les ingrédients d’un acte libre, et le pouvoir d’aller dans le sens voulu par Dieu sans aucunement ressentir l’influence de Dieu comme une contrainte. C’est tout l’effort de cette énorme encyclique de tenter de le démontrer. Et cela tient en une phrase  :

«  La Loi de Dieu n’atténue pas la liberté de l’homme et encore moins ne l’élimine  ; au contraire, elle la protège et la promeut.  »

Ou encore  : «  La liberté de l’homme et la loi de Dieu ne s’opposent pas, mais, au contraire, s’appellent mutuellement.  » (…)

«  LA VÉRITÉ VOUS LIBÉRERA.  » (Jn 8, 32)

Notre Père n’a pas de peine à démonter le sophisme, et à rappeler que certaines choses sont inconciliables, par exemple “ Dieu et la Liberté ”, selon la devise des libéraux du dix-neuvième siècle, dix fois condamnée par les Papes de l’époque.

«  Que l’homme grandisse en vertu et en amour de Dieu, de son prochain et de lui-même, par la soumission aux commandements de Dieu, c’est incontestable. Mais qu’il grandisse en liberté, au sens où l’entend le dictionnaire  : “ pouvoir d’agir ou de ne pas agir, de choisir ceci ou cela ”, en toute indépendance, comme le monde en revendique le droit, non, vraiment  ! Une telle liberté est au point de départ de la conversion spirituelle et de la sainteté, et il faut même souvent la dégager de l’esclavage de la chair, du monde et du démon où elle s’est abîmée. Mais le but de la conversion n’est pas la liberté. La libération d’un esclavage n’est pas la liberté du dictionnaire ni la liberté que réclame la franc-maçonnerie, c’est un autre esclavage, celui de la sainteté, un digne et valeureux esclavage, d’amour, de piété, de dévotion à la Sainte Vierge et d’adoration de Jésus-Christ.  » (CRC n° 298, p. 11)

Au numéro 45, sommet de l’encyclique, Jean-Paul II joue son va-tout en tentant d’expliquer que «  les différentes manières dont Dieu veille sur le monde et sur l’homme ne s’excluent pas, mais au contraire se renforcent l’une l’autre et s’interpénètrent  »… et il perd, en voulant, comme l’en accuse notre Père, «  intégrer la nouveauté surnaturelle de la Loi évangélique confiée à l’Église enseignante grâce au charisme d’infaillibilité qui lui est propre et exclusif, à la loi naturelle théoriquement commune à tous les hommes et pratiquement corrompue et massacrée par la perfidie des fils d’Adam et filles d’Ève  ». Sa mirifique et mystérieuse “ Vérité ” qui devait, selon sa pensée, “ donner sa forme ” moderne et définitive à “ la Liberté ”, n’est qu’un leurre, et une trahison de la toute simple Vérité que Jésus prêchait clairement et qui devait simplement rendre la liberté à une humanité tombée dans l’esclavage du péché, du démon et de la mort.

D’où l’envoi  :

«  Très Saint Père, le croiriez-vous  ? Il y a cinquante ans (1944-1994) que j’ai découvert le sens de cette “ interpénétration ” des diverses “ veilles de Dieu sur le monde et sur l’homme ”, que déjà vous méditiez dans votre gnose anthroposophique, dès cette époque. C’est, voulue par vous, exécrée par toute la tradition catholique dont je ne suis que l’indigne témoin et défenseur  : la naturalisation du surnaturel avec pour but la surnaturalisation du naturel. C’est cela, n’est-ce pas  ? Votre encyclique en est l’aveu, et ce numéro 45 la preuve formelle et indéniable, que je livre à votre propre tribunal, j’entends, celui de votre Magistère infaillible.  » (CRC n° 298, p. 18)

Cet appel est toujours en vigueur. L’Église un jour l’entendra. En attendant, que le Cœur Immaculé de Marie soit notre refuge, Elle «  dont le Secret est celui d’une créature oublieuse d’elle-même et gardée pour Dieu seul, que Dieu a magnifiquement exaltée. Sa leçon nous sauve des mirages de l’Antichrist qui lui est tout entier contraire.  » (Lettre à mes amis n° 179 du 15 août 1964)

Frère Thomas de Notre-Dame du perpétuel secours

Il est ressuscité  ! n° 104, avril 2011

Note de la rédaction : Une bonne analyse de la gnose de Karol Wojtyla, mais qui omet de conclure qu’un tel gnostique, renversant de fond en comble la théologie catholique puisse dans le même temps demeurer Pape.
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«  L’ÉVANGILE DE L’HOMME  »

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