L’Immaculée et la France

Nos ancêtres, instruits par leur histoire, disaient que le Christ aime les Francs. La Sainte Vierge les aime donc aussi, d’un amour spécial ; son cœur est toujours d’accord avec celui de son Fils. Dieu a le droit de se choisir un peuple comme objet de sa prédilection et instrument de ses œuvres ici-bas. Il s’était choisi le peuple juif sous l’ancienne Loi ; il semble l’avoir remplacé par le peuple Français sous la nouvelle. Gesta Dei per Francos ! Les gestes de Dieu par la main des Francs !

La Sainte Vierge a, elle aussi, sa terre de prédilection, la France ! C’est passé en proverbe : «Regnum Galliae, regnum Mariae». Le royaume de France est le royaume de Marie. Il n’a pas cessé de l’être. Dieu nous en a donné une preuve éclatante en choisissant notre pays pour y dérouler l’histoire du dogme de l’Immaculée Conception. C’est en France qu’il a eu sa préparation, en France qu’il a été célébré le plus splendidement, en France qu’il a reçu sa confirmation de la bouche même de Marie.

Toujours le très grand nombre des fidèles a cru à la conception sans tache de la Sainte Vierge. Les docteurs l’ont affirmée, des orateurs comme Bossuet et Bourdaloue l’ont célébrée dans de magnifiques discours, l’Église elle-même invitait ses enfants à fêter le 8 décembre. Mais ce n’était qu’une pieuse croyance. Dieu, qui voulait en faire un dogme, choisit la France comme théâtre et instrument de ce grand acte. Une sœur de la Charité, habitant Paris, Catherine Labouré, avait désiré dans sa foi naïve voir la Sainte Vierge, et avait demandé cette faveur par l’intercession de saint Vincent de Paul. Or, le 27 novembre 1830, la Sainte Vierge se montre à elle. Elle lui apparaît dans un cadre ovale, debout sur le globe terrestre, vêtue d’une robe blanche et d’un manteau bleu parsemé d’argent. De chacune de ses mains s’échappe un faisceau de rayons lumineux qui tombent plus abondants sur un point de la terre, sur la France. Tout autour de la Vierge brillent ces mots en lettres d’or : «O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous !». De l’autre côté du tableau, la lettre majuscule « M » surmontée d’une croix ; un peu plus bas, deux cœurs, les cœurs de Jésus et de Marie. Pendant que la religieuse regarde, ravie, elle croit entendre cette invitation : «Fais frapper une médaille sur ce modèle. Tous ceux qui la porteront indulgenciée, et feront avec piété l’invocation qui y est gravée, jouiront d’une protection spéciale de la Mère de Dieu».

La médaille fut frappée. Quelques personnes se mirent à la porter et à réciter la courte invocation ; et les grâces qu’elles reçurent furent extraordinaires. Bientôt, la médaille était partout, elle avait franchi les limites de la France et de l’Europe. Les prodiges opérés par elle étaient si frappants, si nombreux, que le peuple, dans sa reconnaissance, l’avait baptisée du nom qui lui est resté : la Médaille miraculeuse, la Médaille des miracles. Remarquez donc avec quelle sagesse Dieu conduit son dessein ! Avec quel art il achemine les peuples vers le culte de l’Immaculée ! Marie vient dire qu’elle désire être invoquée sous le titre de conçue sans péché ; donc, elle l’est, conçue sans péché. Elle récompense, bénit, guérit et sauve ceux qui lui donnent ce nom ; donc, ce nom lui appartient. Le peuple ne fut pas long à tirer cette conclusion. Il crut de plus en plus ferme à la Conception immaculée. Pour tous les chrétiens de bonne foi et de quelque piété, il n’y eut plus de doute : Marie est préservée du péché originel. La croyance fut à peu près unanime, avant même d’être imposée. Et cette croyance avait pris une nouvelle force dans un fait merveilleux accompli en plein cœur de la France, à Paris.

Cependant l’Église n’avait pas encore parlé, elle n’avait rien défini. Enfin, le 8 décembre 1854, le Pape Pie IX, entouré de plus de cinq cents évêques accourus de tous les points du monde, parlant au nom de Jésus-Christ, répondant aux désirs et aux sollicitations des catholiques, Pie IX définit et imposa le dogme de l’Immaculée Conception. Alors, ce fut une tempête de vivats, et comme une ivresse de joie agitant le monde catholique. Quand cette décision tomba des lèvres du Souverain Pontife, ce fut une explosion de joie, des acclamations se répondant d’un continent à l’autre par-dessus les mers, des illuminations partout, des actions de grâces, des Triduum, des réjouissances publiques, des oratoires s’élevant de tous les côtés, bref, une fête qui dura une année entière. Il semblait au monde catholique que, pour la première fois, il lui était donné de voir sa Mère du ciel telle qu’elle est, avec son auréole de pureté sans tache. Il ne pouvait se rassasier de la contempler dans sa blancheur immaculée. Toutes les nations prirent part à cette allégresse, je l’ai dit. Mais la France les éclipsa toutes par la magnificence de ses fêtes. Elle conduisit le cortège triomphal des peuples acclamant l’Immaculée. Parcourez notre pays, comptez les chapelles et les oratoires, entrez dans nos églises, et vous serez frappés du nombre de souvenirs consacrés au 8 décembre 1854. La France fut à la tête de cette manifestation sans pareille. Après avoir été choisie pour préparer le dogme de la Conception sans tache, elle le célébra avec un enthousiasme, une splendeur et un cœur qui n’appartiennent qu’à elle ! Elle fut à la hauteur de sa mission. Les impies, eux, étaient dans la consternation, et aussi dans la colère. Ils savent bien que la Sainte Vierge est, après Dieu, le plus fort rempart de l’Église. Ils usèrent donc de leurs armes habituelles, le doute, la négation, le sophisme, le ridicule, le blasphème.

Que voulaient-ils donc de plus ? La Sainte Vierge était venue dire qu’elle désirait être invoquée comme conçue sans péché. La preuve de l’apparition était dans les merveilles opérées par la Médaille miraculeuse. Le Pape, dans son autorité suprême, avait parlé. Encore une fois, que leur fallait-il de plus, à ces incrédules ? Auraient-ils donc voulu que la Sainte Vierge vînt dire en personne «Oui, je suis sans tache dans ma conception». Si exigeants soient-ils, ils n’auraient pas osé l’être à ce point. Eh bien ! Ce qu’ils n’eussent osé demander, Marie va le faire. Elle va se montrer, elle va parler, elle va affirmer de sa bouche ce que les impies refusent de croire. Seulement, ce n’est pas à eux qu’elle se montrera : ils ne sont pas dignes de voir la Vierge toute pure et toute belle.

Ici, commence le troisième acte du drame divin qui nous occupe ; et, honneur suprême pour nous, c’est encore en France qu’il va se dérouler. En France, Marie va montrer son céleste visage et parler. C’est le 25 mars 1858, fête de l’Annonciation, anniversaire du jour où la Vierge de Nazareth apprit qu’elle serait Mère de Dieu et reçut de l’Archange cette Salutation qui, depuis a passé sur tant de lèvres : «Je vous salue, pleine de grâce». Une petite fille de Lourdes, pauvre, faible, ignorante, mais extrêmement pure, cédant à la voix intérieure qui l’appelle, se rend aux roches Massabielle. A peine est-elle agenouillée que la Vierge Marie, qui lui a déjà apparu six fois à cette même place, se montre de nouveau. Comme chaque fois, elle a une beauté qui n’a rien de la terre. Elle a la grâce de la vingtième année, dit Henri Lasserre auquel nous empruntons ce récit que rien ne remplacera jamais. Ses vêtements, d’une étoffe inconnue, et tissés sans doute dans l’atelier mystérieux du ciel, sont blancs comme le lis. Sa robe longue et traînante, laisse ressortir les pieds qui reposent sur le roc. Sur chacun d’eux, d’une nudité virginale, s’épanouit une rose d’or. Une ceinture, bleu de ciel, pend en deux longues bandes qui touchent presque les pieds. Un voile blanc, fixé autour de la tête, descend jusque vers le bas de la robe. Ni bague, ni collier, ni diadème, ni joyaux, nul de ces ornements dont s’est parée de tout temps la vanité humaine. Un chapelet, aux grains blancs comme le lait et à la chaîne d’or, pend entre ses bras. Les grains glissent l’un après l’autre, mais les lèvres de la Reine des vierges ne remuent pas. Au lieu de réciter le rosaire, elle écoute peut-être le murmure de la Salutation angélique qui lui vient de toutes les parties de la terre et des cieux. Bernadette contemplait, en extase, la Beauté sans tache. Faisant effort, s’enhardissant, elle dit: «O ma Dame, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre nom». La céleste apparition sourit, mais ne répondit pas. Bernadette insista et reprit : « O ma Dame, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre nom. » L’apparition parut rayonner davantage, comme si sa joie grandissait, mais ne répondit pas encore. Pour la troisième fois, l’enfant posa la même question dans les mêmes termes, et ne reçut pas de réponse. Une dernière fois, elle la fit entendre avec plus de supplication dans la voix et dans l’âme. Alors, l’Apparition qui jusque-là avait les mains jointes, les sépara, les abaissa vers la terre, les releva vers le ciel, les rejoignit avec ferveur et, regardant les cieux avec l’expression d’un bonheur indicible, elle prononça ces paroles : « Je suis l’Immaculée Conception ! » Je suis l’Immaculée Conception ! Pesons ces cinq mots tombés des lèvres de la Mère de Dieu. Elle ne dit pas : Je suis celle qui a eu une conception sans tache, je suis Marie l’Immaculée, – mais : Je suis l’Immaculée Conception elle-même, la Conception sans tache est mon essence. Je ne suis pas pure, je suis la Pureté, continue Henri Lasserre. Je ne suis pas vierge, je suis la Virginité incarnée et vivante, Je ne suis pas blanche, je suis la Blancheur. Un lis, si blanc soit-il, peut cesser d’être blanc ; mais la Blancheur est toujours blanche. De même, je ne puis cesser d’être la blancheur, la virginité, la pureté qui sont mon être. je suis plus que conçue sans péché, je suis la Conception sans tache personnifiée l Je suis l’Immaculée Conception ! Bernadette ne comprenait pas ces mots. Prononcez-les devant un enfant, il n’y trouvera aucun sens. Il ne sait pas ce qu’est une conception, il saisira moins encore qu’une personne soit une conception. Or, Bernadette était une enfant ignorante de tout, sauf de ses principales prières. Les paroles prononcées par la Dame, elle ne pouvait les comprendre. Mais, comme elle devait les rapporter fidèlement au curé de Lourdes, tout le long du chemin, en s’en retournant, elle les répétait de peur de les oublier. Comme tous ces détails sont lumineux pour l’esprit ! En tout ceci, comme le doigt de Dieu est visible ! On n’invente pas ce qu’on ignore, on ne répète pas des mots qu’on n’a jamais entendus. Donc, la petite Bernadette disait vrai. Je suis d’Immaculée Conception ! Quatre ans auparavant, Pie IX avait proclamé ce dogme. Et Marie, – fait unique dans l’histoire ! – vient elle-même confirmer la parole du Souverain Pontife. Il faut que son privilège d’Immaculée lui soit bien cher ! Bien plus, voilà cinquante ans que l’affirmation de la même vérité se continue à Lourdes, à la face de l’univers. Les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent, les paralytiques se lèvent, les phtisiques retrouvent leurs poumons, et certains incrédules la foi. L’époque des miracles éclatants, presque quotidiens, est rouverte, comme aux temps bibliques. Qu’est-ce que cette série de merveilles, sinon la proclamation continuée, ininterrompue de l’Immaculée Conception ?

Et quand je songe que tous ces faits merveilleux se sont passés et se continuent en France ; quand je me représente la Mère de Dieu, planant sur les mondes et choisissant pour le théâtre de ses œuvres notre coin de terre, – j’acquiers la certitude que son apanage de Reine, une fois fixé, ne change pas ! que la France est toujours son royaume et que, si tous les hommes sont ses enfants, ses enfants de prédilection c’est nous ! S’il est vrai que tout homme bien né a deux patries, la sienne, et puis… la France !, Marie a pour patries : le ciel et puis… la France ! O Marie Immaculée ! Aujourd’hui, ce n’est pas pour nos personnes ni pour nos familles que nous prierons ; ce sera pour la grande famille, pour la patrie. Notre patrie, nous l’aimons comme vous avez aimé sans doute le pays où vous êtes née et où vous avez vécu. Nous l’aimons, comme Jésus aima la sienne : Bethléem, son berceau ; Nazareth où s’écoula presque toute sa vie, Jérusalem, sur laquelle il pleura. Nous l’aimons d’autant plus fort qu’elle est plus malheureuse et qu’il s’est levé parmi nous des insensés qui la renient ; sous prétexte de fraternité internationale et de solidarité universelle. Peut-être, à cette heure, Ô Marie ! Pleurez-vous sur votre pauvre France, si coupable ! Oh ! Coupable, elle l’est beaucoup ! D’autant plus coupable qu’elle règne sur le monde par ses idées et qu’elle ouvre la voie aux nations qui passent par où elle a passé. Mais elle n’est qu’une égarée d’un jour. Il y a encore en elle tant de générosité, de dévouement, de sainte ardeur pour le bien et d’amour pour vous ! Les Français de France vous restent fidèles ! Le vieux sang Français ne trahit pas ! L’on nous dit parfois que, lasse de tant d’ingratitude, vous pourriez nous laisser et aller à d’autres peuples plus dignes que le nôtre. Oh non ! De telles idées font mal… rien qu’à les entendre exprimer. C’est bien pour toujours que vous avez choisi la France pour votre royaume. Vous avez mesuré les temps, et vu les événements : votre choix est arrêté pour toujours. Une Reine du ciel ne change pas de royaume terrestre ! Restez donc parmi nous, bonne Mère ! Daignez oublier nos offenses, plaidez pour nous auprès de votre divin Fils.

Extrait Abbé Bouzoud ENTRETIENS SUR LA SAINTE VIERGE

 

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