Vers l’asservissement

Finance : vers la suppression de l’argent liquide ?

vers la suppression de l’argent liquide

Aussi saugrenue que l’idée puisse paraître, elle fait gentiment son chemin. Qui aurait pensé, il y a une dizaine d’années, que le principe des intérêts négatifs puisse être adopté ? Et pourtant l’incroyable s’est produit. Ici les pays nordiques ouvrent la voie. Tron Bentestuen, membre de la direction de DNB, la plus grande banque de Norvège, milite pour la disparition du cash au nom de « la diminution de la criminalité et la paralysie des circuits parallèles ».

C’est l’argument majeur : l’argent liquide permet, voire encourage la criminalité, le terrorisme, l’évasion fiscale, le marché noir, le blanchiment d’argent, mais aussi la survie de toute une économie hors du contrôle des banques. Selon Bentestuen, la banque centrale de Norvège ne peut rendre compte que de 40 % de l’argent en circulation. « Cela signifie que 60 % de l’argent utilisé échappe à tout contrôle ». Ces arguments sont repris par Geert Noels, économiste en chef d’Econopolis en Belgique, et l’économiste allemand Peter Bofinger. Outre-Atlantique, c’est l’économiste Larry Summers et Kenneth Rogoff, professeur à l’Université de Harvard, qui montent au créneau : « Le cash n’est pas adapté à un monde à la criminalité élevée et à l’inflation faible ».

Il prône donc son interdiction tandis que Willem Buiter, de Citigroup, trouve qu’il faudrait « au minimum taxer ceux qui en possèdent ». La banque JP Morgan a déjà décrété que les dépôts en liquide ne seraient plus autorisés dans ses coffres-forts et Jean-Marie de Crayencour, directeur de Visa Belux, veut remplacer autant que possible les paiements en liquide par des paiements par carte. Ce projet est partagé par la KBC, Beobank, ABN Amro et Mastercard, de même que par l’Alliance Better than Cash qui regroupe la Ford Foundation, la fondation Bill & Melinda Gates, Citi, Omidyar Network, USAID, UNCDF et Visa (le tout sous le parrainage de la reine Maxima des Pays-Bas). La Suède semble montrer l’exemple puisqu’elle se détourne de plus en plus de l’argent liquide et le chanteur du groupe ABBA, Björn Ulvaeus, y a vécu une année entière sans toucher une seule pièce de monnaie.

Pour autant, l’argument sécuritaire ne convainc pas grand monde. Il a été tellement utilisé ces derniers temps pour renforcer les contrôles tous azimuts que la population commence à s’en lasser. On comprend bien que l’argent liquide est employé par les criminels, mais il existe aussi une cybercriminalité en pleine expansion. Il serait naïf de croire que les criminels vont se ranger parce qu’il n’y a plus de cash dans les caisses ou les fourgons… Très vite, on prend conscience que la disparition de l’argent liquide profitera aux banques et à l’État.

Une traçabilité totale de l’argent dépensé et gagné permet un contrôle précis de la vie de chaque personne. On peut même imaginer que certaines transactions deviendront impossibles « pour votre sécurité » ou bien qu’une taxation détaillée visera à décourager les consommateurs – certains consommateurs ? – de faire certains achats. Le projet d’une société sans argent liquide donne la part belle aux banques qui acquièrent de ce fait un pouvoir discrétionnaire sur l’argent des déposants et pourront appliquer des taux d’intérêts négatifs. Au lieu de toucher un intérêt sur l’argent déposé à la banque, les épargnants devront payer la banque pour qu’elle veille sur leur argent. Comme l’option de retirer l’argent en liquide n’existera plus, les épargnants seront piégés. Épargner deviendra un comportement insensé ou même asocial. La seule façon de ne pas perdre de l’argent sera de le dépenser. C’est ainsi que les taux d’intérêts négatifs, appuyés sur la disparition du cash, sont censés relancer la croissance par la consommation.

Accessoirement, le projet asservit complètement la population. Au lieu de préserver son indépendance face à l’État par le capital épargné, elle sera à sa merci à cause de l’impossibilité d’épargner. L’État connaîtra les revenus de chacun et pourra les taxer en puisant directement dans les comptes en banques (ce que les banques ne se gêneront pas de faire aussi en cas de difficulté). La population sera réduite à sa fonction consommatrice, sans avoir la liberté de faire autre chose.

L’État et les banques pourront réguler cette fonction en jouant sur les taux d’intérêt négatifs. Les récalcitrants seront tenus en laisse par la menace de geler leur compte. Ceux qui ne dépensent pas assez pourront être pénalisés. Tout pourra tomber sous le contrôle de l’État : ce que l’on mange, ce que l’on lit, quelle maladie on a, où on s’est garé, combien on a pollué, etc. Bref, la transparence totale au profit de l’État, mais pas la transparence de l’État lui-même qui deviendra un appareil totalitaire omniscient et omniprésent. Les transactions par moyen électronique sont en constante augmentation. On pourrait donc croire que la suppression du cash ne changerait pas grand chose.

Mais c’est justement son existence qui oblige les banques à une certaine retenue car il est toujours possible de faire un retrait et ainsi de pénaliser la banque. Après la monnaie légale sans concurrence, les taux d’intérêt fixés par la banque centrale et la création de monnaie à la discrétion de l’État, la suppression du cash complèterait le monopole que l’État et les banques ont sur l’argent. (Christophe Buffin de Chosal)

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