Un éclairage original

La grande « intrige »

(Pour comprendre ce qui s’est passé et se passe au Vatican et dans la politique italienne et européennne) www.antoniosocci.com 12 juin 2016

Robert Spaemann et Josef Seifert, deux philosophes catholiques, amis et collaborateurs de Jean-Paul II et de Benoît XVI, démolissent Amoris laetitia (et la pensée) de Bergoglio. Le cardinal Müller qualifie d’«hérétique» l’affirmation de «l’un des plus proches» conseillers de Bergoglio. Tandis que le catho-conservateur (cathocons) américain George Weigel, qui est du côté de Bergoglio, accuse Benoît XVI, parce qu’il est encore «pape émérite», alors que – selon lui – il aurait dû redevenir simplement évêque. Ce sont des faits de ces jours-ci. Dans l’Eglise il y a un tremblement de terre en cours. Mais pour comprendre, il faut commencer par les antécédents.

CELA SE PASSE EN 2013

Il n’est jamais arrivé en 2000 ans qu’un pape commence son pontificat en disant: «Priez pour moi afin que je ne fuie pas par peur des loups». Par un curieux hasard, précisément ce pape, sans motif majeur déclaré, «renonce» ensuite au ministère (le droit canonique l’admet, mais pour des raisons très graves). Toutefois, il décide – premier dans l’histoire – d’être «pape émérite», disant dans son dernier discours: «ma décision de renoncer à l’exercice actif du ministère, ne révoque pas cela».

Était-ce un vrai renoncement? En Février 2014, je publiai sur Il Foglio une enquête sur cette question et sur les causes de cette mystérieuse affaire, aussi parce qu’il était évident que Ratzinger n’avait pas de problèmes de santé. Un vaticaniste (ndt:Tornielli) s’en vint le déranger. Et à la question pourquoi il était Pape émérite (au lieu de redevenir évêque), il se vit répondre: «Le maintien de l’habit blanc et du nom de Benoît est une chose simplement pratique. Au moment de la renonciation, il n’y avait pas d’autres vêtements disponibles».
Une façon raffinée et ironique d’éluder la question: comment peut-on croire qu’au lieu de redevenir évêque (comme cela aurait été normal), Benoît était resté pape pour des motifs vestimentaires? Dans tout le Vatican, n’y avait-il pas de soutane noire? Une telle réponse faisait comprendre qu’à ce moment-là, le pape ne pouvait pas encore parler, et qu’il y avait un mystère. C’est seulement maintenant, après trois ans, que le voile finalement se déchire.

EXPLOSIVE
Le 21 mai dernier, en effet, Mgr Georg Gänswein, secrétaire de Ratzinger, a donné une conférence explosive où il a renversé la «thèse vestimentaire», révélant que depuis 2013, il y a un «ministère (pétrinien) élargi. Voilà pourquoi Benoît XVI n’a renoncé ni à son nom, ni à la soutane blanche. Voilà pourquoi le nom correct pour s’adresser à lui encore aujourd’hui est « Sainteté ». Il n’a pas abandonné l’Office de Pierre, il a au contraire renouvelé cet Office». De plus, nous sommes dans «une sorte d’état d’exception» et celui de Benoît est un «pontificat d’exception». L’éclair ce jour-là sur Saint-Pierre? «Rarement le cosmos a accompagné de façon plus spectaculaire un tournant historique». Gänswein a également expliqué que Benoît n’a pas démissionné à cause de l’affaire Vatileaks: «Ce scandale était trop petit pour une chose aussi grande, et encore plus grand le pas mûrement réfléchi, d’une importance historique millénaire, que Benoît XVI a accompli». Par conséquent, tout sauf une banale retraite avec la soutane blanche parce qu’elle était dans l’armoire. Aujourd’hui, on découvre qu’il s’agit d’un «pas historique millénaire» dans lequel Benoît «n’a pas abandonné ce ministère». Le tremblement de terre en cours dans l’Eglise tourne autour de ces événements. Mais il doit être lu au sein d’une complexe confrontation géopolitique et idéologique planétaire.

LE GRAND JEU

Là, il y a aussi la clé pour comprendre les événements politiques de ces dernières années: l’hégémonie allemande de l’UE qui a provoqué un tremblement de terre dans notre économie; l’éviction de Berlusconi en 2011 et l’arrivée de Monti et Renzi; la criminalisation et l’isolement de Poutine; le tumulte pour le Brexit (peut-être même l’effondrement des prix du pétrole). Les contours de cette guerre non conventionnelle émergent grâce au crépuscule d’Obama, à l’irruption des «populismes» qui en Europe sont nés en réaction à l’UE technocratique (allemande) et grâce au tremblement de terre représenté par le succès de Trump, un corps étranger pour la Caste américaine, composée de démocrates, de Wall Street, et de (certains) républicains. En résumé, l’objectif stratégique de la Caste américaine – représentée par Obama et la Clinton – est d’empêcher que se recompose l’alliance historique entre l’Europe et la Russie qui ferait la fortune des deux: la première a une énorme puissance technologique et industrielle, la seconde est un immense écrin de ressources naturelles.
Cette alliance euro-asiatique de 800 millions de personnes unies par une histoire qui a ses racines dans le christianisme (fortement redécouvert dans la Russie de Poutine), deviendrait l’interlocutrice incontournable de la Chine (le plus grand marché de la planète) et produirait de facto un monde multipolaire. Les USA ont tenté de faire sauter cette perspective, principalement en déstabilisant certains pays ex-soviétiques, en particulier l’Ukraine, en y soutenant des régimes anti-russes. Ensuite, en contraignant l’Europe à imposer des sanctions économiques à la Russie pour isoler Poutine (pénalités qui coûtent beaucoup à l’Italie). Enfin, en essayant même d’étendre l’OTAN aux pays baltes, avec des stratégies agressives et provocatrices (telles que des exercices militaires Anaconda 2016 de ces jours-ci). L’objectif est de créer un corridor allant de l’Europe occidentale jusqu’à l’Asie (l’Ukraine est essentielle).

Cette stratégie américaine, cependant, présuppose une Europe unifiée sous l’Allemagne, comme technocratie, et sous une idéologie «libérale» (càd laïciste), pour isoler Poutine. Pour atteindre cet objectif, les sujets étrangers à ce projet devaient être balayés. Par exemple – en Italie – ce Berlusconi qui prenait ses distances de la technocratie européenne et prêchait l’amitié et l’alliance avec Poutine. Torpillé. Hier, le «populiste» Nigel Farage a fait la «véritable histoire de l’Europe» au cours des dernières années dans une interview mirobolante au « Corriere della Sera » où il explique comment nous sommes devenus «une colonie allemande». Mais l’un des obstacles à ce projet était également représenté par l’Eglise de Benoît XVI. Paradoxalement, le pape allemand était un obstacle pour une Union européenne dirigée par l’Allemagne, sous l’hégémonie «libérale» obamienne.

PROPOSITION INDÉCENTE

Il fut proposé à Benoît XVI d’accepter une «réunification œcuménique» avec les protestants d’Europe du Nord et d’Amérique du Nord pour créer une sorte de «religion commune de l’Occident». Pour l’Église catholique, cela signifiait se fondre dans la soupe de la pensée unique « politiquement correcte ». Devenir un musée folklorique sans importance dans l’Europe « multiculturelle ». A cette « dictature du relativisme », Benoît XVI dit non. Il répondit: tant que je suis là, cela ne se produira pas. Le « hasard » voulut que peu après, il sentit sa vigueur l’abandonner, et il fut contraint de renoncer à «l’exercice actif» du ministère pétrinien (une renonciation à moitié?). Au sein de l’Eglise – a expliqué Gänswein – était en cours «un affrontement dramatique» entre la faction progressiste, et ceux qui suivaient Ratzinger dans sa lutte contre «la dictature du relativisme».
Les progressistes perdirent le conclave de 2005, mais, après la renonciation, ils ont gagné en 2013.
A présent, le pape Bergoglio a fait sien l’Agenda Obama. Le 12 mai, à Washington, lors du Catholic-Evangelical Leadership Summit, Obama a affirmé que les églises doivent abandonner les «questions qui divisent» comme l’avortement et le mariage homosexuel et se consacrer au problème de la pauvreté.
L’Empire veut une Eglise « assistante sociale » qui réconforte les perdants dans l’hôpital de campagne des pouvoirs forts, mais ne perturbe pas ceux qui manoeuvrent. La candidate Hillary Clinton, il y a un an, lors d’un congrès de féministes pro-avortement, a même affirmé: «Les codes culturels profondément enracinés, les croyances religieuses et les préjugés structurels doivent être changés». Les églises doivent donc se rendre au laïcisme « libéral » de l’empire. De fait Bergoglio a abandonné les « principes non négociables ».
Et aujourd’hui, lui, qui a toujours été en bons termes avec les protestants américains, se prépare pour le voyage du 31 Octobre en Suède, pour célébrer Luther et « recoudre », à 500 ans exactement du schisme.
Preuve de la nouvelle religion impériale?

Note de la rédaction : Que Benoit XVI lutte contre la dictature du relativisme est assez relatif, car il pratique comme ses prédécesseurs conciliaires un œcuménisme qui n’est pas catholique, c’est même lui qui a fait un éloge de Luther. Benoit XVI est un conservateur conciliaire face à François qui est un progressiste conciliaire, mais les deux prônent la nouvelle religion et font leur dévotion au Mur.
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