Il faut rester fidèle aux vœux de son baptême

Une interview intéressante dont on peut tirer des principes d’action vraiment catholique avec des réserves sur le côté conciliaire qui évite curieusement d’appliquer les mêmes principes au sujet de l’œcuménisme, du dialogue, de la liberté religieuse……

Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire d’Astana au Kazakhstan, a répondu à mes questions alors qu’il était de passage à Paris pour ce blog. La première partie de cette interview, à propos de la liturgie, des anges, de l’Ordre des chanoines réguliers de la Sainte-Croix et de la communion dans la main a été publiée tout récemment dans Tu es Petrus, la revue de la Fraternité Saint-Pierre et j’ai attendu sa parution pour vous présenter ces propos qui concernent toujours une actualité « chaude ». Il y dit son inquiétude devant les manipulations qui ont eu lieu au synode extraordinaire sur la famille et rappelle combien il est important de dire la vérité à tous, et de la dire « avec amour ». Il demande pour finir aux laïcs d’être des « hérauts de la foi ». – J.S.

— Votre excellence a donné une interview très intéressante sur le synode. Vous y avez dit de manière forte ce qui avait déjà été exprimé par le cardinal Müller, le cardinal Napier, le cardinal Pell et d’autres qui de diverses manières ont évoqué une « manipulation » du synode. Pourriez-vous nous en parler ?

— La manipulation était évidente aux yeux du monde entier. En suivant correctement le synode, les journalistes à Rome l’ont constaté. Et les évêques participants ont pu le confirmer : ils ont vécu des moments d’évidente manipulation. Et cela est très triste. Cela n’a pas lieu d’être dans un synode d’évêques catholiques qui a pour raison d’être de proclamer la vérité et de la transmettre : la manipulation de la vérité n’y a pas sa place. Il n’y a de cela que quelques exemples historiques. Je n’aime pas faire une comparaison directe du synode qui vient d’avoir lieu avec le pseudo-synode d’Éphèse en 449, qu’on a appelé le « Brigandage d’Éphèse ». Ce n’est pas la même chose mais il y a quelques similarités de méthodes. J’espère que cela ne se reproduira pas.

— Pensez-vous que la réaction qui s’est produite était attendue ?

— Je ne sais pas si elle était attendue, mais je crois que beaucoup de pères synodaux se sont rendus compte de la manipulation. Et certains ont protesté, grâce à Dieu.

 — Cela soulève une question terrible. C’est le pape François qui a nommé le secrétaire général du synode, Mgr Bruno Forte, c’est lui qui a demandé le huis-clos au cours de la première semaine… Quelle peut être sa responsabilité ?

— Sa responsabilité, il la doit à Dieu. Il a sa conscience. Dans l’Église il y a un principe : Prima sedes a nemine judicatur. Le premier siège ne peut être jugé par personne [Concedo, cependant il peut par son action même déchoir en déviant dans la foi]. C’est ce que je dois suivre. Peut-être qu’après son pontificat, il pourrait y avoir des jugements sur ce comportement. Mais aujourd’hui il est notre pape, le Vicaire du Christ, et de même que chacun d’entre nous, il devra un jour rendre des comptes à Dieu, y compris sur ce synode, selon sa conscience.

 — Vous évoquez dans votre livre l’idolâtrie de cet âge neo-païen : l’idolâtrie du genre. Le synode a commencé par évoquer les divorcés « remariés », et il a glissé lentement vers le programme homosexualiste. Voyez-vous un lien entre le divorce et le « mariage » des couples de même sexe ? Entre la mentalité contraceptive et l’idée que le mariage est pour le plaisir, et l’ouverture du mariage aux couples de même sexe ?

— Cela se peut, mais ce n’est pas un lien nécessaire. Au Kazakhstan nous avons l’héritage de 70 ans de communisme et de matérialisme. C’était une société d’avortement et de contraception, mais elle affichait une forte antipathie à l’égard de l’homosexualité. Encore aujourd’hui, l’idée est très profondément ancrée dans notre société que l’homosexualité va contre la raison, contre la nature. Je ne peux pas dire qu’il y ait un lien direct. Mais d’une manière générale, lorsqu’on n’a pas de révérence à l’égard du sixième commandement de Dieu et qu’on n’observe pas la règle de la sexualité donnée à l’ensemble de l’humanité, soit par les relations hors mariage ou le recours à la contraception, cela contredit le sixième commandement. Lorsque cela n’est pas respecté, alors il se pourrait que le soi-disant et prétendu « mariage » des couples de même sexe soit l’étape suivante, que l’on ne respecte plus le commandement pour ceux qui ont certaines anomalies, comme l’homosexualité. Puis vient la pédophilie : cette minorité peut aussi réclamer des droits ; et l’inceste et puis la bestialité, d’autres formes de sexualité déviante. Nous devons reconnaître que l’être humain est blessé, y compris dans la sexualité où la blessure est très profonde. C’est pourquoi Dieu a donné le commandement, pour l’aider à guérir.

— Pour guérir des personnes blessées, qui choisissent un mode de vie homosexuel ou qui se remarient après leur divorce, quelle serait la juste réponse pastorale ?

— Saint Paul a dit que nous devons transmettre la vérité dans la charité. Dans l’amour. Lorsque je parle à une personne avec révérence et compréhension, que je l’estime, même un pécheur, alors elle sera plus ouverte aux arguments que je pourrai donner. Ce n’est qu’une méthode, et c’est un premier point. Deuxième point : nous devons lui dire la vérité intégrale, toute la vérité, telle qu’elle est. Quand vous enseignez les mathématiques, vous en enseignerez les règles : vous ne pouvez choisir de ne pas observer telle règle, sous peine de ne rien pouvoir calculer. L’être humain et son âme sont plus importants que les problèmes temporels. Il faut donc dire toute la vérité. « Maintenant vous pouvez choisir, vous êtes libre, je ne vous oblige pas, mais voici la vérité. Quand vous le voudrez, je pourrai vous aider. » Nous devons donc faire des catéchèses, des homélies, des déclarations très claires sur la règle objective et la loi de la sexualité, et aussi inviter ces personnes à utiliser le moyen donné par Dieu : la prière. Si vous n’avez pas la force d’observer ces commandements, priez, Dieu vous les donnera. Allez à l’église, priez, et demandez la grâce de la conversion.

 — Le cardinal Kasper dirait que l’Eucharistie est justement une aide pour les pécheurs, une nourriture qui aiderait ces personnes…

Cela est faux et mensonger. Ces personnes sont malades : malades dans leurs âmes. A un diabétique, je ne peux donner de sucre : je le tuerais. Alors même que le sucre est bon pour les personnes en bonne santé. Ce diabétique aime le sucre, il en a mangé toute sa vie. Je lui refuse le sucre et il m’accuse d’être cruel à son égard, et demande que je lui en redonne. Je lui répondrai « non, je ne vous en donnerai pas parce que vous êtes diabétique, je vous tuerais ». Le cardinal Kasper ment aux âmes de ces personnes en leur donnant la communion. C’est un comportement très irresponsable.

 — Au synode il n’a été question, ni dans le rapport d’étape ni dans le rapport final, de péché mortel, de ciel ou d’enfer.

— Cela est très triste. Tout l’Évangile, toutes les lettres des Apôtres, les Pères de l’Église parlent clairement des dangers du péché ; ils parlent de la repentance et de la grâce. C’est le langage de Jésus : Il appelait toujours au repentir. Il disait : Recevez la grâce, priez ; Il parlait du Royaume des cieux, Il demandait que l’on regarde vers le Royaume, le surnaturel. Cette omission – à savoir de n’avoir pas parlé du péché mortel au synode – je la tiens pour très grave.

— On a beaucoup parlé du fait de changer la pratique pastorale et non sa doctrine. Est-il possible de faire cela et jusqu’à quel point ? Et le fait de changer la pratique ne change-t-il pas la doctrine, au moins dans l’esprit des fidèles ?

Oui. C’est, tout simplement, un mensonge. C’est une contradiction qui va contre le bon sens et la raison. Comment puis-je dire que nous respectons l’indissolubilité du mariage et en même temps donner à ceux qui contredisent cette vérité par leur vie au sein d’unions de divorcés la plus officielle des reconnaissances dont l’Église dispose, qui est la sainte communion ? La communion est par nature une expression du fait que celui qui la reçoit est en pleine communion avec Dieu, avec ses Commandements et avec l’Église. Donc c’est un mensonge : ces personnes ne sont pas en pleine communion avec tous les Commandements de Dieu. C’est une attitude qui est typique de la Gnose. Pour le gnostique, l’important est la pensée, non ce que l’on fait. Cela a toujours été caractéristique de la Gnose, même de la Gnose chrétienne au IIe siècle par exemple. C’est pourquoi cette proposition est gnostique, elle est mensongère, elle contredit la raison.

 — On ne peut pas dire la même chose du chrétien ordinaire qui pèche mais qui communie ; la question n’est-elle pas de la distinction entre péché mortel et péché véniel ?

— La question ici n’est pas celle du péché mortel ou du péché véniel, c’est celle du repentir. Je me repens de ce que j’ai fait. Dans le cas des divorcés remariés, le cardinal Kasper et ses alliés les dispensent du repentir. Ils continuent dans le péché mortel sans le repentir parce qu’ils ne admettent pas leur actes sexuels – qui sont en effet des actes sexuels hors d’un mariage valide – sont des péchés mortels. Le problème est là.

 — Il y a aussi l’objection de la « dureté des cœurs ». Avant le Christ, il y avait le divorce, la répudiation, « à cause de la dureté de vos cœurs ». Le Christ est venu, et nous connaissons la vérité. Mais tant de personnes ne la connaissent pas, ou l’ont perdue. Le chrétien est-il en droit de dire que le mariage, c’est un homme et une femme unis pour toujours, et que cela est vrai pour tous, ou n’est-ce vrai que pour les catholiques ?

— C’est vrai pour tous. Car le Christ a dit : « A l’origine, il n’en était pas ainsi. A l’origine Dieu a créé l’homme et la femme, et les deux sont devenus une seule chair. » Au début, lors de la Création, même avant le péché originel. C’est pourquoi l’unité et l’indissolubilité du mariage sont inscrites dans le « code » de la nature humaine, dans le « code » de l’homme et de la femme, écrit par Dieu le Créateur. Il n’y a aucune autorité qui puisse modifier ce code écrit par Dieu, même s’il a été endommagé par le péché originel. Il n’a pourtant pas été détruit, il est présent. C’est pourquoi il est possible d’abuser de ce code dans la polygamie, dans les seconds mariages, à cause de la dureté du cœur, mais il n’est pas possible de le détruire. Même le mariage naturel de non-chrétiens est indissoluble, à moins que ce ne soit par le pape en vue de la foi, lorsque l’un des époux est baptisé et veut vivre au sein d’un mariage chrétien.

— La venue du Christ a donc changé le monde entier, et pas seulement ce qui est demandé aux catholiques.

— Exactement, parce que le Christ nous a apporté la guérison et la restauration de l’ordre divin. Le Christ n’a pas seulement confirmé la beauté et la vérité originelles du mariage, Il l’a élevé à une très haute dignité, à la dignité sacramentelle.

 — Avez-vous aujourd’hui le sentiment que les évêques ou les cardinaux qui sont fidèles à l’enseignement plénier de l’Église sur l’Eucharistie et sur le mariage sont exposés à la persécution, y compris depuis l’intérieur de l’Église ?

Il peut y avoir des persécutions cachées d’évêques et de cardinaux, ou de prêtres, qui défendent très fortement la vérité du Christ à propos du mariage. Nous pouvons l’observer dans certains cas. Mais j’espère que cela ne s’étendra pas au sein de l’Église, parce que le Magistère a pour rôle de défendre la vérité qui doit se manifester nécessairement dans les actes correspondants, non de la changer. Je peux cependant imaginer que depuis l’extérieur de l’Église, il puisse y avoir une persécution ouverte.

 — Vous avez appelé les chrétiens et particulièrement les chrétiens laïques à résister : y compris à résister à leurs évêques s’ils devaient constater que ceux-ci ne défendent pas la vérité. A l’heure qu’il est, il me semble que beaucoup de laïcs sont dans la confusion à propos du message qui provient de l’Église. Que devons-nous faire, et comment être sûrs de rester dans l’orthodoxie ?

Il faut rester fidèle aux vœux de son baptême. Au baptême, vous avez promis de demeurer fidèle à la foi : non à une partie de la foi, mais à l’intégralité de la foi catholique. Vous n’avez pas fait vos vœux de baptême au pape, ni à votre évêque, mais à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Et donc vous devrez rendre des comptes après votre mort, non au pape ou à l’évêque, mais à Dieu. C’est pourquoi nous devons garder notre fidélité, et même être prêts à mourir pour chaque vérité de la foi catholique. Malheureusement, aujourd’hui, dans la crise que nous vivons, certains représentants de la hiérarchie, certains évêques ou cardinaux, essaient de détruire une partie de la foi, sur la question des divorcés remariés par exemple. Nous devons donc résister : car lorsqu’on garde la vérité, on défend l’Église, c’est cela qui est orthodoxe. Lorsqu’un évêque ou un cardinal nie une vérité de la foi dans sa dimension pratique en plaidant par exemple pour la sainte Communion aux divorcés remariés, c’est lui qui n’est plus orthodoxe, cessant donc d’être « catholicae et apostolicae fidei cultor » (cf. Canon Missae). C’est celui qui résiste qui se trouve le plus profondément au sein de l’Église, parce que l’Église n’est pas seulement l’évêque, ou les évêques et les cardinaux : l’Église est la totalité du Corps du Christ. C’est le Concile Vatican II qui a insisté sur cela, en disant qu’aujourd’hui les laïcs ont la mission spéciale d’apporter leur contribution à la croissance de la foi au sein de l’Église. Aujourd’hui, les laïcs sont appelés véritablement à remplir ce commandement du Concile Vatican II : le Christ fait les laïcs « des témoins en les pourvoyant du sens de la foi et de la grâce de la parole (cf. Ac 2, 17-18 ; Ap 19, 10). … Cette espérance, ils ne doivent pas la cacher dans le secret de leur cœur, mais l’exprimer aussi à travers les structures de la vie du siècle par un effort continu de conversion, en luttant « contre les souverains de ce monde des ténèbres, contre les esprits du mal » (Ep 6, 12). … Les laïcs deviennent les hérauts puissants de la foi en ce qu’on espère (cf. He 11, 1) s’ils unissent, sans hésitation, à une vie animée par la foi la profession de cette même foi » (Lumen gentium, n. 35). En mettant cette doctrine du Concile en pratique, nous sommes donc des gens de progrès, très modernes !

 — Voudriez-vous, Monseigneur, donner votre bénédiction à ceux qui liront cet entretien ?

— Avec grand plaisir.

Dominus vobiscum. Benedicat vos omnipotens Deus, Pater et Filius et Spiritus Sanctus. Amen.

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