LA GUERRE HYBRIDE

Les 15 et 16 mai 2015, le Magazine Realnoe Vremia a publié en deux parties le compte rendu de l’intervention-fleuve de Sergueï Glaziev [conseillier économique de Vladimir Poutine, NDLR.] lors d’une vidéoconférence à l’occasion d’un séminaire de cadres du parti Russie Unie, sur les «Perspectives de développement économique de la Russie sous le régime des sanctions». Le texte ci-dessous est la traduction d’un extrait de cette intervention. Il porte sur la guerre menée actuellement contre la Russie et indique la ressource qui peut permettre de remporter cette guerre.

 Aujourd’hui, la forme même des activités militaires entre pays, que les spécialistes ont déjà baptisée guerre hybride, diffère radicalement de celle des guerres que nous avons menées jusqu’ici, en ce que la force militaire n’intervient qu’en dernière instance, lorsque l’adversaire est déjà vaincu et qu’il reste à le punir. Mais pour vaincre l’adversaire, il est indispensable de créer le chaos.

Ainsi, cette technologie des révolutions oranges, technologie de manipulation de la conscience est une manifestation contemporaine de la démarche technologique liée au nouvel environnement technologique et à sa capacité d’agir au moyen de l’information sur la conscience collective. Sous nos yeux, elle a plongé le Proche Orient dans le chaos et est ensuite arrivée jusqu’à nous.

S’appuyant sur une base élaborée pendant deux décennies, les Américains sont parvenus, littéralement en deux ans, grâce aux méthodes de la guerre psychologique et informationnelle, à une manipulation massive de la conscience collective, imposant dans celle-ci des images cognitives destructrices, poussant non seulement l’Ukraine dans le chaos, mais transformant également le peuple ukrainien en quelque chose de tout à fait inhabituel pour nous et à tout le moins stupéfiant de point de vue de la mythologie qui a jeté son emprise sur les esprits.

Ici, nous sommes confrontés à une manifestation complètement archaïque de la conscience, dans le cadre de laquelle les gens sont prêts à recourir à la violence et à commettre des crimes. Ces formes archaïques de la conscience collective sont engendrées par le système qui a manipulé celle-ci, en vue de créer un chaos duquel émergera un ordre nécessaire au commanditaire, en l’occurrence, les Américains.

Ceux-ci ont besoin d’un poste avancé leur permettant de poursuivre leur agression contre la Russie. Concrètement, ils transforment une partie du Monde russe en un monde anti-Russie, c’est-à-dire ce que ne parvinrent pas à réaliser les Allemands à la fin du XIXe siècle, les Autrichiens lors de la Première Guerre Mondiale, et de nouveau les Allemands ensuite. Et cela, malgré que le nazisme en Ukraine a toujours été un phénomène marginal et qu’à l’époque du pouvoir soviétique, personne ne voulait parler l’Ukrainien, être ukrainien. Et même pendant les années de guerre, les hitlériens ne purent prendre appui que sur un groupe marginal de gens, constitué de «déclassés» louant leur supériorité idéologique sur les Russes, mais s’agenouillant devant les Européens de façon de façon à affirmer leur autonomie vis-à-vis de la force même qui s’opposait à eux.

Aujourd’hui, cette technologie de manipulation des masses constitue un exemple d’application du nouvel environnement technologique en politique, dans la lutte pour diriger le monde, pour préserver une hégémonie dans le monde globalisé, qui se déroule aujourd’hui entre l’Amérique et l’Asie. Il s’agit également d’une lutte pour le contrôle de la périphérie car la lutte directe entre deux hégémonies est très risquée. Dès lors, ceux-ci commencent par une lutte pour la périphérie : l’ancien leader essaie de renforcer sa puissance en prenant le contrôle de sa périphérie. Et depuis le début des années ’90, nous faisons partie de la périphérie du système financier américain. Ils ne veulent pas que nous sortions de cette situation et utilisent toutes les possibilités de manipulation de notre système financier et économique, afin de servir leurs intérêts. Et dans une situation de tension politique et militaire de niveau moyen, cette manipulation augmente radicalement : les américains ont absolument besoin de prendre le contrôle de la Russie, pas tant pour y engranger des bénéfices que pour priver la Chine de la possibilité d’avoir à sa disposition les richesses naturelles de la Russie. Le contrôle sur la Russie garantit automatiquement le contrôle sur l’Asie Centrale, qui revêt également une importance stratégique dans la lutte entre Américains et Chinois. Et le déclenchement d’une guerre en Europe représente un moyen de renforcer le contrôle sur celle-ci. La lutte se déroule sur de nombreux fronts.

Aujourd’hui, le capital humain est essentiel.

(…) En principe notre situation n’est pas aussi mauvaise qu’elle puisse paraître. La Russie demeure le pays le plus riche au monde en termes de richesse nationale par habitant. Nous dépassons tous les autres, y compris les États-Unis. Notre problème consiste en ce que la base de cette richesse, c’est notre potentiel de ressources naturelles. Dans les autres pays, sa part s’élève à 4% environ, et dans notre économie, elle atteint 40%. Mais ce qui s’appelle capital fixe, fonds d’exploitation, et appareil de production, garantissant le développement économique, cela représente chez nous au plus 10% de la structure de la richesse nationale. Dans les pays avancés, cela d’élève à 20%.

Mais aujourd’hui, l’essentiel est le capital humain. Au début des années ’60 du siècle dernier, les investissements dans la personne, dans l’enseignement, les sciences et la culture commencèrent à dépasser en valeur absolue les investissements dans le «matériel». Et après la transition vers le régime technologique de l’information et des communications, de «l’économie du savoir», cette tendance se renforça nettement. Voici 60 ou 70 ans, après la guerre, nous sommes passés sur une voie de développement nouvelle ; le progrès technique devint le facteur principal de croissance économique. Aujourd’hui, environ 90% de l’augmentation du revenu national et du produit intérieur brut proviennent du progrès technique et des nouvelles technologies, augmentant l’efficacité et permettant de s’approprier de nouvelles possibilités. On débouche ainsi sur la constatation selon laquelle la richesse nationale essentielle, c’est le capital humain. Et de ce point de vue, nous sommes moyens, notre situation n’est pas désespérée, néanmoins, les autres pays disposent d’une part de développement du capital humain supérieure à la nôtre. La raison principale réside en ce que notre capital humain ne croît pas suite à la vive diminution du financement des sciences et de l’enseignement opérée dès le début des années ’90. Si on examine la structure des dépenses budgétaires, on constate que nous portons ces «taches de naissance» issues de la dégradation des années ’90. Notre part des dépenses consacrées à l’enseignement est 1,5 fois inférieure à la moyenne mondiale, et le tableau est identique en matière de soins de santé. Si l’on compare avec les pays développés, notre part des dépenses consacrées à la croissance de notre capital humain est de deux fois inférieure. C’est la raison pour laquelle nous ne pouvons plus nous permettre d’essayer de réaliser des économies sur le compte de notre capital humain. Sa croissance est essentielle.

Source via russiesujetgeopolitique.ru

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