L’usure qui rend esclave

En France, au « Moyen-Âge » et sous l' »Ancien Régime », le droit canonique de l’Église catholique interdisait formellement de prêter de l’argent avec intérêt. Ce concept avait déjà été édicté par Aristote et fut repris et développé par saint Thomas d’Aquin. Depuis le Concile de Nicée (325 ap. J.-C.) jusqu’à la révolution (1789), en passant par le capitulaire de Nimègue de Charlemagne (806) et le capitulaire d’Olonne de Lothaire (825), le « droit divin » avait donc été le rempart aux maîtres de la monnaie. Et en accord avec les règles de l’Église, l’Europe a interdit les intérêts sur prêts de monnaie en qualifant ce délit d' »usure« . Les textes scripturaires fondant ce délit se trouvent dans l’Ancien Testament (Dt 23-20 « Tu ne prêteras pas à intérêt à ton frère, qu’il s’agisse d’un prêt d’argent, ou de vivres, ou de quoi que ce soit dont on exige intérêt« ; Psaumes 14-2,5; ) comme dans le Nouveau (Lc 6. 34,35 « Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on? Même des pécheurs prêtent à des pécheurs afin de recevoir l’équivalent. Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour« ).

L’intérêt était contraire à la raison et à la justice. Cette condamnation et cette interdiction du prêt à intérêt fondait l’économie française jusqu’à la Révolution française où les banques prirent le pouvoir. Ainsi, à propos de Napoléon et du bourgeois du début du XIXe siècle, Régine Pernoud précise :

« Même s’il n’appartient pas nommément à la haute banque, alors tout entière juive ou protestante, même s’il ne fait pas partie de ces dynasties de Brumairiens qui, une quarantaine d’années auparavant ont installé Napoléon, lequel en retour a aussitôt installé la Banque de France, la fortune de notre bourgeois repose avant tout sur son activité financière. » (Régine Pernoud, La Bourgeoisie, Que Sais-je ?, p. 8-9.)

Dans l’Antiquité on parlait d’esclavage pour dette. Il faut savoir que le prêt à intérêt est une de ces grandes conquêtes des Encyclopédistes et des « Lumières », qui font le malheur des peuples depuis et nous ont mis en esclavage.

 « Calvin a légitimité le prêt à intérêt. Les protestants font ce qu’ils veulent avec leur argent. Et (à partir du XVIe siècle) en Europe, seuls les rois de France ont continué à appliquer la doctrine de l’Église. La France a été le dernier pays à interdire l’usure et le prêt à intérêt.

Les jansénistes français qui ont fait beaucoup de protestantisme sans y avoir l’air d’y toucher, sur ce point-là, sont restés fidèles à l’Église, et ont continué de condamner le prêt à intérêt.

En France, à partir des Encyclopédistes (1745), les « Lumières » ont commencé à attaquer la position de l’Église. Refuser le prêt à intérêt, c’est être archaïque, c’est être obscurantiste. Turgot a publié en 1769 un mémoire sur les prêts d’argent. Il disait que « l’intérêt représente le gain que l’on aurait pu faire, si l’on ne s’était pas dessaisi de cette somme. » L’Encyclopédie définit que « le taux à intérêt est un loyer parfaitement légitime« . Les Encyclopédistes dénoncent l’interdiction totale par l’Église, mais ce qu’ils demandent c’est la liberté totale (du prêt à intérêt). Ils disent que le commerce de l’argent doit être libre et le taux d’intérêt fixé uniquement par l’offre et la demande. » Cela s’appelle le renard libre dans le poulailler libre. Laissons faire les marchands, laissons faire ceux qui ont de l’argent.

Et qu’est-ce qui a légitimé définitivement le prêt à intérêt ? C’est la Révolution française, qui le 2 octobre 1789 la législation du prêt à intérêt fixe abolissait ce que les rois de France avaient défendu depuis toujours. Et le 25 avril 1794 la Convention nationale décrète que l’argent est une marchandise comme les autres et que l’on peut en faire ce que l’on veut. La suite c’est le monde dans lequel nous vivons et l’esclavage est la conséquence de la dette, comme dans l’Antiquité. L’usure va simplement devenir un prêt à intérêt abusif et le prêt à intérêt est devenu normal.

Pourtant la résistance à cela, remonte à loin. Au IIe siècle avant Jésus-Christ, Caton avait écrit un traité d’agriculture dans lequel il fait parler deux personnages. Le premier demande: ‘Que dis-tu de l’usure?’, le second répond : ‘Et toi, que penses-tu de l’assassinat ?' »

La dernière condamnation de l’usure par l’Église remonte à 1837 où le pape a renouvelé ses antiques prescriptions contre le prêt à intérêt. Le pape fut alors traité de réactionnaire par les bourgeois et les anticléricaux : « Une Église qui se trompe de siècle ! Des prohibitions remontant à ces temps obscurs du Moyen Âge pendants lesquels le commerçant était brimé et la manipulation de l’argent interdite ! » (R. Pernoud, La Bourgeoisie?, Que Sais-je ?, Paris 1985, p. 19.)

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