IL Y A CEUX QUI LES DÉTRUISENT ET CEUX QUI LES VOLENT

Les États-Unis rendent des trésors volés à l’Irak

Quatre ans après le retour des troupes américaines, les autorités ont décidé de rendre les objets d’art au pays du Moyen Orient. Un choix encouragé par les ravages culturels de l’État Islamique.

Les États-Unis ont rendu lundi à l’Irak une soixantaine d’objets antiques, pour la plupart pillés lors de l’occupation américaine du pays entre 2003 et 2011, et qui seront désormais exposés au musée national de Bagdad.

De la vaisselle en verre, des bas-reliefs en argile, des pointes de lance en bronze et des haches ont été saisis lors de cinq enquêtes menées à travers les États-Unis par plusieurs administrations. Ils étaient exposés lundi au consulat d’Irak à Washington avant d’être expédiés à Bagdad, au musée national rouvert il y a un mois après douze années de fermeture.

Parmi eux figure une extraordinaire tête de lamassu assyrien, taureau ailé à tête humaine datant de 700 avant J.C. et estimée à 2 millions de dollars. La tête avait été volée dans un palais du roi Sargon II à Ninive, dans le nord de l’Irak, où des jihadistes du groupe Etat islamique (EI) ont détruit récemment de nombreuses pièces parmi lesquelles une tête tout à fait semblable à celle retrouvée aux États-Unis. Elle avait été saisie à New York en 2008 où elle avait été expédiée par un marchand d’art de Dubaï qui écoulait des oeuvres d’art irakiennes pillées dans le monde entier.

Le groupe EI, qui contrôle de larges pans de territoire dans le nord de l’Irak et en Syrie, s’est livré à «un nettoyage culturel» en rasant une partie des vestiges de la Mésopotamie antique, selon les Nations unies, ou en revendant des pièces au marché noir. L’«urgence» de la situation a accéléré le processus de restitution, selon l’ambassadeur irakien Lukman Faily: «Le monde entier est uni pour protéger cette culture».

Le musée national irakien a rouvert ses portes fin février après douze années d’efforts acharnés grâce auxquels près d’un tiers des 15.000 pièces volées ont été récupérées. Cette réouverture avait été elle aussi accélérée après les pillages de l’EI à Mossoul, dans le nord du pays.

Ces destructions sont les pires subies par le patrimoine irakien depuis le pillage du musée archéologique national à Bagdad en avril 2003, quelques jours après la chute de Saddam Hussein. Des réseaux criminels organisés avaient profité de l’intervention américaine et du chaos pour piller les musées irakiens.

Plus de 1.200 objets restitués

Les contrebandiers mettent souvent des années avant d’écouler leur butin sur le marché noir, estiment les spécialistes.

Toutes les pièces retournées lundi à Bagdad dataient d’avant les pillages de l’organisation EI et beaucoup d’entre elles avaient été dérobées après l’invasion américaine. Les autorités américaines avaient été très critiquées pour avoir manqué de protéger les sites archéologiques irakiens des voleurs.

Parmi les antiquités exposées lundi, se trouvaient aussi des objets datant de l’époque de Saddam Hussein, comme des assiettes en or provenant d’un des ses palais, ou encore un heurtoir ou une fontaine.

Les objets pillés peuvent réapparaître dix années plus tard, lors d’enchères dans un hôtel des ventes new-yorkais, ou encore sur le site de petites annonces Craigslist. L’un des trésors retrouvés par des enquêteurs du Maryland (est des Etats-Unis) avait été dérobé par un fonctionnaire qui travaillait en Irak en 2004.

Des professeurs d’université et des spécialistes de l’Antiquité travaillent à l’identification des objets pillés ou vandalisés par le groupe EI. Leurs recherches permettront notamment aux fonctionnaires du département de la Sécurité intérieure d’identifier les objets de contrebande qui ne manqueront pas de circuler sur le marché noir américain.

«Beaucoup de choses n’ont pas été répertoriées et il est donc très difficile de prouver un vol sauf sur la bonne foi du pays en question», explique Erin Keegan, l’une des responsables des enquêtes au département de la Sécurité intérieure.

Selon Brenton Easter, membre du FBI, les Etats-Unis travaillent à l’élaboration d’une base de données qui répertorie les pièces provenant du nord de l’Irak afin de prendre une longueur d’avance sur les contrebandiers.

«Nous avons beaucoup d’informateurs là-bas avec qui nous gardons contact, par conséquent nous avons une bonne connaissance des pièces avant qu’elles ne soient pillées et qu’elles arrivent sur le marché noir dans cinq ou dix ans», explique-t-il.

Depuis 2008, les Américains ont restitué à l’Irak plus de 1.200 objets au cours de quatre rapatriements. Source Figaro 18/03/15

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