Le César qui ne rendait pas à Dieu ce qui est dû à Dieu

Le 17 mai 1809 : Napoléon publie de Schoenbrünn un décret réunissant à l’Empire le reste des États pontificaux.

Rome est déclarée « ville impériale et libre« .

C’est l’aboutissement d’une succession de crises entre Napoléon et les papes Pie VI et Pie VII, qui seront tous les deux ses prisonniers. L’empereur considère la religion comme un moyen de contrôler la nation et non comme un aspect intrinsèque de la nature de l’homme. Pour lui, le rôle du politique n’est pas de chercher le Bien commun et de créer les conditions de vie facilitant le Salut de chacun ; c’est à la religion de se mettre au service de l’Etat.

Alors qu’un Concordat a été signé entre la France et l’Eglise Catholique le 15 aout 1801, la promulgation unilatérale des « 77 articles organiques », le 18 avril 1802, tend à faire de l’Église de France une Église nationale, indépendante de Rome et soumise au pouvoir civil ; ce que le Saint Père ne peut accepter. Ces articles stipulent que le ministre des cultes doit donner son accord à la publication des bulles et des conciles papaux. La réunion des synodes diocésains, la création de séminaires sont également soumises à son aval. Enfin, le clergé devient un corps de fonctionnaires, les prêtres étant salariés par l’État.

C’est pour tenter d’obtenir l’abrogation des « 77 articles organiques », que Pie VII accepte, contre l’avis de la Curie romaine, de venir sacrer Napoléon Bonaparte empereur des Français à Notre-Dame de Paris le 2 décembre 1804. Il n’obtient rien en retour.

Les relations se détériorent encore lorsque le pape refuse de prononcer le divorce entre Jérôme Bonaparte et Elizabeth Patterson en 1805. Après Austerlitz, l’Empereur fait de son frère Joseph Bonaparte le nouveau monarque de la région, avec le titre de « Roi de Rome ». De plus, il inclut les États pontificaux dans son alliance continentale dirigée contre l’Angleterre : « Votre Sainteté est souveraine de Rome, mais j’en suis l’Empereur; tous mes ennemis doivent être les siens », écrit-il au pape le 13 février 1806 (cf. la chronique du jour). Mais le Souverain Pontife refuse d’adhérer au blocus continental.

Rome est occupée militairement le 2 février 1808; les États pontificaux sont annexés à l’Empire le 17 mai 1809; Pie VII répond, le 10 juin 1809, par une bulle d’excommunication Quum memoranda où il fustige les « voleurs du patrimoine de Pierre, usurpateurs, fauteurs, conseillants, exécutants », ce qui lui attire de nouvelles rigueurs. Dans la nuit du 5 au 6 juillet l’empereur capture le pape et le fait prisonnier en France…

Un peu de Magistère :

Lettre  » Famuli vestrae pietatis  » à l’empereur Anastase 1er

Le double pouvoir suprême sur terre

Il y a deux principes par lesquels ce monde est régi principalement : l’autorité sacrée des pontifes et le pouvoir royal ; et parmi les deux la charge des prêtres est d’autant plus lourde qu’ils doivent rendre compte devant la justice divine de ceux-là mêmes qui sont les rois. Tu le sais en effet, fils très clément : bien que ta dignité te place au-dessus du genre humain, tu inclines cependant, par un devoir religieux, ta tête devant ceux qui sont chargés des choses divines et tu attends d’eux les moyens de te sauver ; et pour recevoir les célestes mystères et les dispenser comme il convient, tu dois, tu le sais aussi, selon la règle de la religion, te soumettre plutôt que diriger. Par conséquent, en tout cela tu dépends de leur jugement et tu ne dois pas vouloir les réduire à ta volonté. Si en effet, pour ce qui concerne les règles de l’ordre public, les chefs religieux admettent que l’empire t’a été donné par une disposition d’en haut et obéissant eux-mêmes à tes lois, ne voulant pas, au moins dans les affaires de ce monde, paraître aller contre… une décision exclue, dans quels sentiments ne faut-il pas, je t’en prie, obéir à ceux qui sont chargés de dispenser les vénérables mystères ?

C’est pourquoi, de même qu’elle n’est pas légère, la menace qui pèse sur les pontifes qui n’ont pas parlé pour le culte de Dieu, comme ils le doivent, ainsi n’est-il pas négligeable le danger – puisse-t-il ne pas exister- encouru par ceux qui, alors qu’ils devraient obéir, méprisent. Et s’il est normal que le coeur des fidèles se soumette à tous les prêtres en général qui s’acquittent convenablement de leurs divines fonctions, combien plus l’unanimité ne doit-elle se faire autour du préposé à ce siège, à qui la divinité suprême a voulu donner la prééminence sur tous les prêtres et que la piété universelle de l’Église a dans la suite constamment célébré ?

(3) C’est là que ta piété se rend compte avec évidence que jamais personne sous aucun prétexte humain ne peut s’élever au-dessus de la situation privilégiée de celui que la voix du Christ a placé au-dessus de tous, que l’Eglise vénérable a toujours reconnu et tient dévotement au premier rang. Elles peuvent être empêchées par des présomptions humaines, les décisions du jugement divin, mais vaincues, elles ne sauraient l’être par aucune puissance de qui que ce soit. DZ 494.

PAPE SYMMAQUE : 22 novembre 498-19juillet 514

Lettre «  Ad augustae memoriae  » à l’empereur Anastase Ier, entre 506 et 512.

Le double pouvoir suprême sur terre. Comparons donc la dignité de l’empereur avec celle du pontife : elles diffèrent dans la mesure  même où le premier a la charge des choses humaines, l’autre de celles de Dieu. Toi, l’empereur, c’est par le pontife que tu es baptisé, c’est de sa main que tu communies, ce sont ses prières que tu implores, sa bénédiction que tu espères, c’est à lui que tu demandes ta pénitence. En somme, toi, tu as l’administration des choses humaines, et il te fait participer, lui, aux dons de Dieu. De sorte que sa dignité est au moins égale, pour ne pas dire supérieure. … Que le monde assiste à cette instance, sous le regard de Dieu et de ses anges ; oui, soyons en spectacle à tout ce siècle, en sorte que les prêtres trouvent là l’exemple d’une vie sans reproche et les empereurs, celui d’une pieuse modération. C’est en effet surtout à nos deux fonctions que ressortit l’administration du genre humain, et il ne devrait rien se trouver en elles qui pût offenser la divinité, d’autant plus que les deux dignités semblent devoir être perpétuelles et qu’ainsi l’on doit trouver des deux côtés sollicitude pour le genre humain. Je t’en prie, ô empereur, souviens-toi que tu es un homme, de façon à pouvoir user de ce pouvoir qui t’a été concédé par Dieu ; en effet bien que cela soit advenu selon le jugement des hommes, il faut cependant que cela soit examiné selon le jugement de Dieu. Peut-être vas-tu dire qu’il est écrit que nous devons être soumis à tout pouvoir (voir Tt 3,1). Mais pour nous, nous reconnaissons, en les mettant à leur place, les autorités humaines, tant qu’elles ne dressent pas leur volonté contre Dieu. D’ailleurs, si tout pouvoir vient de Dieu, c’est plus vrai encore de celui qui s’est vu assigner la charge des affaires divines. Respecte Dieu en nous et nous, nous respectons Dieu en toi.

 

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