Pour ceux qui cherchent l’unité où elle n’est pas

DE L’UNITÉ DE L’ÉGLISE Saint Cyprien de Carthage

Le Seigneur nous dit : Vous êtes le sel de la terre (Mt. V). Il nous recommande l’innocence et la simplicité; mais il veut qu’à ces vertus nous joignions la prudence. Cela posé, quoi de plus utile pour nous, mes frères bien-aimés, que de nous tenir sur nos gardes, de veiller avec sollicitude, de comprendre et de déjouer les embûches de notre mortel ennemi? Quelle honte en effet si, revêtus de Jésus-Christ, la sagesse du père, nous manquions de cette sagesse élémentaire qui nous conduit au salut? Nous n’avons pas à craindre seulement la persécution et ses dangereuses tentatives: quand le péril est manifeste, on se tient facilement sur ses gardes; on se prépare au combat, quand l’ennemi marche le front levé. Il est bien plus à craindre lorsqu’il s’approche en secret, lorsque, sous l’apparence d’une paix trompeuse, il se glisse dans l’ombre, comme le serpent dont il porte le nom. Son astuce est toujours la même; les moyens ténébreux qu’il emploie pour nous séduire n’ont pas changé. Dès le commencement du monde, il s’attaqua au premier couple humain, et, à l’aide de mensonges flatteurs, il trompa ces âmes encore neuves et simples. Il s’attaqua de même à Jésus-Christ; il s’approcha de lui en secret, espérant réussir de nouveau dans son entreprise; mais il fut découvert, et par suite repoussé. Apprenons par cet exemple à ne pas suivre la voie du premier homme, à marcher sur les traces du Christ victorieux. Par là nous ne tomberons pas en téméraires dans le piège de la mort; mais, grâce à notre prudence, nous acquerrons des droits à l’immortalité.

Or comment jouir de l’immortalité, si vous n’observez les préceptes du Christ, qui nous rendent vainqueurs de la mort? Il nous dit lui-même : Si vous voulez arriver à la vie, observez les commandements (Mt. XIX); et dans un autre endroit: Si vous faites ce que je vous prescris, je ne vous donnerai plus le nom d’esclaves, mais celui d’amis (Jn. XV). Tel sont les hommes, au jugement de Dieu, forts et inébranlables, les hommes appuyés sur le rocher solide, capables de résister aux tempêtes et aux tourbillons du siècle. Celui qui entend mes paroles et les met en pratique, dit Jésus-Christ, ressemble à l’homme sage qui bâtit sur le rocher les fondements de sa demeure. La pluie tombe, les fleuves débordent, les vents se déchaînent et se précipitent sur la maison; mais elle ne tombe pas parce qu’elle est fondée sur la pierre (Mt. VII). Nous devons donc nous attacher aux paroles du Maître, recueillir ses enseignements, imiter ses actions.

  Or, comment peut-on dire qu’on croit en Jésus-Christ quand on n’accomplit pas ses commandements? Peut-on recevoir la récompense de la foi quand on n’a pas foi aux préceptes? Non; on ne peut qu’errer, tourbillonner sous le souffle de l’erreur, comme la poussière que le vent emporte, et on doit désespérer d’arriver au salut puisqu’on n’en suit pas le chemin. Evitez donc tous les pièges, mes frères bien-aimés, non seulement ceux qui se montrent aux yeux; mais encore ceux, qui cachent dans les ténèbres leur astuce et leur malice. Quoi de plus astucieux, quoi de plus subtil que notre ennemi? Jésus, en s’incarnant, triomphe de ses artifices et de sa puissance; alors, en effet, la lumière se montre aux nations pour les sauver; les sourds entendent la voix de la grâce; les aveugles ouvrent les yeux pour voir le Dieu véritable; les infirmes reviennent pour toujours à la santé; les boiteux courent à l’Église; les muets, sentant leur langue se délier, font entendre l’accent de la prière, Mais l’ennemi ne s’avoue pas vaincu. Voyant les idoles abandonnées et ses temples désertés par la foule devenue croyante, il imagine un nouveau piège afin de tromper les impudents par l’apparence même du nom chrétien. Il invente les hérésies et les schismes pour troubler la foi, corrompre la vérité, scinder l’unité. Il séduit ceux qu’il ne peut retenir dans la voie des anciennes erreurs, et il les trompe en leur montrant de nouveaux chemins. Il ravit les fidèles à l’Eglise, et tout en leur persuadant qu’ils évitent la nuit du siècle et qu’ils approchent de la lumière, il les plonge, sans qu’ils s’en aperçoivent, dans de nouvelles ténèbres. Ainsi, déserteurs de l’Évangile et de la loi de Jésus-Christ, ils s’obstinent à se dire chrétiens; ils marchent dans les ténèbres, et ils croient jouir de la lumière. L’ennemi les flatte, il les trompe, cet ennemi qui, selon l’apôtre, se transfigure en ange de lumière, qui transforme ses ministres eux-mêmes en prédicateurs de la vérité, donnant la nuit au lieu du jour, la mort au lieu du salut, le désespoir à la place de l’espérance, la perfidie sous le voile de la foi, l’antéchrist sous le nom adorable du Christ. C’est ainsi qu’au moyen d’une vraisemblance menteuse, ils privent les âmes de la vérité.

Cela arrive, mes frères bien aimés, parce qu’on ne remonte pas à l’origine de la vérité; parce qu’on ne cherche pas le principe, parce qu’on ne conserve pas la doctrine du maître céleste. Si on se livrait à cet examen, on n’aurait besoin ni de longs traités, ni d’arguments. Rien de plus facile que d’établir sur ce point la foi véritable. Dieu parle à Pierre: Je te dis que tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les puissances des enfers n’en triompheront jamais. Je te donnerai les clefs du royaume du Ciel, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le Ciels et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le Ciel (Mt. XVI). Après sa résurrection, il dit au même apôtre : Pais mes brebis. Sur lui seul il bâtit son Église, à lui seul il confie la conduite de ses brebis. Quoique, après sa résurrection, il donne à tous ses apôtres un pouvoir égal, en leur disant : Comme mon Père m’a envoyé, je vous envoie; recevez le Saint-Esprit les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez (Jn. XX), cependant, afin de rendre l’unité évidente, il a établi une seule chaire et, de sa propre autorité, il a placé dans un seul homme le principe de cette même unité. Sans doute les autres apôtres étaient ce que fut Pierre; ils partageaient le même honneur, la même puissance, mais tout se réduit à l’unité. La primauté est donnée à Pierre, afin qu’il n’y ait qu’une seule Église du Christ et une seule chaire. Tous sont pasteurs; mais on ne voit qu’un troupeau dirigé par les apôtres avec un accord unanime. L’Esprit-Saint avait en vue cette Église une, quand il disait dans le Cantique des cantiques: Elle est une ma colombe, elle est parfaite, elle est unique pour sa mère; elle est l’objet de toutes ses complaisances (Ct. VI). Et celui qui ne tient pas à l’unité de l’Église croit avoir la foi! Et celui qui résiste à l’Église, qui déserte la chaire de Pierre sur laquelle l’Église repose, se flatte d’être dans l’Église! Écoutez l’apôtre saint Paul; il expose lui aussi le dogme de l’unité : Un seul corps, un seul esprit, une seule espérance de votre vocation, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu (Ep. IV).

 Nous devons tenir fortement à cette unité, nous devons la défendre, nous surtout évêques, qui occupons la première place dans l’Église, afin que le corps épiscopal soit un et indivisible. Que personne n’altère, par le mensonge, la fraternité qui nous unit; que personne, par des enseignements perfides, ne nuise à la sincérité de notre foi. L’épiscopat est un, chacun de nous possède cette dignité solidairement avec ses frères. L’Église aussi est une, quoique, par l’effet de sa fécondité, elle s’étende sur une immense superficie. Ainsi les rayons innombrables du soleil ne font qu’une seule lumière; l’arbre a des rameaux nombreux, mais un tronc unique solidement attaché au sol ; plusieurs ruisseaux coulent de la source et portent au loin leurs, eaux abondantes, mais la source est unique. Cherchez à, enlever au soleil un de ses rayons, l’unité de la lumière ne souffrira pas cette division; séparez un rameau de l’arbre, il se flétrira; écartez un ruisseau de la fontaine, il se desséchera. Il en est de même de l’Église de Dieu : répandue partout, elle éclaire l’univers de ses rayons; mais il n’y a qu’une seule lumière inséparable du corps qui la produit; arbre gigantesque, elle étend partout ses rameaux chargés de fruits; fontaine intarissable, elle porte au loin ses eaux abondantes et fécondes; mais il n’y a qu’un principe, un tronc, une source, une mère dont la fécondité remplit l’univers. Le sein de cette mère nous donne la naissance, son lait nous nourrit, son souffle nous anime. L’épouse du Christ ne peut souffrir l’adultère ; elle est incorruptible; elle ne connaît qu’une seule maison, qu’un seul lit conjugal. C’est elle qui nous conserve pour Dieu, et qui, après nous avoir engendrés, nous conduit au royaume céleste. Quiconque se sépare de l’Église véritable, pour se joindre à. une secte adultère, renonce aux promesses de l’Église. Les promesses du Christ ne sont pas pour celui qui abandonne son Église. Cet homme est un étranger, un profane, un ennemi. Non, on ne peut avoir Dieu pour Père si on n’a pas l’Église pour Mère. Au temps du déluge, pouvait-on se sauver hors de l’arche de Noé? De même aujourd’hui, hors de l’Église, le naufrage est certain. C’est l’enseignement de Jésus-Christ : Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui ne recueille pas avec moi dissipe (Mt, XII). Celui qui rompt les liens de la paix et de la concorde établis par le Christ agit contre le Christ; celui qui recueille hors de l’Église dissipe l’Église du Christ. Le Seigneur a dit encore : Moi et mon Père ne sommes qu’un (Jn. X); et Jean, en parlant du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ajoute, et ces trois ne sont qu’un. Qui donc pourrait croire que cette unité, née de l’unité divine, cimentée par les sacrements célestes, peut être scindée selon le caprice des volontés rivales? Perdre cette unité, c’est perdre la loi divine, la foi dans le Père et le Fils, la vie, le salut.

  Ce dogme de l’unité est figuré dans l’Évangile par la tunique du Christ : les soldats ne la partagèrent pas; mais ils La tirèrent au sort et ainsi elle resta dans son entier. Écoutez l’évangéliste : Quant à la tunique, comme elle n’était pas cousue, mais entièrement tissée, ils se dirent les uns aux autres : ne la partageons pas, mais tirons au sort pour voir à qui elle appartiendra (Jn. XIX). Elle représentait cette unité qui vient du Ciel, c’est-à-dire de Dieu, qui ne peut être violée par les hommes, mais qui doit subsister en entier et sans la moindre altération. Or, comment posséder le vêtement du Christ, quand on scinde et qu’on divise l’Église du Christ?    Le Livre des Rois nous offre un exemple contraire. A la mort de Salomon, le royaume et le peuple se divisèrent. Alors le prophète Achias alla dans la campagne au devant de Jéroboam et, faisant de son manteau douze parts, il lui dit: Prends dix de ces morceaux, car voilà ce que dit le Seigneur Je diviserai le royaume de Salomon et je te donnerai dix tribus; deux tribus resteront à son héritier, à cause de David mon serviteur et de Jérusalem que j’ai choisie pour y établir mon nom (III R. XI). Lorsque les douze tribus d’Israël étaient divisées, le prophète Achias déchira son manteau; mais il n’en est pas de même du peuple du Christ: là toute scission est impossible; aussi sa tunique tissée et d’une seule pièce ne fut pas déchirée par les soldats. Elle nous montre, par son intégrité, la concorde qui doit exister parmi les disciples du Christ; elle est la figure de l’unité de l’Église.

Qui donc pousserait assez loin la scélératesse, la perfidie ou la fureur de la discorde pour croire qu’on peut scinder l’unité divine pour oser déchirer la robe du Seigneur, l’Église du Christ? Il nous dit lui-même dans son Évangile : Il n’y aura qu’un seul troupeau et un seul pasteur (Jn. X); et vous croyez que, dans le même lieu, il peut exister plusieurs pasteurs ou plusieurs troupeaux? L’apôtre saint Paul nous recommande la même unité : Je vous supplie, mes frères, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, de suivre tous la même doctrine, afin qu’il n’y ait pas de schismes parmi vous. Soyez unis dans le même sentiment, dans la même croyance (I Cor. I). Il dit encore : Supportez-vous les uns les autres dans la charité; efforcez-vous de conserver l’unité de l’esprit dans le lien de la paix. Vous croyez qu’on peut vivre hors de l’Église, qu’on peut s’y établir une demeure, alors qu’il fut dit à Raab, qui était la figure de l’Église : Introduis dans ta maison ton père, ta mère, tes frères, toute ta famille, et quiconque en franchira le seuil périra ( Jos. II)? De même, dans l’Exode, la cérémonie de la Pâque porte que l’agneau, qui est la figure du Christ, doit être mangé dans une seule maison. Écoutez plutôt la parole du Seigneur : Il sera mangé dans une seule maison et vous ne jetterez dehors aucune partie de sa chair (Ex. XII). Jeter dehors la chair de Jésus-Christ, le Saint du Seigneur, serait un sacrilège : les croyants n’ont donc qu’une seule maison, qu’une seule Église. C’est cette maison, c’est l’harmonie qui y règne que le Saint-Esprit a en vue quand il dit dans les Psaumes: Dieu réunit dans la même, demeure ceux qui sont unis par la même pensée, le même sentiment (Ps. LXVII); c’est-à-dire, dans la maison de Dieu, dans l’Église du Christ, habitent les âmes simples, unies ensemble par les liens d’une foi commune. Voilà pourquoi l’Esprit-Saint se montre sous la forme d’une colombe. La colombe est un oiseau simple et joyeux, sans fiel, sans violence; il ne déchire ni avec son bec ni avec ses ongles; il aime les habitations humaines, se contente d’une seule demeure. Les colombes élèvent leurs petits en commun, volent ensemble serrées les unes contre les autres, vivent en famille, témoignent leur amour par des caresses, en un mot, elles paraissent n’avoir toutes qu’un même sentiment. Ainsi, dans l’Église, ayons cette simplicité, cette charité qui fait de nous des colombes, cette douceur et cette innocence qui nous rend semblables aux agneaux et aux brebis. La férocité des loups, la rage des chiens, le venin mortel des serpents, la cruauté des bêtes sauvages peuvent-ils trouver place dans un cœur chrétien? Lorsque des hommes souillés de ces passions infâmes se séparent de l’Église, il faut s’en féliciter; du moins ils n’infecteront pas de leur contagion mortelle les colombes et les brebis du Christ. L’amertume ne peut s’unir à la douceur, l’obscurité à la lumière, la pluie à la sérénité, la lutte à la paix, la stérilité à l’abondance, la sécheresse â la source, la tempête au calme de l’atmosphère.

 Ce ne sont pas les bons, croyez-le bien, qui peuvent se séparer de l’Église. Le vent n’emporte pas le pur froment, la tempête ne renverse pas le chêne solidement assis sur ses racines. C’est la paille inutile que le vent emporte; c’est l’arbre faible et sans vigueur qui est renversé par les tourbillons. Ils sont sortis du milieu de nous, dit l’apôtre saint Jean, mais ils ne furent jamais des notres; s’ils l’avaient été, ils seraient restés avec nous (I Jn. II). La cause des hérésies passées et présentes ce sont ces esprits pervers qui ne peuvent rester en paix, ces hommes perfides qui brisent les liens de l’unité. Dieu permet et souffre ces désordres pour laisser à la liberté humaine toute son intégrité. Ainsi l’examen de la vérité devient pour le cœur et l’esprit une épreuve décisive, et la foi des élus en sort victorieuse pour se montrer au grand jour. L’Esprit-Saint, d’ailleurs, a eu soin de nous en prévenir par la bouche de l’apôtre: Il faut qu’il y ait des hérésies pour faire connaître les vrais disciples du Christ (I Cor. XI). Par là les fidèles sont éprouvés, les perfides découverts; même avant le jour du jugement, les âmes des justes sont séparées de celles des méchants et le froment de la paille.

Ces chefs de secte se placent d’eux-mêmes et sans l’ordre divin à la tête de leurs concitoyens; ils s’emparent du pouvoir, sans s’inquiéter de l’ordination qui le donne; ils prennent le titre d’évêques, sans que personne leur confère l’épiscopat. L’esprit nous les représente, au livre des Psaumes, assis dans la chaire empestée; ce sont, dit-il, les fléaux de la foi; sur leur langue réside la malice du serpent; ils sont habiles à corrompre la vérité; ils vomissent de leur bouche empoisonnée des venins mortels; leur parole se glisse comme la vipère; leur contact seul frappe d’une blessure mortelle les esprits et les cœurs (I Cor. XI). Le Seigneur s’élève contre ces faux prophètes; il cherche à en détourner son peuple : N’écoutez pas leurs paroles, dit-il, car ils sont le jouet de leurs propres visions. Ils parlent, mais ce n’est pas Dieu qui parle par leur bouche. Ils disent à ceux qui repoussent la parole du Seigneur: la paix sera avec vous. Ils disent à ceux qui suivent leurs conseils perfides: tout homme qui suit le mouvement de son cœur n’a à craindre aucun mal. Je n’ai jamais parlé à ces faux prophètes, dit le Seigneur; ils prophétisent de leur propre autorité. S’ils étaient restés fidèles à ma loi, s’ils avaient écouté ma parole, s’ils avaient travaillé à instruire mon peuple, je les aurais détournés de leurs funestes pensées (Jr. XXIII). Le Seigneur désigne encore ces mêmes prophètes lorsqu’il dit : Ils m’ont abandonné, moi la fontaine d’eau vive, et ils se sont creusé des réservoirs vermoulus qui ne peuvent contenir l’eau (Jr. II). Il ne peut y avoir qu’un baptême, et eux pensent pouvoir baptiser (On peut voir ici le principe des erreurs de Saint Cyprien relativement au baptême conféré par les hérétiques.). Après avoir quitté la fontaine de vie, ils promettent la grâce de l’eau régénératrice. Loin de purifier les hommes, ils les souillent davantage; loin de laver les fautes, ils les multiplient. Une telle génération donne des enfants, non à Dieu, mais au démon. Nés du mensonge, ils n’ont aucun droit aux promesses de la vérité; issus de la perfidie, ils perdent la grâce de la foi. Peuvent-ils compter sur, la paix ceux qui, aveuglés par l’esprit de discorde, ont ruiné la paix du Seigneur?

 Certains pourraient peut-être se faire illusion, en interprétant mal ces paroles du Christ : Là où se trouvent deux ou trois personnes réunies en mon nom, je suis au milieu d’elles (Mt. XVIII). Ces corrupteurs de l’Évangile, ces faux interprètes des Écritures citent la fin du texte et en suppriment le commencement, selon les besoins de leur cause. De même qu’ils sont eux-mêmes retranchés de l’Église, ils scindent, pour en altérer le sens, les paroles de l’Écriture. Le Seigneur, exhortant ses disciples à la concorde et à la paix, leur dit : Si deux d’entre vous s’entendent sur la terre pour une chose à demander, quelle qu’elle soit, elle vous sera accordée par mon Père qui est dans le Ciel; car là où se trouvent deux ou trois personnes réunies en mon nom, je suis au milieu d’elles. Il montre par là que la grâce est accordée, non à la multitude de ceux qui prient, mais à la concorde et à la charité qui les animent. Si deux d’entre vous, dit-il, s’entendent sur la terre: voilà la concorde; il la place en première ligne, il nous y exhorte de tout son pouvoir.

Or, comment peut-on se mettre d’accord avec quelqu’un, lorsqu’on est séparé du corps de l’Église et de toute la société des frères? Comment deux ou trois personnes peuvent-elles se réunir au nom de Jésus-Christ, lorsqu’il est certain qu’elles sont séparées de Jésus-Christ et de son Évangile? Ce n’est pas nous qui nous sommes éloignés d’eux, mais ils se sont éloignés de nous. De là les hérésies et les schismes : en cherchant à former des assemblées hors du sein de l’Église, ils ont abandonné le principe et la source de la vérité.

 Mais le Seigneur parle du milieu de l’Église; il parle à ceux sont dans l’Église et il leur dit : Ne fussiez-vous que deux ou trois, si vos âmes sont unies par les liens de la charité, vous obtiendrez de Dieu l’effet de vos prières. Là où se trouvent deux ou trois personnes réunies en mon nom, je suis au milieu d’elles, c’est-à-dire avec les simples, avec les amis de la paix, avec ceux qui craignent Dieu et qui observent ses commandements. Il est avec, ces hommes, quoiqu’ils ne soient que deux ou trois, comme il était autrefois avec les trois enfants dans la fournaise. Ils se confiaient simplement à Dieu; ils persévéraient dans l’union fraternelle : aussi un souffle rafraîchissant vint tempérer l’ardeur des flammes qui les enveloppaient. Deux apôtres étaient en prison; eux aussi persévéraient dans la simplicité et l’union fraternelle le Seigneur vint à leur secours, il brisa leurs liens et les renvoya sur la place publique pour prêcher l’Évangile à la multitude. Ainsi donc lorsqu’il dit : Là où seront deux ou trois personnes réunies en mon nom, je serai au milieu d elles, il ne sépare pas les hommes de l’Église, lui qui en est le fondateur, mais il reproche aux perfides hérétiques l’esprit de discorde qui les anime, il recommande la paix aux fidèles, il montre qu’il se trouve plutôt avec deux ou trois personnes priant d’une voix unanime qu’au milieu d’une foule en discorde, et que les vœux des premiers, vivifiés par la charité, auront plus d’empire sur le cœur de Dieu que les voix tumultueuses des autres.

  C’est pour cela que Jésus a dit en nous imposant la loi de la prière : Lorsque vous vous mettrez a prier, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, afin que votre Père qui est dans le Ciel vous pardonne vos péchés (Mc. XI). Il repousse de l’autel celui qui vient offrir son sacrifice avec la haine dans le cœur; il lui ordonne d’aller d’abord se réconcilier avec son frère et de venir ensuite présenter son offrande. Dieu n’accueillit pas les présents de Caïn : il ne pouvait être en paix avec Dieu celui qui par jalousie avait voué à son frère une haine aveugle. Quelle paix peut donc se promettre nos ennemis? quels sacrifices croient-ils célébrer quand ils dressent autel contre autel ?S’imaginent-ils que le Christ assiste à leurs réunions, alors que ces réunions se font hors de l’Église? Leur crime est si grand que, s’ils mouraient en confessant la foi, leur sang ne suffirait pas à le laver. La discorde anéantit toute charité; rien ne peut l’expier, pas même le martyre. Peut-il y avoir des martyrs hors de l’Église? Peut-on arriver au royaume céleste, quand on abandonne celle en qui nous devons régner? Le Christ nous a donné la paix; il nous a recommandé la concorde et l’union; il nous a prescrit de conserver dans leur intégrité les liens de la charité et de l’amour il ne peut donc se dire martyr celui qui ne persévère pas dans la charité fraternelle. C’est aussi la doctrine de l’apôtre saint Paul: Quand ma foi serait capable de transporter les montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens aux pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, je ne gagne rien. La charité est magnanime, bienveillante, sans jalousie, sans pensée amère; elle ne s’enfle pas, ne s’irrite pas, ne pense pas le mal; elle aime tout, croit tout, espère tout, supporte tout. La charité ne périt pas (I Cor. XIII). Vous l’entendez, mes bien-aimés, la charité ne périt pas; elle vivra dans le royaume céleste; elle sera le lien éternel et indissoluble des élus. Mais, pour la discorde, elle sera à tout jamais frappée d’exclusion.

 Le Christ a dit : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés moi-même. Il a promis une récompense à ceux qui observeraient ce précepte : comment mériterait-il la récompense celui qui, par des dissensions perfides, anéantit la charité du Christ? Celui qui n’a pas la charité ne possède pas Dieu, dit l’apôtre saint Jean, car Dieu est amour; celui qui persévère dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui (I Jn. IV). Les déserteurs de l’Église de Dieu ne peuvent demeurer en Dieu. Qu’ils périssent dans les flammes, qu’ils meurent sous la dent des bêtes, ce n’est pas un titre à la récompense, mais le châtiment de leur perfidie; ce n’est pas la fin glorieuse d’une vie chrétienne, mais le dernier acte d’un aveugle désespoir. Ils peuvent recevoir la mort, mais non pas la couronne. Ils se disent chrétiens, comme le démon se dit le Christ, selon cet avertissement du Maître : Plusieurs viendront en mon nom, disant : Je suis le Christ; et ils séduiront la multitude (Mc. XIII). De même que le démon n’est pas le Christ, quoiqu’il se serve de son nom pour séduire, ainsi l’homme qui ne persévère pas dans la vérité de l’Évangile et de la foi ne peut se dire chrétien. Certes, c’est une chose sublime et admirable que de prophétiser, chasser les démons, opérer des prodiges; et pourtant le dépositaire de tous ces pouvoirs ne peut arriver au royaume céleste qu’autant qu’il suit le chemin de la vérité et de la justice. Le Maître nous en avertit lui-même : Plusieurs diront en ce jour : Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé, n’avons-nous pas chassé les démons, n’avons-nous pas fait de grands prodiges en votre nom? Et je leur dirai : Je ne vous connais pas; éloignez-vous de moi, hommes d’iniquité (Mt. VII). C’est par la justice qu’on peut fléchir la justice de Dieu; c’est en obéissant à ses préceptes que nous pouvons obtenir la récompense due à nos mérites.

 Le Seigneur établit en deux mots, dans l’Évangile, les fondements de notre espérance et de notre foi : Votre Dieu, dit-il, est un Dieu unique. Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre coeur, de tout votre esprit et de toutes vos forces c’est là le premier commandement. Le second commandement est semblable au premier : Vous aimerez votre prochain comme vous-même. Dans ces deux commandements se trouvent toute la loi et les prophètes (Mc. XII). En renfermant dans deux préceptes les prophètes et la loi, le Seigneur nous recommande l’unité et la charité. L’unité et la charité! Ils s’en occupent bien ces fauteurs de discordes qui emportés par une haine aveugle, scindent l’Église, détruisent la foi, troublent la paix, ruinent la charité, profanent nos mystères.

   Ce fléau, mes frères bien-aimés, a commencé depuis longtemps; mais, de nos jours, ses ravages deviennent plus affreux. Les hérésies et les schismes, en se multipliant, répandent davantage leurs poisons. N’en soyons pas étonnés; il doit en être ainsi au déclin du monde; l’Esprit-Saint, par la bouche de l’apôtre, l’a prédit: Aux derniers jours, viendront des temps difficiles. On verra paraître des hommes pleins de confiance en eux-mêmes, superbes, vaniteux, avares, blasphémateurs, désobéissants, ingrats, impies, sans affection, sans bonne foi, délateurs, débauchés, cruels, ennemis de tout bien, traîtres, insolents, enflés d’orgueil, préférant leurs passions à Dieu, altérant les dogmes de la religion et ne croyant pas à son origine et à sa vertu divine. Ces hommes se glissent dans les maisons; ils séduisent des femmes faibles et chargées de fautes qui se laissent conduire par de vains désirs. Ils cherchent sans cesse à apprendre et n’arrivent jamais à la science de la vérité. Autrefois Jamnès et Mambrès résistèrent à Moïse : eux de même résistent à la vérité, égarés qu’ils sont par leur corruption et leurs erreurs. Mais leur succès sera de courte durée; bientôt leur perversité sera découverte, comme celle des ennemis de Moïse (II Th. III).

 Toutes ces prophéties s’accomplissent, et comme la fin du monde approche, ces hommes paraissent pour nous éprouver. Grâce à la fureur du démon, toutes les passions s’agitent à la fois: l’erreur séduit les âmes déjà égarées par l’orgueil, la jalousie les enflamme, la cupidité les aveugle, l’impiété les déprave, la vanité les enfle, la discorde les exaspère, la colère les précipite à leur ruine. Ne nous laissons pas troubler ou émouvoir par l’excessive perfidie d’un si grand nombre; mais plutôt, puisque la chose est prédite, servons-nous-en pour fortifier notre foi. La conduite des hérétiques est conforme à la prédiction. Donc, mes frères, appuyés sur la prophétie, tenez-vous en garde contre eux, car le Seigneur a dit: Méfiez-vous; je vous ai tout annoncé d’avance. Évitez ces hommes, je vous en supplie, repoussez leurs paroles perverses comme une contagion mortelle, selon cette parole des Livres saints : Fermez rigoureusement vos oreilles et n’écoutez pas les méchants; et ailleurs : Les mauvais propos corrompent les bonnes mœurs.

Tels sont les hommes que nous devons fuir; la parole du Seigneur est formelle : Ce sont des aveugles, dit-il, et des conducteurs d’aveugles. Si un aveugle conduit un autre aveugle, tous deux tomberont dans la fosse (Mt. XV). Si un homme est séparé de l’Église, évitez-le, fuyez-le. C’est un pervers, un pécheur, condamné par sa propre conduite. Eh quoi! Il s’imagine être avec le Christ, celui qui agit contre les prêtres du Christ, qui se sépare de l’assemblée du clergé et du peuple du Christ? Armé contre l’Église, il combat l’institution de Dieu. Ennemi de l’autel et du divin sacrifice, perfide envers la foi, sacrilège envers la religion, serviteur désobéissant, fils impie, frère révolté, il méprise les évêques de Dieu, il abandonne ses prêtres et il dresse un autel étranger; il fait monter vers le Ciel une prière sacrilège, il profane par un sacrifice menteur la sainteté de l’hostie divine. Il ne sait donc pas que ceux qui s’élèvent contre l’ordre divin sont punis de leur audacieuse témérité? Coré, Dathan et Abiron, révoltés contre Aaron et Moïse, avaient voulu s’attribuer l’honneur d’offrir à Dieu des sacrifices; à l’instant même, ils reçurent leur châtiment : la terre s’entrouvrit sous leurs pas et les engloutit vivants dans ses profondeurs. La justice divine ne se contenta pas de frapper ceux qui furent les auteurs de la sédition; mais deux cent cinquante hommes qui avaient partagé leur crime, en s’attachant à leur parti, périrent consumés par le feu du Ciel. Dieu nous montre par ce châtiment terrible que les méchants, en cherchant à détruire l’ordre divin, s’attaquent à Dieu lui-même. Il en fut de même du roi Osias. Malgré la loi divine et les résistances du grand prêtre Azarias, il porta la main à l’encensoir et s’arrogea par la violence le droit de sacrifier. Le châtiment ne se fit pas attendre. : frappé par la colère divine, son front fut souillé de la lèpre. Ainsi cette partie du corps où Dieu imprime un caractère sacré pour désigner ses élus, porta les traces de la vengeance céleste. Les fils d’Aaron placèrent sur l’autel un feu profane : ils furent frappés de mort en présence du Dieu qu’ils avaient offensé. Ils imitent ces grands coupables ceux qui s’attachent à des doctrines étrangères, méprisent la tradition divine et lui substituent leurs propres folies. Le Seigneur s’élève contre eux dans son Évangile : Vous rejetez l’ordre de Dieu pour établir vos traditions (Mc. VII).

 Ce crime est pire que celui des apostats qui, admis à la pénitence, cherchent à fléchir la justice du Ciel par leurs expiations. Chez ceux-ci on cherche l’Église, on implore son pardon; chez les hérétiques on lui résiste en face. Un apostat a pu céder à la violence; l’hérétique, de son plein gré persévère dans le crime. En succombant dans la persécution, on ne nuit qu’à soi-même; en se mettant à la tête d’une hérésie ou d’un schisme, on entraîne la multitude et on la trompe. Dans le premier cas, il n’y a danger que pour une seule âme, dans le second, que d’âmes se perdent! Celui qui tombe comprend sa faute, il la déplore amèrement; mais l’hérétique se glorifie de son crime, il s’y complaît, il sépare les enfants de la mère, les brebis du pasteur, il profane les sacrements institués par Dieu lui-même. Le premier ne pèche qu’une fois, le second tous les jours. Enfin l’apostat peut encore recevoir la palme du martyre et par suite la couronne céleste; mais le sectaire, mis à mort hors de l’Église, n’a droit à rien.

Ne vous étonnez pas, mes frères bien-aimés, de voir des confesseurs tomber dans l’hérésie : ce n’est pas plus étonnant que d’en voir d’autres commettre des fautes graves. La confession du nom de Jésus-Christ ne nous garantit pas des embûches du démon, pas plus qu’elle n’éloigne entièrement de nous, pendant cette vie, les tentations, les périls, les séductions du siècle. S’il en était ainsi, nous ne verrions pas, chez des hommes qui ont confessé la foi, ces fraudes, ces impuretés, ces adultères qui arrachent parfois nos gémissements et nos larmes. Pour être confesseur, on n’est ni plus grand, ni plus saint, ni plus cher à Dieu que Salomon. Tant qu’il marcha dans la voie du Seigneur, Salomon conserva son amitié; en quittant le droit chemin, il perdit la grâce divine, selon cette parole de l’Écriture : Le Seigneur excita Satan contre Salomon lui-même. De là cette autre parole: Soyez fidèle, de peur qu’un autre ne reçoive votre couronne (Ap. III). Dieu nous parlerait-il de la perte de la couronne de la sainteté, si en perdant la sainteté nous ne perdions infailliblement la couronne?

 La confession du nom chrétien est le commencement de la gloire, mais elle n’assure pas définitivement la récompense céleste; elle rehausse notre dignité, mais sans nous conduire au couronnement de l’édifice. Il est écrit: Celui qui persévèrera jusqu’à la fin sera sauvé; donc tout ce qu’on fait avant la fin est un degré par lequel on arrive au faîte du salut. Mais ce n’est pas encore le salut. Vous êtes confesseur de la foi, c’est bien; mais prenez garde, le péril est encore plus grand, parce que l’ennemi est plus furieux. Vous êtes confesseur de la foi : raison de plus pour vous attacher à l’Évangile du Seigneur, vous qui n’avez mérité votre gloire que par l’Évangile. Le Seigneur a dit: On demandera beaucoup à celui qui a beaucoup reçu. Plus on est élevé en dignité, plus on doit être fidèle. Que personne ne périsse par l’exemple d’un confesseur de la foi; que personne ne trouve dans ses mœurs des leçons d’injustice, d’orgueil, de perfidie. Vous êtes confesseur, soyez donc humble et patient, soyez modeste et réservé dans votre conduite; soyez digne du nom que vous portez et imitez le Christ dont vous proclamez la divinité. Jésus a dit : Celui qui s’élève sera abaissé et celui qui s’abaisse sera élevé. Lui-même, le Verbe, la Puissance, la Sagesse du Père, a été élevé parce qu’il s’est abaissé sur la terre. Comment donc, aimerait-il l’orgueil, lui qui nous fait un précepte de l’humilité et qui, à cause de cette humilité, a reçu de son père le plus sublime de tous les noms?

 Vous êtes confesseur du Christ; encore une fois, c’est bien; mais alors ne blasphémez pas la majesté et la divinité, du Christ. Votre langue lui a rendu témoignage, qu’elle ne soit donc plus un instrument de médisance, de troubles, de haines, de discordes. Qu’elle ne distille plus sur les fidèles et sur les prêtres de Dieu le venin de la calomnie, assaisonné de quelques mots d’éloge. Du reste, sachez-le bien, si vous reprenez votre vie coupable et criminelle, si vous perdez par vos mauvaises mœurs le mérite de votre confession, si vous souillez votre vie par des vices honteux, si, en un mot, désertant l’Église où vous avez reçu votre titre de confesseur, vous brisez les liens de l’unité et imprimez à votre foi première la flétrissure de la perfidie, vous compteriez en vain sur votre confession pour arriver à la récompense céleste. Loin de là, vous ne méritez que de plus graves châtiments. Le Seigneur choisit Judas et le plaça parmi ses apôtres, et cependant Judas trahit son maître; niais la fidélité et, la fermeté des apôtres ne furent pas ébranlées parce que le traître s’éloigna de leur société. Il en est de même parmi nous: la sainteté et la dignité des confesseurs restent les mêmes, malgré la défection de quelques-uns. L’apôtre saint Paul va au-devant de cette objection : Quelques-uns d’entr’eux, dit-il, firent défection; est-ce que leur infidélité anéantit la foi en Dieu? Non Dieu est la vérité même et tout homme est menteur (Rm. III). Une partie des confesseurs, et c’est la meilleure et la plus nombreuse, demeure ferme dans sa croyance, ferme dans la loi et dans les préceptes du Seigneur. Certes, ils ne s’éloignent pas de l’Église ceux qui se souviennent qu’ils y ont reçu la grâce par la miséricorde de Dieu. Ils se séparent de ceux qui confessèrent autrefois avec eux le nom de Jésus-Christ, et leur foi n’en est que plus glorieuse. Ils évitent la contagion du crime, pour jouir des purs reflets de la lumière évangélique, et ils ont d’autant plus de mérite à conserver la paix du Christ qu’ils sont sortis vainqueurs de leurs combats avec le démon.

 Je vous en supplie, mes frères bien-aimés, si c est possible, qu’aucun de vous ne périsse : c’est là que tendent mes conseils et mes exhortations. Que l’Église, notre mère, fière de sa fécondité, renferme dans son sein tout un peuple ne formant qu’un seul corps, n’ayant qu une seule et même foi. Si certains schismatiques, auteurs de toutes nos dissensions, s’obstinent dans leur aveugle démence et repoussent nos conseils salutaires, vous, du moins, dont la simplicité a été surprise, vous, séduits un instant par les artifices de l’erreur, brisez ces liens perfides où vous êtes enveloppés, sortez de ces sentiers ténébreux, reconnaissez la route qui conduit directement au Ciel. Écoutez l’apôtre : Nous vous prescrivons, au nom de Jésus-Christ, de vous séparer des frères qui marchent en dehors de toute règle et non selon la tradition qu’ils ont reçue de nous. Ne vous laissez pas égarer, dit-il encore, par des paroles trompeuses; car c’est à cause de cela que Dieu a fait tomber sur le peuple rebelle le poids de sa colère. Ne participez donc pas à leurs erreurs (II Th. III).

  Éloignez-vous des transgresseurs de la loi, que dis-je, fuyez-les, de peur qu’unis à eux dans la voie de l’erreur et du crime vous ne quittiez le chemin véritable et ne partagiez leur châtiment. Dieu est un, le Christ est un, l’Église est une, la foi est une, et le peuple chrétien, uni par le ciment de la charité, ne forme qu’un seul corps. L’unité ne peut être scindée sans cesser d’être, de même qu’un corps ne peut être coupé par fragments sans périr. L’enfant qu’on retire du sein de sa mère ne peut vivre et respirer seul; il perd la substance qui le nourrissait. L’Esprit-Saint nous dit : Quel est l’homme qui veut vivre et voir de longs jours? Que le mal ne souille jamais votre langue, que vos lèvres ne prononcent aucune parole insidieuse. Évitez le mal et faites le bien; cherchez la paix et suivez-la toujours (Ps. XXXIII). L’enfant de la paix doit rechercher la paix et la conserver, précieusement; celui qui connaît et aime les liens de la charité doit interdire à. sa langue toute parole haineuse.

 La veille de sa Passion, le Seigneur ajouta à tous ses enseignements cette parole admirable : Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix. Tel est l’héritage qu’il nous a légué: il fait dépendre toutes ses promesses et toutes ses récompenses de la conservation de la paix. Si nous sommes les héritiers de Jésus-Christ, persévérons dans la paix qu’il nous a laissée; si nous sommes les fils de Dieu, suivons la paix. Bienheureux les hommes pacifiques, dit-il, car ils seront appelés les fils de Dieu (Mt. V). Oui, les fils de Dieu doivent aimer la paix; ils doivent être doux et humbles de cœur, simples dans leurs paroles, unis dans une même affection, fidèles à conserver les liens de la charité, et de la concorde. Cette union existait sous les apôtres, et c’est ainsi que le peuple de Dieu, à son origine, persévéra dans la charité. La sainte Écriture nous l’atteste : Or la multitude des croyants ne formait qu’un coeur et une âme. Et dans un autre endroit : Les apôtres, étroitement unis, persévéraient dans la prière, avec Marie, mère de Jésus et les proches parents du Sauveur (Ac. I). C’est ainsi que, leurs prières étaient efficaces; c’est ainsi qu’ils pouvaient obtenir de la Miséricorde divine tout ce qu’ils demandaient. Parmi nous, l’esprit d’union a diminué en raison directe des bonnes oeuvres. Autrefois, les fidèles vendaient leurs maisons et leurs terres, et contents des trésors qu’ils s’assuraient dans le Ciel, ils déposaient aux pieds des apôtres le prix de leurs possessions pour les distribuer aux indigents. Mais aujourd’hui nous ne prélevons pas même la dîme sur notre patrimoine, et malgré la parole du Seigneur qui nous dit : Vendez, nous achetons, et nous augmentons sans cesse nos possessions.

 Voilà., mes frères, ce qui affaiblit parmi nous la vigueur de la foi; voilà ce qui enlève au peuple fidèle sa force et son énergie. Le Seigneur avait sans doute en vue notre époque, lorsqu’il disait: Quand le fils de l’homme viendra, pensez-vous qu’il trouvera la foi sur la terre (Lc. XVIII)? Cette parole ne se réalise que trop. La foi a cessé d’inspirer la crainte de Dieu, les devoirs de la justice, l’esprit de charité, les bonnes œuvres. Personne ne pense avec crainte à l’avenir, au jour du Seigneur, au jugement de Dieu; personne ne prévoit les supplices réservés aux incrédules, les tourments éternels qui doivent être le partage des faux frères. Nous craindrions, si nous avions la foi.— Comment craindre quand on ne croit pas? — En croyant, nous nous tiendrions sur nos gardes et nous éviterions le danger.

Réveillons-nous, mes frères bien-aimés, et secouant le sommeil de notre ancienne paresse, efforçons-nous d’observer et d’accomplir les préceptes du Seigneur. Écoutez-le lui-même: Ceignez vos reins, tenez dans vos mains des lampes allumées; soyez comme des serviteurs qui attendent leur maître à son retour des noces, prêts à lui ouvrir la porte dès qu’il frappera. Bienheureux les serviteurs que le maître trouvera éveillés (Lc XII).

Soyons toujours prêts à partir, afin que lorsque l’heure sera venue, nous ne soyons retenus par aucun embarras. Que notre lampe, alimentée par les bonnes œuvres, brille sans cesse, afin qu’elle nous conduise de la nuit de ce siècle à l’éternelle lumière. Tenons-nous sur nos gardes, en attendant la venue subite du Seigneur, afin que, lorsqu’il frappera à la porte, notre foi se présente pour recevoir la récompense promise à ceux qui veillent. Si nous observons fidèlement ces préceptes, si nous suivons cette ligne de conduite, malgré la ruse du démon, nous ne serons pas surpris pendant notre sommeil, mais, serviteurs vigilants, nous régnerons dans

Publicités
Pour ceux qui cherchent l’unité où elle n’est pas

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s