Y A – T – I L U N E É G L I S E C O N C I L I A I R E ?

Mgr Tissier de Mallerais  LE SEL DE LA TERRE No 85, ÉTÉ 2013

 « ….Que la hiérarchie catholique gouverne à la fois l’Église catholique et une société qui a l’allure d’une contrefaçon d’Église semble répugner [répugne] à l’assistance promise par le Christ à Pierre et à ses successeurs, garantissant l’inerrance du magistère et l’indéfectibilité de l’Église (Mt 16, 17-19 ; 28,

20). Si le pape dirige une autre Église, il est apostat, il n’est plus pape et l’hypothèse sédévacantiste est vérifiée. – Il suffit de répondre que « Prima sedes a nemine judicatur » et que, par conséquent, nulle autorité ne peut prononcer l’obstination, déclarer la pertinacité d’un souverain pontife dans l’erreur ou la déviance [Il suffit de constater les faits et les dires pour voir que cela n’est plus catholique] ; et que, d’autre part, en cas de doute, l’Église suppléerait au moins le pouvoir exécutif du pontife apparent (can. 209 du CIC de 1917) 2. Quant au magistère, il n’est assisté que s’il a l’intention de transmettre le dépôt de la foi et non des nouveautés profanes 1. Et quant à l’indéfectibilité de l’Église, elle n’empêche pas que l’Église ne puisse en venir, suite à une grande apostasie comme celle annoncée par saint Paul (2 Th 2, 3), à être réduite à un très modeste nombre de vrais catholiques. Par conséquent aucune des difficultés soulevées contre l’existence d’une véritable société appelée Église conciliaire et dirigée par le pape et la hiérarchie catholique n’est décisive. Il est toutefois préférable d’éviter ces réponses extrêmes. On peut alors s’efforcer de nier l’existence de l’Église conciliaire comme société organisée et dirigée par la hiérarchie de l’Église catholique, ou d’exténuer 2 l’appartenance des membres à cette Église conciliaire….[…]

 Hélas, le pape fidèle a jusqu’ici manqué à ce pusillus grex ! Les papes postconciliaires, élus papes de l’Église catholique, ont été surtout papes de l’Église de la publicité ! De tout ce que nous venons de considérer, il appert que l’Église conciliaire n’est pas seulement une maladie, ni une théorie, mais qu’elle est une association de hiérarques catholiques qui, inspirés par des penseurs libéraux et modernistes, veulent, dans des fins mondialistes, réaliser un nouveau type d’Église, avec de nombreux prêtres et fidèles catholiques qui sont plus ou moins gagnés par cet idéal. Elle n’est pas une pure association de victimes. Formellement considérée, l’Église conciliaire est une secte qui occupe l’Église catholique. Elle a ses fauteurs et acteurs organisés comme les eut le modernisme condamné par saint Pie X, qu’il faut citer…..[…]

Cinquante ans vont passer ; malgré Pascendi de saint Pie X en 1907 et Humani generis de Pie XII en 1950, la secte des modernistes va monter à l’assaut des postes d’influence dans l’Église et, à l’occasion du concile Vatican II, va imposer à l’Église et présenter au monde le nouveau type d’Église que nous avons décrit par sa forme et sa fin, et cette secte va , par le magistère et les réformes des papes se réclamant du Concile, mettre en œuvre ce nouveau système d’Église. Les rôles de Paul VI, le pape libéral et contradictoire, et celui de Jean-Paul II, le pape philosophe et œcuménique, sont indéniables dans l’établissement de ce qui est l’Église conciliaire, avec sa hiérarchie qui, à de rarissimes exceptions, est exactement celle de l’Église catholique….[..]

 L’Église conciliaire, ouvrage d’un plan maçonnique

Qu’on nous permette un regard en arrière, quelque cent trente ans avant le concile ; une telle rétrospective nous fera comprendre que l’établissement de l’Église conciliaire est le fruit d’un plan ourdi par la franc-maçonnerie, laquelle n’osait même pas croire à l’accomplissement de ses desseins. Citons des extraits des correspondances internes des Carbonari, francs-maçons italiens du 19e siècle, publiées par les papes Grégoire XVI et Pie IX :

 Ce que nous devons demander, ce que nous devons chercher et attendre comme les juifs attendent le Messie, c’est un pape selon nos besoins. […] Vous voulez établir que le clergé marche sous vos étendards en croyant marcher sous les bannières apostoliques. […] Vous aurez prêché une révolution en tiare et en chape, marchant avec la croix et la bannière, une révolution qui n’aura besoin que d’être un tout petit peu aiguillonnée pour mettre le feu aux quatre coins du monde.

 Voilà encore un extrait d’une lettre de Nubius à Volpe (noms codés pour garder le secret qui est de règle en franc-maçonnerie), du 3 avril 1824 :

 On a chargé vos épaules d’un lourd fardeau, cher Volpe. Nous devons faire l’éducation immorale de l’Église et arriver, par de petits moyens bien gradués, au triomphe de l’idée révolutionnaire par un pape. Dans ce projet qui m’a toujours semblé un calcul surhumain, nous marchons encore en tâtonnant. Le triomphe de l’idée révolutionnaire par un pape, c’est vraiment l’attentat suprême, comme le dit Mgr Lefebvre en citant ces documents dans son livre Ils l’ont découronné 1 et en les commentant ainsi : Calcul surhumain, dit Nubius ; il veut dire calcul diabolique ! Car c’est calculer la subversion de l’Église par son chef lui-même, ce que Mgr Delassus appelle l’attentat suprême, parce que l’on ne peut imaginer rien de plus subversif pour l’Église, qu’un pape gagné aux idées libérales, qu’un pape utilisant le pouvoir des clefs de saint Pierre au service de la Contre-Église ! Or n’est-ce pas ce que nous vivons actuellement, depuis Vatican II, depuis le nouveau Droit canon ? Avec ce faux œcuménisme et cette fausse liberté religieuse promulgués à Vatican II et appliqués par les papes avec une froide persévérance malgré les ruines que cela provoque.

 L’Église occupée, statut incontestable

de l’Église des cinquante dernières années Mgr Lefebvre disait encore :

A quelle Église avons-nous affaire ? Si j’ai affaire à l’Église catholique, ou si j’ai affaire à une autre Église, à une Contre-Église, à une contrefaçon de l’Église ? Or je crois, sincèrement, que nous avons affaire à une contrefaçon de l’Église et non pas à l’Église catholique. Ils n’enseignent plus la foi catholique. Ils enseignent autre chose, ils entraînent l’Église dans autre chose que l’Église catholique. Ce n’est plus l’Église catholique. Ils sont assis sur le siège de leurs prédécesseurs…, mais ils ne continuent pas leurs prédécesseurs. Ils n’ont plus la même foi, ni la même doctrine, ni la même morale que leurs prédécesseurs. Alors ce n’est plus possible. Et principalement, leur grande erreur, c’est l’œcuménisme. Ils enseignent un œcuménisme qui est contraire à la foi catholique. […] L’Église est occupée par cette Contre-Église que nous connaissons bien et que les papes connaissent parfaitement, et que les papes ont condamnée tout au long des siècles : depuis maintenant bientôt quatre siècles, l’Église ne cesse de condamner cette Contre-Église qui est née avec le protestantisme surtout, qui s’est développée avec le protestantisme, et qui est à l’origine de toutes les erreurs modernes, qui a détruit toute la philosophie, et qui nous a entraînés dans toutes les erreurs que nous connaissons, que les papes ont condamnées : libéralisme, socialisme, communisme, modernisme, sillonnisme. Nous en mourons. Les papes ont tout fait pour condamner cela, et voilà que maintenant ceux qui sont sur les sièges de ceux qui ont condamné cela sont d’accord avec ce libéralisme et cet œcuménisme. Alors on ne peut accepter cela. Et plus les choses s’éclairent, plus nous nous apercevons que ce programme, […] toutes ces erreurs ont été élaborées dans les loges maçonniques.

[…]Les papes conciliaires Jean-Paul II et Benoît XVI ont participé activement au Concile, le premier comme Père conciliaire, le second comme expert conciliaire, et l’ont orienté dans le sens de la nouvelle théologie, celle d’une rédemption universelle et d’une foi évolutive. Et ils ont comme papes appliqué ces erreurs. Mais s’ils ont appliqué ce programme conciliaire, rien ne prouve que ce sont eux qui l’ont conçu, et rien n’empêche qu’ils n’aient fait qu’appliquer, consciemment ou non, une politique qui venait d’ailleurs. Les dirigeants de la Haute-Vente, qui préparaient l’avènement d’un pape selon leur dessein, avaient bien précisé qu’ils ne souhaitaient pas que ce pape soit un membre de leur secte. [avec ou sans tablier, le fait que ces « papes » enseignent et promeuvent cette nouvelle religion les fait déchoir de leur pontificat, ils cessent d’être catholiques et cessent d’être papes cela semble évident]

 Appartenance formelle et appartenance matérielle

L’influence de l’esprit maçonnique, ou du moins la pénétration de l’esprit libéral, naturaliste, œcuménique et mondialiste chez les membres de l’Église conciliaire n’est évidemment pas la même chez tous. Parmi les clercs et les religieux, la plupart des évêques, des supérieurs religieux, des professeurs de séminaires et d’universités, ainsi que les prêtres âgés, adhèrent formellement, c’est-à-dire consciemment et de bon gré aux fins précitées, tandis qu’une minorité de jeunes prêtres ou religieux et de séminaristes ne veulent rien entendre du Concile ou ne lui prêtent nulle attention et désirent le retour à la théologie de saint Thomas, à la messe traditionnelle, à la discipline classique et aux vertus chrétiennes. Ces derniers, de cœur, n’appartiennent pas à l’Église conciliaire. Entre ces deux extrêmes, se situe la masse des catholiques, conciliaires par habitude, conformisme ou commodité, comme on l’a dit plus haut, qui ont une appartenance plutôt purement matérielle à l’Église conciliaire. Le flou des limites entre ces catégories n’aide pas à la délimitation claire des deux Églises.[l’Église et la secte, que l’on ne puissent identifier chacun, n’enlève pas le fait que la secte occupe l’Église et surtout par sa partie la plus influente]

Faut-il concevoir deux Églises matériellement distinctes : la catholique et la conciliaire ?

De ce qui précède, il convient de tirer deux conclusions concernant les rapports entre les deux Églises. Tout d’abord l’Église conciliaire n’est pas matériellement séparée de l’Église catholique. Elle n’existe pas indépendamment de l’Église catholique. Il y a distinction, certes, entre elles, distinction formelle, sans séparation matérielle absolue. La hiérarchie de l’Église conciliaire coïncide presque exactement avec la hiérarchie de l’Église catholique, les membres de l’Église conciliaire [Qui est une secte] sont tous membres au moins matériellement de l’Église catholique. De même qu’on a pu dire (avec un grain de sel) que le libéralisme est une hérésie catholique, en ce sens qu’elle ne naît qu’au sein de l’Église catholique et qu’elle n’existe et ne se développe qu’aux dépens de l’Église catholique [Comme toutes les hérésies], de même on peut dire que l’Église conciliaire naît de la corruption de l’Église catholique et qu’elle ne peut vivre que de cette corruption, comme un parasite qui ne vit qu’aux dépens de l’organisme parasité, en pompant la substance de son hôte pour construire sa propre substance.

Il y a une sorte de transfert de substance [Nego, il y a une sortie de la foi, donc de l’Église], si j’ose dire, de l’une à l’autre, dans un sens évidemment métaphorique et non philosophique. Pour devenir conciliaire, il n’est pas besoin de se séparer de l’Église catholique [Si justement], il suffit de se laisser corrompre par le poison conciliaire et de laisser absorber sa substance par le parasite conciliaire. Il suffit de pratiquer la messe de la nouvelle religion et d’adhérer, formellement ou matériellement, à l’œcuménisme libéral qui en est la forme. D’autre part, l’Église conciliaire ne coïncide pas nécessairement avec l’Église catholique, ni dans ses chefs ni dans ses membres. Les chefs de l’une ne sont pas toujours les chefs de l’autre. Les membres de la première peuvent, par l’hérésie, avoir cessé d’être membres de la seconde, mais ce n’est pas nécessaire. L’Église catholique est la seule vraie Église, la seule Église fondée par Notre Seigneur Jésus-Christ. Mais cela n’empêche pas l’Église conciliaire d’être une réalité sociale : pas seulement un parti, mais une contrefaçon d’Église, menée par une secte de dirigeants, une secte ayant son système ou idéologie qui est la forme de cette Église conciliaire, et qui la manœuvre à ses fins, avec ses relais et avec ses exécutants, [Comme le parti communiste ou la secte maçonnique sont des réalités sociales] et qui groupe une vaste partie de la hiérarchie et des fidèles catholiques plus ou moins conscients et consentants au détournement diamétral qu’elle opère. C’est en ce sens que le père Calmel a pu parler de « l’Église des pirates » ; cette métaphore dit tout.

 Quoi de plus clair ! Désormais c’est à l’Église conciliaire qu’il faut obéir et être fidèle, et non plus à l’Église catholique. C’est précisément tout notre problème. Nous sommes suspens a divinis par l’Église conciliaire et pour l’Église conciliaire, dont nous ne voulons pas faire partie. Cette Église conciliaire est une Église schismatique, parce qu’elle rompt avec l’Église catholique de toujours. Elle a ses nouveaux dogmes, son nouveau sacerdoce, ses nouvelles institutions, son nouveau culte, déjà condamnés par l’Église en maints documents officiels et définitifs. C’est pourquoi les fondateurs de l’Église conciliaire insistent tant sur l’obéissance à l’Église d’aujourd’hui, faisant abstraction de l’Église d’hier, comme si celle-ci n’existait plus. […] L’Église qui affirme de pareilles erreurs est à la fois schismatique et hérétique. Cette Église conciliaire n’est donc pas catholique. Dans la mesure où le pape, les évêques, prêtres ou fidèles adhèrent à cette nouvelle Église, ils se séparent de l’Église catholique [Or ils adhèrent à 100% pour la plupart, Ergo]. L’Église d’aujourd’hui n’est la véritable Église que dans la mesure où elle continue et fait corps avec l’Église d’hier et de toujours. La norme de la foi catholique, c’est la Tradition.

 Face à l’Église conciliaire, que devient l’Église catholique ?

Mgr Lefebvre semble admettre la transmutation de l’Église catholique en l’Église conciliaire. Que devient l’Église catholique ? – Mgr Lefebvre répond que c’est dans la mesure où, selon le degré avec lequel les chefs et les baptisés adhèrent au nouveau type d’Église, qu’ils constituent une Église nouvelle, caractérisée par ses buts terrestres, humanistes, naturalistes, socialistes, œcuméniques et mondialistes, de telle sorte que cette nouvelle Église se conçoit elle-même comme plus vaste et plus universelle que l’Église catholique. Il faut ajouter la distinction entre l’adhésion exclusive des chefs sectaires à ces fins profanatrices d’une part, et la recherche d’un compromis entre ces fins et la fin catholique d’autre part, un compromis qu’exprime bien le texte conciliaire de Lumen Gentium (§ 1) : « L’Église est dans le Christ en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain.» Cette ambivalence complique singulièrement le problème de la distinction des deux Églises. Le texte de Mgr Lefebvre doit être entendu avec cette précision : c’est dans la mesure où les conciliaires adhèrent exclusivement aux buts profanateurs susdits, qu’ils quittent l’Église catholique. Et de cette mesure, nous ne sommes pas juges. Malgré son style polémique, avec ces précisions, le texte de Mgr Lefebvre est irréprochable. C’est avec la même précision que sa dernière phrase doit être comprise :

 « L’Église d’aujourd’hui n’est la véritable Église que dans la mesure où elle continue exclusivement et fait corps exclusivement avec l’Église d’hier et de toujours. » Une Église qui convoiterait à la fois un but terrestre et mondialiste et le but surnaturel du salut éternel des âmes, cette Église n’est plus catholique, c’est l’Église conciliaire dans son statut viral atténué et vulgaire 1. Et à côté de cette Église conciliaire vulgaire, que reste-t-il de l’Église catholique ? Nous répondons que, même réduite au nombre modeste de la partie saine de ses fidèles et peut-être à un seul évêque fidèle, comme pourra l’être, selon le père Emmanuel, l’Église de la fin des temps, l’Église catholique reste l’Église catholique.

Comment l’Église conciliaire a été canonisée

Six ans vont encore passer, et la promulgation par Jean-Paul II d’un nouveau code de Droit canon va justifier les vues de l’archevêque sur cette Église conciliaire. Dans sa constitution apostolique, le pape déclare clairement imposer à l’Église « une nouvelle ecclésiologie » :

[Ce] code […] a mis en acte l’esprit du Concile dont les documents présentent l’Église, « sacrement universel du salut », comme le peuple de Dieu, et où sa constitution hiérarchique apparaît fondée sur le collège des évêques uni à son chef. […] En un certain sens, on pourrait même voir dans ce code un grand effort pour traduire en langage canonique cette doctrine même de l’ecclésiologie conciliaire. […] Il en résulte que ce qui constitue la nouveauté essentielle du concile Vatican II, dans la continuité avec la tradition législative de l’Église, surtout en ce qui concerne l’ecclésiologie, constitue également la nouveauté du nouveau code. Parmi les éléments qui caractérisent l’image réelle et authentique 2 de l’Église, il nous faut mettre en relief surtout les suivants : la doctrine selon laquelle l’Église se présente comme le peuple de Dieu (Lumen gentium 2) et l’autorité hiérarchique comme service (Lumen gentium 3) ; la doctrine qui montre l’Église comme une communion et qui par conséquent indique quelles sortes de relations doivent exister entre les Églises particulières et l’Église universelle et entre la collégialité et la primauté ; la doctrine selon laquelle tous les membres du peuple de Dieu, chacun selon sa modalité, participent à la triple fonction du Christ : les fonctions sacerdotale, prophétique et royale. A cette doctrine se rattache celle concernant les devoirs et les droits des fidèles et en particulier des laïcs ; et enfin l’engagement de l’Église dans l’œcuménisme 1.Ce tableau de l’Église conciliaire montre la ruine qu’elle opère de l’exercice personnel de l’autorité reçue de Dieu, l’abaissement de la hiérarchie au profit de la base ; l’omission volontaire de la nécessité de l’appartenance à l’Église catholique pour être sauvé ; la réduction du sacerdoce et de l’identité sacerdotale noyés dans le sacerdoce commun des baptisés ; l’aspiration à une unité universelle plus vaste que celle de l’Église catholique. Voilà ce que nous appelions la forme de cette société qu’est l’Église conciliaire. Plutôt que société, il faut l’appeler dissociété, c’est-à-dire la ruine résultant de la dissolution de cette société divine et humaine qu’est l’Église catholique, ou mieux : si l’on peut dire, la désagrégation érigée en principe de nouvelle congrégation. N’est-ce pas évoquer le mot d’ordre de la révolution, « Solve, coagula » : d’abord dissoudre ce qui existe, puis réunir les morceaux sous un autre chef, selon un nouveau principe ? Et cette dissociété qu’est l’Église conciliaire existe ; le pape, la quasi-totalité de la hiérarchie catholique, la masse consciente ou non des baptisés catholiques en sont les membres, formels ou matériels. Cependant, cette dissociété vouée à l’autodestruction se « tient » par la force de ses agents. Dans le coagula, il y a un pacte des fauteurs de cette dissociété : il faut exiger de tous l’adhésion au Concile et aux réformes conciliaires, de telle manière que ceux qui ne l’acceptent pas sont « hors de la communion » ou « hors de la pleine communion » avec l’Église conciliaire. Cette Église conciliaire se maintient donc par la crainte et la violence ; l’Église catholique, elle, se maintient par la foi et la charité.

Les méthodes par lesquelles subsiste l’Église conciliaire

Vouée à l’autodémolition, l’Église conciliaire n’en subsiste pas moins vigoureusement. En quoi consiste sa ténacité ? En ce que sa hiérarchie use de tout le pouvoir de la hiérarchie catholique qu’elle occupe, détient et dévoie [en réalité la secte n’a aucun pouvoir car elle usurpe cette place]. Depuis l’instauration de la messe de Paul VI, elle a continuellement persécuté les prêtres fidèles à la vraie messe, au vrai catéchisme, à la vraie discipline sacramentelle, et les religieux fidèles à leur règle et à leurs vœux. [C’est le signe incontestable qu’elle n’est pas l’Église] Nombreux sont les prêtres qui sont morts de chagrin de devoir, par obéissance, croyaient-ils, adopter les nouveaux rites et usages. Nombreux aussi sont ceux qui sont morts dans l’ostracisme, la relégation canonique et psychologique, mais heureux de porter un témoignage inflexible au rite catholique, à la foi intègre, au Christ-Roi. Les menaces, la crainte, les censures et autres punitions ne les ont pas ébranlés. Mais hélas, combien sont ceux qui ont cédé à ces méthodes de violence, au chantage de la «désobéissance» [Mgr Fellay est aussi assez fort dans ce domaine] et de la destitution exercé sur eux par leurs supérieurs. C’est là qu’on touche du doigt la malice libérale de ces chefs : ne dit-on pas à raison qu’il n’y pas plus sectaire qu’un libéral ? N’ayant pas de principes pour faire régner l’ordre, ils font régner un régime de soumission par la terreur. La malice de la hiérarchie conciliaire est achevée par l’usage qu’elle fait du mensonge et de l’équivoque [C’est le signe incontestable qu’elle n’est pas l’Église]. Ainsi le motu proprio du pape Benoît XVI déclarant que la messe traditionnelle n’a jamais été supprimée et que sa célébration est libre, assortit cette liberté de conditions contraires à cette dernière, et va jusqu’à qualifier la messe authentique et sa contrefaçon moderniste de «formes extraordinaire et ordinaire du même rite romain». Le mensonge se poursuit dans la soi-disant « levée » des excommunications, soi-disant encourues par les quatre évêques consacrés par S. E. Mgr Lefebvre en 1988, comme si elles avaient été réellement encourues.[Mais dont on a fêté la levée avec des Te Deum]

Mais, par un surprenant contraste, la hiérarchie conciliaire n’a jamais été capable de faire respecter le cinquième commandement de Dieu, «Tu ne tueras pas», qui ne fut guère prêché par les évêques : les pays naguère catholiques sont ceux où l’avortement est le plus en cours ; et l’encyclique Humanæ vitæ du pape Paul VI n’a guère été relayée par les évêques, si bien que la pilule anticonceptionnelle est d’usage courant chez la plupart des jeunes filles et des femmes dans l’Église catholique [Dans la secte conciliaire]. Les mœurs immondes du monde actuel ne sont que le débordement du vice auquel la hiérarchie conciliaire n’a su opposer aucun obstacle. Cette Église conciliaire attire dans sa pseudo-communion une masse de chrétiens vivant en réalité dans le péché et le paganisme pratique.

 Ne pas appartenir à l’Église conciliaire est une grâce et un témoignage providentiel

Bienheureux ceux qui ne sont pas de cette «communion des profanes», qui en sont providentiellement exclus ou sont menacés d’en être exclus ! Heureuse relégation ou déréliction ! La vocation de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, depuis son érection par l’Église catholique en 1970 et le décret de louange qui l’a honorée en 1971, n’a jamais été de recevoir les bénédictions et reconnaissances de cette Église conciliaire ![Cependant le Supérieur Général nous dit qu’elle est l’Église catholique] Il était sans doute nécessaire que cette société sacerdotale, avec toute la famille de la Tradition, fût comme le flambeau allumé et qu’on ne met pas sous le boisseau conciliaire, mais sur le chandelier du pilori, afin qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison de Dieu. Il était probablement préférable, selon les voies de la Providence, que cette partie saine de l’Église, devenue, comme le divin Maître, pierre de scandale, pierre rejetée par les bâtisseurs de la dissociété ecclésiale conciliaire, devienne la pierre angulaire et la clé de voûte 1 de la cathédrale catholique indestructible. Notre témoignage inflexible envers la vraie Église de Jésus-Christ, envers le sacerdoce et la royauté du Christ prêtre et roi exige sans doute, de la part de l’Église conciliaire, l’exclusion et l’ostracisme prononcés contre nous et ce que nous représentons. Mais de même que saint Joseph dans son exil d’Égypte portait l’Enfant Jésus et sa divine Mère, qui constituaient le germe de l’Église, de même, dans son exil, la famille de la Tradition porte l’Église en elle, sans avoir sans doute l’exclusive de cette glorieuse fonction, mais en en ayant la moelle et le cœur, l’intégrité et l’incorruption. Elle porte par conséquent en elle le pontife romain, en qui le successeur de Pierre se libérera un jour d’une longue captivité 1 et sortira du somme de ses grandes illusions, pour proclamer comme jadis le premier pape à Césarée de Philippe à l’adresse de son Maître : « Tu es Christus, Filius Dei vivi ! » Dès lors, si nous sommes compliqués, nous regretterons d’être privés de la communion conciliaire ou de son apparence de communion ecclésiale et nous serons malheureux et inquiets, sans cesse en quête d’une solution. Si en revanche nous avons une foi et une simplicité d’enfant, nous chercherons simplement quel témoignage rendre à la foi catholique. Et nous trouverons : c’est d’abord le témoignage de notre existence, de notre permanence, de notre stabilité, avec celui de notre profession de foi catholique intégrale et de notre refus des erreurs et des réformes conciliaires. Un témoignage est absolu. Si je rends témoignage à la messe catholique, au Christ Roi, il faut que je m’abstienne des messes et des doctrines conciliaires. C’est comme le grain d’encens aux idoles : c’est un seul grain ou pas du tout. Donc c’est « pas du tout ». Et puis ce témoignage, c’est aussi la persécution, c’est normal de la part des ennemis de cette foi, qui veulent réduire notre opposition diamétrale à la nouvelle religion, et aussi longtemps qu’il plaira à Dieu qu’ils persévèrent dans leurs desseins pervers. N’est-ce pas Dieu lui-même qui pose cette inimitié entre l’engeance du diable et les fils de Marie ? Inimicitias ponam !

Alors, dès que, dans le recueillement de l’oraison, on a perçu cette vocation propre qui est la nôtre, adaptée par Dieu à la crise actuelle, on y acquiesce en parfaite droiture et grande paix : droiture incapable d’avoir une quelconque complicité avec l’ennemi, paix sans amertume. On y court, on y bondit et on s’écrie comme sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, « Dans l’Église ma Mère, j’ai trouvé ma vocation ! » Et on demande à la sainte magnanime : « Obtenez-moi la grâce d’avoir dans l’Église et pour l’Église une âme de martyr ou au moins de confesseur de la foi ! »

 Commentaire
Mgr Tissier de Mallerais accorde le statut d’église, a la secte occupante, à la dissociété qui cherche à se faire passer pour l’Église catholique et ceci après avoir rappeler les dénonciations clairvoyantes de Mgr Lefebvre sur la Contre-Église, sur le complot de la Haute-Vente, il va même jusqu’à lui accorder un pouvoir qu’elle ne détient nullement, de par son hérésie et son schisme. Son point de vue est aussi parfaitement incompatible avec celui de Mgr Fellay, Supérieur Général, pour qui es deux églises ne font qu’une.
Certaines considérations sur, par exemple, la FSSPX portant le pape dans son exil, sont indignes d’un évêque, d’un théologien, de même l’appel à la simplicité et à la non recherche de solution ne font guère honneur à sa charge de pasteur de suppléance ; plus grave il assimile la FSSPX à la pierre angulaire, la clef de voûte de la « cathédrale catholique indestructible » ce qui n’appartient qu’à Jésus-Christ Lui-même.
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