De l’unité de l’Église saint Augustin

SERMON CXXXVIII. L’UNITÉ DE L’ÉGLISE

Nous venons d’entendre Notre-Seigneur Jésus nous prêcher les devoirs d’un bon pasteur et par conséquent nous avertir ainsi qu’il y a de bons pasteurs. Afin toutefois d’écarter de notre esprit toute idée fausse sur la pluralité des pasteurs, il ajoute: « Je suis le bon pasteur. » Comment est-il le bon pasteur? Le voici : « Le bon pasteur, dit-il, donne sa vie pour ses brebis. Quant au mercenaire, quant à celui qui n’est pas réellement pasteur, il voit venir le loup et s’enfuit, parce qu’étant mercenaire il ne prend point souci des brebis. » Le Christ est donc le bon pasteur. Et Pierre? N’est-il pas aussi bon pasteur? Lui aussi n’a-t-il pas donné sa vie pour ses brebis? Et Paul ? Et les autres Apôtres? Et les bienheureux évêques martyrs qui leur ont succédé ? Et votre Saint Cyprien encore ? Tous n’étaient-il pas de bons pasteurs, au lieu d’être de ces mercenaires dont il est dit: « En vérité je vous le déclare, ils ont reçu leur récompense » ? Tous ces grands hommes étaient donc de bons pasteurs; ce qui le prouve, ce n’est pas seulement qu’ils ont versé leur sang, c’est qu’ils l’ont versé en faveur de leurs brebis. Ce n’est pas l’orgueil, c’est la charité qui les a portés à le répandre.

On voit bien parmi les hérétiques des hommes qui pour avoir souffert quelques désagréments en faveur de leurs iniquités et de leurs fausses doctrines, se donnent vaniteusement le nom de martyrs et se parent de ce manteau pour ravir plus facilement, car ils ne sont que des loups. Voulez-vous savoir en effet ce qu’il faut penser d’eux? Apprenez d’un bon pasteur, de l’Apôtre Paul, qu’il ne faut pas regarder comme ayant répandu leur sang pour leurs brebis, car c’est plutôt contre elles, tous ceux qui ont souffert jusqu’à même livrer leurs corps aux flammes. « En vain, dit-il, je parlerais les langues des Anges et des hommes, si je n’ai pas la charité, je suis comme un airain sonnant ou une cymbale retentissante. En vain je connaîtrais tous les mystères, j’aurais en vain toutes les lumières prophétiques et toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. » Quelle puissance que cette foi, capable de transporter les montagnes! Quels dons aussi que ceux qui sont énumérés avant la foi! Eh bien! dit saint Paul, si je les possédais sans avoir la charité, sans doute ils ne perdraient rien de leur valeur, mais moi je ne serais rien. L’Apôtre néanmoins n’a pas atteint encore ceux qui dans les punitions qui leur sont infligées, se glorifient faussement d’être des martyrs. Voyez maintenant quel coup il leur porte, ou plutôt comment il les perce d’outre en outre. « En vain, dit-il, je distribuerais tous mes biens aux pauvres, et je livrerais en vain mon corps pour être brûlé. » Voilà bien ces hommes. Et la suite du texte? « Si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien. » On va jusqu’à être tourmenté, on va jusqu’à répandre son sang, on va jusqu’à livrer son corps aux flammes; mais cela ne sert de rien, parce qu’on n’a point la charité. Avec la charité tout profite; rien ne profite sans la charité.

Que cette charité est donc un grand bien, mes frères! Eh! Qu’y a-t-il de plus précieux, de plus glorieux, de plus ferme, de plus utile, de plus solide? Dieu fait beaucoup de dons aux méchants eux-mêmes qui diront un jour. : « Seigneur, nous avons prophétisé en votre nom, en votre nom chassé les démons, opéré de nombreux prodiges en votre nom. » Le Seigneur ne répondra point qu’ils n’ont pas fait ce qu’ils disent; sous l’œil d’un tel juge oseraient-ils mentir ou se vanter d’œuvres imaginaires? Mais comme ils n’avaient pas la charité : « Je ne vous connais pas, » sera-t-il dit à tous. Y a-t-il la moindre étincelle de charité dans celui qui hait l’unité, tout convaincu qu’il soit par la vérité ? C’est donc pour recommander cette unité aux bons pasteurs, que le Seigneur a évité de parler des pasteurs au pluriel. Sans aucun doute, je l’ai déjà remarqué, Pierre, Paul et les autres Apôtres étaient de bons pasteurs, ainsi que les saints évêques qui les ont remplacés, ainsi que le bienheureux Cyprien. Oui, ils étaient tous de bons pasteurs : et pourtant le Seigneur ne leur a point parlé de plusieurs bons pasteurs, mais d’un seul. « Je suis, dit-il, le bon pasteur. »

Interrogeons le Seigneur comme nous le pourrons; questionnons avec la plus profonde humilité ce divin Père de famille. — Que dites-vous donc, ô Seigneur, ô bon Pasteur? Car si vous êtes l’agneau de Dieu, vous êtes aussi le bon pasteur, vous êtes tout à la fois pasteur et pâturage, agneau et lion. Que nous enseignez-vous? Aidez-nous à vous écouter et à vous comprendre. Que dites-vous ? — « Je suis le bon pasteur. » — Et Pierre? N’est-il donc point pasteur, ou est-il un pasteur mauvais? Examinons s’il n’est point pasteur. — « M’aimes-tu? » C’est vous, Seigneur, qui lui avez demandé : « M’aimes-tu? — Je vous aime » répondit-il. Et vous : « Pais mes brebis. » — C’est vous, c’est vous, Seigneur, qui après l’avoir questionné avez établi pasteur, par l’autorité dé votre parole, cet amant dévoué. Il est pasteur, puisque vous lui avez donné vos brebis à paître. Voyons maintenant s’il n’est pas bon pasteur. Nous l’apprendrons encore par la question et par la réponse. Vous lui demandiez s’il vous aimait; il répondit: « Je vous aime. » Vous voyiez dans son cœur qu’il disait vrai. Ne serait-il pas bon dès qu’il vous aime ainsi, vous le Bien suprême? Sa réponse aurait-elle jailli, comme elle a fait, du fond de son cœur? Au moment où il sentait votre regard plonger jusque dans ses entrailles, se serait-il affligé que vous l’eussiez questionné, non pas une fois, mais deux et trois fois, afin de lui donner lieu d’effacer son triple reniement en confessant trois fois son amour? Se serait-il affligé d’être interrogé plusieurs fois par Celui qui connaissait ce qu’il demandait et qui inspirait la réponse? Se serait-il écrié, sous l’impression de sa tristesse : « Vous savez tout, Seigneur, ah!  vous savez que je vous aime ? » Mentirait-il en faisant cette confession ou plutôt cette profession solennelle? Il était donc sincère en répondant qu’il vous aimait, c’est du fond même de son cœur que s’échappa ce cri d’amour. Or vous avez dit que « c’est du bon trésor de son cœur que l’homme bon fait jaillir le bien.» — Pierre est donc et pasteur et bon pasteur. Il n’est rien sans doute, comparé à la puissance et à la bonté du Pasteur des pasteurs; il est pourtant pasteur aussi et même bon pasteur, et ceux qui lui ressemblent sont bons pasteurs également.

Pourquoi alors ne parlez-vous à ces bons pasteurs que d’un seul pasteur, sinon parce que vous voulez ainsi recommander l’unité? C’est ce qu’exprimera plus clairement encore le Seigneur lui-même par notre organe. Il s’adresse donc, d’après le même Évangile, à votre charité : Écoutez, dit-il, ce que j’ai voulu vous faire sentir. J’ai dit : « Je suis le bon pasteur » parce que tous les autres bons pasteurs sont mes membres; parce qu’il n’y a qu’un Chef, qu’un seul corps, qu’un seul Christ, conséquemment qu’un seul pasteur des pasteurs et que tous les pasteurs établis par lui sont, avec leurs brebis, sourds à ce Pasteur suprême. N’est-ce pas ce qu’enseigne l’Apôtre? « Comme le corps est un, dit-il, tout en ayant beaucoup de membres, et que tous les membres du corps ne sont cependant qu’un seul corps; ainsi en est-il du Christ. » S’il en est ainsi du Christ, c’est avec raison que comprenant en lui tous les bons pasteurs il ne parle que d’un seul et dit : « Je suis le bon pasteur. » Je le suis, il n’y a que moi et tous ceux qui sont avec moi n’en forment qu’un seul dans le lien de l’unité. Paître en dehors de moi, c’est être contre moi; et ne pas recueillir avec moi, c’est dissiper.

Voulez-vous voir l’unité recommandée plus fortement encore? « J’ai d’autres brebis qui  n’appartiennent point à ce bercail. » Il faisait mention du premier bercail formé du peuple issu charnellement d’Israël. Car il y avait en dehors et parmi les gentils des prédestinés qui devaient avoir la foi d’Israël, mais qui n’étaient pas encore réunis au bercail. Le Sauveur les connaissait, puisque c’était lui qui les avait prédestinés; il les connaissait, puisqu’il était venu les racheter au prix de son sang. Il les voyait sans en être vu encore, il les connaissait sans qu’ils crussent encore en lui. « J’ai d’autres brebis qui ne sont pas de ce bercail » qui ne sont pas de la race d’Israël; mais elles ne seront pas toujours en dehors du bercail; car « il faut que je les amène, afin qu’il n’y ait qu’un troupeau et qu’un pasteur. »

C’est donc avec raison que l’Épouse bien-aimée de ce Pasteur des pasteurs, que cette Épouse ornée et embellie par sa miséricorde et par sa grâce, car elle était auparavant toute souillée d’iniquités, s’adresse à lui dans l’ardeur qui la transporte et lui dit: « Où paissez-vous? » Remarquez, mes frères, combien s’enflamme ici, avec quelle ardeur s’élève l’amour spirituel. Pour ressentir vivement les joies de cet amour, il faut en avoir goûté tant soit peu les douceurs; ceux qui aiment le Christ me comprennent, car c’est par leur bouche et c’est d’eux que parle l’Église dans le Cantique des Cantiques. Si le Christ qu’ils aiment parait sans beauté, il n’en est pas moins la beauté incomparable. « Nous l’avons vu, est-il dit, et il n’avait ni éclat, ni beauté. » C’est dans cet état qu’il parut sur la croix, qu’il se montra avec sa couronne d’épines : il était alors sans beauté et sans éclat, on aurait dit qu’il avait perdu sa puissance, qu’il n’était point le Fils de Dieu. C’est dans cet état que le virent les aveugles; car c’est au nom des Juifs qu’Isaïe s’écriait : « Nous l’avons vu, et il n’avait ni éclat ni beauté. » Aussi lui disait-on : « S’il est le Fils de Dieu, qu’il descende de la croix. Il a sauvé les autres, il ne peut se sauver lui-même. Christ, prophétise-nous, lui disait-on encore en lui frappant sur la tête avec un roseau, qui t’a frappé ? » Il était alors sans éclat et sans beauté. Mais si vous l’avez cru tel, ô Juifs, c’est qu’une partie d’Israël est tombée dans l’aveuglement, jusqu’à ce qu’entrât la plénitude des gentils, jusqu’à ce que vinssent les autres brebis. Oui, c’est pour être tombés dans l’aveuglement que vous avez vu sans beauté la beauté même. Ah! Si vous l’aviez connu, jamais vous n’auriez crucifié le Seigneur de la gloire. Vous l’avez crucifié, parce que vous ne le connaissiez pas. Et pourtant ne vous supportait-il point malgré vos crimes? N’était-il pas beau quand il priait pour vous et disait : «Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font?» S’il était sans beauté, serait-il aimé de l’épouse et dirait-elle : « Apprenez-moi, vous que chérit mon âme » Pourquoi l’aime-t-elle? Pourquoi s’enflamme-t-elle? Pourquoi craint-elle si vivement de s’égarer loin de lui? Pourquoi chérit-elle sa présence au point de ne redouter que d’en être privée ? L’aimerait-elle enfin, s’il n’était beau? Mais comment l’aimerait-elle, si elle ne voyait en lui que ce qu’y voyaient ces bourreaux qui le tourmentaient sans savoir ce qu’ils faisaient? Qu’aimait-elle donc en lui? Le plus beau des enfants des hommes. « Vous l’emportez en beauté sur les enfants des hommes, la grâce est répandue sur vos lèvres.» Ah! De ces lèvres bénies, « apprenez-moi, vous que chérit mon âme; apprenez-moi, vous que chérit, » non pas ma chair, mais « mon âme, où vous paissez, où vous reposez à midi, dans la crainte que je ne m’égare sur les traces des troupeaux de vos commensaux. »

Ce passage semble obscur, il l’est, en effet, car c’est le mystère sacré du lit nuptial. L’épouse ne dit-elle pas : « Le Roi m’a fait entrer dans sa chambre ? » Et il s’agit ici du secret communiqué alors. Pour vous néanmoins, qui n’êtes point écartés de ce sanctuaire comme des profanes, écoutez ce que vous êtes, dites avec l’Épouse, si toutefois vous aimez avec elle, et vous aimez avec elle si vous lui êtes unis; dites tous, où plutôt qu’elle dise toute seule, car c’est l’unité même qui parle : «Apprenez-moi, vous que chérit mon âme» puisqu’on ne doit avoir en Dieu qu’un coeur et qu’une âme « Apprenez-moi où vous paissez, où vous reposez à midi.» Que rappelle le midi? Une grande chaleur et une éclatante lumière. L’Épouse veut donc dire : Faites-moi connaître quels sont vos sages, quels sont les hommes qui unissent la ferveur de l’esprit à l’éclat de la doctrine. « Montrez-moi la puissance de votre droite et quels sont les cœurs pénétrés de votre sagesse.» Je veux m’attacher à eux dans votre corps, leur être associée, jouir de vous avec eux. Dites-moi donc, «apprenez-moi où vous paissez, où vous reposez à midi» afin que je ne me jette pas au milieu de ceux qui parlent de vous autrement qu’ils ne pensent, qui croient autrement qu’ils ne prêchent, qui ont leurs troupeaux particuliers et qui sont, vos commensaux, mangeant à votre table et célébrant le Sacrement qu’on y reçoit. Le mot sodales en effet signifie qu’ils sont vos commensaux, quasi simul edales. C’est à eux que s’adresse ce reproche d’un psaume « Si mon ennemi m’eût outragé, je me serais soustrait à ses injures; oui sans doute je me serais dérobé à ses injures si mon ennemi s’était emporté contre moi. Mais toi, mon intime, mon conseil et mon familier, toi qui prenais avec moi des aliments exquis et avec qui je vivais cordialement dans la maison de Dieu ! » Pourquoi maintenant ces esprits s’élèvent-ils contre la maison de Dieu et nous sont-ils opposés? C’est qu’ils nous ont quittés, n’étant point d’avec nous. Faites donc, « ô vous que chérit mon âme» que je ne me jette point au milieu d’eux; ils sont vos commensaux, mais comme l’étaient ceux de Samson, infidèles à leur ami et cherchant à corrompre son épouse. Non, « que je ne me jette pas au milieu d’eux» que je n’y sois pas comme une inconnue, comme une femme cachée et voilée au lieu d’être assise sur la montagne. « Apprenez-moi » donc, « ô vous que chérit mon âme, où vous paissez, où vous reposez à midi » quels sont les sages et les fidèles en qui vous reposez de préférence; dans la crainte que je ne me jette en aveugle, non pas au milieu de vos troupeaux, mais au milieu des troupeaux de vos commensaux. Car vous n’avez pas dit à Pierre : Pais tes brebis; mais : « Pais mes brebis

A cette Épouse bien-aimée réponde maintenant ce bon Pasteur, le plus beau des enfants des hommes; qu’il lui réponde, puisqu’il l’a rendue la plus belle des femmes. Écoutez donc et comprenez ce qu’il dit : craignez ses menaces et attachez-vous aux avis qu’il lui donne. Que lui dit-il? Il ne la flatte pas, mais sous des formes caressantes il lui donne des avertissements sévères; il la reprend pour la retenir, pour la préserver: « Si tu ne te connais toi-même, lui dit-il, ô toi la plus belle d’entre toutes les femmes. » Si belles que soient les autres des dons de ton Époux, elles n’en sont pas moins des hérésies; c’est la parure, ce n’est pas le cœur qui les embellit; elles brillent à l’extérieur, elles se couvrent du nom de la justice, mais « toute la beauté de la fille du Roi est à l’intérieur.» — « Si donc tu ne te connais» si tu ne sais que tu es une, que tu es répandue parmi toutes les nations; que tu es pure et que tu ne dois pas te laisser corrompre par le langage pervers de ces commensaux indignes, si tu ne sais que tu m’es légitimement fiancée et que tu dois être présentée au Christ comme une vierge pure, si tu ne te présentes à moi toi-même, dans la crainte que comme le serpent séduisit Eve par son astuce, les mauvaises doctrines ne corrompent en toi la chasteté que tu m’as vouée, si donc tu ne connais en toi ces caractères, « sors, sors. » A d’autres je dirai : « Entre dans la joie de ton Seigneur » à toi je ne dirai pas : Entre; mais: « Sors » joins-toi à ceux qui nous ont quittés. « Sors» mais seulement « si tu ne te connais pas » car si tu te connais, entre. « Si tu ne te connais pas, sors sur les traces des troupeaux et pais tes boucs au milieu des tentes des pasteurs. » « Sors sur les traces, » non pas du troupeau, mais « des troupeaux; et pais, » non pas, comme Pierre, mes brebis, mais « tes boucs, » — « au milieu des tentes, » non pas du pasteur, « mais des pasteurs, » non pas de l’unité, mais de la désunion, sans rester ou il n’y a qu’un troupeau et qu’un pasteur. Ainsi s’affermit, ainsi s’édifie, ainsi devient plus forte cette Épouse bien-aimée, également prête à mourir pour son époux et à vivre pour lui.

Ces paroles que nous avons rappelées, viennent du livre sacré des Cantiques, lequel est comme l’épithalame de l’Époux et de l’Épouse. Il y a en effet des noces spirituelles qui demandent de nous une grande pureté; car le Christ a accordé à son Église d’être spirituellement ce que fut corporellement sa mère, vierge et mère tout à la fois. Mais à ces mêmes paroles les Donatistes donnent un sens particulier bien différent et complètement faux. Je ne veux pas manquer de vous le faire connaître, ni de vous exposer brièvement; avec la grâce de Dieu et dans la mesure de mes forces, comment vous pouvez leur répondre. Lorsque nous pressons les Donatistes en leur montrant cette vive lumière de l’unité de l’Église répandue dans tout l’univers, lorsque nous leur demandons de citer dans l’Écriture quelque passage où Dieu ait prédit que son Église s’établirait en Afrique pendant que les autres contrées seraient comme perdues pour lui; voici ce qu’ils ont l’habitude de répondre : L’Afrique est au midi; lors donc que l’Église demande au Seigneur où il paît, où il repose, le Seigneur répond: « Au midi. » La question serait alors contenue dans ces mots. « Apprenez-moi, vous que chérit mon âme, où vous paissez, où vous reposez » et la réponse dans ceux-ci : « Au  midi » c’est-à-dire en Afrique. Mais si c’est l’Église qui fait la question, et si c’est le Seigneur qui lui répond : Je pais en Afrique et conséquemment: L’Église est en Afrique, il s’ensuit que l’Église qui l’interroge n’est pas là. « Apprenez-moi, disait cette Église, ô vous que chérit mon âme, où vous paissez, où vous reposez » et à cette Église qui n’est pas en Afrique il serait répondu : «Au midi» en d’autres termes : C’est en Afrique que je repose, en Afrique que je pais, ce qui ferait entendre que ce n’est pas en toi. — Maintenant, si la question est adressée par une église, et nul n’en doute, les Donatistes mêmes n’en disconviennent pas, si de plus ces sectaires voient ici je ne sais quoi qui rappelle l’Afrique, c’est qu’évidemment l’Église qui interroge n’est pas en Afrique. Elle est pourtant une Église véritable; l’Église existe donc en dehors de l’Afrique.

Admettons que l’Afrique soit au midi, quoique l’Égypte soit plutôt qu’elle au point précis du midi, du milieu du jour. Or, que fait en Égypte le divin Pasteur? Vous qui le savez, réveillez vos souvenirs, et vous qui l’ignorez, apprenez quel immense troupeau il y réunit, quel nombre considérable il y possède de saints et de saintes qui ont renoncé complètement au monde. Le saint troupeau s’y est accru au point d’en bannir toutes les superstitions; et pour ne pas dire comment en se développant il a éloigné le culte des idoles, qui y exerçait tant d’empire; j’admets ce que vous dites, ô perfides commensaux, j’admets absolument, je veux croire que l’Afrique est au midi et qu’il est question d’elle dans ces mots : « Où paissez-vous, où reposez-vous au midi? » Mais de votre côté remarquez aussi que c’est l’Épouse et non l’Époux qui parle ainsi. Oui, c’est l’Épouse qui dit : « Apprenez-moi, vous que chérit mon âme, où vous paissez, où vous reposez au midi, dans la crainte que je ne me jette comme une aveugle. » O sourd, ô aveugle, si tu vois l’Afrique dans ce mot de midi, comment ne vois-tu pas que ces autres mots; comme une aveugle, désignent une femme? « Apprenez-moi, vous que chérit mon âme : » c’est bien à un homme que s’adressent ces expressions : « Vous que chérit « quem delexit. » Si nous lisions : Apprenez-moi, vous que chérit, quam dilexit; nous comprendrions que c’est l’Époux parlant à l’Épouse; donc puisqu’il est écrit — « Apprenez-moi, vous que chérit mon âme, quem dilexit, où vous paissez, où vous reposez, » c’est l’Épouse parlant à l’Époux. Mais c’est elle aussi qui ajoute : « au midi » et elle demande : «Où paissez-vous au midi, dans la crainte que je ne m’égare, comme une aveugle, au milieu des troupeaux de vos commensaux.» J’admets donc, j’admets complètement qu’il est ici question de l’Afrique, comme tu le prétends, que le mot midi la désigne. Ne s’ensuit-il pas que c’est l’Église du Christ, située au delà des mers, qui s’adresse à son Époux, dans la crainte de heurter contre l’erreur répandue en Afrique? « O vous que chérit mon âme, dites-moi, » enseignez-moi. J’ai appris qu’il y a dans le midi, c’est-à-dire en Afrique, deux partis, ou plutôt de nombreuses factions. « Dites-moi » donc « où vous paissez, » quelles sont vos brebis, à quel bercail je dois m’attacher, auquel m’unir. « Dans la crainte que je ne me jette, comme une aveugle.» On m’insulte en effet, on m’accuse d’être voilée, d’être cachée, comme perdue et comme n’existant ailleurs nulle part. Je crains donc de me jeter comme une aveugle, comme une femme inconnue et dans les ténèbres, au milieu des troupeaux, des assemblées d’hérétiques, de vos commensaux, des Donatistes, des Maximianistes, des Rogatistes, et des autres sectes venimeuses qui recueillent en dehors de vous et qui par conséquent dissipent; je vous en conjure, éclairez-moi, afin qu’en cherchant là mon Pasteur, je ne me jette point dans l’abîme ouvert par les rebaptisants.

Je vous en prie, je vous en supplie par la sainteté de ces noms sacrés, aimez cette Église, vivez en elle, formez-la telle qu’elle vient de vous apparaître; chérissez le bon Pasteur, l’Époux si beau qui ne trompe personne et qui ne veut la mort de personne. Priez aussi pour les brebis dispersées; qu’elles reviennent aussi, qu’elles reconnaissent aussi et aiment la vérité, afin qu’il n’y ait plus qu’un troupeau et qu’un pasteur.

 

 

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